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Full text of "Coutumes populaires de la Haute-Bretagne"

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LES 

LITTÉRATURES    POPULAIRES 
TOME    XXII 


LES 


LITTÉRATURES 


POPULAIRES 


TOUTES    LES    NATIONS 


TRADITIONS,     LEGENDES 

CONTES,     CHANSONS,    PROVERBES,     DEVINETTES 

SUPERSTITIONS 

TOME   XXII 


PARIS        (\ 


iMAISONNEUVE    FRÈRES   et    Ç¥L    LEÇEERC 

25,     QUAI    VOLTAIREf\25 
1886 


Tous  droits  réservés 


COUTUMES    POPULAIRES 


HAUTE-BRETAGNE 


COUTUMES  POPULAIRES 


HAUTE-BRETAGNE 


Paul    SEBILLOT 


PARIS 

MAISONNEUVH   FRKR^S   et   CH.   LECLERC 

25,     QUAI     VOLTAIRE,     25 


1886 
Tous  droits  résen'és 


PREMIÈRE  PARTIE 

L'HOMME    DE    LA    NAISSANCE    A    LA    MORT 


PREMIÈRE  PARTIE 

L'HOMME    DE    LA    NAISSANCE    A    LA    MORT 


CHAPITRE   PREMIER 

LA  NAISSANCE 


§1. 


LA    GROSSESSE 


ES  paysans  de  la  Haute-Bretagne  consi- 
dèrent la  stérilité  des  femmes  comme 
une  espèce  de  malheur.  Les  grandes  fa- 
milles, disent-ils,  c'est  la  richesse  des  pauvres 
gens.  Et,  en  effet,  dans  la  plupart  des  cas,  une 
fois  la  période  du  premier  âge  passée,  les  enfants 
commencent  à  rendre  à  leurs  parents  bien  des 
petits  services.  Quand  ils  sont  devenus  hommes, 


4      l'hOxMme  de  la  naissance  a  la  mort 

ils  aident  à  travailler  la  terre,  et  remplissent  gra- 
tuitement, avec  plus  de  zèle  6t  d'obéissance,  le 
rôle  qui,  sans  eux,  serait  dévolu  aux  domestiques. 
Indépendamment  de  la  question  d'amour  pater- 
nel, il  y  a  pour  les  parents  une  question  d'inté- 
rêt, à  laquelle  ils  ne  sont  point  insensibles. 

On  dit  d'un  ménage  où  les  naissances  sont  fré- 
quentes, «  qu'on  y  bat  sur  du  bon  blé  ;  qu'on 
y  fait  des  enfants  comme  de  la  toile;  »  d'un 
homme  qui  a  beaucoup  d'enfants  :  «  C'est  un 
bon  co'.  ))  (E.)  (i).  On  dit  à  une  femme  qui  n'a 
pas  d'enfant  :  «  Vot'  co'  ne  vaut  ren.  —  Vous 
n'ez  point  l'air  d'avaï  un  bon  co'.  « 

Pourtant,  il  y  a  quelques  proverbes  qui  semblent 
prouver  qu'en  certains  pays  du  moins  les  nom- 
breuses familles  ne  sont  pas  toujours  considérées 
comme  souhaitables  : 

—  Le  couple  (d'enfants)  en  vaut  mieux  que  la 
douzaine.  (E.) 

—  C'est  le  panier  aux  cerises  :  les  plus  fins  y 
sont  pris.  (E.) 

Ce  proverbe  est  appliqué  à  ceux  qui  ont  plus 
"d'enfants  qu'ils  n'en  désireraient.  Il  en   est  de 
même  des  suivants  : 


(i)  E.  signifie  Ercé,  près  Liffré  (lUe-et- Vilaine)  ;  D.,  Dinan  j 
P.,  Penguily  et  environs;  M.,  Matignon;  S.-C,  Saint-Cast 
(Côtes-du-Nord). 


LA    NAISSANCE 


—  Qui  s'y  mit, 
S'y  trouvit.  (E.) 

—  Qui  s'y  frotte  s'y  pique.  (E.) 

—  Que  ceux  qui  les  font  les  bercent.  (E.) 

—  C'est  la  grand'bande  qui  rend  les  étourniaux 
(étourneaux)  maigres,  (E.) 

C'est  encore  une  allusion  à  la  gêne  que  peut 
occasionner  un  grand  nombre  d'enfants.  Ces  pro- 
verbes sont  surtout  usités,  à  ma  connaissance  du 
moins,  dans  l'Ille-et- Vilaine,  pays  plus  riche  et 
de  culture  plus  avancée  que  les  Côtes-du-Nord. 
Cependant  les  familles  de  sept  à  huit  enfants  n'y 
sont  pas  rares. 

Lorsque  les  enfants  tardent  à  venir,  le  ménage 
s'adresse  aux  puissances  surnaturelles.  Voici  quel- 
ques pratiques  religieuses  qui  sont  d'un  usage 
courant  : 

A  Plouër,  on  va  en  pèlerinage  à  la  statue  de 
sainte  Germaine,  placée  dans  la  chapelle  de  la 
Souâtiée. 

A  Lamballe,  on  se  rend  au  pardon  de  saint 
Amateur,  qui  a  lieu  le  deuxième  dimanche  de 
juillet. 

«  Saint  Josse  ou  saint  Judoce  est  invoqué  contre 
la  stérilité,  dans  l'église  de  la  petite  commune  qui 
porte  son  nom.  » 

(JoUivet,  t.  II,  p.  169.) 


L  HOMME    DE    LA   NAISSANCE  A  LA  MORT 


Sur  les  saints  invoqués  contre  la  stérilité,  cf.  A.  S.  Morin,  Le 
Prêtre  et  le  sorcier,  p.  242  ;  —  Martinet,  Légendes  du  Berry,  p.  18. 

Si  une  femme  mariée  depuis  quelque  temps  et 
qui  n'a  point  d'enfant  désire  en  avoir,  il  faut 
qu'elle  accompagne  à  l'église  une  accouchée  qui 
va  se  faire  remettre,  c'est-à-dire  qui  fait  ses  rele- 
vailles.  (P.) 

On  envoie  aussi,  dans  l'espoir  qu'elles  devien- 
dront fécondes,  les  jeunes  mariées  conduire  à  l'é- 
glise les  femmes  qui  se  font  relever.  (D.) 

Il  semblerait  que,  parfois,  on  a  recours  à  des 
pratiques  qui,  catholiques  en  apparence,  sont  des 
vestiges  de  superstitions  préhistoriques.  J'ai  en- 
tendu dire  que  des  femmes,  pour  avoir  des  en- 
fants, allaient  se  frotter  à  certains  saints  en  pierre 
ou  en  bois  placés  dans  la  campagne. 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  bretonne,  t.  II,  p.  143),  les 
femmes  stériles  se  frottent  le  ventre  à  la  statue  de  saint  Guénolé. 
Dans  les  Pyrénées,  plusieurs  pierres  sont  l'objet  d'un  culte  de  la 
part  des  femmes  qui  leur  demandent  la  fécondité.  Cf.  Bull,  de 
la  Société  d'anthropologie,  3^  série,  t.  II,  pp.  167-8;  cf.  aussi  la 
note  des  pages  >  i  et  52,  du  t.  I"''  des  Traditions  et  superstitions  de  la 
Haute-Bretagne;  dans  la  Marche  (cf.  Duval,  Esquisses  marchoises, 
p.  m),  les  villageoises,  pour  avoir  des  enfants,  grattent  la 
pierre  d'une  statue  antique. 

A  1,200  mètres  environ  du  bourg  d'Hénan- 
bihen  (Côtes-du-Nord),  existe  une  petite  statue 
très  fruste  qui  porte  le  nom  de  saint  Mirli.  Il  y  a 
quelques  années,  les  femmes  qui,  mariées  depuis 


LA   NAISSANCE 


longtemps,  n'avaient  pas  d'enfant  allaient  se  frot- 
ter le  long  de  cette  statue.  L'on  disait  en  pro- 
verbe : 

A  Saint-Mirli, 
On  va  se  frotter  le  nombri'. 

Cette  cérémonie  était  clandestine.  On  m'a  as- 
suré qu'on  s'y  rendait  encore  quelquefois.  (M.) 

Je  n'ai  pu  me  procurer  aucun  renseignement 
sur  ce  saint  qui  ne  figure  ni  dans  le  calendrier  ni 
dans  les  Vies  des  saints.  Je  serais  assez  porté  à 
croire  que  son  nom  a  eu  une  signification  phal- 
lique, aujourd'hui  oubliée,  Mirli  étant  très  voisin 
de  pirli,  un  des  noms  gallos  du  phallus. 

Si  on  voit  une  femme  devenir  pâle,  avoir  envie 
d'écœurer  (vomir),  ou  paraître  désirer  quelque 
chose,  on  dit  qu'elle  «  prune  «.  Pruner,  c'est 
commencer  une  grossesse.  (E.) 

Lorsqu'une  jeune  femme  se  plaint  du  mal  de 
dents,  on  lui  rit  au  nez  en  assurant  que  cela  lui 
passera  bientôt.  On  voit  là  un  signe  de  grossesse  ; 
d'où  le  dicton  : 

Ma  (mal)  es  dents 
Signe  d'engendrement. 

Quand  une  femme  enceinte  a  envie  de  quelque 
chose,  elle  doit  éviter  de  gratter  une  partie  de  son 


8      l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

corps  non  cachée  par  des  vêtements,  car,  si  elle 
ne  pouvait  faire  passer  son  envie,  l'enfant  aurait 
à  l'endroit  gratté  par  sa  mère  une  envie  représen- 
tant la  figure  de  l'objet  désiré.  On  cite  nombre 
d'exemples. 

Cette  croyance  à  la  désirance  existe  aussi  en  Poitou  (cf.  Sou- 
che, p.  lo)  ;  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  2);  en 
Franche-Comté  (cf.  Mélusine,  t.  I,  col.  350).  Elle  était  géné- 
ralement admise  dans  l'antiquité,  et  l'on  trouvera  dans  Laisnel 
plusieurs  exemples  tirés  d'ouvrages  du  siècle  dernier,  ou  même 
du  XIX^,  où  les  auteurs  en  font  mention. 

Le  tonnerre  ne  tombe  jamais  sur  une  maison 
où  se  trouve  une  femme  enceinte.  (M.) 

Si  un  serpent  qui  a  des  ailes  voit  une  femme 
enceinte,  il  meurt  aussitôt.  (D.) 

Le  domestique  Loup-garou  du  conte  du  Loup- 
garou  (Contes  popuîah'es  de  la  Haute-Bretagne, 
ire  série,  no  xlvu),  n'a  pas  attaqué  le  premier 
passant,  parce  que  sa  mère,  étant  enceinte  de  lui, 
avait  mangé  un  cœur  de  veau;  mais  il  lutte  avec 
le  troisième,  parce  que  sa  m.ère  avait  mangé  un 
cœur  de  bœuf. 

Je  n'ai  pu  retrouver  ailleurs  que  dans  ce  conte  cette  croyance, 
qui  peut-être  est  disparue;  mais,  dans  V Evangile  des  Quenouilles, 
p.  26,  il  est  parlé  du  danger  que  courent  les  femmes  enceintes 
si  elles  mangent  des  têtes  de  poissons. 

On  croit  aussi  que,  si  une  femme  s'est  moquée 
d'un  pauvre  infirme  ou  qu'elle  lui  ait  refusé  l'au- 
mône, elle  peut  avoir  des  enfants  difformes.  Les 


LA  NAISSANCE 


mendiants  racontent  dans  les  fermes  plusieurs 
exemples  de  cette  punition,  et,  parmi  eux,  l'his- 
toire de  la  jeune  fille  noble  qui  avait  une  tête  de 
cochon,  et  qui  mangeait  dans  une  auge  en  argent. 
Il  y  a  sur  la  grossesse  des  femmes  un  assez 
grand  nombre  de  dictons,  dont  plusieurs  ne  sont 
guère  respectueux  : 

—  La  hase  est  pleine.  (E.)  Cela  se  dit  presque 
toujours  des  femmes  de  conduite  légère. 

—  Olle  (elle)  est  au  plein  des  brancards,  com- 
paraison empruntée  au  métier  de  charretier. 

—  Olie  a  une  devantiérée  (la  devantière  est 
un  tablier). 

—  Son  cotillon  se  relève. 

—  Elle  est  sur  le  bon  tour.  (M.) 

—  O'  crache  sur  les  tisons.  (M.) 

—  Elle  est  sur  le  bon  côté.  (S.-C.)  Elle  est  sur 
le  bon  bord.  (S.-C.)  Cette  dernière  comparaison 
est  tirée  du  langage  des  marins. 

Si  une  femme  est  enceinte  de  dix  mois,  on  dit 
qu'elle  accouche  d'un  évêque  ;  si  elle  était  enceinte 
de  onze  mois,  l'enfant  qui  naîtrait  serait  pape. 
Quand  une  femme  est  longtemps  sans  accoucher, 
au  delà  du  terme  ordinaire,  on  dit  :  «  Elle  n'ac- 
couche point,  elle  aura  un  pape.  »  (E.) 

L'enfant  mâle,  fils  de  deux  bâtards  et  premier 
de  sa  race,  devient  pape.  (P.) 

Lorsqu'une  femme  enceinte  est  morte  de  mort 


10    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

violente,  elle  revient  à  certaines  époques  de  l'an- 
née. A  Rillé,  près  de  Fougères,  une  lueur  qu'on 
voit  périodiquement  est  l'âme  d'une  femme  en- 
ceinte qui  se  tua  en  tombant  d'un  cerisier.  (E.) 

En  Normandie  (cf.  A.  Bosquet,  p.  278),  apparaît  à  Dieppe  une 
femme  grosse  qui,  jadis,  tomba  du  haut  de  la  falaise  et  se  tua. 


§   II.    —  l'accouchement,  présages  et  croyances 

Dans  la  cro3'ance  des  pa3"sans,  le  moment  de 
la  semaine  ou  du  mois  où  naît  un  enfant,  certaines 
autres  circonstances  accessoires,  peuvent  avoir  de 
l'influence  sur  sa  destinée,  sur  son  intelligence  ou 
sur  ses  qualités. 

Les  enfants  qui  naissent  le  dimanche  sont  tou- 
jours chanceux;  ceux,  au  contraire,  qui  sont  nés 
le  vendredi  sont  malheureux.  (D.) 

Si  le  père  d'un  enfant  est  ivre  au  moment  de  la 
naissance,  l'enfant  sera  innocent.  (S.-C.) 

Plus  un  enfant  naît^près  de  la  fin  du  mois,  plus 
il  aura  de  chance.  (S.-C.) 

Ceux  qui  naissent  dans  le  mois  de  mars  sont 
ràbâtous,  c'est-à-dire  grognons.  (S.-C.)  Ailleurs 
(P.),  ce  sont  ceux  du  mois  d'août. 


LA  NAISSANCE  II 


Quand  un  enfant  naît  la  nuit,  on  sort  de  la 
maison  et  l'on  va  regarder  l'étoile  qui  se  trouve 
en  ce  moment  au-dessus  du  pignon  de  la  chemi- 
née. Si  elle  est  brillante,  l'enfant  sera  heureux;  si 
elle  est  pâle,  on  n'augure  pas  bien  de  lui.  (D.) 

Ces  croyances  à  une  sorte  de  prédestination 
sont  constatées  dans  plusieurs  contes  populaires  en 
Haute-Bretagne. 

Il  y  avait  une  fois  un  devin  qui  se  trouvait 
dans  une  maison  au  moment  où  une  femme  allait 
accoucher;  il  prédit  que  cet  enfant,  né  sous  une 
mauvaise  étoile,  serait  pendu.  Quand  l'enfant  fut 
devenu  grand,  il  quitta  le  pays  pour  ne  pas  faire 
honte  à  sa  famille,  et  il  alla  se  louer  comme  do- 
mestique, et  toutes  les  nuits  il  priait  pour  ne  pas 
être  pendu. 

Mais,  comme  il  sortait  souvent  la  nuit,  un 
autre  domestique  voulut  savoir  où  il  allait,  et  il  le 
suivit.  Il  le  vit  entrer  dans  l'église,  où  il  s'endor- 
mit; et,  pendant  son  sommeil,  il  fut  pendu  trois 
fois  à  la  corde  des  cloches. 

Le  lendemain,  son  camarade  lui  dit  : 
—  La   nuit  dernière,  tu  as  été  trois  fois  pendu 
à  la  corde  des  cloches. 

Sa  destinée  était  accomplie. 

Il  y  avait  une  fois  un  sorcier  qui  assistait  à  la 
naissance  d'un  enfant  pour  dire  sa  destinée;  et  il 


12      L  HOMME   DE   LA  NAISSANCE  A  LA    MORT 

prédit  qu'il  serait  tué  par  le  tonnerre  à  l'âge  de 
dix-neuf  ans. 

Ses  parents,  qui  étaient  riches,  firent  faire  une 
maison  toute  en  fer,  en  forme  d'église,  et  ils  lui 
dirent  de  demeurer  dedans.  Mais  un  jour  qu'il 
tonnait,  il  sortit  de  la  maison,  et  se  mit  à  genoux 
à  prier  dans  la  cour.  Le  tonnerre  tomba  sur  la 
maison,  et  il  n'eut  point  de  mal. 

(Conté  par  J.-M.  Comault  du  Gouray,  18S2.) 

Dans  un  autre  conte,  la  Mauvaise  étoile  (Contes 
des  paysans,  no  lxv),  la  croyance  à  l'influence 
fatale  du  moment  de  la  naissance  est  plus  for- 
mellement encore  exprimée.  Un  pauvre  qui  se 
trouvait  au  moment  de  l'accouchement  dit  :  «  Si 
l'enfant  peut  tarder  une  heure  à  venir,  ce  sera  un 
bonheur  pour  lui  ;  car,  sans  cela,  à  l'âge  de  vingt 
ans,  il  sera  pendu  les  pieds  en  l'air,  et  brûlé 
(p.  332).  ))  Cette  destinée  s'accomplit,  en  effet, 
mais  en  effigie  seulement. 

La  même  croyance  existe  en  Basse-Bretagne.  Cf.  dans  Mélu- 
sine,  t.  1,  un  conte  de  Luzel,  intitulé  la  Destinée. 

On  dit  d'une  personne  qui  a  de  la  chance 
qu'elle  est  née  coiffée  en  naissant.  On  sait  que 
la  coiffe  est  une  portion  de  membrane  foetale  que 
quelques  enfants  ont  sur  la  tête  en  venant  au 
monde.  Cette  croyance  était  jadis  à  peu  près 
générale. 


LA   NAISSANCE  I3 


Tous  ceux  qui  n'ont  pas  vu  leur  père^  garçons 
ou  filles,  pansent  d'oraison,  ou  ont  un  don  dans  la 
main  qui  fait  qu'en  touchant  certaines  affections 
ils  les  guérissent.  (D.) 

Le  septième  garçon  d'une  famille,  quand  il  n'y 
a  pas  de  fille  entre,  guérit  les  écrouelles.  (E.) 

Même  croyance  en  Berry  (cf.  Laisael  de  la  Salle,  t.  II,  p.  $)  ; 
en  Beauce  (cf.  A. -S.  Morin,  p.  175).  Thiers,  Traité  des  supersti- 
tions, t.  1=',  p.  509  (éd.  de  1741),  mentionnait  cette  superstition 
comme  ayant  cours  de  son  temps  ;  en  Normandie,  c'est  la  septième 
fille  (cf.  A.  Bosquet,  p.  306). 

L'enfant  qui  est  né  après  la  mort  de  son  père 
guérit  les  loupes.  (E.)  Il  peut  aussi  panser  les  vers 
(sorte  de  pourriture),  (P.) 

Ceux  qui  naissent  le  25  janvier,  jour  de  la 
Conversion  de  saint  Paul,  «  pansent  du  v'iin,  » 
c'est-à-dire  guérissent  les  personnes  mordues  par 
les  reptiles,  et  peuvent  toucher  les  couleuvres  et 
les  vipères  sans  être  mordus.  (E.) 

Quand  une  femme  est  sur  le  point  d'accou- 
cher, le  mari  invite  ses  amis  à  venir  la  tenir 
pour  le  cas  où  la  couche  serait  difficile.  On  en- 
tend parfois  des  hommes  dire  en  plaisantant  aux 
femmes  enceintes  :  «  Attends-ma,  j'irai  bien- 
tôt te  t'ni.  »  On  assure  qu'il  y  a  des  femmes 
que  la  peur  d'être  ainsi  tenues  fait  accoucher  plus 
vite.  (E.) 

Lorsqu'il  y  a  un  médecin  très  laid,  on  dit  par 


14      L  HOMME   DE  LA   NAISSANCE  A   LA    MORT 

plaisanterie  :  «  Fau'ra  demander  stilà  (celui-là)^ 
i'  la  fera  accoucher  de  peur.  »  (E.) 

On  dit  d'une  femme  qui  accouche  facilement  : 
«  E'  fait  ça  comme  une  révérence.  »  (E.) 

Pour  l'accouchement,  on  invoque  sainte  Mar- 
guerite. 

Cette  coutume  est  à  peu  près  générale  en  France. 

Dès  que  l'enfant  est  né,  on  fait  le  signe  de  la 
croix,  et  souvent  on  le  baptise  à  la  maison.  En 
tout  cas,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  été  baptisé,  on  ne  le 
perd  pas  de  vue,  et  on  lui  pend  au  cou  un  chape- 
let bénit.  (D.) 

Dans  les  environs  de  Rennes  et  de  Dinan,  les 
commères  ou  matrones,  qu'on  appelle  gramettes 
ou  mères  mitaines,  «  font  la  tête  des  enfants  ». 
Elles  ne  leur  font  subir  aucune  déformation,  mais 
elles  massent  légèrement  la  tête,  qui,  d'après  elles, 
sans  cela,  resterait  pointue.  —  «  Les  filles,  dit-on, 
seraient  trop  mal  coiffées  avec  la  tête  pointue  ;  un 
gars,  ça  irait  cor.  » 

Le  même  usage  existe  en  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  bretonne, 
t._  I",  p.  27). 

Il  faut  prendre  garde  à  la  manière  dont  on 
couche  pour  la  première  fois  un  enfant  qui  vient 
de  naître;  si  on  le  couche  sur  le  côté  droit,  il 
sera  droitier;  si  c'est  sur  le  côté  gauche,  il  sera 
gaucher.  (S.-C,  D.) 


LA   NAISSANCE  I5 

Quand  la  lune  ne  change  pas  dans  les  huit 
jours  qui  suivent  la  naissance  d'un  enfant,  l'en- 
fant à  venir  sera  du  même  sexe  que  celui  qui 
vient  de  naître.  (E.) 

Cf.  Souche  (Poitou),  p.  6. 

Voici  deux  dictons  qui  relatent  l'influence  du 
père  et  de  la  mère  sur  le  physique  de  l'enfant  : 

—  Il  faut  deux  noirs  pour  faire  un  blond.  (E.) 

—  Il  faut  deux  beaux  pour  faire  un  laid,  ou  il 
faut  deux  laids  pour  faire  un  beau.  (E.) 

Jadis,  il  y  avait  certains  arbres  au  pied  desquels 
on  exposait  les  enfants  naturels.  A  Saint-Cast, 
par  exemple,  c'était  sous  un  if  ou  sous  un  chêne 
placé  dans  le  cimetière,  ou  bien  au  pied  d'une 
grande  croix  en  schiste.  Cet  usage  n'existe  plus. 

Quoique  la  croyance  aux  enfants  changés  par 
les  fées  ou  par  les  lutins  soit  presque  reléguée 
parmi  les  contes,  on  dit  assez  couramment  d'un 
enfant  qui  est  rabougri  et  a  l'air  vieux  pour  son 
âge  qu'il  a  été  «  changé  par  la  fée  »,  ou  que 
«  c'est  un  enfant  de  fée  ». 

Sur  les  enfants  changés,  cf.  mes  Traditions  et  superstitions,  1. 1*', 
pp.  90-91,  117-119  et  13)  ;  Contes,  1^^  série,  la  Houle  de  Chélin, 
n°  IV  ;  2*  série,  V Enfant  changé,  n°^  xv  etxvè;'^;  c'est  une 
des  légendes  que  j'ai  le  plus  souvent  entendues. 

Mais  il  y  avait  aussi  des  fées  qui  venaient  la 
nuit  prendre  soin  des  enfants. 

Cf.  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  !"■,  p.   124. 


i6    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


§    III.    —   LE   BAPTÊME 

Si  un  garçon  est  parrain  de  trois  filles  sans 
qu'il  nomme  des  garçons  entre  elles,  il  aura  de  la 
chance.  (S.-C,  D.) 

Pour  qu'une  jeune  fille  ait  de  la  chance,  il  faut 
qu'elle  nomme  trois  garçons  de  suite.  (S.-C.) 

Quand  on  n'a  point  été  parrain  ou  marraine,  on 
dit  qu'on  est  de  la  confrérie  des  chats.  (S.-C,  E.) 

Lorsqu'on  ensevelit  une  personne,  on  demande 
si  elle  a  tenu  un  enfant  sur  les  fonts  du  baptême. 
Si  elle  n'en  a  pas  tenu,  on  l'ensevelit  les  mains 
derrière  le  dos.  (E.) 

Si  une  femme  enceinte  est  marraine,  son  en- 
fant ou  son  filleul  mourra  dans  l'année.  .(D.) 

La  même  croyance  existe  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle, 
t.  II,  p.  9). 

Quand  une  mère  donne  son  nom  à  un  enfant, 
elle  n'en  a  plus  d'autre  du  même  sexe.  (S.-C.) 

Souvent,  ce  sont  les  parrains  et  les  marraines 
qui  demandent  à  nommer  l'enfant  dont  une 
femme  est  grosse.  (D.)  En  d'autres  pays,  ce  sont 
toujours  Iqs  parrains  qui  s'offrent. 

Le  parrain  et  la  marraine  font  un  cadeau  à 
l'accouchée;  il  consiste  habituellement  en  une 
bouteille  de  vin,  une  tablette  de  chocolat  et  une 


LA  NAISSANCE  I7 


livre  de  sucre.  Mais  il  varie  suivant  la  posi- 
tion. (E.) 

Le  jour  du  baptême,  on  met  les  chiens  dehors. 

Le  parrain  de  l'enfant  dont  la  naissance  a  pré- 
cédé celui  qu'on  nomme  vient  à  la  maison;  il 
tient  à  la  main  une  gaule  qu'il  place  en  travers  de 
la  porte,  et  qu'il  fait  entrer  de  force  dans  la  mai- 
son ;  puis,  avec  cette  gaule,  il  se  met  à  frapper  un 
peu  partout,  sous  les  lits,  dans  les  coins,  etc. 
Bien  entendu,  cela  ne  se  fait  que  si  la  mère  a  bien 
supporté  la  couche.  (E.) 

Pour  que  l'enfant  ce  se  noie  pas  en  tombant 
plus  tard  à  l'eau,  il  faut  que  ce  soit  son  parrain 
qui  le  porte  dans  ses  bras  et  le  fasse  passer  par- 
dessus un  ruisseau. 

Le  parrain  qui  porte  un  enfant  à  nommer  a 
sur  le  dos  une  devantière.  (P.) 

«  On  prétend  à  Saint- Aaron  (Côtes-du-Nord) 
que,  si  on  donnait  le  nom  du  patron  de  la  pa- 
roisse à  un  enfant,  cet  enfant  ne  vivrait  pas.  » 

(Jollivet,  t.  pf,  p.  172.) 

Si,  au  moment  où  le  parrain  et  la  marraine 
tiennent  l'enfant  sur  les  fonts  baptismaux,  ils 
prononcent  distinctement  Credo,  l'enfant  sera  fort 
et  ne  toussera  pas  ;  mais  s'ils  disent  Kerho  au  lieu 
de  Credo,  il  sera  débile  et  toussera.  Ceux  qui 
toussent,  on  les  appelle  les  Kerhaiix.  (P.) 


i8    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Au  sortir  de  l'église,  on  emmène  à  l'auberge  la 
porteuse,  —  c'est  ordinairement  la  sage-femme, 
—  et  on  lui  fait  prendre  du  café  en  grande  quan- 
tité. 

Après  le  baptême,  il  faut  que  le  parrain  et  la 
marraine  s'embrassent;  sans  cela,  le  filleul  serait 
innocent.  (S.-C.) 

En  Berry,  si  le  parrain  n'embrasse  pas  la  marraine  avant  de 
sortir  de  l'église,  l'enfant  sera  bègue  ou  muet.  Cf.  Laisnel  de  la 
Salle,  t.  II,  p.  lo. 

Le  carillon  qui  suit  le  baptême  se  nomme  plai- 
samment «  glas  à  bouillie  »,  (E.)  ou  «  branle  de 
culottes  )>.  (P.) 

Plus  la  cloche  a  bien  sonné,  plus  l'enfant  aura 
la  voix  forte.  (E.) 

Même  croyance  en   Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  9). 

La  longueur  de  la  sonnerie  est  proportionnée  à 
la  générosité  du  parrain.  Pour  qu'un  enfant  sache 
bien  danser,  il  faut  qu'à  son  baptême  on  ait  sonné 
une  bonne  brauUe.  (P.) 

On  ne  sonne  pas  les  cloches  pour  le  baptême 
d'un  enfant  naturel. 

■    Même  usage  eu  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  lo). 

A  Ercé,  il  est  d'usage  de  distribuer  des  dra- 
gées. Si  on  y  manque,  les  enfants  crient  : 
«  Chiche  de  dragées  !  «  ou  bien  :  «  Parrain  grêlé  î 
marraine  grêlée  !  »  C'est  une  coutume  récente. 


LA   NAISSANCE  19 


Cet  usage  des  dragées  existe  aussi  en  Berry  ;  on  crie  aux  par- 
rains chiches  :  «  Poches  cousues  !  »  (Laisnel  de  la  Salle,  t.  II, 
p.   10.) 

Sitôt  que  l'enfant  est  revenu  du  bourg  après  le 
baptême,  on  lui  fait  manger  de  la  bouillie  de  blé 
noir.  (E.-D.) 

A  Ercé,  le  repas  de  baptême  s'appelle  en  plai- 
santerie «  repas  de  fricassée  de  nombrils  ». 

Le  dimanche  qui  suit  le  baptême,  il  y  a  une 
petite  fête  qu'on  appelle  «  la  relevée  de  pignon  ». 
Le  parrain  et  la  marraine  y  assistent,  et  chacun 
d'eux  apporte  une  gâche  de  pain.  (P.)  En  d'autres 
pays,  aux  environs  de  Dinàn,  par  exemple,  la  re- 
levée de  pignon  est  le  repas  des  relevailles. 

L'enfant  garde  pendant  huit  ou  neuf  jours  le 
bonnet  de  baptême  de  dessous  qui  se  nomme,  à 
Ercé,  le  crasse;  à  Matignon,  le  petit  krêmé.  C'est 
une  coutume  religieuse.  Le  bonnet  de  baptême  a 
une  croix  dans  le  fond. 

Le  bonnet  de  baptême  des  enfants  est  employé 
par  les  devins  et  les  sorciers.  On  doit  le  brûler  et 
non  le  jeter. 

Cf.  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  I*'',  p.  287. 

Si  on  enlevait  le  bonnet  de  crasse,  les  enfants 
seraient  malades  et  n'auraient  point  de  cheveux  à 
cet  endroit  de  la  tête.  (D.) 

Quand  un  enfant  perd  son  nombril,  ce  qui  a 
lieu,  en  général,  au  bout  de  neuf  jours,  il  ne  faut 


20    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


pas  le  jeter  dans  l'eau  ou  dans  le  feu,  car  l'enfant 
mourrait  noyé  ou  brûlé.  (E.) 

Pour  les  paysans,  le  parrainage  crée  une  vraie 
parenté  ;  si  le  parrain  ou  la  marraine  se  marie,  le 
filleul  appelle  parrain  ou  marraine  celui  des  époux 
qui  s'est  marié  avec  celui  ou  celle  qui  l'a  nommé. 
(E.)  Cet  usage  tombe  en  désuétude. 

Le  parrain  et  la  marraine  se  donnent  entre  eux 
le  nom  de  compère  et  de  commère  ;  ils  appellent 
ainsi  le  père  et  la  mère  de  leur  filleul,  et  récipro- 
quement. (E.,  M.,  P.) 


§    IV.    —    LES    RELEVAILLES 

Il  ne  faut  pas  qu'une  femme  travaille  avant  ses 
relevailles.  Si  elle  va  à  la  fontaine  puiser  de 
l'eau,  la  fontaine  tarira.  Si  elle  trait  ses  vaches, 
elles  cesseront  de  donner  du  lait,  ou  il  tour- 
nera. Si  elle  va  en  route,  le  vent  lui  cassera  un 
membre.  (P.) 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  14),  la  femme 
mange  à  part  et  ne  doit  toucher  à  quoi  que  ce  soit. 

Si  une  femme  travaille  avant  sa  messe  de  rele- 
vailles, son  enfant  devient  voleur.  (E.) 


LA  NAISSANCE  21 


Jusqu'à  ce  qu'elle  ait  été  relevée,  elle  doit  por- 
ter sur  elle  un  objet  bénit.  (D.) 

Quand  une  femme  va  se  faire  «  remettre  »,  — 
c'est  le  terme  usité  pour  les  relevailles,  —  elle 
s'agenouille  en  dehors  de  l'église,  et  une  personne 
va  prévenir  le  prêtre  qui  lui  pose  son  étole  sur  la 
tête,  lui  met  à  la  main  un  cierge,  et  l'asperge 
d'eau  bénite.  Elle  se  relève  alors,  entre  dans  l'é- 
glise et  vient  s'agenouiller  à  la  balustrade  de  l'au- 
tel, où  a  lieu  une  cérémonie  analogue. 

On  présente  sur  une  serviette  un  pain  que  le 
prêtre  bénit,  puis  il  en  coupe  le  premier  morceau 
que  l'accouchée  distribue'  à  ses  connaissances, 
(^vran.)  A  Rennes,  c'est  le  bedeau  qui  va  en 
porter  en  ville  aux  amis  de  la  personne  «  re- 
levée ». 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  bretomie,  t.  I^"^,  p.  48),  aux  re- 
levailles, la  sage-femme  tient  un  pain  blanc  entamé  d'un  bout  et 
enveloppé  de  l'autre,  qui,  après  avoir  été  bénit,  est  distribué  aux 
membres  de  la  famille. 

Une  femme  qui  a  perdu  des  enfants  en  bas  âge, 
au  lieu  de  dire  qu'ils  sont  morts,  dit  : 

—  J'en  ai  zu  (eu)  quat'  qui  sont  o  l'bon  Dieu. 
(S.-C.) 


CHAPITRE  II 


LE    PREMIER    AGE 


§  I.  —  l'allaitement  et  le  berceau 


I  une  femme  n'a  pas  de  lait,  elle  va  en 
pèlerinage  aux  saints  qui  en  donnent;  il 
y  en  a  un  à  Brusvily,  près  Dinan.  On 
raconte  qu'un  homme,  qui  y  avait  été  par  mo- 
querie, en  revint  les  mamelles  gonflées  de  lait. 

En  Basse-Bretagne,  où  les  fontaines  à  lait  sont  nombreuses, 
on  raconte  la  même  légende. 

«  Au  lieu  où  fut  brûlé  Gilles  de  Retz  fut  élevé 
un  monument  expiatoire  ;  il  fut  longtemps  un 
lieu  de  pèlerinage  pour  les  nourrices  qui  venaient 
y  implorer  la  bonne  Notre-Dame-de-Crée-Lait.  » 

(D'Amezeuil,  Récits  bretons,  p.  216.) 

Cf.,   sur  les   fontaines   analogues   de  la  Basse-Bretagne,  Ro- 
senweig,  p.  Ji. 


LE   PREMIER   AGE  23 


On  appelle  «  Marie-pisse-trois-gouttes  »  une 
femme  qui  est  médiocre  nourrice. 

Lorsqu'une  femme  ne  peut  allaiter  son  enfant, 
elle  Vaburote,  c'est-à-dire  le  nourrit  au  petit  pot. 

Pour  se  faire  passer  le  lait ,  les  nourrices 
prennent  une  infusion  de  chanvre  ou  se  mettent 
sur  les  seins  du  persil  pâme.  (E.) 

Le  her  (berceau)  est  ordinairement  un  meuble 
•en  bois,  qui  a  quelque  ressemblance  avec  une 
auge  au-dessous  de  laquelle  on  aurait  mis  deux 
quarts  de  rond.  Il  y  a  parfois,  mais  non  toujours, 
un  cercle  au-dessus  de  la  tête,  sur  lequel  on 
étend  un  linge  ou  un  rideau. 

Jadis,  ils  étaient  plus  ornés  :  j'en  ai  vu  en  Ille- 
et-Vilaine  et  sur  le  bord  de  la  mer  qui  étaient 
sculptés;  ils  étaient  contemporains  des  armoires 
plus  décorativement  que  finement  sculptées,  et  des 
lits  à  colonnes  en  quenouille,  qu'on  ne  retrouve 
plus  guère  maintenant  que  dans  les  vieux  mé- 
nages pauvres. 

Lorsqu'il  y  a  plusieurs  enfants,  l'un  d'eux 
berce  son  petit  frère  ou  sa  petite  sœur  au  moyen 
d'un  filet  attaché  au  berceau. 

Les  hers  se  prêtent  ou  se  donnent  ;  mais  on  ne 
doit  pas  les  vendre.  (D.) 

Les  Berceuses  sont  en  assez  grand  nombre, 
mais  elles  ne  sont  pas  toutes  populaires  ;  en  voici 
trois  des  plus  répandues  : 


/ 


24    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Berceuse. 

Dodo,  mon  petit  José  ; 

Ta  femme  est  dans  ton  lét  (lit). 

Le  petit  José 
Ne  peut  pas  dormi' 
Qu'il  n'ait  sa  femme 
Dans  son  petit  lit. 

Dodo,  delinette,  dodo, 
Dodin,  delinette,  dodo.  (D.) 

Eudor,  dor,  mon  petit  enfant. 

En  l'honneur  de  Monsieur  saint  Jean. 

Tant  que  l'enfant  dormira. 

Le  bon  Jésus  le  gardera.  (D.) 

Chatte  qui  gratte. 
Mon  mari-z-est  ici, 
'N'est  point  en  campangne 
Comme  il  m'avait  promis. 

J'endors  le  petit,  le  petit,  le  petit. 
J'endors  le  petit,  le  petit,  le  petit. 
Mon  fi'.  (P.) 

On  ne  doit  pas  éteindre  le  feu  qui  a  servi  à 
cuire  la  première  bouillie  d'un  enfant  nouveau-né; 
il  faut  l'entretenir  pour  qu'il  brûle  toute  la  nuit, 
afin  que  la  Vierge  puisse  venir  y  cuire  la  bouil- 
lie de  son  enfant.  Bien  qu'on  ne  la  voie  pas,  on 


LE   PREMIER   AGE  25 

est  persuadé  qu'elle  y  vient.  Si  un  enfant  était 
malade  après  qu'on  aurait  négligé  de  laisser  le  feu 
allumé,  on  dirait  que  sa  maladie  vient  de  là.  (D.) 
La  bouillie  qu'on  fait  pour  les  enfants  tout  pe- 
tits est  meilleure  que  toute  autre  bouillie.  C'est 
ce  qu'explique  un  dicton  : 

La  bouillie  au  petit  enfant, 

La  Vierge  a  mis  le  doigt  dedans. 

Aussi,  pour  faire  tenir  sages  les  aînés,  on  leur 
promet  de  leur  donner  la  gratte  de  la  bouillie  de 
leur  petit  frère. 

En  Basse-Bretagne,  il  n'existe  peut-être  pas  une  nourrice  qui 
ne  soit  convaincue  que  le  Christ  et  sa  mère  assistent  à  la  façon 
de  la  bouillie  à  l'enfant,  et  qu'il  ne  sort  pas  un  poêlon  du  feu 
qui  n'ait  reçu  la  bénédiction  de  la  Sainte- Vierge.  Il  v  en  a  qui 
prétendent  avoir  vu  la  chose.  (Galerie  bretonne,  t.  I"-*"",  p.  68.) 

Si  on  emmaillote  un  enfant  dans  des  langes 
faits  avec  des  morceaux  de  cotillon,  il  ne  sera  ja- 
mais prêtre  :  il  aimera  trop  les  filles.  (M.) 

Les  filles  emmaillotées  dans  des  lis  de  Irées 
(culottes),  même  si  ces  brées  n'ont  pas  servi, 
courent  après  les  garçons.  On  dit  à  une  fille  qui 
a  l'air  amoureux  :  «  On  voit  ben  que  tu  as  été 
emmaillotée  dans  dps  lis  de  brées.  «  (D.) 


26    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


5    n.    —    LES   PREMIERS  PAS,  LES  ENFANTS   ET  LES  SAINTS 

Lorsque  les  enfants  commencent  à  se  tenir 
droits,  on  les  met  dans  un  instrument  appelé 
chomette  (de  chômer,  se  tenir  debout)  ;  il  y  en  a 
de  deux  espèces. 

Les  uns  consistent  en  une  sorte  de  châssis  carré 
supporté  par  quatre  pieds,  le  long  duquel  glisse 
dans  des  rainures  une  planche  percée  d'un  trou 
rond  sur  lequel  l'enfant  se  soutient  par  les  coudes. 
D'autres  sont  formés  d'un  simple  châssis  supporté 
par  quatre  pieds  terminés  par  des  roulettes  en 
bois;  l'enfant  peut  facilement  faire  marcher  son 
petit  meuble. 

Le  tournant,  encore  plus  primitif,  est  un  cercle 
de  bois  dont  les  extrémités  sont  enfoncées  dans 
un  poteau  placé  au  milieu  de  Vhôté  (pièce  princi- 
pale de  la  maison)  ;  ce  poteau  est  mobile,  et  l'en- 
fant, soutenu  par  le  tournant,  peut  se  promener 
tout  autour. 

.  Pour  que  les  enfants  marchent  vite,  on  les 
porte  à  la  messe  le  jour  des  Rameaux;  on  les 
mène  à  l'évangile  pour  les  faire  grandir.  (D.) 

A  Saint-Caradec,  les  mères  viennent  exercer 
leurs  enfants  à  marcher   sur  la  tombe  de  Guil- 


LE   PREMIER   AGE  2'] 

laume  Coquil,  recteur,  mort  en  odeur  de  sainteté 

(1749)- 

A  Quintin,  pour  que  les  enfants  marchent  plus 

vite,  on  les  roule  sur  le  grand  autel. 

Saint  Genefort,  dans  l'église  Saint-Martin  de 
Lamballe,  est  l'objet  d'un  pèlerinage  suivi  ;  on  y 
porte  les  enfants  faibles  ou  malades,  et  on  les 
roule  sur  l'autel  consacré  au  martyr.  Cette  céré- 
monie a  encore  lieu  assez  fréquemment. 

L'usage  de  porter  les  enfants  débiles  sur  le  tombeau  des  saints 
existe  aussi  dans  le  Jura,  la  Saône-et-Loire,  le  Pas-de-Calais 
(cf.  D.  Monnier,  pp.  586-588);  dans  la  Loire  (cf.  Mém.  delà  Soc. 
d'aoric.  de  la  Loire,  t.  XIV,  p.  155  —  ce  sont  des  rochers  à  bassins 
dits  de  Saint-Martin);  en  Basse-Bretagne  (cf.  Rosenweig,  p.  78). 
En  Poitou  (cf.  Guerrj-,  Soc.  des  Ant.,  t.  IV,  p.  45;),  on  les  assied 
dans  le  trou  d'une  pierre  dite  de  Saint-Fessé. 

Quand  un  enfant  est  faible,  on  met  des  feuilles 
de  bouleau  à  dessécher  dans  le  four,  puis  on  les 
place  dans  le  berceau  ;  on  est  persuadé  que  l'en- 
fant ne  tarde  pas  à  reprendre  des  forces.  (E.) 

A  Saint-Germain-de-la-Mer,  il  y  a  une  fontaine 
où  on  lave  les  enfants  pour  les  préserver  des  tran- 
chées. 

Cf.  sur  une  fontaine  objet  d'un  culte  analogue,  A. -S.  Morin, 
le  Prêtre,  pp.  18-2O. 

Dans  celle  de  Saint-David,  à  Landébia,  près  de 
Plancoët,  on  plonge  les  jeunes  enfants  pour  leur 
donner  des  forces. 

A  Sainte-Émérance  en  Évran,  il  y  a  une  sta- 


28    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

tue  devant  laquelle  on  allait  dire  des  prières  poui 
guérir  les  enfants  du  mal  de  ventre.  Il  y  en  a  une 
autre  au  Quiou  qui  a  la  même  vertu. 

«  A  Radenac  est  la  fontaine  de  Saint-Armel  ; 
on  y  porte  les  enfants  qui  commencent  à  marcher, 
afin  que,  par  la  vertu  de  ses  eaux,  ils  obtiennent 
de  se  tenir  solidement  debout.  »  (Ogée.) 

En  la  commune  de  Gausson  (Côtes-du-Nord), 
on  plonge  les  enfants  qui  ne  marchent  pas  de 
bonne  heure  dans  une  fontaine  dédiée  à  saint  Ni- 
colas. 

Cf.  pour  des  usages  analogues  en  Eure-et-Loir,  A. -S.  Morin. 
Le  Prêtre  et  le  Sorcier,  p.  17;  en  Basse-Bretagne,  Rosenweig. 
p.  94;  dans  la  Marche,  L.  Duval,  p.  51. 

Lorsque  les  enfants  ne  marchent  pas  de  bonne 
heure,  on  leur  frotte  les  reins  avec  du  beurre  fort. 
On  emploie  le  même  remède  pour  faire  tomber 
les  croûtes  qui  sont  sur  le  front.  (D.) 

«  Dans  le  voisinage  de  Gaël,  saint  Méen  fit 
jaillir  une  source...  Elle  est  d'un  grand  renom 
pour  la  guérison  d'une  lèpre  qui  couvre  la  tête 
des  enfants  au  berceau.  » 

(Baron  Dutaya,  Brocéliande,  p.  64.) 

A  la  fontaine  de  Saint-Évent,  à  la  Malhoure, 
canton  de  Lamballe,  on  porte  de  très  loin  des 
enfants,  afin  que,  par  la  vertu  de  ses  eaux,  ils 
soient  guéris  de  la  teigne  ou  de  la  colique.  La 


LE   PREMIER   AGE  29 

Statue  du  saint  est  placée  dans  un  petit  édicule 
gothique  qui  recouvre  la  fontaine;  il  y  a  toujours 
aupr^'S  beaucoup  de  petits  bonnets  et  de  chemises 
d'enfants.  Deux  fois  par  an  a  lieu  la  vente  de  ces 
ex-voto. 

«  Les  mères  viennent  au  pardon  de  Tréhoren- 
teuc  (Morbihan  français),  et  versent  sur  les  pau- 
pières enflammées  des  enfants  quelques  gouttes 
de  l'eau  pure  de  la  fontaine  de  Sainte-Ouenna.  » 

(Baron  Duuya,  Brocèliande,  p.  GG.") 

Avec  les  toutes  petites  pierres  à  tonnerre,  on 
fait  des  colliers  qu'on  suspend  au  cou  des  enfants 
pour  les  préserver  des  maladies  de  l'enfance, 
et,  en  particulier,  de  la  râche  et  du  mal  d'yeux. 
Ce  collier  porte  le  nom  de  chapelet  de  saint 
François. 

Cf.  sur  les  Gougad  patereu,  usités  autrefois  dans  le  Morbihan, 
mes  Traditions  et  superstitions,  t.  I,  p.  54. 

Pour  garantir  les  enfants  des  vers,  on  leur  met 
au  cou  un  collier  de  graines  de  camomille. 

S'ils  ont  des  vers,  on  prend  des  lombrics  ou 
vers  de  terre  et  on  les  leur  place  sur  le  creux  de 
l'estomac.  (D.) 

Quand  un  enfant  se  trouve  mal,  on  dit  que  les 
vis  lui  pissent  au  cœur.  (E.)  Et  pour  l'en  préser- 
ver, on  lui  met  au  cou  un  collier  d'ail. 

Cf.  Souche  (Poitou),  p.  28. 


30      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

Quand  un  jeune  enfant  a  le  hoquet,  c'est  signe 
qu'il  profite.  (E.) 

Cf.  Souche,  p.  5. 

Quand  il  rend  du  lait  après  avoir  bu,  c'est  bon 
signe;  on  dit  :  «  l'fait  du  lait  marri,  vient-i' 
ben  !  »  Le  lait  marri  est  du  lait  qu'on  fait  bouillir 
et  dans  lequel,  pour  le  faire  tourner,  on  verse  du 
lait  baratté.  (D.) 

Pour  empêcher  les  enfants  de  pisser  au  lit,  on 
les  frotte  avec  des  orties.  (E.) 

On  fait  aussi  griller  des  limas  rouges  sur  la 
tournette  qui  sert  à  faire  les  galettes,  et  on  les  met 
dans  un  tourtiaii  de  pain,  c'est-à-dire  dans  une 
sorte  de  galette;  mais  il  ne  faut  pas  en  faire  plus 
que  l'enfant  ne  pourra  en  manger.  (E.) 

Lorsqu'on  fait  s'embrasser  deux  enfants  qui  ne 
parlent  pas  encore,  il  y  en  a  un  qui  meurt.  (D.) 


§    IIL    —    CE    qu'on    dit   aux   enfants.    —    HYGIÈNE, 
PRÉJUGÉS 

On  ne  sèvre  guère  que  vers  le  quinzième  mois. 
Quand  le  moment  du  sevrage  est  arrivé,  on 
envoie   l'enfant  chez  sa  marraine.  (E.)  On  voit 


LE   PREMIER   AGE  3I 

parfois  des  enfants  de  cinq  ou  six  ans  qui  tettent 
encore. 

Pour  sevrer  les  enfants,  les  mères  se  couvrent 
le  sein  d'une  peau  de  bique,  ou  se  frottent  le 
bout  des  seins  avec  quelque  chose  de  piquant  ou 
d'amer.  (D.) 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Gahrie  bretonne,  t.  II,  p.  77),  il  y  a 
des  femmes  qui  donnent  à  téter  à  leur  enfant  jusqu'à  l'âge  de 
quatre  ans.  Elles  s'enduisent,  pour  les  sevrer,  le  sein  avec  une 
sorte  de  pâte  de  poivre. 

Il  est  fait  allusion  à  cet  allaitement  prolongé  dans  plusieurs 
contes. 

Voici  quelques  dictons  sur  les  enfants  et  les 
parents  : 

—  N'y  a  point  d'cônille  qui  ne  trouve  ses 
cônillons  beaux.  (E.) 

—  Vêtes  p'us  fort  que  l'bon  Dieu;  v'avez  fait 
p'us  grand  que  vous.  (E.)  Se  dit  quand  un  enfant 
est  de  plus  haute  taille  que  ses  parents. 

—  Que  ceux  qui  les  font  les  bercent.  (E.) 

—  Les  petites  filles,  c'est  de  Vorine  (race)  des 
poules,  ça  ne  quitte  point  la  mère.  (E.) 

Ce  dicton  met  en  relief  la  différence  qu'il  y  a 
entre  les  petites  filles  qui  restent  à  la  maison  et 
les  petits  paysans;  ceux-ci,  dès  qu'ils  marchent 
seuls,  se  faufilent  dans  les  écuries,  font  claquer 
des  fouets  et  traînent  des  morceaux  de  bois  qui 
sont  pour  eux  un  attelage  imaginaire. 

Les  parents,  au  reste,  les  encouragent  en  leur 


32      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

faisant  des  fouets,  en  les  mettant  à  califourchon 
sur  le  cou  des  chevaux.  Il  y  en  a  qui  disent  avec 
orgueil,  en  parlant  d'un  enfant  de  quatre  ou  cinq 
ans  :  «  Ce  sera  un  bon  charretier,  i'  fait  bien 
claquer  son  fouet.  » 

On  appelle  guer^illon  d'foiirneèse  l'enfant  qui 
aime  trop  le  foyer.  (S.-Donan.) 

On  prétend  que  les  enfants  qui  ont  été  élevés 
avec  du  lait  de  chèvre  sont  lestes  et  sautent 
comme  des  chèvres.  (Montauban,  D.) 

On  dit  parfois  aux  petits  garçons  que,  s'ils  em- 
brassent les  filles,  il  leur  poussera  de  la  barbe.  (M.) 
On  le  dit  plus  habituellement  aux  filles. 

Pour  les  faire  manger  de  la  soupe,  on  leur  as- 
sure que  cela  les  fera  grandir. 

Quand  les  petits  enfants  ne  veulent  pas  se  lais- 
ser peigner,  les  mères  leur  racontent  Thistoire 
d'enfants  pouilleux  que  les  poux  ont  traînés  à  la 
rivière  par  les  cheveux  pour  les  noyer  (M.,  P.)  ; 
ou  on  leur  dit  que  les  poux  vont  leur  corder  les 
cheveux  et  les  entraîner  «  sans  grâce  ».  (D.) 

Cf.  dans  Rolland,  t.  III,  p.  2j),  deux  dictons  analogues 
(Lorient  et  Côte-d"Or)  ;  cf.  aussi  Souche,  Proverbes,  p.  20 
(Poitou). 

On  prétend  à  la  campagne  que  les  poux 
mangent  le  mauvais  sang.  J'ai  connu  des  fer- 
mières très  propres,  qui  peignaient  régulièrement 
leurs  enfants,  mais  avaient  soin  de  leur  laisser 


LE  PREMIER   ÂGE  3  3 


deux  ou  trois  poux  sur  la  tête.  (E.)  On  cii  laisse 
toujours  aux  enfants  forts.  (D.) 

Cf.  Desaivrc,   Croy.,  etc.,  p.  ii,  et  RoIlatiLl,  t.  III,  p.  2y^. 

Si  on  enlevait  trop  tôt  aux  enf;uUs  les  croûtes 
qu'ils  ont  sur  la  tête,  l'humeur  se  porterait  sur  le 
cœur  et  ils  mourraient.  (D.) 

Les  garçons  restent  en  colle  jusque  vers  cinq 
ou  six  ans,  mais  ils  ont  un  chapeau  et  non  un 
bonnet.  Jadis,  ils  y  restaient  jusqu'à  leur  commu- 
nion, qui  se  faisait  alors  vers  onze  ou  douze  ans 
seulement.  (D.) 

C'est  la  marraine  qui  donne  la  première  cu- 
lotte, si  elle  a  nommé  un  garçon;  la  première 
robe,  si  c'est  une  tille.  (E.) 

Au  commencement,  on  ne  met  les  enfants  en 
culotte  que  le  dimanche,  ou,  dans  les  fermes,  lors 
de  la  visite  du  propriétaire.  (P.) 

On  donne  aux  enfants  récemment  mis  en  cu- 
lottes les  noms  de  «  quat'  pouces  de  brées  », 
«  brêlot  »,  «  brâitard  »,  «  breisard  ». 

Le  jour  des  Rameaux,  on  achète  toujours 
quelque  chose  de  neuf  aux  enfants,  et  on  les 
porte  à  l'église,  au  moins  au  commencement  l\':. 
la  messe  et  pendant  la  procession.  (E.) 

On  dit  à  un  enfant  tout  petit  : 

Qjae  le  bon  Dieu  te  bénisse 

Et  que  saint  Pierre  te  grandisse.  (P.) 


34      L  HOMME   DE   LA    NAISSANCE  A  LA    MORT. 


Si  un  enfant  essaie  de  pousser  une  grande  per- 
sonne, celle-ci  lui  dit  : 

Oli  !  le  fort  Samson, 
Qu'abat  les  chèn'  à  coups  d'talon.  (D.) 

Pour  que  les  enfants  n'approchent  pas  de  Tcau, 
on  leur  fait  peur  d'une  bête  verte  qui  viendrait 
les  saisir  et  les  entraîner  au  fond. 

En  Normandie  (cf.  A.  Bosquet,  p.  119),  c'est  la  bète  Havette 
qui  enlève  les  enfants  quand  ils  s'approchent  trop  des  fontaines. 

On  dit  au.K  enfants  pour  les  faire  se  coucher  : 

—  Le  petit  bonhomme  Dormi  va  t'emporter  : 
couche-toi  bien  vite,  le  petit  bonhomme  Dormi 
qui  te  prend  ; 

Ou  : 

—  Voilà  la  petite  bonne  femme  au  sable. 
A  Matignon,  on  disait  jadis  : 

—  Hattaï,  Viens  mon  petit  gars,  la  grande  nuit 
d'Pléboulle  va  v'ni'  te  cri  (chercher). 

—  V'ià  le  petit  bonhomme  Chopiilard  qui 
passe  (de  choper,  s'assoupir). 

—  Croquemitaine  est  derrière  la  porte. 

—  Voici  la  petite  bonne  femme  au  sable. 

On  montre  aux  petits  enfants,  lors  de  la  pleine 
lune,  l'homme  qui  porte  sur  ses  épaules  un  fagot 
u'épines;  il  se  nomme  le  bonhomme  la  Lune 


LE  PREMIER   AGE  3  ) 

C'est  en  punition  de  vols  commis  qu'il  a  été  con- 
damné à  se  promener  ainsi  jusqu'au  jour  du 
jugement.  D'après  certains  récils,  il  aurait  volé 
des  fauniUes  ou  fagiiiUes  (fagots  de  menu  bois), 
du  beurre;  d'après  d'autres,  il  aurait  enlevé  la 
hciche  (barrière  d'un  champ). 

Cf.  VHomvte  dans  la  lune,  n°  lxiv  des  Ccntcs  des  paysans  el  iù:< 
pêcheurs. 

On  évangélisc  les  enfants,  —  même  à  la  ma- 
melle, —  afin  de  les  préserver  de  la  peur. 

Le  même  usage  existait  au  xvi=  siècle  (cf.  ÏEvangîle  des  Que- 
veuilles,  p.  58). 

Quand  un  enfant  perd  ses  dents  de  lait,  ou 
qu'on  les  lui  arrache,  il  ramasse  la  dent  et  va 
l'enterrer  ou  la  cacher  quelque  part  :  toutes  les 
bonnes  femmes  qui  passent  h.  côté  sont  obligées 
de  péter,  et  on  prétend  que  l'enfant  les  en- 
tend. (E.)  Ailleurs,  c'est  sous  le  seuil  de  la  porte. 

Qiiand  un  enfant  perd  ses  dents  de  lait,  on  lui 
dit  que,  chaque  fois  qu'une  de  ses  dents  tombe, 
c'est  qu^'il  a  fait  un  mensonge. 


îE'^ 


CHAPITRE   111 


L' E  C  O  L  E 


I.  —  l'école 


AXS  un  assez  grand  nombre  de  pays,  on 
ij  R    met  les  enfants  à  l'école  dès  l'âge  de  cinq 


ans;  mais,  presque  partout,  la  fréquenta- 
tion scolaire  varie  suivant  les  époques  de  l'année. 
Lorsque  les  enfants  peuvent  rendre  des  services  à 
la  maison,  au  moment  des  grands  travaux,  l'effec- 
tif d'une  classe  rurale  pouvait,  avant  la  loi  sur 
l'instruction,  se  trouver  réduite  de  plus  de  cin- 
quante pour  cent. 

Autrefois,  on  n'envoyait  guère  les  enfants  à 
l'école  que  pour  leur  faire  apprendre  leurs  prières 
et  leur  catéchisme  ;  l'instruction  qu'ils  pouvaient 
acquérir  en  dehors  de  ces  deux  choses  était  presque 
du  luxe.  Aussi  il  était  assez  rare  de  voir  dans  les 
écoles  des  élèves  de  plus  de  quatorze  ans. 


L  ECOLE 


?/ 


Actuellement,  —  et  je  parle,  au  moins  pour  les 
pays  que  j'ai  habités,  de  la  période  qui  a  précédé 
l'application  de  la  loi  sur  l'instruction  obligatoire, 
—  les  parents  tiennent  davantage  à  ce  que  leurs 
enfants  soient  instruits.  Souvent,  j'ai  entendu  dire 
à  des  paysans  illettrés  :  «  Était-on  diot  (sot)  de 
mon  temps  de  ne  pas  apprendre  à  lire.  »  Ou  : 
«  L'instruction  est  le  bonheur  des  enfants.  »  Ou 
bien  encore  :  «  Je  veux  que  mon  petit  gars  aille  à 
l'école  pour  qu'il  ne  soit  pas  diot  comme  moi.  » 

Les  enfants  qui  habitent  loin  du  bourg,  où  se 
trouve  ordinairement  l'école,  emportent  le  matin 
dans  un  petit  panier,  où  ils  ramassent  aussi  leurs 
livres,  des  provisions  pour  le  repas  de  midi.  Sou- 
vent, ils  font  route  avec  des  enfants  de  villages 
placés  sur  leur  passage;  garçons  et  filles  vont 
ensemble. 

Parfois,  surtout  dans  la  saison  des  nids,  ils  s'at- 
tardent quelque  peu  le  long  du  chemin.  En  cer- 
tains pays,  lorsqu'ils  ont  un  peu  flâné,  ils  pressent 
le  pas,  et  pour  savoir,  en  l'absence  de  montre  ou 
d'horloge,  s'ils  arriveront  en  retard,  ils  consultent 
des  espèces  d'augures;  ils  disent  : 

—  Je  se  (suis)  matin  assez,  mon  petit  dé  (doigt) 
me  l'a  dit.  (P.) 

Ou  bien  ils  regardent  les  pies  qui  sont  sur  la 
route  ou  dans  les  champs.  S'ib  voient  le  blanc, 
ils  se  disent  :  «  Nous  serons  à  l'heure.  »  Si,  au 


38    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

coatraire,  ils  voient  le  noir,  ils  disent  i  «  Nous 
serons  en  retard.  »  (S.-C.) 

Pour  savoir  l'heure  qu'il  est,  ils  consultent  les 
graines  de  pissenlit  ;  ils  soufflent  dessus.  :  le 
nombre  des  graines  qui  restent  donne  la  réponse  ; 
s'il  y  en  a  de  cassées  ou  de  courbées,  ce  sont  des 
demi-heures  ou  des  quarts  d'heure.  (S.-C.) 

Ils  regardent  aussi  l'heure  où  les  cônilles  (cor- 
beaux) partent  ou  s'en  reviennent  pour  savoir 
combien  ils  ont  de  temps  devant  eux  pour  s'amu- 
ser avant  d'aller  à  l'école,  ou,  au  retour,  avant  de 
rentrer  chez  eux.  Les  corbeaux  sonf  exacts  dans 
leurs:  heures,,  et  on  peut,  en  effet,  se.  guider  sur 
eux. 

Lorsque  les  enfants  manquent  l'école,  on  dit 
qu'ils  «  font  le  renard  ».  (M.,  P.) 

A  midi,  les  enfants  prennent  leurs  repas.  Ceux 
qui  n'ont  point  de  parents  au  bourg  vont,  eix  gé- 
néral, dans  des  maisons  voisines  où,  parfois,  on 
leur  trempe  leur  soupe,  et  où  ils  peuvent  se 
chauffer  pendant  l'hiver.  Il  y  a  des  personnes  qui 
recueillent  ainsi  chez  elles  une  dizaine  d'enfants; 
elles  en  sont  dédommagées  par  des  cadeaux  de 
beuiTe,.  de" saucisses,  de  pommes,  etc.,  que  leur 
font  les  parents. 


L  ÉCOLE  3  9 


5    II.    —   JEUX    ET    AMUSETl-ES 

Pendant  les  liem-es  de  récréation,  les  jours  de 
congé,  ou  le  long  de  la  route,  les  écoliers  des 
deux  sexes  s'amusent;  leurs  jeux  sont  en  assez 
grand  nombre.  En  voici  quelques-uns.  Dans  un 
ouvrage  spécial  que  je  prépare,  je  décrirai  plus  au 
long  leurs  jeux,  les  formules  d'élimination,,  etc. 
Ceux  qui  suivent  sont,  pour  la  plupart,  communs 
aux  garçons  et  aux  filles. 

Les  enfants  tirent  les  graines  armées  de  petites 
pointes  qui  se  trouvent  dans  les  baies  d'églantier, 
et  ils  les  fourrent  brusquement  entre  la  peau  et  la 
chemise  de  leurs  camarades  pour  les  faire  se 
gratter. 

Un  enfant  prend  deux  tiges  de  fétuque  et  les 
croise  l'une  sur  l'autre,  puis  il  les  introduit  dans 
la  bouche  d'un  de  ses  camarades,  en  lui  disant  : 
«  Je  vais  t'apprendre  un  joli  jeu  ;  ne  serre  pas  trop 
les  dents.  »  Le  naïf,  qui  ne  connaît  point  le  fin 
de  la  chose,  se  laisse  faire;  l'autre  enfant  tire,  et 
les  graines  restent  dans  la  bouche,  tandis  que  le 
chaume  est  coupé  par  les  deilts.  La  dupe  se  met 
alors  à  cracher  à  la  grande  joie  de  ceux  qui 
.".ssistent  à  ce  tour.  Cela  s'appelle  brider  la  ju- 
nicnt,  (E.)  passer  Je  sas.  (D.) 


40      L  HOMME    DE   LA   NAISSANCE   A   LA   MORT 

Ce  jeu  est  connu  en  Poitou  (cf.  Souche,  Pim.,  p.  22);  en  ce 
pays,  il  s'appelle  «  faire  un  tamis  ». 

On  dit  aussi  aux  naïfs  :  «  Veux-tu  que  je  te 
fasse  voirie  lièvre  danser?  »  Il  répond  oui;  on  lai 
frotte  les  yeux  avec  du  suc  blanc  d'une  espèce 
d'euphorbe,  dite  flangoué  ou  flanga,  qui  est  très 
corrosif;  il  a  la  vue  trouble,  pleure,  et  c'est  alors 
qu'il  voit  les  lièvres  danser.  (D.) 

Les  enfants  s'amusent  à  mettre  en  ligne  les 
baies  rouges  d'églantier  qui  se  nomment  hœujs  en 
patois,  et  ils  se  disputent  à  qui  aura  le  plus  de 
bœufs.  (P.) 

Ils  cueillent  aussi  des  feuilles  de  houx  ;  ils 
disent  que  ce  sont  leurs  vaches.  Autant  de  feuilles, 
autant  de  vaches  ;  ils  les  attachent  à  la  queue  les 
unes  des  autres  et  les  traînent.  (D.) 

Avec  la  tia:e  de  sureau  dont  la  moelle  a  été 
enlevée,  ils  font  une  sorte  de  sarbacane,  qu'ils 
nomment  taponnouère  ou  taconnouére.  Ils  y  intro- 
duisent des  tapons  àQ  chanvre,  et,  au  moyen  d'une 
baguette  qui  entre  à  frottement  dans  le  trou,  ils 
chassent  les  boules  de  chanvre,  qui  sont,  en  géné- 
ral, au  nombre  de  deux.  Celui  qui  a  le  plus 
de  succès  est  celui  qui  lance  la  balle  le  plus  loin 
et  la  fait  le  mieax péter.  Sur  la  côte,  on  remplace 
parfois  le  chanvre  par  un  morceau  de  la  grosse 
tige  d'un  fucus. 

Ce  même  instrument,  quand,  au  moyen  d'une 


l'école  41 

modification  dans  l'ouverture,  il  sert  à  lancer  de 
l'eau,  s'appelle  clissouère  ou  gilouère-,  l'un  des 
bouts  est  alors  fermé,  sauf  une  petite  ouverture, 
et  la  baguette  remplit  le  rôle  aspirant  d'un  bâton 
de  seringue. 

Avec  les  chaumes  de  blé  vert  ou  d'avoine,  ils 
font  une  sorte  de  petite  musique,  qui  ressemble  à 
une  anche  et  rend  un  son  assez  doux.  Ils  la 
nomment  sonnette  ou  houé\e,  et,  pour  qu'elle  ait 
meilleur  son,  ils  lui  adressent  des   formulettes  : 

Sonne,  sonne,  sonne. 
Ma  petite  sonnette, 
J'te  donnerai  du  beurre  et  du  lait 
Dans  n'un  petit  poté  (pot) 
Pour  saint  José,  (P.) 

Cf.  sur  ces  formulettes  mes  Traditions  et  siipenlitioiis,  t.  li, 
p.  330. 

Avec  des  branches  de  saule,  ou  avec  des  tiges 
de  prêle,  ils  font  des  sifflets. 

La  feuille  de  houx  sert  aussi  à  faire  une  sorte 
de  petite  musique  qui  rend  un  son  assez  doux, 
analogue  à  celui  de  la  sonnette.  On  entaille,  sur 
le  revers  de  la  feuille,  la  peau  extérieure,  de  ma- 
nière à  ne  pas  percer  et  à  faire  trois  entailles, 
dont  celle  du  milieu  est  la  plus  grande;  on  la 
place  au-devant  de  sa  bouche  et  on  souffle.  Cela 
s'appelle    un    nunu.    Faire   un    tiunu   qui  «  dise 


42     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

bien  »  est  un  talent  que  tout  le  monde  n'a  pas; 
celui  qui  le  possède  peut  conclure  avec  les  autres 
des  échanges  avantageux. 

Avec  des  sureaux  creusés,  au  bout  desquels  on 
colle  une  pelure  d'oignon,  et  qu'on  entaille  non 
loin  du  bout,  en  forme  de  mirliton,  on  fait  des 
instruments  rustiques  qui  ressemblent  à  ceux 
qu'on  achète  :  de  même  que  ceux-ci,  on  les 
nomme  turhdutus. 

On  siffle  aussi  en  tenant  devant  sa  bouche  une 
feuille  dont  on  présente  le  coupant  au  souffle. 

On  siffle  encore  dans  les  cotissiaoïix  ou  fleurs  de 
digitales. 

Au  bord  de  la  mer,  les  enfants  prennent  des 
rubans  de  flèches  bien  sèches  et  ils  les  tendent 
iWQc  les  deux  mains  à  portée  de  leur  oreille  :  le 
vent  rend  une  petite  musique  très  douce  en  souf- 
flant au  travers. 

Ils  s'appliquent  aussi  à  l'oreille  des  coquilles  de 
buccins.  Cela  se  fait  aussi  dans  l'intérieur,  et  l'on 
croit  que  le  bruit  que  fait  le  vent  en  entrant  dans 
les  spirales  est  celui  de  la  mer. 


L  ECOLE  43 


2    m.  —  JEUX  DES  GARÇONS,  COXVEKTIOXS 

Si  les  enfants  de  l'école  ont  perdu  quelque 
cliose,  une  toupie  par  exemple,  ils  disent  : 

Elle  est  sur  la  terre  aux  Bertons  (Bretons), 
Ceux  qui  la  trouveront  l'auront. 

Celui  qui  la  trouve  peut  la  garder;  mais  il  est 
obligé  de  la  rendre  si  celui  qui  l'a  perdue  a  dit  : 

Elle  est  sur  la  terre  aux  irangnes  (araignées), 
Celui  qui  la  trou'ra  devra  la  rend'e.  (P.) 

«  Lorsqu'un,  enfant  veut  donner  sa  parole,  il 
pitsse  successivement  sa  langue  sur  chacun  des 
doigts  de  sa  main  droite,  puis,  sur  le  milieu 
de  cette  même  main,  en  crochant,  c'est-à-dire  en 
traçant  le  signe  de  la  croix,  celui  à  qui  est  îah  le 
serment  dit  :  «  Si  tu  manques  à  ta  promesse, 
('  j'irai  dans  le  paradis  et.  toi  dans  l'enfer.  » 

«  Une  autre  manière  de  rendre  une  promesse 
solennelle,  c'est  de  lever  la  main  après  avoir  cra- 
ché dedans,  et  quelquefois  après  y  avoir  tracé  un 
signe  de  croix. 

«  Pour  conclure  un  marché,  deux  enfants  en- 
lacent leurs  petits  doigts,  cela  s'appelle  crocher  ; 
ne  pas  tenir  un  engagement  ainsi  contracté,  c'est 


44    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

décrocher,  et  il  est  dit  que  «  celui  qui  décroche  va 
«  en  enfer.  » 

«  Si  un  enfant  veut  reprendre  un  cadeau  qu'il 
a  fait,  on  lui  dit  :  «  Donné  est  pire  que  vendu.  « 
Ou  bien  :  «  Une  fois  donné,  c'est  vendu.  » 

(Saint-Brieuc,  Mcîusine,  t.  I,  col.  294.) 

Si  on  veut  reprendre  ce  qui  a  été  donné,  on 
dit  :  «  Il  n'y  a  que  le  diable  qui  reprend.  »  (M.) 

duand  les  enfants  font  des  marchés,  ils  entre- 
lacent leur  petit  doigt,  et  disent  : 

Petit  doigt,  petit  doigt, 
Si  tu  dèchanges  (te  dédis),  le  diable  sera  pour  toi. 

Formuîeltes  d'élimination.  —  Pour  savoir  qui 
sera  dessous,  on  emploie  un  assez  grand  nombre 
de  formules  d'élimination;  en  voici  quelques- 
unes  : 

A  la  lune  au  crcssent 

Bonté, 

Clarté, 

En  Paradis. 

Mot  d'sot, 

Mot  d'alcne, 

Mon  compère, 

Va-t'en  es  vcnes. 

On  court  les  uns  après  les  autres  en  chantant 
deux  fois  : 


l'école  45 


Le  loup  est  mort 
Dans  r  corridor; 
Q.uand  s'ra  réveillé, 
Il  va  tous  nous  manger. 

Et  celui  qui  est   le  premier  attrapé    par  un  des 
autres  est  le  loup  et  est  dessous. 

A  la  queue  du  loup.  —  Il  y  a  deux  acteurs  prin- 
cipaux, dont  l'un  est  le  loup  et  l'autre  la  mère. 
Le  loup  fait  le  geste  de  ramasser  sa  fouée  et  les 
autres  viennent  la  lui  prendre.  Il  dit  : 

—  Qui  qu'a  ramassé  ma  fouée? 

—  'Est  une  petite  bonne  femme  qui  l'a  prinse 
pour  faire  des  gauff'es  (galettes). 

Le  loup  se  met  alors  à  foire  mine  d'affiler  ses 
crocs  avec  ses  ongles,  comme  s'il  était  en  co- 
lère, et  il  se  met  à  sauter  en  haut.  Les  petits  se 
tiennent  derrière  un  garçon  qui  est  la  mère  et 
qui  les  défend  de  son  mieux  ;  quand  ils  sont  tous 
pris,  ils  se  couchent,  et  le  loup  f^iit  mine  de 
les  manger;  c'est  la  mère  qu'il  mange  la  der- 
nière. (P.) 

On  trouvera  plus  loin  deux  variantes  de  ce  jeu. 

Jeu  des  fleurs.  —  Les  enfants  qui  y  jouent  se 
mettent  en  quatre  endroits  différents  ;  dans  trois 
d'entre  eux,  il  n'y  a  qu'un  seul  enfant,  dont  l'un 
est  le  Bon  Dieu,  l'autre  la  Bonne  Vierge,  le  iroi- 


46      L'HOMME   DE   LA   NAISSANCE    A    LA   MORT 

sième  le  Diable.  Le  reste  des  enfants  forme  un 
groupe  à  part,  et  l'un  d'eux  est  chargé  de  don- 
ner à  chacun  un  nom  de  fleur  et  de  les  repré- 
senter devant  Dieu,  la  Bonne  Vierge  et  le  Diable  ; 
l'un  a  une  fleur  de  pommier,  l'autre  une  fleur 
d'ajonc,  etc. 

Le  Bon  Dieu  vient  le  premier  frapper  à  la 
porte  :  Pan  !  pan  ! 

—  Qj-^i  est-ce  qui  est  là?  demande  le  chef  des 
enfants. 

—  Le  Bon  Dieu  avec  sa  couronne  d'épines. 

—  Que  demande-t-il  ?  —  Une  fleur.  —  QjLielle 
fleur?  —  Une  fleur  de  pommier. 

L'enfant  qui  a  cette  fleur  sort  du  groupe  et  le 
bon  Dieu  l'emmène  en  paradis.  Si  le  Bon  Dieu, 
qui  ne  doit  pas  savoir  le  nom  des  fleurs,  nomme 
une  fleur  qui  n'est  pas  dans  le  groupe,  il  est 
obligé  de  s'en  retourner,  et  de  ne  revenir  qu'a- 
près que  la  Vierge  .€t  le  Diable  ont  fait  leur 
tournée. 

La  Bonne  Vierge  paraît  :  Pan  !  pan  ! 

—  Qui  est-ce  qui  est  là  ?  —  La  Bonne  \'ierge 
avec  son  manteau  doré.  —  Qiie  demande-t-elle?  — 
Une  fleur.  —  Quelle  fleur?  —  Une  fleur  d'ajonc. 

Si  la   fleur  est   dans  le    groupe,  elle  suit    la 
Bonne  Vierge  qui  l'emmène  dans  sa  maison. 
Le  Diable  arrive  alors  :  Pan!  -pan! 
Qui  est-ce  qui  est  là  ?  —   Le   Diable  avec  ses 


L  KCOLE 


47 


coul's  (cornes).  —  QjLie  demande-t-il  ?  —  Une 
Heur.  —  QjLielle  fleur?  —  Une  fleur  d'épines.  — 
Si  cette  fleur  est  là,  elle  suit  le  Diable  qui  rem- 
mène en  enfer. 

Le  jeu  continue  et  le  Bon  Dieu,  la  Bonne 
Vierge  et  le  Diable  viennent  chacun  à  leur  tour, 
jusqu'à  ce  qu'ils  aient  emmené  toutes  les  fleurs. 
Quand  tout  est  terminé,  les  enfants  du  Bon  Dieu 
et  de  la  Bonne  Vierge  crient  :  «  les  Damnés  !  )> 
et  vont  les  poursuivre  et  les  brûler.  (S.  C.) 

La  Bague-madame.  —  Il  s'agit  de  deviner,  parmi 
ceux  qui  prennent  part  au  jeu,  qui  a  un  objet 
donné.  (Tréveneuc.) 

La  Veuve.  —  On  se  met  à  la  file,  deux  par  deux, 
puis  devant  le  couple  se  place  le  veuvier  (veuf)  ; 
les  deux  qui  sont  derrière  lui  doivent  aller  se  re- 
joindre par-devant  lui  en  courant.  Il  essaie  d'en 
attraper  un  ;  s'il  peut  y  parvenir,  celui  qui  a  et  j 
pris  lui  sert  de pà,  c'est-à-dire  fait  couple  avec  lui, 
et  ils  se  placent  derrière  les  autres  couples.  Celui 
qui  n'a  pas  été  pris  devient  veuvier,  et  le  couple 
devenu  premier  recommence  le  même  manè^^c 
avec  le  nouveau  veuvier.  Si  le  veuvier  ne  prend 
personne,  il  conserve  sa  place,  €t  le  premier 
couple  vient  se  ranger  à  la  suite  du  dernier. 
(Tréveneuc.)  Communication  de  M.  Ernault. 


48     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


La  toupie.  —  Avant  de  jouer  à  la  toupie,  on 
tire  pour  savoir  celui  qui  sera  dessous.  Cela  s'ap- 
pelle équiller. 

L'un  des  enfants  crache  par  terre,  et  les  autres 
lancent  leur  toupie  en  prenant  le  crachat  comme 
but.  C'est  à  celui  qui  a  mis  le  plus  près  du  blanc 
qu'il  appartient  de  frapper  le  premier. 

Celui  qui  a  été  le  plus  loin  fait  rouler  sa  toupie, 
et  l'autre  lui  crie  : 

Allume, 
De  la  vie,  qu'la  barbe  en  fume  !  (P.) 

Pète  en  gueule.  —  Voici  comment  se  pratique 
le  jeu  pèle  en  gueule  (D.),  qu'on  nomme  aussi 
fo.iler  Je  gareau  (P.),  et  qui  était  populaire  au 
temps  de  Rabelais.  Il  y  a  quatre  acteurs  :  deux 
sont  placés  côte  à  côte,  les  genoux  en  terre,  ap- 
puyés sur  les  mains;  ils  forment  une  sorte  de 
selle,  et  ils  ont  la  tête  placée  chacun  d'un  côté 
différent.  Ce  sont  ceux  qui  sont  dessous.  Des  deux 
autres  l'un  est  debout  dans  la  position  naturelle, 
l'autre  a  les  deux  mains  par  terre,  sa  tète  se  place 
entre  les  jambes  du  premier  et  ses  jambes  entre 
la  tète  de  son  camarade;  ils  forment  une  sorte 
d'animal  à  quatre  mains,  et  chacun  à  son  tour 
passe  par-dessus  les  deux  qui  sont  dessous. 


L  ÉCOLE  49 


La  Grue.  —  Le  jeu  d'eufile-aiguillc,  qui  s'ap- 
pelle aussi  la  grue,  consiste  en  une  longue  queue  : 
la  mère  grue  fait  passer  ses  griions,  qui  sont  atta- 
clîés  à  elle  par  des  mouchoirs,  par-dessous  les 
bras  de  ceux  qui  composent  la  queue.  Ils  passent 
brusquement,  et  c'est  pendant  qu'ils  sont  à  faire 
ce  mouvement  que  les  autres  joueurs  ne  faisant 
pas  partie  de  la  queue  frappent  à  coups  redou- 
blés de  leurs  mouchoirs  cordés  sur  les  gruons.  Si 
la  mère  grue  peut  en  frapper  un  avec  le  mou- 
choir qu'elle  tient  dans  sa  main  droite,  il  prend 
place  dans  la  queue. 

Gros-Jean.  —  On  trace  dans  un  coin,  avec  le 
pied,  un  cercle  :  c'est  la  cabane  de  Gros- Jean.  Il 
s'y  retire,  et,  après  avoir  cordé  son  mouchoir,  il 
le  tient  dans  les  deux  mains,  et  crie  : 

Voilà  Gros-Jean  qui  sort  de  sa  cabane 
Pour  la  première  (2',  3'',  etc.)  fois, 
Pour  aller  chercher  une  femme. 

Il  sort  en  marchant  à  cloche -pied,  et  les 
joueurs  le  frappent  de  leur  mieux.  Mais  celui 
v;u'il  peut  atteindre  se  rend  à  la  cabane  au  plus 
-le,  non  sans  recevoir  en  route  nombre  de  coups 
de  mouchoirs.  Lorsque  Gros-Jean  a  une  femme, 
:I  .s'écrie  : 


50    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Voilà  Gros-Jean  qui  sort  de  sa  cabane 
Pour  la  première  fois, 
Pour  aller  chercher  un  garçon. 

Lorsqu'il  a  assez  d'enfants,  au  lieu  dédire  qu'il 
va  chercher  quelqu'un,  il  s'écrie  : 

Voilà  Gros-Jean  qui  sort  de  sa  cabane. 
Tapez  su'  sa  queue. 

Planter  h  chêne,  faire  le  chêne  fourché  ou  le 
chêne  piqué,  c'est  se  planter  sur  la  tête  en  ayant 
les  jambes  écartées  de  manière  à  former  un  V. 
C'est  celui  qui  se  tient  le  plus  longtemps  dans 
cette  position  incommode  qui  gagne. 


^    IV.    —   JEUX   DES    FILLES 

Le  petit  lièvre.  —  On  se  met  en  rang  en  se  te- 
nant par  la  main,  et  l'on  chante  : 

G'est  un  nid  de  petit  lièvre, 

Mais,  Ion  lan  la. 
Le  petit  lièvre  n'j'  est  pas. 

Trois  filles  entrent  alors  dans  le  milieu,  et  les 
autres  dansent  autour  en  chantant  : 


l'école  5 1 


Le  grand  lièvre  entrez  en  danse, 
Et  fait'  un  tour  de  révérence  ; 
Et  puis  vous  embrasserez 
Les  trois  d'moiselles  que  vous  voudrez. 

Celles  qui  sont  dans  le  rond  embrassent  trois 
filles  qui  viennent  alors  prendre  leur  place,  et  le 
jeu  se  continue.  (P.) 

On  épluche  un  à  un  les  petites  oreilles  noires 
qui  sont  en  haut  des  baies  d'églantier,  et  à  chaque 
feuille  on  dit  un  mot. 

Quand  il  n'en  reste  plus  qu'un,  on  dit  : 

«  Il  ne  me  reste  plus  que  toi,  vilain  gros  bœu' 
gros.  ))  (D.) 

La  petite  porte.  —  Les  deux  qui  font  la  porte 
vont  choisir  trois  endroits  qu'elles  appellent  tout 
bas  :  le  Paradis,  le  Purgatoire  et  l'Enfer,  puis 
elles  se  prennent  les  mains  de  manière  à  former 
une  sorte  de  porte.  Les  autres  filles  passent  par- 
dessous  pendant  que  l'on  chante  : 

Trois  fois  passez  par  là, 
La  dernière,  la  dernière, 
Trois  fois  passez  par  là, 
La  dernière  y  restera. 

Les  deux  qui  forment  la  porte  demandent  à 
celle  qui   est   prise  :  a  Où  veux-tu  aller?  »  Elle 


52      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A   LA   MORT 


va  dans  un  endroit  qu'on  indique.  Si  elle  est  chez 
le  bon  Dieu,  c'est  bien;  si  elle  est  chez  le  Diable, 
elle  court  sur  les  autres  pour  les  brûler,  et  en 
leur  frappant  sur  l'épaule,  elles  crient  :  «  Brûlé!  » 
Quand  toutes  celles  qui  étaient  chez  le  bon  Dieu 
sont  brûlées,  on  recommence  le  jeu.  (P.) 

Ailleurs,  le  jeu  est  le  même  au  début;  mais 
quand  toutes  ont  été  prises,  on  va  devant  l'en- 
droit nommé  Paradis,  et  on  répète  en  chantant  : 

Adorons  le  Paradis, 
Adorons  le  Paradis. 

Puis,  au  Purgatoire  : 

Adorons  le  Purgatoire, 
Adorons  le  Purgatoire. 

Puis,  quand  elles  arrivent  à  l'Enfer,  elles  s'écrient  : 

Brûlons  l'Enfer. 

Et  elles  frappent  sur  celles  qui  y  sont.  (D.) 

Le  jeu  d'amourette.  —  Il  y  a  deux  filles  à  ge- 
noux, dont  l'une  est  la  femme,  l'autre  le  galant. 
Les  autres  chantent  en  dansant  : 

Qui  marierons-nous, 
Par  ce  joli  jeu  d'amourette, 
Qui  marierons-nous, 
Par  ce  joli  jeu  d'amou'? 


l'école  5  3 


Les  autres  répondent  en  faisant  entrer  une  fille 
dans  le  milieu  du  rond  : 

Monsieur,  ce  sera  vous, 
Par  ce  joli  jeu  d'amourette, 
Monsieur,  ce  sera  vous. 
Par  ce  joli  jeu  d'amou'. 

Que  lui  donnerons-nous, 
Par  ce  joli  jeu  d'amourette, 
Que  lui  donnerons-nous, 
Par  ce  joli  jeu  d'amou'  ? 

On  pousse  une  fille  dans  le  rond  et  l'on  danse 
en  chantant  : 

Mademoiselle,  ce  sera  vous,  etc. 

A  genoux  mettez-vous. 

Par  ce  joli  jeu,  etc. 

Faisez  les  yeux  doux, 

Par  ce  joli  jeu,  etc. 

Embrassez- vous. 

Par  ce  joli  jeu,  etc. 

En  place  mettez-vous. 

Par  ce  joli  jeu,  etc. 

Et  Ton  recommence. 


La  queue  du  loup.  —  a).  Une  jeune  fille  est  à 
genoux,  et  elle  a  devant  elle  quelques  morceaux 
de  bois  qui  figurent  sa  fouée.  Les  autres  passent 
en  rang  autour  d'elle,  et  l'on  chante  : 


54    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Ah  !  qu'il  fait  bon  passer  par  ici. 
Quand  le  loup  est  endormi. 

—  Le  loup  est-il  prêt? 
Le  loup  répond  ; 

—  Non,  il  est  à  prendre  ses  bas. 

La  promenade  recommence,  le  chant  aussi  et 
les  questions;  le  loup  dit  qu'il  est  à  prendre  son 
paletot,  un  gilet,  ses  culottes,  etc.  ;  quand,  enfin, 
il  a  fini  sa  toilette,  il  dit  : 

—  Qui  qu'a   pris   ma  petite  fouée  qu'était  là? 

—  'Était  une  petite  bonne  femme  qu'a  passé 
par  là,  qu'a  dit  qu'était  d'son  bouée  (bois). 

—  Oyiou  (où)  qu'  v'  étiez? 

La  mère,  qui  protège  les  autres  pour  empêcher 
le  loup  de  manger  sa  petite  famille,  répond  : 

—  A  faire  le  lit  du  prêt'  (prêtre). 

Le  Loup.  —  Qui  qu'i'  vous  a  donné? 

La  Mère.  —  Une  petite  graissée. 

Le  Loup.  —  Eioù  qu'est  ma  part? 

Z-fl  Mère.  —  Dans  l'eu  du  Renard. 

Le  loup  va  boire  sa  chopine  au  coin  d'un  mur, 
et  pendant  ce  temps-là  on  tourne.  Qiiand  il  a  bu, 
il  revient  et  tâche  de  prendre  les  enfants.  11  saisit 
la  mère  par  le  bras,  elle  se  défend,  et  les  petites 
se  tiennent  par  leur  cotillon  afin  que  le  loup  ne 
les  mange  pas.  (P.) 

h).  Il  y  a  une  fille  qui  est  la  mère;   celle  qui 


l'école  5  5 


la  suit  la  tient  par  son  cotillon,  et  toute;;  se 
tiennent  ainsi,  de  manière  à  former  une  chaîne 
continue. 

Le  loup  se  tient  à  genoux  au  milieu  du  rond  ; 
on  lui  jette  sur  le  dos  de  petites  bûchettes,  puis 
on  les  éparpille.  Alors  il  fait  mine  de  se  réveiller, 
et  il  dit  à  la  mère  : 

—  «  Qui  qu'a  pris  mon  bois? 

La  Mère.  —  Une  petite  bonne  femme.' 

Le  Loup.  —  Qu'est-ce  que  tu  as  derrière  ta? 

La  Mère.  —  Ce  que  j'ai  derrière  moi  n'est  pas 
pour  ta. 

Le  Loup.  —  Montre  don'  comme  o  sont  gen- 
tilles? 

La  Mère.  —  Tu  n'en  verras 
Ni  celle-ci, 
Ni  celle-là, 
Ni  la  belle  petite-là, 

dit-elle  en  comptant  sur  ses  doigts. 
Le  Loup.  —  Comment  s'appelle-t-i'? 

La  Mère.  —  J'ai  Belette, 
J'ai  Lirette, 
J'ai  Minette. 

Le  loup  aiguise  alors  ses  crocs. 

La  Mère.  —  Pourquoi  aiguises-tu  tes  crocs? 

Le  Loup.  —  Pour  manger  Lirette. 

Il  aiguise  ses  ongles. 


56    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

La  Mère.  —  Pourquoi  aiguises-tu  tes  ongles? 

Le  Loup.  —  Pour  prendre  Belette. 

Le  loup  s'élance  alors;  la  mère  se  présente  de- 
vant lui  et  tâche  de  l'empêcher  de  toucher  ses 
enfants.  Lorsqu'il  a  réussi  à  en  toucher  une,  il 
s'efforce  de  l'entraîner,  et  la  mère,  au  contraire, 
la  protège.  Il  finit  tout  de  même  par  les  prendre 
toutes. 

C'est  alors  la  mère  qui  devient  le  loup. 

Culte.  —  à).  Chacune  met  sa  main,  et  celle  qui 
mène  le  jeu  répète  la  formulette  suivante  en  tou- 
chant chacun  des  doigts  : 

A  la  fontaine 
De  Barbitaine, 
On  y  vient, 
On  y  va 
Trois  fois 
La  semaine  : 
Bombi, 
Bombon, 
Tricoton, 
Pied  d'oignon, 
Tirez-moi 
Ce  gros  gars 
Larron. 

Le  doigt  sur  lequel  tombe  le  mot  larron  doit 
être  replié,  et  celle  à  qui  il  appartient  va  se  cacher. 


L ECOLE  57 

h).  Les  filles  se  mettent  en  rang  ou  en  cercle 
et  relèvent  leurs  tabliers  de  manière  à  former 
une  espèce  de  sac.  Il  y  en  a  une  qui  est 
dessous,  et  qu'on  fait  se  tenir  à  quelque  distance 
le  long  d'un  mur.  C'est  elle  qui  doit  deviner  où 
se  trouve  caché  un  objet,  généralement  un  cou- 
teau ou  un  étui. 

Celle  qui  cache  le  couteau  passe  devant  tous  les 
tabliers  et  répète  devant  chacun  d'eux  : 

Cutte,  cutte  (cache,  cache), 

Guersillon, 

Cutte-le  bien  s'stu'  l'ias.  (D.) 

Ou  : 

Cache,   cache. 

Dis  pas  qu'  t'  l'ias, 

Ou  tu  mentirais  ben  dusse.  (E.) 

Celle  dans  laquelle  la  fille  qui  est  dessous  a 
trouvé  le  couteau  (il  faut  qu'elle  le  devine  sans 
toucher)  va  se  cacher  à  son  tour. 

Jeux  de  ventes.  —  a).  Une  fille  dit  aux  autres  : 
((  Veux-tu  m'acheter  mon  ruban?  —  Oui.  —  De 
quelle  couleur?  —  Rouge,.  »  Elle  fait  la  même 
chose  aux  autres,  et,  quand  chacun  a  le  sien, 
elles  répètent  très  vite  :  «  Mon  rouge  ne  fadira 
pas  pour  ton  blanc,  »  ou  «  Mon  blanc  ne  fadira 


5  8      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE   A    LA    MORT 

pas  pour  ton  rouge.  »  Celle  qui  n'a  pas  dit  assez 
vite  donne  un  gage.  (D.) 

b).  «  Le  vent  a-t-il  pass-î  par  chez  toi?  —  Oui. 
—  Qu'est-ce  qu'il  a  fait  de  dégât  ?  —  Il  a  abattu 
ma  cheminée.  —  Faut-i'  du  plomb? —  Oui.  » 

On  en  achète  ce  qu'on  veut,  et  celle  qui  mène 
le  jeu  dit  : 

—  «  Quand  je  passerai  par  chez  toi,  tu  ne  me 
diras  ni  oui  ni  non.  » 

Lorsque  toutes  ont  acheté  du  plomb,  celle  qui 
l'a  vendu  passe  devant  les  acheteuses  : 

—  «  Donne-moi  l'argent  de  ce  que  je  t'ai 
vendu?  » 

Celle  qui  répond  ; 

—  «  Voilà,  »  ou  «  Je  ne  t'en  dé  (dois)  pas,  )) 
donne  un  gage.  (P.) 

Aller  es  vênes.  —  Il  faut  être  quatre  pour  ce 
jeu  :  deux  jeunes  filles  se  mettent  pouce  à  pouce, 
et  l'une  d'elles  avec  la  main  désigne  chacun  des 
doigts,  chaque  vers  correspondant  à  un  doigt; 
c'est  celle  sur  laquelle  tombe  le  dernier  mot  de  la 
forrauleite  qui  va  es  vênes. 

Bec  de  sot, 
Bé  d'haleine, 
Mon  compère, 
Ma  commère, 
Jean  Ruello, 
Va-t'en  es  vênes. 


l'école  59 

Celle  qui  est  ainsi  désignée  va  à  un  but,  et  les 
trois  autres  nomment  tout  haut  un  pied  d'animal 
ou  de  plante;  mais  elle  ne  dit  pas  tout  haut 
celle  des  trois  qui  a  ce  pied.  Quand  il  est  désigné 
secrètement,  on  crie  à  celle  qui  est  dessous  : 

—  «  Sur  quel  pied  veux-tu  t'en  veni'?  » 
Celle-ci  choisit  le  pied  qui  lui  convient,  et  celle 

qui  est  ainsi  désignée  la  rapporte  sur  son  dos.  Les 
autres  lui  crient  : 

—  «  Qu'est-ce  que  tu  apportes  là  ? 

—  Une  vieille  vache  pourrie. 

—  Qu'est-ce  que  tu  as  dedans  ? 

—  Un  siot  (seau). 

—  Qu'est-ce  que  tu  as  dans  le  siot  ? 

—  De  l'iau. 

—  Qu'est-ce  que  tu  as  dans  l'iau? 

—  Un  peloton  de  fi'. 

—  Qu'est-ce  que  tu  as  dans  ton  peloton? 

—  Une  agulée  (aiguillée)  d'fi. 

—  Jette-la  que  je  l'écorche.  » 

On  dépose  alors  par  terre  celle  qui  était  aux 
vênes,  on  la  borgne,  c'est-à-dire  on  lui  bande  les 
yeux,  et  on  lui  fait  mettre  la  tête  sur  les  genoux 
d'une  des  jeunes  filles,  et  chacune  lui  dit  : 

—  «  Su'  queu  sens  sont  rpes  mains?  » 

Elle  reste  ainsi  jusqu'à  ce  qu'elle  ait  deviné.  (P.) 

Diinse  à  rebours.  —  Toutes  les  jeunes  filles  se 


6o    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

tiennent  par  la  main,  en  rond,  et  il  y  en  a  une 
qui  chante  la  petite  chanson  qui  suit,  en  dési- 
gnant avec  le  doigt  successivement  ses  com- 
pagnes : 

J'ai  du  bon  beurre  dans  mon  panier, 
Cinq  ou  six  livres  pour  le  dernier; 

J'ai  du  di,  j'ai  du  da. 
Mademoiselle,  tourne  ton  dos  là. 

Celle  qui  est  ainsi  désignée  se  place  entre  deux 
autres,  mais  elle  a  la  tête  tournée  en  dehors  du 
rond,  et  c'est  ainsi  qu'elle  danse;  le  jeu  continue 
jusqu'à  ce  que  toutes  soient  placées  du  côté  exté- 
rieur. (P.) 


CHAPITRE  IV 


DE  LA  SORTIE  DE  L  ECOLE  AU  TIRAGE 


51.    —    LA    GARDE  DES    TROUPEAUX 


|ES  enfants  des  paysans  commencent  leur 
apprentissage  de  la  vie  rustique  par  la 
garde  des  troupeaux  :  dès  l'âge  de  sept  à 
huit  ans,  garçons  et  filles  y  sont  employés,  quand 
ils  ne  sont  pas  à  l'école.  Comme  le  bétail  n'est 
pas  nombreux,  des  enfants  peuvent  le  gouverner 
facilement;  c'est  un  métier  qui  laisse  des  loisirs, 
et  qui  n'est  point  désagréable  ;  souvent,  en  effet, 
les  bêtes  sont  à  pâturer  dans  des  pièces  voisines  de 
celles  d'autres  fermes  :  alors  les  petits  bergers  et 
les  petites  bergères  se  rassemblent  et  s'arrangent 
de  manière  à  passer  le  temps  le  plus  agréablement 
qu'ils  peuvent.  Voici  quelques-unes  de  leurs  ré- 
créations favorites  : 


62     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Ils  creusent  de  petits  fours  dans  les  talus  des 
champs,  les  chauffent  avec  des  branches  d'ajoncs 
mortes,  et  y  font  cuire  des  pommes  qu'ils 
prennent  dans  les  arbres  voisins.  Les  propriétaires 
ferment  les  yeux  sur  ce  petit  pillage,  qui  est  admis 
par  la  coutume;  mais  on  assure  que  les  pâtours 
ne  doivent  pas  regarder  leur  four  pendant  que  les 
pommes  sont  dedans;  s'ils  le  faisaient,  elles  ne 
cuiraient  pas. 

Ces  petits  fours  servent  aussi  à  chauffer  la  dî- 
nette; parfois  aussi  les  pâtours  tirent  les  vaches, 
en  cachette  de  leurs  parents  ou  de  leurs  maîtres, 
pour  boire  leur  lait. 

Les  petits  bergers  s'amusent  à  faire  cotir  des 
fleurs  de  digitale  ou  à  les  enfiler  dans  des  branches 
de  fougère  dont  les  branches  forment  une  sorte 
de  croix. 

Ils  prennent  aussi  des  feuilles  sèches,  et,  les 
plaçant  sur  leur  poing  gauche  fermé,  ils  frappent 
dessus  avec  la  main  droite  ouverte,  de  manière  à 
produire  une  détonation. 

Voici  quelques  autres  jeux  pris  parmi  les  plus 
•  usités. 

Lorsque  plusieurs  filles  sont  es  champs  à  gar- 
der leurs  troupeaux,  l'une  se  couche,  et  l'autre 
passe  dessus  en  disant  :  «  Assiette  »  ;  l'autre  : 
«  r^ourchette  »  ;  la  troisième  :  «  Plat  »  ;  la  qua- 
trième :  «  Espion  »;  la  cinquième  :  «  Couteau  ». 


DE    LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU    TIRAGE  63 


Puis  elles   sautent  comme   à   saute-mouton,    en 
disant  : 

La  tour,  prends  garde, 
Je  t'abaterai. 

Il  y  a  un  garçon  qui  doit  aller  à  une  certaine 
distance,  c'est  celui  qui  va  à  Rome. 

Les  autres  tracent  un  espace  dans  le  champ,  et, 
avec  des  fouissiaoux  (ce  sont  des  morceaux  de  bois 
pointus),  ils  piquent  dans  la  terre  ;  celui  qui 
manque,  quand  celui  qui  est  à  Rome  arrive,  va  le 
remplacer. 

En  arrivant  au  but,  celui  qui  est  dessous  dit  : 

Rome,  Rome, 
Au  eu  du  bonhomme, 
Jamais  je  n'y  retorne  !  (P.) 

Quand  les  filles  sont  un  peu  grandes,  elles 
filent  en  gardant  leurs  bêtes.  Souvent,  les  pâtours 
viennent  avec  elles  et  leur  tiennent  le  fuseiiu;  cela 
s'appelle  filer  à  la  grande  aiguillée.  Quand  le  fu- 
seau est  rendu  à  l'autre  bout  du  champ,  la  tâche 
est  finie,  et  l'on  s'amuse. 

Les  disputes  entre  les  pâtours  sont  assez  fré- 
quentes, et  elles  se  terminent  souvent  par  des 
combats  à  coups  de  poing  ou  à  coups  de  motte  de 
terre  ;  cette  humeur  batailleuse  n'est  pas  particu- 


64    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

lière  aux  garçons  ;  il  y  a  aussi  des  combats  entre 
les  pdtourdes. 

Presque  toujours,  avant  que  le  duel  s'engage, 
l'un  des  adversaires  place  sur  son  épaule  une 
hoise  (petit  morceau  de  bois),  et  défie  son  antago- 
niste d'y  toucher. 

Sur  la  limite  des  communes  se  livrent  parfois 
de  petites  batailles  entre  les  bergers;  avant  d'en 
venir  aux  mains,  ou  plutôt  aux  coups  de  pierre, 
chacun  des  partis  a  eu  soin  d'épuiser  les  sobri- 
quets que  l'on  se  renvoie  de  temps  immémorial 
de  pays  à  pays,  et  de  chanter  des  couplets  sati- 
riques où  la  commune  voisine  est  blasonnée. 

Jadis,  quand  les  filles  étaient  paresseuses  le  di- 
manche, dans  l'été,  les  garçons  qui  étaient  levés 
de  meilleure  heure  mettaient  les  vaches  aux 
champs  et  leur  passaient  dans  les  cornes  un  pas- 
souc  à  couler  le  lait.  (P.,  D.) 

Il  y  a  une  espèce  de  déshonneur,  pour  les  ber- 
gers et  les  bergères,  à  arriver  trop  tard  au  pâtu- 
rage. 

En  été,  lorsqu'un  pdtour  ou  une  pdtourde  est  en 
retard  pour  amener  son  bestial  aux  champs,  ceux 
qui  ont  été  plus  matineux  montent  sur  les  fossés 
(talus),  et  le  paresseux  entend  retentir  à  ses 
oreilles,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  entré  dans  la  pâture 
avec  son  troupeau,  la  formulette  suivante  ;  elle  est 
débitée  avec  une  sorte  de  rythme  : 


DE   LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU   TIRAGE        65 


A  la  hotte  I 

A  la  hotte  I 
C'est  un  tel  qui  la  porte. 

A  la  bali, 

A  la  balette. 
C'est  un  tel  qui  la  herse. 
O  vilaine  gran'mérienne  (i)  (his) 
Qui  va  aux  champs  {bis) 
Quand  l's  aut'  emmènent. 
Hautoura  I  Hautoura  (2)  1 
Qui  tire  ses  vaches  par  le  bout  d'I'orta'  (5)  ! 

Cu  bousous, 
Qui  tire  ses  vaches  par  le  bout  de  la  quoue. 

A  la  hotte  !  etc. 

(Trélivan.) 

Aux  environs  de  Bécherel,  on  prend  le  dernier 
arrivé  par  les  pieds  et  on  le  traîne  dans  la  rosée, 
en  lui  criant  : 

A  la  hotte  (bis)  I 
C'est  un  tel  qui  l'emporte, 
Et  sa  vache  nère  (noire)  qui  Trapporte. 
Haut  les  bois,  haut  les  landes, 
Matinal  est  dans  la  lande  ; 
Paresseux  est  endormi 
Dans  la  venelle  de  son  lit  ; 
r  se  lève  devers  médi  (midi) 
Pour  manger  du  lait  marri  (aigri). 

(i)  Dormeuse. 

(2)  Qui  se  lève  lorsque  le  soleil  est  haut. 

(3)  Orteil. 


66     l'homme  dh  la  naissance  a  la  mort 


As-tu  lavé  ton  écuelle, 
La  zâ-tu  (l'as-tu)  mise  dans  la  vaisselle? 
As-tu  lavé  ta  cuilleu  (cuiller)  ? 
Là  zâ^u  mise  dans  l'vaissélieu  (vaissellier)  ? 
A  la  hotte  !  etc. 

(Bécherel .) 

On  chante,  sur  l'air  de  Dixit  Dominus  : 

Marie-Jeanne  porte  la  bue, 
Jean-Marie  va  la  lui  conduire 
A  la  bue  à  baire. 

La  bue  est  une  sorte  de  dame-jeanne. 
Les  loups  ne  sont  pas  aussi  communs  en  Haute- 
Bretagne  qu'en  certains  autres  pays;  il  y  a,  tou- 
tefois, des  conjurations  contre  eux.  Voici  la  seule 
que  j'aie  pu  me  procurer  : 

Notre-Dame  et  ses  enfants, 
Préservez-nous  des  loups  et  des  serpents, 
Et  du  chien  qui  court  le  vent. 

(Environs  de  Moncontour.) 

duand  on  aperçoit  le  loup,  on^^crie  :  «  Gare  le 
loup!  »  et  il  s'en  va.  (P.) 

Ou  :  «  Harzez  l'ieù.  »  (Tréveneuc.) 

Cf.  le  breton  har:^  ar  Ueix^  :  sus  aux  loups  ! 

En  allant  chercher  les  [moutons,  le  soir,  les 
bergères  chantent  des  chansons;   en  voici  une 


DE   LA   SORTIE   DE  L'ÉCOLE   AU   TIRAGE        67 

qu'on  entend  souvent  dans  la  campagne,  à  la 
chute  du  jour  : 

Ma  petite  Jeannette, 
Avez- vous  bien  gardé 

Les  amourettes 
Du  joli  temps  passé? 
Ah  !  vraiment,  oui.  Jeannette, 
Mon  fidèle  ami, 
Je  te  l'avais  toujours  promis 

Promis,  promis, 
Avec  fidélité. 
Revenu  de  la  guerre, 
Je  t'y  épouserai. 
I'  fut  dit  hier  au  sèr 
Que  d'autr'  amants  allaient  t'y  voir. 
Cela  ne  me  plaît  guère, 
Au  joli  bois  d'amourette. 
Jeannette. 

(Chanté  par  Angélique  Lucas,  de  Saint-Gien.) 

La  redevance  payée  pour  la  saillie  du  taureau 
appartient  à  la  pdtoure  (P.)»  ou  au  hignet  (E.), 
qui,  du  reste,  doivent  assister  et  aider  à  l'opération. 


68    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


§    II.   LES    PROFESSIONS    ET    LES    MÉTIERS 

Aux  3^eux  des  paysans  de  l'Ouest,  la  propriété 
foncière  conserve  un  grand  prestige  ;  dans  la  plu- 
part des  pays,  un  homme,  eût-il  la  fortune  des 
Rothschild,  s'il  ne  possédait  pas  de  terres,  serait 
moins  considéré  que  le  propriétaire  de  trois  ou 
quatre  fermes  de  médiocre  étendue.  —  «  Etre  en- 
terrons, ))  c'est  avoir  des  biens  au  soleil,  et  cette 
expression  est  toujours  prise  en  bonne  part. 

Après  la  propriété  foncière  proprement  dite, 
c'est-à-dire  celle  des  champs,  vient  celle  des  mai- 
sons ;  on  dit  de  quelqu'un  qui  en  possède  «  qu'il 
a  une,  deux,  trois,  etc.  cheminées  fumantes  ». 
Toutefois,  elles  ne  sont  pas  regardées  comme  une 
propriété  aussi  sûre  que  celle  des  terres,  et  un 
dicton  déclare  «  qu'une  maison,  c'est  un  cheval 
à  l'écurie  ». 

Pour  désigner  un  petit  propriétaire  qui  vit  sur 
son  bien  et  n'est  pas  fermier,  on  dit  : 

—  Il  est  sur  le  sein  (le  sien).  I'  sont  su'  l'iour 
(le  leur).  Cependant  dans  la  hiérarchie  sociale,  il 
occupe  un  rang  moins  élevé  que  celui  qui  tient  à 
bail  une  ferme  de  quelque  importance. 

Quoique,  dans  la  pratique,  les  pa3'sans  soient, 
en  général,  respectueux  pour  le  clergé,  surtout 
quand  celui-ci  ne  sort  pas  de  ses  fonctions  spiri- 


I 


DE   LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU   TIRAGE        69 

tuelles,  il  existe  pourtant  quelques  proverbes  assez 
irrévérencieux  pour  les  prêtres  : 

—  Gras  comme  un  recteur.  (E.,  M.) 

—  Gros  comme  un  recteur. 

—  Il  est  comme  not'  recteur,  qui  s'en  va  de 
tab'e  quand  il  est  saû,  (M.)  c'est-à-dire  quand  il 
a  assez  mangé. 

—  r  n'  frappent  point  es  contre-hus  de  genêt  : 
Ils  aiment  mieux  les  maisons  riches  que  les 
pauvres. 

—  Un  homme  qui  n'a  que  des  ruses  de 
prêt'e.  (E.) 

—  Paresseux  comme  un  curé.  (E.) 

—  Le  monde  deviennent'  i'  fainiant,  i'  s'  font 
tous  prêt'es.  (M.) 

—  Retors  comme  un  prêtre  normand.  (E.) 

—  Il  est  comme  les  enfants  de  prêtre,  i'  mange 
son  pain  blanc  le  premier.  (E.) 

—  Un  habit  en  haine  de  prêtre  (M.,  E.,  S.-C), 
c'est-à-dire  inusable. 

Cf.  pour  des  dictons  semblables,  en  Picardie  et  en  Flandre, 
les  Glossaires  de  Corblet  et  Hécart. 

—  Troussé  comme  un  moine  qui  va-t-au 
lard.  (D.) 

J'ai  cité,  Lttt.  Orale,  p.  380  et  suivantes,  un  certain  nombre 
d'anecdotes  où  le  clergé  est  plaisanté.  Dans  le  Folk-Lore  de  la 
Haute-Bretagne,  t.  II  des  K/3U7rTà8ia.  on  trouve  plusieurs 
contes,   en  général  très  lestes,   où  les   prêtres   jouent  un  rôle 


70      L  HOMME   DE   LA  NAISSANCE   A   LA   MORT 


analogue  à  celui  que  les  fabliaux  du  moyen  âge  attribuaient  au 
clergé  séculier,  et  surtout  aux  moines.  J'ai  moi-même  trouvé 
en  Haute-Bretagne  nombre  de  récits  analogues. 

Quant  aux  moines,  il  y  en  a  actuellement  un  petit  nombre 
eu  Bretagne,  et  ils  ne  sont  que  rarement  en  rapport  avec  la  po- 
pulation ;  je  ne  connais  aucun  dicton  moderne  qui  leur  soit 
appliqué,  mais  ils  sont  très  maltraités  dans  les  légendes  popu- 
laires. (Cf.  Traditions  et  superstitions  de  la  Haute-Bretagne,  t.  I, 
p.  335  et  suivantes.) 

Les  bonnes  sœurs,  surtout  celles  qu'on  appelle 
bonnes  soeurs  trottines,  trottoires,  ou  en  plein 
vent  (ce  sont  celles  qui  appartiennent  à  une  sorte 
de  tiers-ordre),  sont  plus  souvent  blasonnées  ;  on 
les  accuse,  non  toujours  sans  raison,  de  mettre 
parfois  le  trouble  dans  les  ménages.  C'est  à  ce 
rôle  que  se  rapporte  le  conte  qui  suit  : 

Il  y  avait,  une  fois,  un  homme  et  une  femme 
qui  étaient  mariés  depuis  quelque  temps  déjà,  et 
qui  étaient  cités  dans  le  pays  comme  de  bons 
époux.  Le  Diable  voulut  leur  faire  avoir  mauvais 
ménage,  et  pendant  huit  ans  il  s'y  employa  de 
son  mieux,  mais  sans  pouvoir  y  réussir.  Un  jour 
qu'il  sortait  de  cette  maison,  il  rencontra  une 
bonne  sœur,  qui  lui  demanda  d'où  il  venait  avec 
un  air  si  fâché  : 

—  Ah  !  répondit-il,  il  y  a  là  un  bon  ménage, 
et  j'aurais  bien  voulu  le  troubler. 

—  Comment!  dit-elle,  vous  n'avez  pas  pu? 

—  Non,  répondit  le  Diable,  il  y  a  huit  ans  que 


I 


DE  LA  SORTIE  DE  L  ECOLE  AU  TIRAGE   7 1 

j'y  travaille  ;  mais  je  n'ai  pas  réussi  et  je  m'en 
vais. 

—  Je  parie  que  j'y  arriverai  bien,  dit  la  bonne 
sœur. 

Elle  entra  dans  la  maison,  et,  tout  en  causant 
avec  la  femme,  elle  plaça  sous  l'oreiller  du  lit  un 
couteau,  puis  elle  sortit.  Elle  alla  ensuite  trouver 
le  mari,  et  lui  dit  : 

—  Prenez  garde,  mon  brave  homme,  votre 
femme  a  dessein  de  vous  tuer,  et  je  l'ai  vue  ca- 
cher un  couteau  sous  votre  oreiller. 

L'homme  ne  dit  rien,  et  il  se  coucha  tran- 
quillement, mais  au  milieu  de  la  nuit  il  s'éveilla, 
et  en  remuant  son  oreiller  il  trouva  le  couteau  ; 
alors  il  songea  à  ce  que  la  bonne  sœur  lui  avait 
dit,  et  il  enfonça  le  couteau  dans  le  cœur  de  sa 
femme. 

C'est  depuis  ce  temps-là  qu'on  dit  que  les 
bonnes  sœurs  ont  Iq  plot  (la  ruse)  du  Diable. 

(Coûté  en  iSSi,  par  J.  M.  Comault,  du  Gouray.) 

Les  paysans  disent  aussi  que  les  bonnes  sœurs 
vont  la  nuit  dire  leur  chapelet  dans  les  champs. 
Si  elles  perdent  une  pâtenôtre,  le  laboureur  aura 
beau  travailler,  il  trouvera  toujours  du  chiendent 
dans  son  champ.  (P.) 

Il  y  a  quelques  années,  le  recrutement  du  clergé 
était  plus  facile  qu'il  ne  l'est  maintenant,  et  l'am- 


72       L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

bition  de  beaucoup  de  commerçants  et  de  gros 
fermiers  était  de  faire  d'un  de  leurs  fils  un  prêtre. 
Actuellement,  ce  sont  surtout  les  petits  cultiva- 
teurs dont  les  enfants  peuplentj^les  séminaires. 

On  assure  qu'à  sa  première  grand'messe,  le 
prêtre  chante  : 

Dominus  vobiscum, 

Mon  père  est  un  riche  homme.  (P.) 

Et,  en  général,  les  parents  de  prêtres  rentrent 
largement  dans  les  dépenses  qu'ils  ont  faites  pour 
les  élever. 

En  Haute-Bretagne,  pays  essentiellement  agri- 
cole, l'état  le  plus  estimé  dans  les  campagnes  est 
celui  de  laboureur;  viennent  ensuite  les  métiers 
qui  exigent  de  la  force  et  de  l'adresse,  tels  que 
ceux  de  charpentier,  de  menuisier,  de  maçon  ou 
de  maréchal-ferrant.  Ces  derniers  exercent  sou- 
vent en  même  temps  l'art  de  guérir  les  bêtes,  et 
•celui  d'arracher  les  dents. 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  bretonne,  t.  I,  p.  loo),  les 
métiers  estimés  sont  ceux  de  charron,  menuisier  et  maçon.  Une 
partie  des  autres,  surtout  les  tailleurs,  sont  méprisés. 

Voici  quelques  proverbes  sur  les  métiers  pé- 
nibles ou  méprisés  : 

Il  y  a  treis  (trois)  métiers  d'fainiants, 

Les  chassons,  les  péchons  et  les  oisillons.  (P.) 


DE   LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU   TIRAGE        73 


Le  cheva'  des  peissonniers, 

Les  médecins  d'campangne 

Et  les  maltôtiers  (employés  de  la  régie), 

Sont  treis  métiers  d'bêtes.  (P.) 

Alléluia, 
Marchez  sur  quatre  bâtons  : 
Les  huissiers  sont  des  fripons, 
Et  les  avocats 
Sont  des  liche-plats. 
Et  les  procureurs 
Sont  des  voleurs.  ' 

Les  métiers  les  moins  prisés  sont  ceux  que  l'on 
exerce  assis,  et  pour  lesquels  on  n'a  pas  besoin 
de  force  corporelle;  parmi  eux,  on  peut  citer 
ceux  de  tailleur  et  de  cordier,  de  cordonnier  et 
surtout  de  tisserand.  Ce  dernier  est,  par  un  loin- 
tain souvenir  des  cacous  ou  caqiiins,  l'un  des 
moins  estimés. 

On  donne  aux  tisserands  le  surnom  de  m  d'chd. 
Le  châ  est  une  sorte  de  bouillie  d'avoine  qu'on 
met  sur  la  trame  pour  faire  la  toile.  (Saint- 
Donan.) 

Sans  le  pot  à  colle 
Le  tessier  serait  noble. 

Les  tisserands  trouvent  difficilement  à  se  ma- 
rier avec  des  filles  de  laboureurs,  en  Ille-et- 
Vilaine,  du  moins.  Quelquefois,  si  on  dit  à  une 


74    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

fille  :  «  Vous  allez  vous  marier  avec  un  tel?  » 
elle  répond  :  «  Je  n'en  voudrais  point,  c'est  un 
tisserand.  »  (E.)Mais,  dans  les  Côtes- du-Nord,  vers 
le  Mené,  les  fessiers  épousent  journellement  des 
filles  de  fermiers. 

Les  cordonniers  portent  le  sobriquet  de  cu-cousu 
(D.)  ou  de  cu-coJU.  Il  y  a  plusieurs  chansons  sa- 
tiriques sur  les  cordonniers,  où  ils  sont  blason- 
nés;  on  les  accuse,  entre  autres,  d'être  «  pires 
que  des  évêques  »,  c'est-à-dire  plus  difficiles  à 
contenter. 

Je  n'ai  pu  m' assurer  si  le  métier  de  cordier 
était  encore,  maintenant,  parmi  ceux  qui  sont 
méprisés;  il  n'y  a  pas  longtemps,  toutefois,  que 
le  préjugé  existait  encore.  «  Au  village  de  la 
Caisse-d'or,  en  Maroué,  existait  une  corderie;  les 
cordiers  ou  caqueurs  ont  été,  jusque  vers  1820, 
enterrés  dans  un  lieu  à  part  nommé  caquinerie. 
En  1854,  le  préjugé  n'était  pas  tout  à  fait  dis- 
paru. » 

<Jollivet,  t.  I,  p.  157.) 

Au  siècle  précédent,  il  était  dans  toute  sa 
force.  «  En  17 16,  un  caqueux  étant  mort  à  Plu- 
rien,  la  noblesse  assista  à  son  enterrement  et  le 
fit  inhumer  dans  l'église.  Trois  jours  après,  il  fut 
exhumé  par  les  habitants  et  porté  au  cimetière 
des  cordiers.  La  justice  fut  obhgée  d'intervenir.  » 

Gollivet,  t.  I,  p.  317.) 


DE  LA  SORTIE  DE  L  ECOLE  AU  TIRAGE   75 

Le  pillotous,  ou  marchand  de  pillots,  est  une 
sorte  de  chiffonnier  ambulant  qui  échange  des 
mouchoirs  ou  de  la  vaisselle,  plus  rarement  de 
l'argent,  contre  des  chiffons,  des  peaux  de  la- 
pins, etc. 

On  dit  en  proverbe  :  —  Danser  comme  un 
pillotous  chaud  de  boire.  (E.) 

—  Sauter  comme  un  pillotous. 

Lorsqu'un  pillotous  arrive  dans  un  village  ou 
dans  l'aire  d'une  ferme,  il  crie  en  modulant  sa  voix  : 

Marchand  d'pillous  I 
Ou  : 

La  bourgeoise,  av'ous  (avez-vous)  des  pillots? 

On  dit  en  proverbe  :  —  L'Enfer  est  pavé  de 
crânes  de  cabaretiers.   (P.) 

C'est  probablement  un  souvenir  des  nombreux  sermons  que 
les  prêtres  font  sur  les  cabarets.  Une  légende  que  j'ai  citée  dans 
ma  LiHéralure  orale,  p.  206,  met  en  scène  un  cabaretier  qui  est 
puni  pour  s'être  conduit  brutalement  à  l'égard  de  saint  Guil- 
laume. 

Les  meuniers  ont  aussi  assez  mauvaise  réputa- 
tion ;  ils  sont  malmenés  dans  les  proverbes  et 
dans  les  contes,  et  il  existe  des  formulettes  où  ils 
sont  blasonnés  ;  en  voici  une  : 

Meunier  larron, 
Voleur  de  blé, 
C'est  ton  métier. 


76    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


La  corde  au  cou 
Comme  un  coucou, 
Le  fer  aux  pieds 
Comme  un  damné, 
Quat'  diable'  à  t'entourer, 
Qui  t'emport'ront  dans  l'fond  d'ia  mé  (mer). 

(Saint-Méloir-des-Ondes.) 

Dans  un  petit  conte  que  j'ai  analysé  dans  la  Liitèrature  orale 
de  la  Haute-Bretagne,  p.  201,  un  meunier  se  présente  à  la  porte 
du  paradis  et  saint  Pierre  lui  dit  :  «  Que  venez-vous  chercher 
ici?  Vous  savez  bien  qu'il  n'y  a  pas  céans  de  place  pour  les  meu- 
niers. —  Je  le  sais  bien,  répond  le  bonhomme;  je  suis  seule- 
ment venu  pour  regarder  un  peu.  »  (Cf.  aussi  Fouquet,  Le 
Meunier  q^ui  jette  des  sorts.') 

On  peut  aussi  ranger  parmi  les  métiers  mépri- 
sés les  sanous  de  trées  ou  de  pouërs  (les  châtreurs) , 
qui  s'annoncent  en  faisant  moduler  une  sorte 
de  flûte  de  Pan,  et  surtout  les  écorchous  ou  équar- 
risseurs.  Tuer  un  cheval,  animal  noble,  est  consi- 
déré comme  une  sorte  de  tache,  et  l'on  trouverait 
difficilement  un  fermier  ou  un  garçon  de  ferme 
qui  voudrait  s'en  charger. 

.  Si,  en  Haute-Bretagne,  on  ne  dit  point,  comme 
en  pays  bretonnant,  «  un  tailleur,  respect  de  la 
compagnie,  «  un  des  métiers  les  moins  prisés  est 
celui  de  couturier  ou  taillier.  Toutefois,  le  pré- 
jugé s'en  va  peu  à  peu  :  les  tailleurs  de  campagne 
ne  sont  pas  tout  à  fait  montés  au  rang  des  labou- 
reurs, mais  ils  sont  traités  avec  certains  égards. 

Si  la   première    personne  qu'on  rencontre  le 


DE   LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU   TIRAGE         77 

matin  est  un  couturier,  on  aura  de  la  malechance 
toute  la  journée. 

Il  y  a  sur  les  couturiers  plusieurs  chansons  où 
ils  sont  blasonnés;  j'en  ai  plusieurs  en  porte- 
feuille. 

A  l'inverse  des  couturiers,  l'état  de  couturière 
figure  parmi  les  métiers  les  mieux  vus  ;  il  en  est 
de  même  des  dersouères  (repasseuses),  qui  souvent 
font  des  mariages  avantageux. 

Les  domestiques  doivent  être  redemandés  par 
leurs  maîtres  avant  que  le  coucou  ait  chanté.  Si 
un  domestique  n'a  rien  entendu  dire  à  son  maître 
quand  le  coucou  chante,  il  en  conclut  qu'on  ne 
veut  plus  de  ses  services. 

Dans  beaucoup  de  contes  populaires,  il  est  question  de  domes- 
tiques qui  doivent  s'en  aller  quand  le  coucou  chante.  Cf.  dans 
ma  Littérature  orale  :  le  Fermier  et  son  domestique. 

On  donne  en  rengageant  les  domestiques  un 
denier  à  Dieu  ;  en  plusieurs  pays,  les  fermiers,  au 
moment  où  ils  renouvellent  leur  louage,  em- 
mènent les  domestiques  à  l'auberge  et  leur  paient 
un  café. 

Il  y  a  des  foires  aux  domestiques;  la  plus  con- 
sidérable est  celle  de  Rennes,  qui  a  lieu  le  jour  de 
Saint-Pierre  :  c'est  une  sorte  d'assemblée  qui  s'est 
tenue  pendant  longtemps  sur  le  Champ-de-Mars  ; 
il  y  avait  des  tentes  sous  lesquelles  on  vendait  à 
boire  et  à  manger.   Les  domestiques   qui  ne  se 


78    l'homme  de  la  naissance'  a  la  mort 

louent  que  pour  la  «  métive  »,  c'est-à-dire  pour 
la  moisson,  ont  à  leur  chapeau  un  épi  de  blé 
vert;  les  autres,  qui  se  gagent  pour  l'année  en- 
tière, ornent  leur  chapeau  d'une  rose,  et,  s'ils 
sont  charretiers,  ont  un  fouet  passé  autour  du 
cou.  Les  faucheurs  portent  leur  faux,  dont  la 
lame  est  attachée  parallèlement  à  la  hante,  c'est- 
à-dire  au  pied  de  la  faux.  Les  filles  portent  au 
corsage  un  bouquet  de  roses. 

Il  y  a  à  Lamballe  une  autre  foire  aux  domes- 
tiques ;  elle  se  tient  à  la  Saint-Jean. 

a  la  Saint-Jean  d'été  a  lieu  à  Pierre  (Ain)  une  foire  aux 
domestiques.  (D.  Monnier,  p.  585.)  A  Quimper^  elle  se  tient 
de  la  Saint-Corentiu  au  i^"^  janvier.  (Ci.  Galerie  hreionne,  t.  Wl, 
p.   100.) 

«  A  Vigneux,  près  de  Nantes,  a  lieu  le  lende- 
main de  la  Trinité  une  foire  qui  est  précédée 
d'une  assemblée  où  les  jeunes  gens  de  la  cam- 
pagne, filles  et  garçons,  viennent  chercher  des 
engagements.  « 

(Ogée,  art.  Vigneux.') 

L'époque  la  plus  habituelle  pour  la  location  est 
pourtant  la  Saint-Jean,  d'où  le  proverbe  :  «  Faire 
la  Saint- Jean  su'  l'année,  »  qui  s'apphque  aux 
.domestiques  qui  changent  souvent  de  place. 

La  lessive  qui  précède  la  Saint-Jean  se  nomme 
«  lessive  de  fous  l'camp  ». 

Les  nouveaux  maîtres  vont  chercher  les  ser- 


DE  LA  SORTIE  DE  L  ÉCOLE  AU  TIRAGE   79 

vantes,  et  leur  apportent  une  quenouille  garnie 
de  rubans.  Aux  domestiques  mâles,  on  porte  un 
fouet.  (D.) 

A  Ercé,  il  est  d'usage  que,  la  veille  de  Noël, 
les  domestiques  et  les  enfants  aillent  manger  de 
la  morue  chez  leurs  parents.  Les  domestiques 
mettent  cela  dans  leurs  conditions  de  louage  ; 
il  y  a  aussi  certaines  foires  où  ils  se  réservent 
d'aller. 

En  Basse -Bretagne,  «  le  garçon  de  ferme  met  dans  ses  con- 
ditions qu'il  sera  libre  d'aller  à  tant  de  foires  ou  de  marchés  par 
an.  »  (finkrie  bretonne,  t.  II,  p.  18.) 

On  dit  en  parlant  des  domestiques  qui  veulent 
quitter  une  place  où  ils  sont  bien  :  «  Aise  a  le 
eu  pointu,  malaise  dure  bien  ».  (E.) 


§   III.   —   LES   CONSCRITS 

Bien  que  les  Gallos  soient  d'excellents  soldats, 
ils  ne  quittent  point  volontiers  leur  village  pour 
aller  au  régiment,  et  ils  essaient  par  des  moyens, 
même  surnaturels,  de  se  dérober  au  service  mi- 
litaire. 

Le  jour  du  tirage,  il  y  a  des  rencontres  qui  sont 
de  bon  ou  de  mauvais  présage.  La  première  per- 


8o    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


sonne  que  trouve  un  jeune  homme  qui  va  au 
tirage  décide  de  son  sort  ;  si  c'est  une  femme  ou 
une  fille,  il  n'aura  pas  de  chance,  mais  il  en  aura 
si  c'est  un  homme.  (P.) 

Si  le  conscrit  qui  se  rend  au  tirage  rencontre  un 
prêtre  ou  une  bonne  sœur,  c'est  d'un  mauvais 
augure,  et  il  est  sûr  d'être  pris.  Lorsque  la  pre- 
mière personne  qu'il  voit  est  une  fille  ou  une 
femme  de  mauvaise  réputation,  il  se  considère 
comme  sûr  d'avoir  un  bon  numéro;  aussi,  pour 
la  remercier  de  cette  chance  qu'elle  lui  porte,  il 
lui  paie  généralement  un  café;  (D.)  mais,  si  elle 
lui  adresse  la  parole  la  première,  il  est  sûr  d'avoir 
le  numéro  i,  qu'on  nomme  \ç.  piaou.  (E.) 

Tliiers,  Traité  des  superstitions,  p.  184,  signale  parmi  les 
mauvais  présages  la  rencontre  d'un  prêtre  ou  d'un  moine  ;  celle 
d'une  fille  de  mauvaise  vie  est  au  contraire  d'un  bon  augure 
(p.  178). 

A  deux  kilomètres  de  Livré  est  une  chapelle  où 
les  conscrits  vont  en  pèlerinage  afin  d'échapper  à 
la  conscription.  (E.) 

Pour  se  procurer  un  bon  numéro,  il  y  a 
nombre  de  moyens  : 

On  va  cueiUir  du  gui  d'épine  blanche,  puis  on 
s'agenouille  au  pied  de  trois  croix,  en  déposant  à 
chaque  station  une  petite  branche  de  gui.  On  fait 
ensuite  dire  trois  messes;  mais,  pour  qu'elles 
soient  efficaces,  il  faut  avoir  dans  sa  poche  un 


DE   LA   SORTIE   DE  l'ÉCOLE   AU   TIRAGE        8l 


peu  de  gui  et  un  morceau   de  fer  qu'on  aura 
trouve  sans  le  chercher. 

On  arrive  au  même  résultat  en  cueillant  des 
feuilles  de  tirande  (sorte  de  glayeul)  ;  on  les  coupe 
en  morceaux  et  on  les  met  dans  sa  poche  sans  les 
compter  :  autant  on  aura  de  morceaux,  autant  il 
y  aura  d'unités  dans  le  numéro  qu'on  tirera. 

Si  un  conscrit  a  dans  ses  habits,  à  son  insu, 
des  grains  de  sel  cousus,  il  a  un  numéro  aussi 
élevé  qu'il  a  de  grains  de  sel.  (E.) 

Celui  qui,  sans  le  savoir,  a  dans  son  loutrond 
(sorte  de  paletot  court),  l'aiguille  qui  a  servi  à 
coudre  le  linceul  d'un  petit  enfant  mort-né  est 
assuré  d'avoir  un  bon  numéro  (Saint-Méloir-des- 
Bois).  De  même  celui  à  qui  on  a  mis  dans  sa 
poche,  sans  qu'il  en  sache  rien,  la  bague  d'une 
femme  mariée  dans  l'année,  ou  le  bonnet  de  bap- 
tême du  premier  enfant  mâle  d'une  maison.  (E.) 
Ailleurs,  le  bonnet  est  remplacé  par  une  médaille. 

Cf.  mes  Traditions  et  supersliliovs,  t.  I,  p.  287-88. 

Celui  qui  a  dans  la  poche  de  ses  hannes  (cu- 
lottes) un  hro  (dard)  et  un  v'iin  (venin)  de  reptile 
est  assuré  de  tirer  un  bon  numéro;  mais  il  faut 
que  le  talisman  se  trouve  dans  la  poche  du  même 
côté  que  la  main  qui  puisera  dans  l'urne,  et,  de 
plus,  que  le  conscrit  ignore  l'avoir  sur  soi.  (P.) 

Le  jour  du  tirage,*  les  conscrits  [se  rendent  au 

6 


82    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

chef-lieu  en  marchant  en  rang,  le  bâton  à  marottes 
sur  l'épaule;  ils  ont  souvent  un  drapeau,  et  ils 
chantent  des  marches  pour  aller  au  pas.  En  cer- 
tains pays,  ils  portent  des  fleurs  au  chapeau. 

Autrefois,  vers  le  soir,  il  y  avait  des  batailles 
entre  les  conscrits  des  différentes  communes; 
parfois,  c'étaient  de  véritables  mêlées  où  les  bâ- 
tons à  marotte  jouaient  le  rôle  de  massues.  Cette 
coutume  barbare  a  disparu  dans  plusieurs  pays  ; 
mais  il  en  est  d'autres  où  elle  subsiste.  En  Ille- 
et-Vilaine,  les  batailles  ont  lieu,  en  général,  entre 
les  conscrits  des  communes  patriotes  et  ceux  des 
communes  chouannes. 

Quelquefois,  les  conscrits  de  deux  communes 
passent  la  journée  ensemble  sans  qu'il  y  ait  aucune 
dispute  ;  ils  sortent  en  même  temps  de  la  ville  ou 
du  bourg,  et  tout  va  bien  jusqu'au  moment  où 
les  deux  bandes  se  séparent,  généralement  après 
une  station  à  la  dernière  auberge.  Ce  n'est  qu'à 
ce  moment  que  commence  la  bataille.  (D.) 

Des  conscrits  de  communes  voisines  vont, 
avant  et  après  le  tirage,  se  visiter  dans  leurs 
bourgs  respectifs,  drapeau  en  tête.  Ces  réunions 
ont  surtout  lieu  entre  communes  de  la  même  opi- 
"nion  politique.  (E.) 

Les  paysans  redoutent  le  service  mihtaire  ;  ce- 
pendant, le  jour  du  conseil  de  révision  celui  qui 
est  reconnu  apte  à  servir,  sort  joyeusement  de  la 


DE   LA   SORTIE   DE   l'ÉCOLE   AU   TIRAGE        83 

mairie  en  chantant  et  en  criant  :  «  Bon  pour  le 
service  !  «  tandis  que  ceux  qui  sont  réformés  pour 
vice  de  constitution  ou  faiblesse  sortent  pour 
ainsi  dire  sournoisement  et  avec  quelque  peu  de 
honte.  Les  jeunes  gens  qui  ont  été  réformés  ont 
de  la  peine  à  trouver  à  se  marier,  et  parfois, 
longtemps  après,  cela  leur  est  reproché  comme 
une  tache. 

A  Saint-Glen,  Penguilly,  etc.,  les  conscrits, 
avant  de  partir,  font  une  quête  pour  leurs  frais  de 
route.  Les  uns  leur  donnent  de  l'argent,  d'autres 
du  blé,  de  l'avoine  ou  des  pommes  de  terre. 

Sur  une  coutume  analogue  en  Poitou.  Cf.  Souche,  p.  7. 

Dans  le  Morbihan,  vers  la  limite  des  deux 
langues,  existent  des  fontaines  où  les  parents 
conduisent  les  conscrits  et  les  lavent  pour  les 
rendre  invulnérables. 

Cf.  d'Amezeuil,  Légendes  du  Morbihan,  p.  139. 

Il  est  assez  rare  que  les  jeunes  paysans 
cherchent,  aux  dépens  de  leur  santé,  à  échapper 
au  service  militaire  ;  toutefois,  il  y  a  des  exemples, 
en  Ille-et- Vilaine  notamment,  de  sorciers  qui, 
pour  faire  réformer  les  conscrits,  leur  faisaient 
piquer  les  testicules  par  des  abeilles. 


■^rs-'^^ 


CHAPITRE  V 


LE  MARIAGE 


§1. 


LES    GALANTS   ET   LES    FILLES   A   MARIER 


^/^  la  campagne,  les  galanteries  sont  souvent 
^'Ê^  de  longue  durée;  il  n'y  a  guère  de  com- 
f^^^  munes,  on  pourrait  presque  dire  de  vil- 
lages, où  il  ne  serait  facile  de  trouver  des  gens 
qui,  avant  de  se  marier,  ont  courtisé  leur  femme 
pendant  cinq,  six  ou  dix  ans.  Les  filles  ne  sont 
pas,  en  général,  très  pressées,  et  les  garçons,  à 
moins  qu'ils  n'aient  besoin  d'une  ménagère  pour 
leur  aider  à  tenir  leur  terre,  restent  volontiers 
longtemps  sans  se  décider.  En  matière  matrimo- 
niale, comme  presque  en  toute  chose,  les  paysans 
sont  lents  à  prendre  une  résolution.  De  part  et 
d'autre,  avant  comme  après  le  mariage,  les   pas- 


LE  MARIAGE  8^ 


sions  ne  sont  pas  bien  vives  :  la  longue  constance 
des  galants  est  donc  beaucoup  moins  extraordi- 
naire qu'elle  ne  le  semble  au  premier  abord. 
Quant  aux  jeunes  filles,  on  conçoit  que  le  plaisir 
et  l'orgueil  qu'elles  éprouvent  à  être  entourées  de 
«  bons  amis  »  les  fasse  retarder  une  union  qui 
mettra  fin  à  tout  cela,  bien  que,  souvent,  leur 
choix  soit  fait  et  leur  résolution  prise. 

L'état  de  beau-père  en  expectative  a  des  avan- 
tages assez  séduisants  pour  qui  connaît  l'esprit 
positif  des  paysans.  Les  galants  leur  paient  à 
boire  dans  les  auberges,  leur  offrent  du  tabac  et 
bien  d'autres  petits  cadeaux,  afin  de  se  mettre 
dans  leurs  bonnes  grâces.  Aussi  il  y  en  a  qui  se 
plaisent  à  attirer  les  galants  chez  eux,  et  qui  se 
font  prier  avant  d'accorder  leur  consentement. 

En  Berry  existe  le  même  usage.  (Cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II, 
p.  23.) 

Pour  les  campagnards,  le  type  de  la  beauté  fé- 
minine n'est  pas  la  grâce  ou  la  gentillesse;  c'est 
la  force  et  l'air  de  santé  :  une  fille  robuste,  forte 
en  chair  et  haute  en  couleur,  est  toujours  recher- 
chée. On  dit  d'elle  : 

—  Olle  a  une  belle  conscience,  olle  est  ben 
pommée;  c'est-à-dire  :  elle  a  une  belle  poitrine. 

—  Olle  est  ben  foutue  su'  son  bois  :  (E.)  Elle 
est  droite  et  de  bonne  mine. 

—  C'est  une  belle  coiffe.  —  C'est  un  biau  co- 


86    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


tillon.  —  C'est  un  biau  brin  de  fille.  —  011e  a  la 
joe  (joue)  su'  l'œil  :  Elle  a  les  yeux  vifs. 
Voici  quelques  autres  dictons  : 

—  Haute  comme  la  moitié  du  diable  (E.,  D.) 
(c'est  une  personne  de  grande  taille)  ;  on  la  qualifie 
aussi  «  grande  perche  à  coucou  ».  (E.) 

—  Elle  a  été  élevée  avec  du  lait  doux  :  Elle  a 
été  gâtée. 

—  O  se  fait  périer  (prier),  n'on  voit  ben  que 
c'est  eune  belle  fille. 

Belle  fille,  pain  frais  et  bois  vert 
Mettent  une  maison  à  désert. 

La  p'us  arrosée  (louée) 

N'est  pas  la  première  mariée.  (M.) 

—  Elle  est  belle  au  coffre,  et  belle  dans  l'ar- 
moire :  (E.,  D.)  Elle  est  riche,  mais  laide. 

—  Que  qu'olle  a?  —  Son  eu  et  sa  chemise. 
(E.)  Elle  est  pauvre,  et,  par  conséquent,  n'est  pas 
fort  souhaitable. 

Si  une  fille  a  l'air  d'agacer  un  jeune  homme, 
on  dit  «  qu'elle  fait  la  grande  ourée  «,  (M.)  c'est- 
à-dire  plus  de  la  moitié  du  chemin. 

Il  n'est  pas  rare,  d'ailleurs,  de  voir  des  filles 
offrir  à  leurs  galants  du  tabac  et  du  café,  afin  d'en 
avoir  plusieurs  à  les  accompagner  aux  assem- 
blées. (P.)  Un  dicton  très  répandu  les   engage 


LE   MARIAGE  87 


d'ailleurs  à  être  aimables  :  «  Montrous  (mon- 
trez-vous), les  filles,  qui  n'se  montère  n'est 
vu,  »  (E.) 

Lorsqu'un  paysan  est  sur  le  point  de  se  décider 
à  fiure  sa  cour,  il  se  rend  à  la  ferme,  et  regarde 
les  talons  des  sabots  de  la  jeune  fille  qu'il  a  en 
vue  :  s'ils  sont  botisous,  c'est  signe  qu'elle  soigne 
bien  les  vaches  et  qu'elle  sera  une  bonne  ména- 
gère. (D.) 

Lorsqu'il  y  a  des  toiles  d'araignées  dans  une 
maison,  on  dit  qu'il  n'y  a  pas  de  filles  à  marier; 
on  les  appelle  des  chasse-galants. 

Quand  une  poule  chante  le  coq,  c'est  signe 
qu'une  fille  va  avoir  un  malheur,  c'est-à-dire  un 
enfant.  (D.) 

En  beaucoup  de  pays,  la  naissance  d'un  enfcint 
avant  le  mariage  est  très  redoutée;  on  la  consi- 
dère comme  une  sorte  de  honte  qui  rejaillit  sur 
toute  la  famille;  aussi  on  dit  : 

—  Quand  on  trouve  à  marier  les  filles,  faut 
l'faire;  i'  n'  faut  pas  les  mettre  en  t'nés  (D.)  (les 
contraindre). 

—  Il  vaut  mieux  enhetider  (attacher)  que  de 
lever.  (E.) 

L'amour  est  assez  souvent  comparé  à  la  fièvre, 
et  l'on  dit  : 

C'est  la  fièvre  dondaiiie, 

Faut  être  deux  pour  la  trembler.  (P.) 


88    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

On  dit  des  gens  qui  vivent  ensemble  sans  être 
mariés  : 

C'est  le  mariage  à  la  civière  : 
Le  premier  lassé  met  à  bas.  (E.) 

Le  célibat  est  chose  assez  rare  à  la  campagne  ; 
il  y  a  plusieurs  dictons  ou  superstitions  qui 
peignent  le  malheureux  sort  qui  attend,  après 
leur  mort,  ceux  qui  n'ont  pas  été  mariés  : 

Dans  l'autre  monde,  les  vieux  gars  font  des 
charretées  d'épines  tout  déchaux  (D.)  (nu-pieds). 

On  dit  d'une  vieille  fille  : 

—  Olle  a  les  talons  jaunes. 

—  Olle  est  mêsé  (désormais)  sus  la  reciée  (M.), 
ou  sur  la  mériennée,  c'est-à-dire  qu'elle  a  passé 
le  midi  de  son  âge. 

—  O  reste  à  graine. 

Toutefois,  jusqu'à  un  âge  avancé,  les  filles 
peuvent  garder  l'espoir  de  se  marier  : 

—  N'y  a  point  d' vieux  chaudron  qui  ne  trouve 
sa  crémaillère.  (E.)  Les  vieilles  filles  finissent  par 
se  marier. 

Il  n'est  pas  rare,  en  eff"et,  de  voir  de  tout  jeunes 
gens  épouser  des  filles  qui  ont  quinze  ans  de 
plus  qu'eux.  De  cette  façon,  ils  sont  moins  ex- 
posés à  avoir  beaucoup  d'enfants.  Les  hommes 
se  marient  plus  jeunes  que  les  femmes  :  dans  un 


tE   MARIAGE  89 

tiers  au  moins  des  mariages,  la  femme  a  quelques 
années  de  plus  que  le  mari. 

On  dit  en  proverbe  :  —  Une  fille  est  bonne  à 
marier  à  trente  ans,  un  homme  à  vingt.  (E.) 

Les  vieilles  filles  vont  en  paradis  à  cheval  sur 
un  séran  (E.)  (instrument  à  sérancer).  Les  vieilles 
tilles,  dans  l'autre  monde,  sont  occupées  à  broyer 
le  chanvre,  à  cheval  sur  des  bras  (broies)  de  fer. 

On  parle  aussi  de  saint  Pipet,  qui  flaupait  les 
vieilles  filles  à  coups  d'andouille  comme  elles  en- 
traient en  Paradis.  (E.) 

Parfois  même,  elles  subissent  une  métamor- 
phose :  Dans  les  campagnes,  aux  environs  de 
Châteaubriant,  on  croit  que  les  vieilles  filles  sont 
changées  en  chouettes  après  leur  mort. 

Cf.  Histoires  et  légendes  de  Châteaubriant,  p.  37- 38. 

Il  y  a  nombre  d'endroits  où  les  garçons  et  les 
filles  se  rencontrent  et  où  ils  parlent  d'amour  : 
aux  assemiblées,  aux  foires,  en  allant  à  la  messe, 
aux  champs,  aux  veillées,  etc. 

«  Le  lundi  de  la  Pentecôte,  il  est  d'usage  à 
Andel  et  dans  quelques  communes  des  environs, 
que  toutes  les  femmes  aillent,  après  vêpres,  baiser 
l'étole  et  se  la  faire  poser  sur  la  tcte.  Des  jeunes 
gens  s'introduisent  alors  sans  bruit  dans  l'église, 
prennent  par  le  doigt  et  emmènent,  sans  la  regar- 
der, la  jeune  fille  qu'ils  préfèrent.  Cela  s'appelle 


90      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

être  tirée  d'assemblée.  Elle  est  ensuite  régalée  de 
fruits  et  de  gâteaux  que  l'on  nomme  fouasses.  On 
dit  de  celles  qui  s'en  retournent  seules  qu'elles 
s'en  vont  sur  la  grise.  Les  jeunes  gens  leur  jettent 
des  mottes  et  les  poursuivent  en  les  raillant.  » 

(Habasque,  t.  III,  p.  12.) 

Souvent,  quand  une  fille  est  de  garde  à  la  ferme 
pendant  la  grand'messe  ou  les  vêpres,  elle  a  un 
ou  plusieurs  de  ses  galants  à  venir  lui  tenir  com- 
pagnie. 

Les  jeunes  gens  qui  se  font  la  cour  en  cachette 
des  parents  vont  «  se  causer  drère  les  barges  » 
(amas  de  paille).  (E.) 

Ailleurs,  on  dit  :  «  Les  bonnes  gens  ne  veulent 
pas;   mais  i'  s'  font  la  cour  drère  la  iiâ.  »  (D.) 

Ou  :  «  Quand  la  chieuv'e  est  do  l'ioup,  le 
pâtou'  a  biau  courre.  (E.)  » 

Mais,  le  plus  souvent,  les  galants  viennent  à  la 
maison,  et  c'est  là,  en  public,  qu'ils  font  les  em- 
pressés auprès  des  filles. 

En  quelques  pays,  il  y  a  des  époques  où  se 
présentent  les  jeunes  gens  qui  posent  leur  candi- 
dature :  certain  dimanche  est  appelé  dimanche 
de  la  penrie;  si  le  garçon  ne  vient  pas  se  dèpenre 
(dépendre)  huit  jours  après,  le  dimanche  de  la 
dépenrie,  c'est  qu'il  a  des  prétentions  sérieuses. 

Dans  les  Ardennes  (cf.  Nozot,  p.  12e),  le  premier  dimanche  de 


LE   MARIAGE  9I 


arême,  a  lieu  une  sorte  de  cérémonie  analogue,   qu'on  appelle 
1  souderie. 

En  entrant  dans  une  ferme  pour  y  faire  leur 
:our,  les  garçons  déposent  leur  bâton  près  de  la 
)orte  d'entrée  ;  s'ils  sont  bien  aimés,  la  jeune  fille 
,-ient  prendre  le  bâton,  et  le  place  près  du  banc 
lu  foyer.  (E.) 

«  A  la  Boissière  (Loire-Inférieure),  quand  un 
eune  homme  a  une  jeune  fille  en  vue,  il  se  rend, 
a  nuit,  sous  sa  fenêtre,  et  lui  chante  : 

Il  ne  fait  pas  clair  de  lune, 

Belle,  levez-vous  ! 
Tandis  que  la  nuit  est  brune, 
Venez  danser  avec  nous. 

«  Si  la  belle  veut  accueillir  favorablement  le 
:hanteur,  elle  répond  : 

Pourquoi,  l'enfant,  venir  ainsi 

Troubler  mon  sommeil? 
Je  n'entends  pas  quand  il  fait  nuit. 
Venez  me  voir  au  réveil. 

«  Cette  petite  scène  doit  se  renouveler  pendant 
lu'mzQ  nuits  consécutives.  »  (Ogée.) 

Quand  les  jans  (ajoncs)  sont  en  fîours, 
Les  filles  sont  en  amours.  (P.) 

Quand  une  lingère  perd  des  aiguilles  dans  la 


92    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

maison  où  elle  est  à  coudre,  on  dit  qu'elle  est 
amoureuse.  (P.) 

On  dit  d'une  jeune  fille  qui  a  des  galants  : 
«  Elle  est  sous  le  chape.  »  —  Les  galants  se  réu- 
nissent le  dimanche  autour  du  fo^'er  avec  les  pa- 
rents de  la  jeune  fille  qu'ils  désirent  courtiser. 
Elle  se  tient  auprès  de  la  table,  et  chaque  galant, 
à  son  tour,  quitte  le  foyer  pour  aller  lui  parler. 
Les  amoureux  lui  prennent  la  main  et  lui  disent 
des  compliments,  et  ils  s'en  approchent  si  près 
que  la  jeune  fille  est  sous  leur  chape.  (Landehen, 
près  Lamballe.)  —  Tenir  une  fille  sur  le  petit 
banc  près  de  la  fenêtre,  c'est  lui  causer  seul  à 
seul.  (P.) 

Quand  on  offre  un  bouquet  à  une  jeune  fille  ou 
une  femme,  on  empiète;  et,  pour  cela,  on  l'em- 
brasse. (M.) 

Les  couteaux  ou  les  ciseaux  coupent  l'amitié, 
mais  les  épingles  l'attachent.  Les  garçons  offrent 
souvent  des  épingles;  si  une  jeune  fille  les  ac- 
accepte  pour  son  mouchoir,  c'est  signe  qu'elle  a 
de  l'attachement  pour  celui  qui  les  lui  offre. 

Quand  un  garçon  attrape  le  mouchoir  d'une 
fille,  on  dit  que  l'amitié  les  unit  plus  étroitement 
qu'auparavant.  (P.)  Aussi  les  garçons  essaient  de 
les  enlever  aux  jeunes  filles,  soit  en  fouillant  à 
l'improviste  dans  leur  poche,  soit  en  les  tirant 
brusquement  quand  elles  se  mouchent.  (D.) 


LE   MARIAGE  93 


Les  amoureux  ont  parfois  des  façons  brusques, 
émoin  les  gars  de  Pléhérel.  On  dit,  en  proverbe  : 

Faire  l'amour  comme  les  gars  de  Plêré.  »  Qiiand 
.s  ne  savent  plus  quel  compliment  adresser  à  leur 
onne  amie,  ils  lui  frappent  sur  le  genou  en  di- 
ant  :  «  En  avons  cor  un  autre  comme  'héla.  »  (M.) 

Il  y  a  aussi  toute  une  série  de  facéties  de  haute 
raisse;  en  voici  quelques-unes  : 

Pour  faire  les  filles  péter,  on  n'a  qu'à  prendre 
es  œufs  de  fourmis  et  à  en  mettre  dans  le  man- 
er  ou  dans  la  boisson  de  la  personne  à  qui  l'on 
eut  faire  cette  farce.  Dès  qu'elle  les  a  avalés,  elle 
ète  malgré  elle.  (P.)  On  arrive  au  même  résul- 
it  en  leur  faisant  prendre  de  l'anis. 

Pour  faire  les  filles  pisser,  il  suffît  de  leur  faire 
valer  de  la  limure  de  scie.  (P.) 

Dans  les  notes  à  la  suite  de  VHistaire  de  M.  Ckijle,  p.  54,  il  est 
lestion  d'une  pierre  qui  fait  pisser  les  femmes. 

Dans  les  fermes,  quand  il  est  temps  que  les 
noureux  s'en  aillent,  la  mère  lève  les  tisons, 
lanière  polie  de  les  mettre  à  la  porte.  Quand  on 
let  les  tisons  en  l'air,  c'est  dire  aux  amoureux 
u'ils  peuvent  revenir;  s'ils  ont  en  bas  la  partie 
icandescente,  c'est  signe  de  congé  définitif.  (E.) 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  11,  p.  24),  ce  sont  les  ti- 
ns mis  la  tête  en  l'air  qui  signifient  refus. 

Quand  une  jeune  fille  veut,  donner  son  sac, 
est-à-dire  renvoyer  son  galant,  elle  lui  dit  : 


94      L  HOMME   DE  LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

Il  faudrait  une  langue  de  Sigovie 

Pour  répondre  à  vos  glorifiances. 

Quand  les  épines  mortes, 

Qui  sont  entre  votre  porte  et  la  nôtre, 

Fleuriront  des  roses. 

Vos  amours  seront  les  nôtres. 

(Landehen,  près  Lamballe.) 

Lorsqu'un  garçon  qui  a  demandé  une  jeune 
fille  a  été  refusé  par  le  père  seulement  ou  par  la 
jeune  fille  seule,  ou  si  on  lui  a  donné  des  raisons, 
et  non  un  congé  formel,  il  dit  :  «  J'ai  mon  sac, 
mais  je  n'ai  pas  la  corde.  »  (D.) 

Quand  un  galant  a  reçu  son  congé  d'une  jeune 
fille,  on  dit  qu'il  a  reçu  sa  chieuve.  Il  la  jette 
dans  un  champ,  et  elle  reste  là  jusqu'à  ce  qu'un 
autre  aille  la  chercher.  On  dit  du  bâton  qui  a 
servi  à  un  porteur  de  chausses  naïres  (entremet- 
teur de  mariages)  qu'il  apporte  la  chieuve.  (P.) 

La  pudeur  champêtre  est  très  relative  :  les  filles 
se  laissent  très  bien  «  bouchonner  »  par  les  gar- 
çons, c'est-à-dire  prendre  par  la  taille  ou  par  les 
seins.  Si  onnetouche  «  qu'au-dessus  du  sa  (sac)  », 
c'est-à-dire  à  ce  qui  est  couvert  par  les  vêtements, 
il  n'y  a  pas  grand'chose  à  dire,  et  elles  ne  s'é- 
meuvent que  pour  la  forme. 

Au  moment  du  mariage,  la  vertu  des  mariées 
n'est  pas  toujours  intacte;  il  y  a  même  des  com- 
munes où  l'on  compterait  facilement  celles  qui  se 


LA    MARIAGE  95 


iiarient  étant  vierges.  On  entend  dire  :  «  O  se 
"ait  chiéri'  par  le  gars  un  tel,  )>  ce  qui  veut  dire 
qu'elle  est  sa  maîtresse  jusqu'au  bout. 

S'il  n'y  a  pas  survenance  d'enfant,  le  capîtal  de 
a  fille  n'a  pas  diminué  de  valeur,  et  elle  trouve 
rès  bien  à  se  marier,  même  avec  un  autre. 


§    II.    PRÉSAGES    DE    MARIAGE.    —    MOYENS    DE    SE 

FAIRE    AIMER 

La  croyance  aux  présages  est  très  vivace  à  la 
ampagne,  mais  c'est  surtout  dans  la  période  qui 
)récède  le  mariage  que  les  galants  des  deux  sexes 
es  consultent  ;  il  y  en  a  une  grande  variété  qui 
ont  relatifs  à  l'époque  où  se  fera  l'union,  au 
hoix  du  conjoint,  etc.  Les  jeunes  filles  croient 
ilus  que  les  garçons  à  ces  augures  et  les  consultent 
[avantage. 

Les  monuments  préhistoriques  sont  l'objet  de 
2urs  pèlerinages  :  à  Roche-Marie,  près  Saint- 
^ubin-du-Cormier;  aux  Faix-du-Diable,  enMcllé; 

la  Roche-Écriante,  en  Montault;  à  la  pierre  du 
lême  nom,  en  Saint-George-de-Reintembault 
lUe-et- Vilaine),  les  filles  vont  se  frotter  ou  s'écrier 
se  laisser  glisser)  afin  d'avoir  de  la  chance  pour 


q6    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


se  marier  bientôt.  A  Plouër  (Côtes-du-Nord), 
lorsqu'une  fille  veut  se  marier  dans  l'année,  elle 
va  se  laisser  glisser  «  à  eu  nu  «  sur  la  roche  de 
Lesmon  ;  si  elle  arrive  en  bas  sans  s'écorcher,  elle 
est  assurée  de  trouver  un  mari  avant  douze  mois. 
Si  on  peut  grimper  sur  le  menhir  de  la  Tiem- 
blaye  en  Saint-Samson,  on  se  marie  également 
dans  l'année;  près  de  Guérande,  M.  de  Montbret 
trouva  dans  les  fentes  d'un  dolmen  des  flocons  de 
laine  liés  avec  du  clinquant.  Ils  avaient  été  dépo- 
sés par  des  jeunes  filles  animées  du  même  désir. 

Cf.,  pour  les  détails  de  ces  pratiques,  le  tome  I*"",  p.  48-51, 
des  Traditions  et  superstitions  de  la  Hautc-Brdagne. 

Dans  la  commune  de  Saint-Pern,  il  existait 
naguère,  non  loin  du  château  de  Ligouyer,  un 
arbre  antique  qui  attirait  les  jeunes  filles,  aux- 
quelles le  seul  contact  de  son  écorce  avait  la 
vertu  de  procurer  des  maris. 

Pour  savoir  si  on  se  mariera  dans  l'année^  on 
jette  des  épingles  dans  la  fontaine  de  Saint-Gous- 
tan,  au  Croisic;  il  en  est  de  même  dans  les  Côtes- 
du-Nord;  mais  il  faut  pour  cela  que  l'épingle 
descende  au  fond  sans  faire  de  tourbillon. 

Cf.  sur  des  usages  similaires  :  Souche,  p.  24  (Poitou)  ;  Joanne 
(Vosges,  Alsace),  p.  96;  Souvestre  (Basse-Bretagne),  les  Der- 
r.iers  Bretons,  t.  I'^'',  p.  24. 

«  Il  faut  que  Tépingle  du  mouchoir  en  face  du 
cœur  reste  sur  l'eau  quand  on  l'y  jette,  ou  adieu 


LE   MARIAGE  97 


l'époux.  Les  filles  avisées  remplacent  le  laiton  par 
une  épine  sèche.  » 

(Fouquet,  Légctidcs  du  Morbihan,  Introduction.) 

A  la  fontaine  de  Bodilis  (Cf.  Galerie  bretonne,  t.  111,  p.  150), 
on  consulte  les  eaux  au  moyen  d'une  épingle  pour  savoir  si  le 
galant  est  fidèle  ou  non. 

«  A  la  chapelle  Saint-Ufcrier,  qui  marie  les  filles  dans  l'an- 
liée,  en  Séné,  le  pied  du  saint  est  criblé  de  piqûres  ;  ce  sont 
encore  les  filles  en  quête  de  maris  ;  mais  il  faut  bien  planter 
Tépingle  et  qu'elle  soit  neuve  et  bien  droite,  sans  cela  l'époux 
serait  tortu,  bossu  et  boiteux.  » 

(Fouquet,  Légendes  du  Morbihan.) 

Il  y  a  en  Haute-Bretagne  plusieurs  saints  qui 
sont  l'objet  de  semblables  pratiques.  Près  de 
Quintin  est  une  petite  chapelle  dédiée  à  saint 
Laurent,  et  tout  près  du  lieu  oîi  se  tient  la  foire 
de  Saint-André.  On  vient  y  planter  des  épingles  : 
si  l'épingle  reste  fichée  du  premier  coup,  la  fille 
se  marie  dans  l'année;  si  elle  manque,  son  ma- 
riage est  reculé  d'autant  d'années  qu'elle  a  man- 
qué. 

Aux  environs  de  Moncontour,  à  un  kilomètre 
de  la  ville,  à  mi-route  de  la  chapelle  de  Notre- 
Dame -du -Haut ,  existait  une  petite  croix  ce 
pierre;  autrefois,  les  jeunes  filles  allaient  ficher 
des  épingles  dans  la  soudure  existant  entre  un 
des  bras  de  la  croix  et  le  tronc.  Si  l'épingle  restait 
fichée  du  premier  coup,  la  fille  qui  réussissait  se 
mariait  dans  l'année.  Aujourd'hui  que  la  croix 


q8    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


est  abattue,  c'est  dans  le  trou  du  socle  que  l'on 
pique  les  épingles. 

(Coinrauniqué  par  ivl.  E.   Hamoiiic.) 

Dans  la  côte  qui  mène  de  Saint-Brieuc  à  Plérin 
se  trouve  la  chapelle  de  Bon-Repos;  au-dessus  du 
portail,  il  y  a  un  trou  dans  le  mur;  les  jeunes 
filles  qui  veulent  se  marier  dans  l'année  y  jettent 
une  pierre.  11  parait  qu'il  y  en  a  beaucoup  qui 
ont  ce  désir,  car  le  trou  est  toujours  rempli. 

(Communiqué  par  M'^''^  L.  Tcxier.) 

«  A  Bréhat,  lorsque  les  jeunes  gens  veulent  se  marier,  ils  vont 
au  Paon  consulter  r?%'enir.  Ils  prennent  de  petites  pierres  qu'ils 
jettent  dans  la  fente;  si  celles-ci  tombent  droitemcnt  dans  le 
gouffre  sans  toucher  les  parois,  ils  doivent  se  marier  de  suite  ; 
l'ans  le  cas  contraire,  ils  ont  autant  d'années  à  attendre  que  l.i 
pierre  jetée  a  frappé  de  coups.  »  (Ernouî  de  la  Cheueliére,  p.  54.) 

Près  de  Hénanbihen  se  trouve  un  petit  saint  de 
pierre  très  fruste,  appelé  saint  Mirli,  dont  la  tête, 
coupée  sans  doute  jadis,  avait  été  rajustée  sur  le 
tronc  au  moyen  d'une  barre  de  fer.  Si  on  tournait 
la  tête  de  saint  Mirli  un  certain  nombre  de  fois  à 
un  moment  déterminé,  on  se  mariait  dans  l'an- 
née. (M.)  On  arrive  au  même  résultat  si  on  em- 
brasse trois  fois  la  croix  du  Bois-Bra.  (S.-C.) 
.  Si  on  mange  une  pomme  devant_^une  glace,  on 
sj  marie  dans  l'année,  à  la  condition  que  l'on 
voie  aussi  une  étoile  vers  neuf  ou  dix  heures  du 
matin. 


LE   MARIAGE  99 


Dans  les  Vosges,    si    on   mange    une  pomme  le  jour  Saint- 
.\iidré,  on  voit  celle  que  l'on  épousera. 
Cf.  Mchisiite,  t.  I,  col.  500. 

On  se  marie  encore  prochainement  si  on  jette 
de  la  graine  de  lin,  et  qu'on  puisse  la  ramasser 
sans  qu'il  en  manque  une  seule. 

Si  les  laveuses  peuvent  faire  sept  fois  le  tour 
du  doué  en  tenant  entre  leurs  dents  Vencherroiié, 
c'est-à-dire  le  drap  à  cendre,  elles  sont  assurées 
de  se  marier  bientôt.  (E.) 

On  consulte  la  feuille  de  houx  pour  savoir  si 
on  se  mariera  ou  non  ;  en  touchant  chacun  des 
piquants,  on  dit  :  «  Fille,  femme,  veuve,  reli- 
gieuse. »  Ou  :  (c  Fils,  homme,  veuf,  religieux.  » 
C'est  le  dernier  piquant  qui  donne  la  réponse. 
(M.)  On  effeuille  aussi  les  marguerites  en  répé- 
tant les  mêmes  mots.  (E.) 

Pour  se  marier  dans  l'année,  il  faut  avoir  qua- 
torze épingles  prises  à  la  couronne  de  quatorze 
mariées  différentes.  (E.)  —  Ailleurs,  une  seule 
épingle  suffit;  mais,  parmi  toutes  celles  aux- 
quelles la  mariée  les  distribue,  il  n'v  en  a  qu'une 
à  se  marier  dans  l'année. 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  Ireionuc,  t.  III,  p.  150),  les 
épingles  de  la  mariée  ont  la  mémo  vertu. 

Si  une  jeune  fille  prête  une  épingle  à  un  jeune 
homme  qu'elle  aime,  cela  unit  l'amitié.  Il  en  est 
de  même  d'un  mouchoir.  (P.) 


100      L  HOMME    DE    LA    NAISSANCE   A   LA    MORT 

Si  les  pies  font  leur  nid  dans  le  jardin  d'une 
ferme  où  il  y  a  des  filles  à  marier,  l'une  d'elles 
sera  épousée  dans  l'année.  (S.-C.) 

On  est  encore  assuré  de  se  marier  dans  l'année  : 
Si  on  peut  attraper  une  demoiselle.  (E.,  D.) 
—  Si  on  trouve  du  trèfle  à  quatre  ou  à  cinq 
feuilles.  (E.)  —  Q.uand  on  peut  briser  ave:  le 
petit  doigt  de  la  main  gauche  une  baguette  de 
coudrier.  (E.) 

Mais  si  une  fille  laisse  son  trépied  trop  long- 
temps sur  le  feu,  son  mariage  est  retardé  de  sept 
ans;  (P.)  autant  de  minutes,  autant  d'années.  (D.) 

Pour  savoir  de  quel  côté  on  a  sa  bonne  amie, 
on  met  des  pépins  de  pomme  dans  un  cha- 
peau ou  dans  sa  main  et  on  les  secoue.  Le  côté 
pointu  du  pépin  indique  où  est  la  bonne  amie. 
On  dit  : 

Pépin,  pépin, 
Tourne-toi,  vire-toi. 
Par  où  le  pépin  tournera, 
La  bonne  amie  sera. 
(S.-C.) 

Pour  savoir  avec  qui  on  se  mariera,  il  faut 
mettre  sous  son  oreiller  un  morceau  de  la  seconde 
pelure  du  saule,  celle  qui  touche  au  bois.  (E.) 

Si  l'on  veut  voir  en  songe  la  personne  que  l'on 
doit  épouser,  il  faut,  le  premier  vendredi  du  crês- 
sent  (croissant),  dire  cinq  Pater  et  cinq  Ave,  dans 


LE    MARIAGE  lOI 


le  premier  endroit  venu,  en  regardant  le  crès- 
sent,  puis  jeter  sans  regarder  dans  sa  direction 
ce  qu'on  trouve  sous  sa  main,  en  disant  : 

Petit  crêssent, 

Verbe  blanc, 
Fais-moi  voir  en  mon  dormant 
Qui  j'aurai  en  mon  vivant. 

On  se  met  ensuite  au  lit  en  y  entrant  du  pied 
gauche;  on  se  couche  sur  le  côté  gauche,  et  on 
récite,  jusqu'à  ce  qu'on  s'endorme,  des  prières 
pour  les  âmes  du  purgatoire.  (E.) 

Cf.,  dans  Mcluslue,  col.  220,  une  formulette  assez  semblable 
de  Saône-et-Loire. 

Si  on  veut  connaître  le  nom  de  la  personne 
que  l'on  épousera,  il  faut  peler  une  pomme  ou 
une  poire,  et  jeter  par  derrière  soi  la  pelure  en- 
tière ;  la  lettre  formée  sera  la  première  du  nom 
ou  du  prénom  du  futur  ou  de  la  future. 

Cf.  Souche,  p.  13. 

Si,  après  avoir  dit  un  Pater  et  un  Ave,  on  prend 
une  feuille  de  laurier-palme,  et  qu'on  la  mette 
sous  son  oreiller,  on  voit,  la  nuit,  celui  ou  celle 
qu'on  épousera;  mais  il  ne  faut  parler  à  personne 
après  qu'on  a  placé  la  feuille.  (E.)  —  Si,  un  jour 
de  fête,  avant  jour,  on  met  une  glace  devant 
son  lit,  on  voit  dedans  la  figure  de  celui  qu'on 
épousera.  —  Si,  pendant  l'élévation  de  la  messe 


102     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

Je  minuit,  on  fait  le  tour  d'une  croix  emboîtée 
(à  niche),  on  voit  la  figure  de  sa  bonne  amie  ou 
de  sa  femme  future.  (E). 

On  écrit  aussi  trois  billets  :  deux  qui  sont  ceux 
de  galants  qui  vous  font  la  cour;  sur  le  troisième 
on  met  V inconnu.  On  enveloppe  ces  billets  dans 
de  la  mie  de  pain  et  on  les  laisse  tremper  dans 
un  verre.  Celui  qui  revient  le  premier  sur  l'eau 
donne  la  réponse.  (D.) 

Lorsqu'une  couturière  perd  ses  ciseaux  en  se 
rendant  à  son  travail,  le  matin,  le  jeune  homme 
qui  les  trouve  sera  son  mari.  (P.) 

Quand  le  pissenlit  est  défleuri,  et  qu'il  ne  reste 
que  les  graines,  on  en  cueille  un  brin  et  on 
souffle  dessus  pour  savoir  si  l'on  est  aimé.  Si 
toutes  les  graines  s'envolent,  c'est  signe  qu'on  est 
très  aimé;  s'il  en  reste  quelques-unes,  on  l'est  un 
peu  moins  ;  s'il  en  reste  un  grand  nombre,  l'af- 
fection est  faible.  (M.,  E.) 

On  prend  une  baguette  de  coudrier,  en  forme 
de  fourche,  et  on  la  tourne  du  côté  où  l'on  a  sa 
bonne  amie  ou  son  bon  ami;  si  on  est  aimé,  la 
baguette  s'incline  d'elle-même  vers  la  terre. 

Quand  le  dé  d'une  jeune  fille  tombe,  on  dit 
que  son  amoureux  parle  à  une  autre  fille  en  ce 
moment.  (P.)  Si  une  couturière  casse  son  ai- 
guille en  cousant,  on  dit  que  son  amant  l'aban- 
donnera. (P.) 


LE    MARIAGE  10" 


Pour  savoir  si  on  a  de  l'amitié  pour  un  tel  ou 
une  telle,  on  enlève  une  à  une  les  graines  d'une 
espèce  de  folle  avoine.  (D.) 

Si  on  veut  savoir  combien  on  a  de  bonnes 
amies  ou  de  bons  amis,  on  fait  craquer  les  arti- 
culations des  doigts;  autant  de  craquements,  au- 
tant d'amants  ou  d'amantes. 

Même  superstition  eu  Poitou  (cf.  Souche,  p.  14)  et  eu   Bric. 

Vous  n'aimez  point  les  chats,  vous  n'aurez 
point  un  bel  homme  ;  vous  aimez  bien  les  chats, 
vous  aurez  un  bel  homme  ou  une  belle  femme. 
(D.,  S.-C.) 

Ce  proverbe  constate  une  superstition  qui  a  son  similaire  eu 
Poitou  (Souche,  p.  14). 

Si  une  fille  se  mouille  en  lavant,  son  mari  sera 
ivrogne.  (D.)  En  tordant  le  linge,  celle  des  la- 
veuses qui  tord  le  moins  fort  épousera  un  veii- 
vier.  (D.) 

Si  la  jarretière  d'une  femme  ou  d'une  fille  se 
relâche,  c'est  signe  qu'elle  est  moins  aimée.  Si 
les  bas  ne  tiennent  pas  jartclcs,  l'amoureux  de  la 
jeune  fille  est  infidèle. 

Cf.  Souche,  p.  14. 

Quand  une  fille  se  marie  avant  son  aînée,  on 
dit  qu'elle  lui  a  fauché  l'herbe  sous  le  pied  (E.), 
ou  qu'elle  lui  a  écoupeJé  (coùpéj  les  choux.  (D.) 

Pour  savoir  si  un  garçon  est  bon  à  marier,  on 


104      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE  A  LA   MORT 

lui  frappe  le  jarret  avec  le  coupant  de  la  main  au 
moment  où  il  ne  s'y  attend  pas  ;  s'il  cède,  c'est 
qu'il  n'est  pas  encore  assez  fort.  (M.) 

Si  on  peut  se  procurer  une  grenouille  verte,  il 
faut  la  mettre  dans  une  pannette  percée  de  petits 
trous.  Ensuite  on  met  la  pannette  et  la  grenouille 
dans  une  fourmilière.  Mais,  comme  on  ne  doit 
pas  entendre  la  grenouille  jeter  un  cri,  on  s'é- 
loigne de  ce  lieu  le  plus  tôt  possible;  elle  est  aus- 
sitôt dévorée  par  les  fourmis.  On  prend  tous  ses 
os,  on  les  met  dans  un  ruisseau.  Parmi  eux,  il  y 
en  a  un  qui  remonte  le  courant;  c'est  celui-là 
qu'on  doit  ramasser;  on  l'écrase  et  on  le  réduit  en 
poudre,  qu'on  mêle  dans  du  tabac  à  priser,  et  on 
en  offre  à  la  jeune  fille  que  l'on  veut  enchanter. 
Une  fois  qu'elle  a  aspiré  la  prise,  elle  ne  se  con- 
naît plus,  et  elle  suit  celui  qui  l'a  enchantée. 

D'après  Bordelon,  Histoire  de  M.  Oujle,  p.  80,  si  une  gre- 
nouille verte  est  mangée  par  les  fourmis,  la  partie  gauche  d'un 
de  ses  os  fait  haïr,  la  droite  fait  aimer. 

Un  garçon  qui  mettrait  de  la  joubarbe  dans  sa 
poche  et  la  ferait  sentir  à  une  jeune  fille  la  force- 
rait à  courir  après  lui  (E.). 

Cf.  mes  Traditions  et  superstitions,   t.  II,  p.  337. 

Quand  on  veut  qu'une  personne  soit  amou- 
reuse de  vous,  il  faut  lui  mettre  dans  la  poche 
gauche,  sans  qu'elle  le  sache,  une  poignée  d'herbe 
d'amour.  (E.)  Cette  herbe  mystérieuse  s'achète. 


LE   MARIAGE  10) 


dit-on,  chez  les  pharmaciens  ;  c'est  le  seul  ren- 
seignement que  j'aie  pu  obtenir.  Si  la  lune  change 
dans  les  trois  jours,  la  personne  à  qui  on  a 
mis  de  l'herbe  d'amour  est  exposée  à  foîéier, 
c'est-à-dire  à  devenir  folle.  (E.) 


§    III.    —    LA    DEMANDE    EN    MARIAGE 

A  Plessala,  quand  un  garçon  a  fait  la  cour  à 
une  fille  pendant  un  temps  suffisant,  il  va  la 
trouver  et  lui  dit  : 

—  Putin,  m'aimes-tu  ben?  (i). 

—  Vère  don',  crapaôu  (crapaud). 

—  Ma  itou,  copie-ma  (crache-moi)  dans  la 
goule,  j'te  l'renrai  après. 

Lorsque  la  jeune  fille  a  craché  dans  la  bouche 
du  garçon,  et  que  celui-ci  lui  a  rendu  sa  poli- 
tesse, ils  se  considèrent  comme  Hés  et  fiancés. 

A  Brusvily,  près  Dinan,  quand  un  garçon  et 
une  fille  veulent  se  prouver  qu'ils  s'aiment  bien, 
ils  se  crachent  aussi  dans  la  bouche. 

Cf.  sur  le  rôle  de  la  salive,  mon  article  le  Crachat  et  la  sa- 
live dans  V Homme,  t.  I,  p.  584-59;. 

(i)  Ce  terme  est  une  sorte  de  juron  qui  n'impîique  aucune 
intention  malveillante. 


io6    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Lorsque  c'est  le  père  du  jeune  homme  qui  vient 
taire  la  demande  en  mariage,  après  avoir  souhaité 
le  bonjour,  suivant  les  formules  en  usage,  il  dit 

—  J'avons  zu  eune  bonne  année  sez  nous 
j'avons  du  blé  plein  not'  solier  (grenier),  j'avons 
du  lard  plein  not'  chânier;  j'avons  du  cite  plein 
nos  tonnes;  j'avons  du  hn  tant,  que  je  n'savons 
comment  le  filer.  Av'ous  eune  fille  pour  nou' 
aider  à  manger  tout  l'ia  et  à  faire  not'  ouvrage? 

Bien  entendu,  il  grossit  toujours  un  peu;  le 
père  de  la  jeune  fille  ne  dit  ni  oui  ni  non,  du  pre- 
mier coup.  Souvent,  il  va  aux  renseignements. 
Parfois  c'est  la  mère  qui,  si  le  galant  est  d'une 
commune  voisine,  se  déguise  et  va  voir  par  elle- 
même.  Le  plus  souvent,  elle  prend  de  vieux  ha- 
bits, met  un  bissac  sur  son  dos,  et  se  présente 
chez  son  futur  gendre  comme  si  c'était  une  men- 
diante. (D.) 

Dans  un  de  mes  contes,  Janvier  d  Février,  n°  XLVi,  2«  série, 
c'est  la  fille  qui,  par  le  conseil  de  sa  mère,  se  déguise  en  men- 
diante afin  de  voir  par  elle-même  lequel  de  ses  deux  galants  est 
le  meilleur. 

L'entremetteur  de  mariage  s'appelle  chausse- 
naire  (E.,  S.-C),  qu'il  soit  mâle  ou  femelle. 

Jadis,  à  Calorguen,  quand  on  faisait  la  demande 
en  mariage,  la  fille  roulait  sur  son  doigt  le  ruban 
de  son  tablier,  et  elle  le  laissait  retomber  si  elle 
acceptait. 


LE  iVIARIAGE  IO7 


En  Basse-Bretagr.e,  d'après  Cli.  Pcrint  {Le  Prcshxièrc  de  Plou- 
gtierti,  Hachette,  1853,  p.  121),  la  jeune  fillc  qui  déroule  son  ta- 
blier encourage  son  galant. 

En  faisant  la  demande  en  mariage,  on  ne  boit 
que  du  vin  ;  c'est  celui  qui  demande  la  fille  qui 
l'apporte.  C'est  parfois  le  jeune  homme  lui-même 
qui  fait  la  demande.  (E.)  Si  le  jeune  homme  en 
faisant  sa  demande  n'a  pas  apporté  de  vin,  les 
parents  de  la  jeune  fille  ont  le  droit  de  se  dédire, 
même  s'ils  l'avaient  accepté.  (D.)  Si  le  mariage 
est  rompu  par  la  faute  de  la  fille,  elle  doit  rendre 
le  vin.  (E.) 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  bretonne,  t.  III,  p.  44),  aux 
iîançailles,  on  ne  boit  que  du  cidre  ;  mais  chacune  des  deu.\  par- 
ties apporte  sa  quote-part. 

QjLiand  un  jeune  homme  songe  à  épouser  une 
jeune  fille,  il  se  rend  le  soir  à  la  ferme,  au  mo- 
ment où  tout  le  monde  est  réuni.  Il  souhaite  le 
bonsoir  à  la  jeune  fille,  en  lui  disant  : 

—  Salut,  vos  bonnes  grâces.  La  jeune  fille  ré- 
pond :  —  Les  vôtres  les  surpassent. 

Le  Jeune  homme.  —  C'est  peu  de  chose  à  votre 
égard.  La  jeune  fille.  —  C'est  plus  que  je  n'en 
mérite  de  votre  part. 

Cette  dernière  réponse  est  la  formule  employée 
pour  faire  savoir  au  galant  qu'on  l'accueille  tavo- 
rablemcnt. 

Formule  de  demande  en  vxariage.  (Landchen,  canton  de  Lam- 
balle.) 


io8     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

On  dit  de  la  dernière  des  filles  qui  reste  à  ma- 
rier :  «  Olle  est  au  bout  du  banc.  »  (E.) 

Quand  le  mari  est  plus  petit  que  sa  femme,  on 
dit  :  «  Les  souris  enterront  (entreront)  dans  la 
maie.  »  (E.) 

La  discussion  des  intérêts  se  fait  souvent 
comme  un  marché. 

Voici  un  dialogue  populaire  en  Haute-Bretagne 
qui  montre,  sous  une  forme  non  déguisée,  deux 
pères  en  train  de  discuter  les  conditions  : 

—  Combien  d'écus? 

—  Trois  cents;  mais  mis  sur  la  couette. 
-  —  Il  faudrait  plus. 

—  Pas  un  sou. 

—  Remmenez  la  bête. 


§    IV.    —    LES   APPRÊTS   DE  LA  NOCE   ET  LES  FIANÇAILLES 

Le  futur  et  la  future  vont  ensemble  inviter  à 
leurs  noces,  si  c'est  tout  à  fait  en  cérémonie;  par- 
fois, c'est  le  fiancé  et  son  garçon  d'honneur,  ou 
la  fiancée  et  sa  fille  d'honneur. 

En  Basse- Bretagne,  les  fiancés  vont  faire  séparément  leurs  in- 
vitations, accompagnés,  l'un  de  son  garçon  d'honneur,  l'autre  de 


LE   MARIAGE  I09 


1  fille  d'honneur  (cf.  Souvestre,  Derniers  Brelovs,  t.  !=■■,  p.  51). 
illcurs,  ce  sont  les  parrains  et  marraines  qui  les  accompagnent 
jahric  bretonne,  t.  III,  p.  70). 

A  Gosné  (Ille-et- Vilaine;,  la  mariée  donne  à 
on  beau-père  un  chapeau  ei  une  cravate. 

Les  fiancés  vont  toujours  ensemble  commander 
t  mobilier. 

La  tailleuse  qui  a  fait  les  habits  de  la  mariée 
ssiste  à  la  noce  avec  ses  apprenties  (E.)  ;  elle  va 
ui  passer  l'habit,  et  celle  qui  a  fait  ou  vendu  la 
oiffe  va  la  placer. 

Mais,  pendant  la  période  qui  s'écoule  entre  les 
iançailles  et  le  mariage,  il  ne  faut  pas  que  la 
eune  fille  regarde  du  côté  où  demeure  son  fiancé. 
)i  elle  va  chez  lui,  c'est  tout  à  fait  malséant.  On 
lit  :  c(  Elle  va  voir  comment  son  lit  est  fait.  «  (E.) 

La  fiancée  donne  à  son  futur  la  chemise  de 
loces  et  lui  tricote  des  bas. 

La  même  coutume  existe  en  Berry  quant  à  la  chemise  ;  c'était 
ussi  jadis  l'usage  à  la  cour  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II, 
'■  29-) 

Autrefois,  quand  un  jeune  homme  et  une  jeune 
ille  étaient  fiancés,  le  dimanche  où  le  prêtre  pu- 
Dhait  les  bans  dans  la  chaire,  ils  prenaient  chacun 
me  assiette  et  ils  allaient  quêter.  La  jeune  fil'e, 
[ui  était  devant,  disait  : 

—  Donnez  ce  qu'il  vous  plaira  pour  me  faire 
léofourdir. 


iio    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

Le  jeune  homme,  qui  passait  après,  disait  : 

—  Donnez  ce  qu'il  vous  plaira  pour  le  dé- 
gourdisseur. 

Et  tout  l'argent  qu'ils  ramassaient  ainsi  était 
pour  le  musicien  qui  jouait  de  la  vielle  ou  du  vio- 
lon le  jour  des  noces.  (S.-C.) 

On  dit  qu'il  y  a  au  delà  de  Dinan  une  paroisse 
où,  au  lieu  de  pain  bénit,  on  porte  des  peux 
(bouillie  de  blé  noir).  Ceux  qui  offrent  le  pain 
bénit  sont  deux.  Le  premier  qui  passe  et  porte  les 
peux  dit  : 

—  Pern€z  devant  et  saucez  drère. 

Le  second  porte  du  lait  dans  une  écuelle. 

Le  dimanche  d'avant  le  mariage,  le  fiancé  et 
la  fiancée  vont  présenter  les  peux  bénits,  et  la 
fiancée,  qui  passe  la  première,  dit  : 

—  'Est  ma  qui  se  pour  me  faire  dégourdi'. 

—  'Est  ma  qui  se  (suis)  le  dégourdissons,  dit 
le  jeune  homme.  (S.-C.) 

Si  deux  fiancés  entendent  proclamer  leurs 
bans,  ils  sont  assurés  de  n'avoir  pas  mal  aux 
dents.  (P.) 

Pour  annoncer  les  fiançailles  d'un  couple,  on 
se  sert  de  la  formulette  suivante  : 

Vous  ne  savez  pas  ce  qui  va  se  passer  : 
Une  telle  va  se  marier  ; 
Vous  ne  savez  pas  quel  est  son  amaut  ? 
C'est  un  tel  assurément.  • 


LE   -NUKIAGE  lit 


lis  feront  la  route  ensemble 
Dans  le  petit  bois  à  quatre  coruières. 
Le  petit  amant  ramassera  les  bûchettes, 
La  petite  amante  fera  les  galettes, 
En  lui  disant  :  «  Fais-les  donc  bien, 
Ton  petit  cœur  sera  le  mien.  » 
Il  eu  mangit  quinze  dans  son  lait, 
Et  quatorze  avec  son  petit  graisset. 
Il  allit  derrière  l'hôté, 
L'amante  creyait  qu'il  allait  kerver  (mourir). 
Elle  lui  attacha  quinze  chemises 
Qpue  à  qoue  (queue). 
Mon  amie,  tu  laveras  tout.  (P.) 

«  A  Saint-Etienne  de  Courcoué  (Loire-Infc- 
■ieure),  les  mariages  sont  précédés  de  la  discus- 
sion entre  les  deux  futurs  du  trousseau  à  donner 
^t  du  choix  des  anneaux.  Ce  point  convenu,  on 
sanctionne  l'accord  par  une  cérémonie  dite  la 
(  tuilée  »,  et  qui  consiste  à  verser  du  vin  dans 
ine  tuile  creuse  et  à  la  placer  de  façon  que  les 
lancés  boivent  simultanément  par  Tun  des  deux 

30UtS,   » 
(Ogée,  nouvelle  édition,  art.  Saiiii-Elianie-de-Courcoué.) 
En  Basse-Brot.igne,  aux  fiançailles,  on  boit  du  vin  et  non  du 
iJre  :  le  père  du  jeune  homme  fait  venir  une  première  bouteille, 
clui  de  la  fille  une  seconde,  et  ils  alternent  ainsi  jusqu'à  ce  que 
out  ail  été  réglé  {Galerie  hrthujte,  t.  III,  p.  44). 

A  certains  repas  de  fiançailles,  vers  Moncon- 
our,  il  y  a  parfois  150  à  200  personnes,  avec  du 
on  (musique)  comme  aux  noces. 


112      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE   A    LA   MORT 

Le  jour  du  repas  de  fiançailles,  les  filles  vont 
aux  champs  travailler  comme  d'habitude,  et  elles 
font  exprès  de  ne  pas  s'habiller  en  dimanche  afin 
qu'on  les  trouve  à  la  besogne.  QjLiand  on  va  les 
chercher,  elles  font  les  ignorantes,  comme  si 
elles  ne  savaient  pas  de  quoi  il  s'agit.  (D.) 

La  jeune  fille  doit  aller  au  bourg  accomplir  la 
cérémonie  des  fiançailles.  Quand  on  la  prie  de 
s'y  rendre,  elle  fait  la  timide  et  l'ignorante  en 
disant  : 

—  Mais  que  qu'y  a  don'  au  bourg  ané  (au- 
jourd'hui)? I  y  a  vantiez  (peut-être)  queuque  fête 
de  Vierge.  J'n'en  avons  point  ouï  parler  dimanche 
à  la  grand'messe. 

A  la  fin,  le  père  permet  de  l'y  conduire. 

—  J'voulons  ben  qu'olle  aille  o  vous  ;  mais 
faut  nous  la  ramener,  toujours. 

(Recueilli  à  Plestan  par  M.  A.  Martin.) 


§   V.    —    QUAND    OX    DOIT    SE    MARIER.    —    LE    DÉPART 
POUR   LE    BOURG 

Les  mariages  du  mois  de  mai  et  ceux  du  mois 
•d'août  sont  malheureux  ;  ces  mois  sont  consacrés 


LE   MARIAGE  II3 


à  la  Vierge.  Qui  se  marie  en  août  épouse  un  Jai- 
niant.  On  ne  doit  pas  non  plus  se  marier  le  jour 
de  la  Chandeleur,  non  plus  que  le  jour  d'une 
fête  quelconque  de  la  Vierge. 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  20),  en  Franche- 
Comté  (cf.  Monnier,  p.  290),  dans  les  Pyrénées  (cf.  A.  de  Nore, 
p.  90;  Mélusine,  col.  478),  existe  aussi  une  répugnance  pour  les 
mariages  du  mois  de  mai. 

A  Ercé,  il  n'y  a  pas  de  répulsion  bien  pro- 
noncée, bien  qu'on  dise  en  proverbe  : 

Dans  les  mariages  du  mois  Je  mai, 
La  pie  bat  le  geai  ; 

c'est-à-dire  la  femme  bat  son  mari. 

Le  mercredi  est  un  mauvais  jour  pour  le  ma- 
riage. 

On  ne  se  marie  pas  le  mercredi, 
Ue  peur  d'avoir  nom  Jean-Jeudi.  (E.) 

Jean-Jeudi  est  synonyme  de  cornard. 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  22),  c'est  celui  qui 
se  marie  le  jeudi  qui,  tôt  ou  tard,  devient  Jcan-Jcudi. 

On  ne  se  marie  pas  le  jeudi,  car  c'est  ce  jour-là 
que  le  Diable  épousa  sa  mère.  (P.) 

Cette  répugnance  pour  le  jeudi  était  courante  au  xvi'^  siée  le  (cf. 
l'Evangile  des  Quenouilles,  p.  158);  elle  existe  encore  en  Bcrrj'. 

A  Saint-Gouéno  et  à  Saint-Gilles-du-Mené,  on 
se  marie  assez  souvent  le  vendredi;  ce  jour-là, 
on  ne  mange  pas  de  viande,  mais  de  la  iiiolne 

8 


114      LHOiMME   DE  LA   NAISSANCE  A   LA  MORT 

(morue),  comme  ils  disent,  ce  qui  coûte  moins 
cher. 

Par  contre,  dans  des  communes  peu  éloignées, 
on  ne  se  marie  pas  le  vendredi,  parce  que  l'on 
n'aurait  pas  de  chance.  Il  en  est  de  même  du  sa- 
medi. (P.) 

Dans  les  Ardennes  (cf.  Nozot,  p.  127),  si  on  se  marie  le  ven- 
dredi, on  meurt  dans  la  lune  de  miel. 

On  n'a  jamais  qu'un  bon  mariage  dans  sa  vie 
(P.);  les  seconds  mariages  ne  sont  pourtant  pas 
rares,  malgré  certains  inconvénients  surnaturels 
ou  terrestres. 

Si  une  veuve  se  remarie,  son  premier  mari 
vient  la  nuit  la  tirer  par  les  pieds.  (D.)  Quand 
un  veuf  ou  une  veuve  se  remarie,  on  va  casser 
des  pots  devant  sa  porte.  On  lui  fait  un  chari- 
vari, et,  si  le  mari  est  plus  vieux  que  la  femme, 
on  crie  : 

Charivari  I 

Un  vieux  chat  et  une  jeune  souris. 

Sur  le  passage  de  la  noce,  on  pend  de  vieux 
pots  dans  les  chênes.  (P.) 

Aux  environs  de  Moncontour,  surtout  vers 
Hénon,  lorsqu'un  veuf  se  remarie,  on  se  réunit 
devant  chez  lui  en  frappant  sur  des  bassins,  sur 
des  lames  de  faux,  en  soufFxant  dans  des  cornes 
en  bois.  Parfois,  on  allume  un  feu  de  paille.  (P.) 


LE   MARIAGE  II5 


S'il  fait  beau  le  jour  du  mariage,  il  y  aura  de 
la  chance  pour  le  ménage.  S'il  pleut,  c'est  signe 
que  la  mariée  aimera  bien  le  gratin,  c'est-à-dire 
qu'elle  aura  beaucoup  d'enfants.  (E.)  A  Dinan, 
s'il  pleut,  la  mariée  sera  heureuse;  on  dit  que 
ce  sont  les  larmes  qu'elle  aurait  dû  verser  qui 
tombent  ce  jour-là.  S'il  fait  un  rayon  de  soleil, 
on  dit  :  «  Voilà  la  mariée  qui  rit.  »  (D.) 

Les  violons  et  les  vielles,  —  leur  nombre  varie 
suivant  la  richesse  des  mariés,  —  vont  d'abord 
chez  le  jeune  homme,  qui,  avec  son  garçon  d'hon- 
neur, ses  parents  et  ses  amis,  se  rend  chez  la 
future.  Celle-ci  n'est  pas  habillée,  et  comme  le 
futur  lui  fait  observer  que  l'heure  s'avance,  elle 
répond  :  «  J'ai  bien  le  temps.  » 

Autrefois,  à  l'arrivée  du  jeune  homme,  la  ma- 
riée était  cachée,  presque  toujours  derrière  une 
armxoire,  et  il  devait  la  trouver.  Alors  seulement 
elle  commençait  à  s'habiller. 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  23),  la  fiancée  se 
cache  aussi,  mais  derrière  un  grand  drap  blanc,  en  compagnie 
d'autres  femmes,  et  le  fiancé  doit  la  deviner  au  seul  contact  de 
sa  main  ou  de  son  pied. 

Avant  de  partir  pour  aller  au  bourg,  tous  les 
invités  étant  réunis,  la  fille  d'honneur  cherche  la 
mariée  pour  l'habiller.  La  mariée  est  introuvable, 
et  toute  la  noce  se  met  à  sa  recherche;  on  la 
trouve  ordinairement  dans  le  cellier,  ayant  auprès 


ii6    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


d'elle  une  brique  (pot)  et  une  écuelle,  et  elle  rac- 
commode une  paire  de  chausses. 

Celui  qui  la  trouve  la  prie  d'aller  s'habiller 
pour  se  rendre  au  bourg.  Mais  elle  semble  ne  pas 
comprendre  de  quoi  il  s'agit,  et  à  toutes  ces 
avances  elle  répond  en  oftrant  du  cidre.  Enfin, 
après  qu'on  lui  a  bien  expliqué  les  motifs  pour 
lesquels  elle  doit  aller  au  bourg,  elle  se  laisse 
emmener,  et  on  la  remet  à  la  fille  d'honneur 
pour  être  habillée  par  elle.  Quand  la  toilette  est 
achevée,  il  reste  les  souHers  à  mettre;  mais, 
quand  on  cherche  les  souliers,  ils  ont  disparu. 
Les  parents  de  la  mariée  les  ont  cachés,  le  plus 
souvent  sur  la  planche  à  pain  suspendue  au  pla- 
fond, ou  dans  un  panier  accroché  au  même  en- 
droit. C'est  le  garçon  d'honneur  qui  doit  les 
chercher;  après  avoir  bien  fouillé  tous  les  coins 
et  recoins  de  la  maison,  il  finit  par  les  découvrir. 
On  sort  de  la  ferme  pour  aller  au  bourg;  les 
femmes  portent  les  bandes  de  leurs  coiffes  rabat- 
tues, comme  lorsqu'elles  vont  à  un  enterrement  ; 
le  bras,  donné  au  cavalier,  pend  inerte  et  comme 
mort.  (Landehen.)  (i). 

A  Plouâne,  la  future  ne  peut  s'habiller  qu'après 
que  le  futur  est  arrivé  ;  si  elle  le  faisait  plus  tôt. 


(i)  Je   dois   les  détails  marqués  de   la   rubrique   Landehen  à 
M.  Arthur  Martin, 


LE   MARIAGE  II7 


elle  aurait  l'air  d'être  trop  pressée.  A  Saint-Cast, 
la  future  ne  s'habille  que  quand  tout  le  monde 
est  venu  ;  le  violon  va  la  chercher.  A  Ercé,  il  en 
est  de  même  :  il  faut  que  le  futur  soit  là  pour 
mettre  la  première  épingle  à  la  coiffe,  et  enfoncer 
la  première  épingle  dans  la  couronne  de  la  ma- 
riée. Quand  une  jeune  fille  essaie  la  couronne  de 
fleurs  d'oranger  d'une  mariée,  cela  l'empêche  de 
se  marier  pendant  un  an. 

Avant  de  partir  pour  le  bourg,  le  jour  de  la 
noce,  la  mariée  cache  ses  souliers  du  mieux 
qu'elle  peut,  et  c'est  le  garçon  d'honneur  qui 
doit  les  découvrir.  Quand  les  souliers  sont  trou- 
\'és,  la  mariée  déclare  qu'elle  .est  prête  à  marcher. 

Mais,  si,  sur  la  route,  elle  aperçoit  un  chemin 
creux,  elle  quitte  le  plus  vite  qu'elle  peut  le  gros 
de  la  noce,  et  s'enfuit  par  le  chemin.  C'est  le 
garçon  d'honneur  qui  est  chargé  de  la  rattraper. 
Cela  s'appelle  une  happerie,  et  généralement, 
avant  que  la  noce  arrive  au  bourg,  il  y  a  plusieurs 
happeries.  Si  le  garçon  d'honneur  ne  peut  l'attra- 
per, il  passe  pour  un  failli  chien.  Pendant  que  la 
fille  se  fait  poursuivre,  les  gens  de  la  noce  at- 
tendent, et,  quand  le  garçon  d'honneur  la  ra- 
mène, elle  revient  la  tête  basse. 

Jadis,  les  filles  à  marier  allaient,  le  jour  de  la 
noce,  à  cheval  derrière  le  garçon  d'honneur,  qui 
montait  la  meilleure  bête  de  la  ferme  ;  mais  il  ar- 


ii8    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

rivait  assez  souvent  des  accidents;  le  cheval  es- 
sayait de  rentrer  dans  les  écuries  sans  attendre 
que  les  cavaliers  fussent  descendus. 

La  coutume  des  happeries  existe  aussi  aux  en- 
virons de  Saint-Gouéno  et  dans  tout  le  Mené. 

«  Le  jour  de  la  noce,  la  fiancée  va  se  cacher 
avec  la  fille  d'honneur,  dès  qu'elle  voit  arriver  le 
futur  accompagné  de  ses  amis.  Longtemps  fermée, 
sa  porte  s'ouvre  après  de  longs  pourparlers,  mais 
point  de  fiancée.  Le  jeune  homme  furète  dans  la 
chambre,  et  la  trouve,  car  il  va  sans  dire  qu'elle 
serait  bien  fâchée  qu'on  ne  la  découvrît  pas.  On 
part  alors  pour  l'église,  et,  pendant  toute  la  route, 
elle  doit  être  surveillée  scrupuleusement.  Quel- 
quefois, elle  réussit  à  s'échapper,  et  le  garçon 
d'honneur  est  obligé  de  la  rattraper.  Enfin,  la  cé- 
rémonie s'achève,  les  jeunes  gens  sont  mariés,  et 
reviennent  paisiblement  au  logis,  quand  la  future 
s'esquive  derechef  à  travers  champs,  et  le  pauvre 
garçon  d'honneur  de  courir  encore  après  elle  !  La 
lutte  dure  ainsi  toute  la  journée,  et,  le  soir,  le 
jeune  homme  est  rendu  de  fatigue.  » 

(Habasque,  t.  III,  p.  I3)-) 

Jadis,  la  mariée  se  cachait  dans  le  cellier  ou 

"dans  le  grenier;  maintenant,  elle  ne  se  cache  plus, 

mais  presque  jamais,   à  l'arrivée  de  la  noce,  elle 

n'est  à  la  maison.  S'il  y  a  des  voisins,   c'est  chez 

eux  qu'elle  s'est  réfugiée.  (E.) 


LE   MARIAGE  II9 


«  Il  n'y  a  pas  plus  de  vingt-cinq  ans,  quand 
une  jeune  fille  quittait  la  maison  de  ses  parents 
pour  se  marier,  ses  parents  et  amis  l'excitaient  à 
ne  pas  partir  et  allaient  jusqu'à  déchirer  ses  vête- 
ments. Cette  coutume  scandaleuse  a  disparu,  et 
le  clergé  a  aidé  à  la  détruire.  » 

(Habasquc,  t.  III,  p.  15;.) 

Le  jour  des  noces,  on  vient  chercher  la  mariée 
chez  elle;  mais  elle  se  cache  en  quelque  endroit 
avec  la  fille  d'honneur  et  d'autres  personnes  de  la 
maison.  Le  marié  arrivé,  son  garçon  d'honneur 
et  ses  amis  se  mettent  à  la  recherche  de  la  mariée, 
et,  lorsqu'ils  l'ont  trouvée,  ils  la  ramènent  à 
la  maison.  Là,  les  parents  les  plus  âgés  du  jeune 
homme  la  demandent  de  nouveau  en  mariage,  et 
l'on  part  ensuite  pour  le  bourg.  (P.) 

D'après  un  usage  vosgien  cité  dans  les  Mémoires  de.  la  Société 
des  Anliqitaires,  t,  X,  p.  168,  la  mariée  a  aussi  l'habitude  de  se 
sauver. 

Au  départ  de  la  mariée,  on  tire  des  coups  de 
fusil  ;  ces  salves  se  répètent  plusieurs  fois  dans  la 
journée,  et  notamment  au  retour  de  la  noce  à  la 
maison  où  a  lieu  le  repas. 

Les  salves  de  coups  de  fusil  sont  usitées  en  Berrj-  (cf.  Laisnel 
de  La  Salle,  t.  II,  p.  35). 

En  allant  au  bourg,  la  mariée  est  conduite  par 
son  père  ou  l'un  de  ses  proches  parents;  au  re- 


120    l'homme  de  la  kaissakce  a  la  mort 

tour,  c'est  le  père  de  son  mari  qui  la  conduit.  A 
l'aller  et  au  retour,  c'est  la  mère  de  la  mariée  qui 
conduit  son  gendre.  (E.) 

Les  invités  ont  des  rubans,  violets  pour  les 
hommes,  roses  ou  blancs  pour  les  femmes  ;  c'est 
le  garçon  d'honneur  qui  attache  ceux  des  femmes, 
et  la  fille  d'honneur  ceux  des  garçons  ;  après  cha- 
cune de  ces  cérémonies,  il  y  a  embrassade.  (E.) 

Maintenant,  depuis  quatre  ou  cinq  ans,  on  ne 
met  plus  de  rubans  qu'aux  pères  et  mères,  aux 
parrains  et  aux  marraines,  aux  garçons  d'honneur 
et  aux  filles  d'honneur.  Ils  sont  rouges  pour  les 
hommes,  blancs  pour  les  femmes  ;  en  deuil,  ils 
sont  violets  ou  bruns  pour  les  hommes.  (E.) 

En  Berrj',  c'est  la  fiancée  qui  attache  les  rubans  aux  invités. 
(Cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  35.) 

Si  on  rencontre  un  lièvre  sur  le  passage  de  la 
noce,  c'est  d'un  mauvais  présage.  (E.) 

Quand  le  garçon  s'est  mal  conduit,  on  place 
sur  un  des  échaliers  par  lesquels  il  doit  passer 
une  poupée;  c'est  au  garçon  d'honneur  de  l'ôter 
avant  qu'elle  soit  vue  par  les  autres.  (D.) 

Si,  au  contraire,  un  homme  épouse  une  femme 
qui  a  eu  une  mauvaise  conduite,  on  parsème  sa 
route  de  cornes,  et  on  va  casser  des  pots  à  sa 
porte.  (M.)  Si  une  fille  a  filé  le  dimanche,  c'est- 
à-dire  a  eu  une  mauvaise  conduite,  on  met  des 
poupines  (écheveaux)  tout  le  long  de  sa  route.  (D.) 


LE  MARIAGE  121 


Lorsqu'une  bonne  sœur  trottoire  se  marie,  on 
fait  des  chapelets  de  pommes  de  terre  que  l'on 
suspend  dans  les  arbres.  (P.) 


§    VI.    —    LA    CÉRÉMOKIE   X)U    MAKIAGE    ET   LE   RETOUR 
A   LA   K  Aïs  ON 

On  assure  que,  pendant  qu'on  se  rend  de  la 
maison  au  bourg,  les  violons  ou  la  vielle  disent  : 

Viens,  viens,   malheureuse,  viens. 
Voilà  le  bourreau  qui  .t'emmène  ; 
Viens,  viens,  malheureuse,  viens, 
Voilà  le  bourreau  qui  te  tient.  (S.-C.) 

Quand  il  y  a  trois  mariages  en  même  temps 
dans  une  église,  ils  réussissent  mal  tous  les  trois. 
(P.)  S'il  y  a  deux  mariages  le  même  jour,  les 
deux  mariées  s'embrassent.  (E.)  Celui  des  époux 
dont  le  cierge  brûle  mal,  ou  se  consume  le  plus 
vite,  est  celui  qui  mourra  le  premier,  (E.)  Parmi 
les  présages  qui  indiquent  que  le  mariage  d'Alice 
de  Quinipilly  sera  malheureux  figure  «  le  cierge 
de  la  mariée,  qui  a  brûlé  sans  éclat  et  s'est  éteint 
sans  fumée.  »  Peu  après,  Alice  meurt, 

(Cf.  Fouquet,  p.  91-97.) 


122      L  HOMME   DE   LA    NAISSANCE  A   LA   iMORT 


Même  superstition  en  Berrj'  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II, 
p.  38),  en  Sologne  (cf.  Légier,  p.  214),  en  Basse-Bretagne  (cf. 
Gitionvac'h,  p.  155). 

Quand  les  deux  cierges  des  époux  brûlent  bien, 
cela  présage  une  longue  vie;  s'ils  se  consument 
avec  lenteur  et  qu'ils  soient  toujours  prêts  à  s'é- 
teindre, c'est  d'un  mauvais  augure.  Même  croyance 
que  ci-dessus  pour  celui  qui  brûle  le  plus  vile.  (P.) 

Celui  des  deux  mariés  dont  le  cierge  flambe  le 
plus  haut  sera  le  maître  dans  le  ménage.  (E.) 

Même  croyance  en  Franche-Comté  (cf.  Perron,  p.  29). 

Il  ne  faut  pas  laisser  l'anneau  glisser  jusqu'à  la 
dernière  phalange,  sans  cela  le  mari  aurait  trop 
de  maîtrise.  Quitter  ou  perdre  son  anneau  porte 
malheur.  (E.) 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  39),  le  mari,  pour 
être  le  maître,  doit  ne  pas  le  glisser  au  delà  de  la  deuxième 
phalange  ;  mais,  en  Vendée  existe  la  même  croyance  qu'en 
Haute-Bretagne. 

On  garde  dans  l'armoire  les  pièces  bénies  au 
mariage.  (E.) 

Quand  la  cérémonie  est  terminée,  le  marié  va 
d'abord  seul  dans  la  sacristie  avec  ses  témoins  ;  la 
fille  d'honneur,  —  il  y  en  a  souvent  deux,  — 
prend  la  mariée  par  le  bras  et  la  mène  s'age- 
nouiller devant  l'autel  de  la  Vierge,  sur  la  balus- 
trade; puis  son  mari  vient  la  chercher,  lui  offre 
le  bras,  et  la  conduit  à  la  sacristie.  (E.) 


LE   MARIAGE  12  3 


On  se  remet  en  route  pour  retourner  dans  la 
maison  du  marié.  A  chaque  auberge,  on  s'arrête 
pour  boire  et  danser  ;  car  le  sonnons  de  vielle  ou 
de  violon  marche  toujours  en  tête  de  la  noce.  Le 
jeune  homme  se  verse  à  boire,  et,  après  avoir  bu, 
offre  le  reste  à  la  fille  d'honneur.  Si  elle  accepte, 
chaque  invité  va  à  son  tour  lui  offrir  un  verre 
dans  lequel  il  a  bu,  et  elle  doit  y  tremper  les 
lèvres  sous  peine  de  faire  un  aff'ront  grave  à  celui 
après  lequel  elle  refuserait  de  boire.  (Landehen.) 

Les  invités  devant  la  maison  desquels  passe  la 
noce  en  revenant  du  bourç;  off'rent  aux  nou- 
veaux  mariés  et  à  leur  compagnie  du  cidre,  du 
pain  et  du  beurre.  (E.) 

En  arrivant  à  la  maison,  les  gens  qui  sont  là 
pour  servir  à  table  sortent  et  présentent  à  la  ma- 
riée du  pain,  du  beurre,  des  galettes,  des  gâteaux, 
du  vin  et  du  cidre.  Il  faut  qu'elle  accepte  quelque 
chose.  Puis  on  la  conduit  à  la  porte  de  la  mai- 
son; là  se  tient  la  mère  du  marié.  Elle  prend  sa 
bru  par  la  main,  la  conduit  au  foyer,  et  lui  remet 
la  cuiller  à  pot,  insigne  du  pouvoir  domestique. 
De  là,  elle  la  conduit  à  sa  presse.  (Landehen.) 

Pour  la  bienvenue,  on  dresse  auprès  de  la  mai- 
son où  la  mariée  doit  venir  habiter,  une  table  qui 
est  garnie  de  pain,  de  beurre  frais  et  de  cidre; 
puis  les  gens  de  la  maison  viennent  tous  embras- 
ser la  mariée.  (P.)  «  A  Plumaudan,  quand  une 


124      L  HOMME   DE  LA   NAISSANCE   A   LA   MORT 

jeune  femme  vient  pour  la  première  fois  dans  la 
maison  de  son  mari,  on  lui  présente  sur  le  seuil 
un  pain  et  une  motte  de  beurre,  qu'elle  distribue 
aux  jeunes  gens  qui  l'accompagnent,  et  qui  en 
mangent  avec  empressemenc,  persuadés  qu'ils  se- 
ront mariés  dans  l'année. 

(Ogée,  Nouv.  Dici.) 

«  Dans  quelques  cantons,  quand  une  jeune 
femme  va  habiter  une  autre  commune,  son  vil- 
lage va  la  conduire  à  sa  nouvelle  demeure.  Ses 
nouveaux  voisins  viennent  à  sa  rencontre;  pen- 
dant tout  le  chemin,  les  deux  villages  se  la  dis- 
putent comme  une  espèce  de  soûle,  et,  chaque 
fois  que  la  route  tourne,  l'un  la  prend  par  le  bras, 
un  autre  par  la  jupe  ;  c'est  à  la  faire  crier,  à  lui 
disloquer  les  membres,  et  la  jeune  épouse  est 
trop  heureuse  quand  elle  en  est  quitte  pour  des 
contusions  ou  des  vêtements  en  lambeaux.  » 

Les  parents  du  marié  vont  chercher  la  bru  par 
la  main  et  l'embrassent  avant  son  entrée  dans  la 
maison.  (D.)  En  arrivant  dans  l'aire,  si  le  repas 
n'est  pas  encore  servi,  on  danse  en  l'atten- 
dant. (D.) 

(Habasque,  t.  III,  p.  136.) 


LE   MARIAGE  125 


§    VIL    —    LE    REPAS    ET    LES    DAXSES 

A  Saint-Gouéiio,  dans  la  belle  saison,  l'instal- 
lation du  repas  se  fait  d'une  façon  économique. 
On  creuse,  à  i^  50  l'une  de  l'autre,  deux  ban- 
quettes assez  profondes  pour  qu'un  homme  assis 
puisse  poser  les  pieds  à  terre;  c'est  la  terre  reje- 
tée entre  les  deux  banquettes  qui  forme  la  table 
sur  laquelle  on  sert  le  repas  de  noce. 

Il  y  a  une  marmite  gigantesque  où  l'on  fait  la 
soupe;  de  plus,  chaque  invité  apporte  quelque 
chose:  du  pain,  une  joue  de  cochon,  du  cidre  ou 
du  lard.  On  dit  en  proverbe,  en  ce  pays  : 

Aux  noces  de  Talbot, 
Chacun  porte  son  pot. 

On  appelle  noces  de  papillon  celles  où  chacun 
des  invités  porte  quelque  chose;  cela  a  surtout 
lieu  au  mariage  des  pauvres  gens.  C'est  proba- 
blement à  cette  coutume  que  fait  allusion  la  chan- 
son qui  suit. 

Un  papillon,  voulant  se  marier,  invita  différents 
animaux  à  assister  à  la  noce,  et  voici  ce  qu'ils  lui 
répondirent  : 


126    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Eh  bien  I  dit  la  pie, 
Je  suis  petite  et  bien  jolie, 
Je  coifferai  la  mariée  à  ma  façon 
Pour  aller  à  la  noce  du  papillon. 

Quant  à  moi,  dit  le  lapin, 
Je  suis  petit,  je  viens  de  loin. 
Je  porterai  des  pois  verts,  c'est  la  saison. 
Pour  aller  à  la  noce  du  papillon. 

Ah!  bonnet  d'oie,  dit  le  loup. 
Je  suis  gourmand,  je  mangerai  tout; 
J'ai  bien  dans  ma  bergerie  cinq  cents  moutons 
Pour  aller  à  la  noce  du  papillon. 

Ma  foi  1  dit  le  renard, 
Je  suis  joyeux,  je  suis  gaillard; 
Je  porterai  une  poule  et  un  dindon. 
Pour  aller  à  la  noce  du  papillon. 

Le  Chat,  qui  n'avait  ni  rien  porté  ni  rien  donné, 
vint  après  la  noce  soiùaiter  le  bonjour  aux  autres 
animaux,  et  dit  : 

Bonnet  droit,  dit  le  chat, 
Je  suis  petit,  bien  délicat  ; 
J'ai  brûlé  ma  robe  grise  sur  les  tisons 
En  léchant  la  marmite  du  papillon. 

Cf.  dans  Rolland,  t.  III,  p.  317,  une  chanson  du  Loiret,  por- 
tant le  même  titre  que  celle-ci,  mais  plus  longue. 

Aux  environs  de  Bécherel,  chaque  convié  ap- 
porte des  gâteaux  plats,  et  il  les  dépose  à  la  fin 
du  repas  devant  la  mariée. 


LE   iMARIAGE  12'J 


Le  marié  ne  se  met  pas  à  table.  (P.)  Il  sert  les 
convives  (E.),  et  dîne  ensuite  à  part. 

Eu  Basse-Bretagne,  le  marié  est  aussi  le  premier  des  servants 
(Galerie  bretonne,  t.  III,  p.   io6.) 

La  mariée  est  à  table  à  côté  du  garçon  d'hon- 
neur, qui  s'occupe  d'elle  toute  la  journée;  le  ma- 
rié est  à  côté  de  la  fille  d'honneur.  (D.) 

La  mariée  est  à  une  place  d'honneur,  et  il  y  a 
derrière  elle  un  drap  où  l'on  attache  des  fleurs. 

Son  parrain  est  à  côté  d'elle  ;  à  la  fin  du  repas, 
avant  de  se  lever,  il  laisse  sous  son  verre  une 
pièce  de  cinq  fi-ancs.  (P.) 

La  soupe  est  servie  dans  de  grands  plats  creux 
qui  sont  garnis  de  cuillers,  et  sept  ou  huit 
mangent  à  cette  sorte  de  gamelle.  Il  en  est  de 
même  pour  le  bouilli  et  les  autres  mets.  Ordinai- 
rement, la  mariée  est  au  premier  plat,  le  marié 
au  second.  Mais,  depuis  quelques  années,  avec 
les  platées  on  sert  des  assiettes  où  chacun  met  ce 
qui  lui  convient.  (D.) 

Au  moment  où  on  apporte  le  repas,  les  violons 
disent,  assurent  ceux  qui  comprennent  leur  lan- 
gage : 

Mettez  du  foin  dans  les  râtiaux  (crèches), 
Voici  les  dnes,  voici  les  ânes, 
Mettez  du  foin  dans  les  râtiaux, 
Voici  les  ânes  à  qui  qu'en  faut. 


128    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Les  invités  font  un  cadeau  à  la  mariée;  jadis, 
il  y  avait  devant  elle  une  assiette  où  chacun  dé- 
posait son  offrande  ;  maintenant,  le  cadeau  se  fait 
de  la  main  à  la  main.  (E.) 

A  la  fin  du  dîner,  on  fait  circuler  un  panier  de 
petits  gâteaux,  une  tabatière  dans  laquelle  tout  le 
monde  doit  priser  sous  peine  de  passer  pour  un 
impoli,  et  enfin  une  tasse  dans  laquelle  on  met  de 
l'argent  pour  le  sonous.  (Landehen,  D.)  Ailleurs, 
c'est  le  garçon  d'honneur  qui  fait  cette  quête.  (D.) 

«  Jadis,  dans  les  noces  de  campagne,  la  mariée 
faisait  le  tour  de  la  table,  tenant  à  la  main  une 
bourse  dans  laquelle  chaque  convive  déposait  son 
ofî"rande,  en  retour  de  laquelle  il  recevait  un 
baiser.  Cet  usage  a  été  remplacé  par  celui  de  faire 
cadeau  d'objets  de  ménage  qu'on  présente  aux 
époux  après  l'off'rande  des  gâteaux.  » 

(Ogée,  art.  Vallel.) 

A  la  fiii  du  repas,  on  passe  le  chante.  Le  chanté 
est  un  plat  recouvert  d'un  autre  qu'on  fait  circu- 
ler parmi  les  convives  ;  comme  il  ne  contient  que 
des  os  ou  des  croûtes  de  pain,  ceux  qui  con- 
naissent cette  coutume  se  gardent  bien  de  le  dé- 
couvrir. (E.)  Il  faut  que  celui  qui  a  été  ainsi 
.attrapé  tâche  d'en  attraper  à  son  tour  un  autre 
avant  la  fin  de  l'année.  Ailleurs,  celui  qui  a  eu  le 
chanté  ne  s'en  débarrasse  que  lorsqu'il  se  marie. 
C'est  pour  lui  la  source  d'une  foule  de  plaisante- 


LE   MARIAGE  I29 


ries  qui  lui  sont  adressées,  et  la  plus  commune 
est  celle-ci  :  «  As-tu  bentôt  tout  roûché  (rongé, 
sous-entendu  les  os)?  »  (D.) 

Aux  repas  de  noces,  on  chante  des  chansons, 
et,  à  la  fin,  le  chanteur  ajoute  : 

Toute  chanson  qui  perd  sa  fin 

Mérite  avoir  (lis), 
Toute  chanson  qui  perd  sa  fin 
Mérite  avoir  un  verre  de  vin.  (S.-C.) 

Ou  : 

V'ià  ma  chanson  dite, 
Ma  langue  en  est  quitte  ; 
Mes  sabots  sont  d'bois, 
Ma  langue  n'en  est  pas.  (D.) 

Les  chansons  de  noces  ne  sont  pas  toujours 
gaies  :  la  plupart,  surtout  celles  qui  sont  en 
quelque  sorte  sacramentelles,  font  allusion  aux 
devoirs  des  époux  et  aux  fatigues  qui  attendent 
la  femme;  elles  ont  un  caractère  grave.  En  voici 
une  qui  est  pour  ainsi  dire  obligée  aux  environs 
de  Moncontour  ;  elle  pourra  donner  une  idée  de 
ces  chansons  de  moralité. 

Là-haut,  là-bas,  dans  la  prairie, 

l'y  a  un  rossignol 
Qui  dit  souvent 

Dans  son  joli  langage  : 
Ahl  que  les  fill's  sont  malheureuses 

De  s'y  mettre  en  ménage. 


130      L  HOMME   DE  LA   NAISSANCE   A   LA   MORT 


Il  faut  travailler  jour  et  nuit 
Pour  entretenir  l'ouvrage. 
L'embarras  du  ménage 
Est  un  grand  embarras  : 

Toutes  les  fîll's  qui  s'y  marient 
Ne  le  connaissent  pas. 

Pour  s'y  mettre  au  ménage 
Faut  avoir  du  sourci  (souci). 
La  journée  de  vos  noces 
Quel  habit  prendrez- vous? 

Prenez-y,  va,  votre  habit  noir, 
Habit  de  pénitence, 

Et  par-dessus  prenez-y,  va, 
Le  cordon  de  souffrance. 

La  journée  de  vos  noces. 
Si  vous  avez-t-un  homme 
Qui  soit  un  débauché. 

Il  vous  dira  d'un  ton  sévère 
Et  d'un  air  si  robusque  (sic)  : 

«  Va-t'en  m'y  chercher  du  taba' 
Ensuite  un  coup  i-à  boire.  » 

Si  vous  avez-t-un  homme 
Qui  soit  bon  ménager. 
Il  vous  dira  d'un  air  si  doux  : 

«  Ma  beir,  prenons  courage, 
Et  pardi  !  dans  notre  ménage. 
Nous  aurons  du  contentement.  » 

Ce  soir,  nous  le  disons-t-adieu, 
La  jeune  mariée, 


LE   MARIAGE  I3I 


Nous  vous  laissons  entre  les  bras 
D'une  bonne  famille, 

Tâchez  de  bien  les  imiter. 
Et  surtout  de  les  suivre. 


Aux  environs  d'Uzel,  les  bonnes  gens  portent 
ainsi  la  santé  de  la  mariée  :  «  A  vot'  santé,  ma 
commère  du  haout  (haut)  bout.  J'ièv'  mon  drère 
pour  bère  à  vous.  » 

A  la  fin  du  repas,  la  mariée  boit,  puis  elle 
passe  à  son  mari  le  verre  dans  lequel  elle  a  bu  ;  le 
verre  circule  ensuite  autour  de  la  table,  en  com- 
mençant par  les  personnes  les  plus  considérables, 
et  chacun  y  trempe  ses  lèvres.  Si  le  premier  verre 
ne  suffit  pas,  la  marraine  en  entame  un  second. 
Refuser  de  goûter  à  ce  verre  d'honneur  serait 
faire  aux  mariés  une  grave  insulte.  (Calorguen.) 

Le  repas  des  pauvres  a  lieu  après  celui  des  in- 
vités, et  le  marié  et  la  mariée  doivent  aller  les 
servir.  (D.) 

Après  dîner,  on  danse  dans  l'aire  ou  dans  une 
grange.  La  danse  est  une  sorte  de  quadrille,  et 
le  sonous  annonce  à  haute  voix  chaque  figure  :  la 
chaîne  des  dames,  la  pastourelle,  en  avant  deux, 
balancez  vos  dames,  etc.,  puis,  à  la  fin  du  qua- 
drille, il  dit  :  «  Abattez  d'à  haut  !  »  Alors  chaque 
danseur  embrasse  sa  danseuse  et  l'emmène  A  une 
marchande  de  gâteaux  qui  est  venue  exprès  pour 


132      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE   A   LA    MORT 

la  noce  (il  y  en  a  parfois  cinq  ou  six).  Il  lui 
offre  de  petites  galettes.  Les  plus  galants  en  met- 
tent même  dans  les  poches  des  tabliers  et  dans 
les  tabliers,  de  sorte  qu'à  la  fin  de  la  journée 
les  plus  belles  filles  et  les  plus  recherchées  ont 
une  charge  de  galettes,  sans  parler  de  celles 
qu'elles  ont  mangées;  de  plus,  les  jeunes  gens 
qui  veulent  passer  pour  bien  élevés  offrent  conti- 
nuellement aux  jeunes  filles  du  tabac  à  priser. 
Durant  le  bal,  la  jeune  femme  change  deux  ou 
trois  fois  de  toilette  pour  faire  voir  qu'elle  est 
riche  et  bien  mise.  La  nuit  venue,  on  se  met  de 
nouveau  à  table.  (Landehen.) 


§   VIIL    —    LA   NUIT   DE    NOCE    ET   LES    JOURS    SUIVANTS 

Jadis,  à  Matignon,  la  première  nuit  était  à  la 
Vierge,  la  seconde  cà  saint  Joseph,  la  troisième  au 
mari;  actuellement,  les  mariés  cohabitent  dès  le 
soir  de  la  noce  ;  il  en  est  de  même  presque  par- 
tout. 

En  Basse-Bretagne,  la  première  nuit  est  à  Dieu,  la  seconde  à 
la  Vierge.  Quelquefois,  il  s'écoule  quinze  jours  et  même  davan- 
tage avant  la  consommation  du  mariage.  (Cf.  Galerie  bretonne, 
t.  III,  p.  145.) 


LE   MARIAGE  I33 


A  Scaër,  la  première  est  à  Dieu,  la  seconde  à  la  Vierge,  la 
troisième  au  patron  du  mari,  l'époux  a  seulement  la  quatrième. 
A  Treméoc,  les  époux  cohabitent  seulement  le  troisième   jour. 

(Ogée,  nouvelle  édition,  art.  Scaèr  et  Tréntéoc.) 

Celui  qui  se  met  au  lit  le  premier  mourra  le 
premier. 

Celui  des  époux  qui  couche  dans  le  devant  du 
lit  sera  le  maître. 

La  première  épingle  de  la  couronne  de  la  ma- 
riée est  ôtée  par  le  mari  ;  la  mariée  en  donne  une 
à  chacune  de  celles  de  ses  amies  qui  ne  sont  pas 
mariées.  (E.) 

A  Ercé,  la  fille  d'honneur  découronne  la  ma- 
riée et  distribue  les  épingles  qui  ont  servi  à  atta- 
cher la  couronne  aux  jeunes  filles  et  aux  jeunes 
garçons  :  il  y  en  a  un  ou  une  qui  se  marie  dans 
l'année. 

La  même  croyance  existe  en  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  hretonve, 
t.  III,  p.  150). 

On  termine  la  journée  par  Vanigem&nt.  On 
couche  les  mariés  dans  le  même  lit,  puis  on  leur 
présente  la  grillade.  La  grillade  est  composée  de 
petits  morceaux  de  pain,  à  travers  lesquels  on 
a  passé  un  fil,  dont  on  noue  les  deux  extrémités, 
et  il  faut  que  les  mariés  mangent  ce  chapelet.  On 
leur  donne  la  grillade  dans  du  cidre  ou  du  vin,  et 
quelquefois  avec  une  cuiller  percée.  Pendant  qu'ils 
mangent,  les  invités,  assis  sur  les  maies  (huches)  et 


134    l'homme  de  la, naissance  a  la  aiort 


sur  la  table,  interpellent  les  mariés  et  plaisantent 
sur  la  nuit  des  noces  ;  comme  les  libations  ont  été 
copieuses  dans  la  journée,  les  allusions  sont  tou- 
jours plus  que  transparentes.  (Landehen.) 

«  Un  usage  local  est  celui  de  la  pannée.  Cette 
cérémonie,  consiste  à  faire  parmi  les  invités  une 
collecte  destinée  à  subvenir  aux  frais  d'une  liba- 
tion en  l'honneur  des  nouveaux  mariés.  Deux 
garçons  chargés  du  produit  de  la  quête  achètent 
un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  bouteilles  de 
vin  rouge  que  l'on  fait  chauffer  dans  un  bassin, 
en  y  mêlant  force  cannelle  et  sucre,  et  des  tran- 
ches de  pain  grillé.  Ce  mélange  est  ensuite  versé 
dans  de  grands  vases,  que  les  garçons  de  la  noce 
portent  processionnellement  aux  nouveaux  ma- 
riés. Le  chef  du  cortège  frappe  trois  coups  à  la 
porte  et  entonne  la  chanson  d'usage  : 

Ouvrez  la  porte,  ouvrez,  nouvelle  mariée,  etc. 

«  Un  chœur  de  jeunes  filles  répond  de  l'inté- 
rieur : 

Comment  vous  l'ouvrirais-je? 
Je  suis  au  lit  couchée,  etc. 

«  Quand  les  couplets,  qui  alternent,  sont  épui- 
sés, la  porte  s'ouvre  enfin  ;  les  vases  fumants  sont 
déposés  sur  la  table,  la  Hqueur  aromatisée  circule 


LE   MARIAGE  Ij) 


dans  des  verres  qui  se  choquent  à  la  ronde,  et  les 
nouveaux  époux  sont  obligés  de  faire  raison  à 
chaque  toast,  en  répondant  aux  vœux  formés 
pour  leur  bonheur,  )) 

(Ogée,  art.  La  Gacilly.} 

A  Calorguen,  on  pique  des  épingles  dans  la 
couronne  de  la  mariée,  et  celle-ci  les  distribue  à 
ses  amies  qui  ne  sont  pas  encore  mariées, 

A  Ercé,  on  porte  encore  de  la  soupe  au  lait 
aux  nouveaux  mariés  vers  le  milieu  de  la  nuit. 
Une  heure  après  le  coucher  de  la  mariée,  les 
servants  se  rassemblent  et  vont  tambouriner  à  la 
porte  (D.);  c'est  pour  apporter  la  soupe  des 
mariés  ou  une  rôtie.  On .  enfoncerait  plutôt  la 
porte  que  de  ne  pas  porter  la  rôtie.  (Plouâne, 
Calorguen.)  Aux  environs  de  Moncontour,  la 
soupe  qui  est  apportée  aux  mariés  est  composée 
de  morceaux  de  pain  enfilés  les  uns  dans  les 
autres. 

En  Basse-Bretagne,  oa  apporte  aux  mariés  la  soupe  au  luit, 
qu'ils  doivent  manger  avec  une  cuillère  percée  ;  le  pain  est  enfilé 
dans  un  fil.  (^Galerie  bretonne,  t.  III,  p.  146.)  L'usage  de  la 
rôtie  existe  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  $1). 

En  s'en  allant  de  la  noce,  les  violons  disent  : 

En  v'ia  cor  eune  de  nàchée  (attachée)!  (M.) 

Souvestre  {Derniers  Bretons,  t.  i'^'",  p.  58)  rap- 
porte qu'en  certains  cantons,   la   nuit   de    noces, 


136    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

deux  veilleurs  sont  dans  la  chambre  nuptiale  à 
tenir  une  chandelle  entre  les  mains  et  ne  doivent 
se  retirer  que  lorsqu'elle  est  descendue  jusqu'à 
leurs  mains.  Cette  coutume,  dont  je  n'ai  jamais 
eu  connaissance  en  Haute-Bretagne,  y  a  peut-être 
existé,  et  c'est  de  là  que  viendrait  l'expression  : 
«  Je  n'étais  pas  là  à  tenir  la  chandelle,  »  pour 
exprimer  qu'on  n'est  pas  bien  sûr  que  tel  ou  tel 
soit  fils  de  son  père. 

Pour  que  le  mariage  soit  chanceux,  il  faut  qu'il 
y  ait  pendant  la  noce  quelque  objet  cassé.  (E.) 
S'il  n'y  a  rien  eu  de  cassé  par  accident,  on  en 
casse  un  exprès.  (E.) 

L'usage  de  casser  le  pot  existe  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  La 
Salle,  t.  II,  p.  55)  ;  mais  on  le  casse  toujours  après,  comme  dans 
les  mariages  juifs;  dans  les  Ardennes  (cf.  Nozot,  p.  128),  on  doit 
briser  un  verre  pour  que  les  époux  n'aient  pas  de  dispute. 

Jadis  on  faisait  pour  le  jour  de  la  noce  une 
grande  poupée  qu'on  habillait  et  qu'on  donnait 
aux  jeunes  gens.  Une  bru  qui  n'était  pas  du  pays, 
était  à  se  chauffer,  le  soir,  avant  de  se  coucher  : 
on  lui  apporta  une  poupée  qui  était  grande 
comme  un  enfant;  mais  elle  la  jeta  au  feu  croyant 
qu'on  voulait  lui  faire  affront.  (S.-C.) 


LE   MARIAGE  I37 


Installation  des  nouveaux  époux. 

A  Ercé,  il  est  d'usage  que  la  femme  fournisse 
le  lit  :  de  cette  façon,  le  mari  ne  peut  pas  dire  à 
sa  femme  :  «  Tu  es  dans  mon  lit.  «  La  mariée 
n'arrange  pas  son  armoire;  elle  ne  la  voit  que  le 
soir  en  arrivant  ;  ce  n'est  pas  elle  qui  y  met  ses 
bardes.  Ce  n'est  pas  elle,  non  plus,  qui  fait  le 
lit.  (E.) 

Il  y  a  des  pays  où  le  marié  ne  cohabite  avec 
sa  femme  que  le  second  jour.  Le  soir,  le  marié 
s'en  va,  et  la  fille  d'honneur  couche  avec  la 
mariée. 

Dans  les  pays  où  cet  usage  existe,  le  lendemain 
on  va  à  une  seconde  messe  où,  d'habitude,  les 
mariés  communient;  puis  a  lieu  le  renoçon,  repas 
plus  intime  que  celui  de  la  veille,  et  composé  sur- 
tout de  jeunes  gens.  C'est  ce  jour-là  que  le  gar- 
çon d'honneur  fait  remise  au  jeune  homme  de  sa 
femme;  au  retour  de  l'église,  il  lui  dit  :  «  Main- 
tenant, je  te  la  donne.  »  Avant  ce  moment,  le 
marié  ne  danse  même  pas  avec  elle.  (D.) 

Le  soir  du  second  jour,  dans  les  pays  où  la 
cohabitation  n'a  lieu  qu'après  une  deuxième  cé- 
rémonie, les  jeunes  gens  disent  :  «  On  va  les 
coucher.  » 

Mais  les  mariés  tâchent   de  se  sauver  aupa- 


138    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

ravant,  et  ils  s'enferment;  toutefois,  ils  ne  sont 
pas  pour  cela  en  sécurité;  car  l'un  des  garçons 
trouve  toujours  moyen  de  se  cacher  dans  la  mai- 
son, derrière  une  armoire  ou  dans  le  grenier. 
Quand  les  époux  sont  couchés,  ceux  qui  se  sont 
cachés  ouvrent  la  porte  à  ceux  du  dehors,  qui 
arrivent  au  lit,  tirent  sur  les  jambes  des  jeunes 
mariés  pour  les  faire  s'allonger,  leur  coupent  les 
ongles  des  doigts  de  pied  et  leur  font  mille  farces, 
en  accompagnant  le  tout  de  plaisanteries.  Quel- 
quefois, avant  le  coucher,  le  lit  nuptial  a  été 
parsemé  de  gros  sel  ou  de  crins  grillés.  On  pré- 
sente ensuite  aux  époux  une  rôtie  au  vin,  et  ils 
doivent  la  boire.  (D.) 

Le  lendemain  des  noces,  il  y  a  un  repas  qu'on 
appelle  le  renoço:i.  (D.)  Ailleurs,  ce  repas  a  lieu 
le  dimanche  suivant  ;  il  s'appelle  les  regardailles. 

Le  lendemain,  on  court  la  soupe  au  lait;  on  va 
tirer  les  vaches;  les  garçons  se  déguisent  parfois 
en  filles  et  les  filles  en  garçons.  (E.) 

Le  troisième  jour,  il  y  a  une  messe  basse  dite 
à  l'heure  ordinaire  des  messes  pour  les  défunts 
des  deux  familles,  et  à  laquelle  assistent  les  ma- 
riés et  leurs  proches.  (D.) 

En  Basse-Bretagne  (_cf.  Galerie  bretomie,  t.  III,  p.  130),  c'est 
la  quatrième  journée  qui  est  consacrée  aux  trépassés;  on  va  à  un 
service  solennel  où  les  mariés  assistent  en  deuil. 

Le  surlendemain,  dans  quelques  pays,  et  sur- 


LE   MARIAGE  I39 


tout  chez  les  paysans  riches,  il  y  a  un  repas  pour 
les  prêtres. 

A  Montauban,  quand  une  nouvelle  mariée 
entre  pour  la  première  fois  à  l'église  après  son 
mariage,  on  lui  porte  une  quenouille  chargée  de 
filasse,  et  un  morceau  de  pain  bénit  ;  elle  prend 
le  morceau  et  donne  une  pièce  d'argent.  La  prise 
de  quenouillée  est  suivie  d'un  repas  auquel  as- 
sistent les  parents,  qui  s'appelle  prise  de  que- 
nouillée. Cet  usage  existait  aussi  à  Ercé,  mais  il 
est  tombé  en  désuétude. 

En  Berrj-  (cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  43),  c'est  le  jour 
du  mariage  qu'on  présente  la  quenouille  i  la  mariée,  qui  doit  filer 
quelques  instants. 

A  Trélivan,  le  garçon  d'honneur,  la  fille  d'hon- 
neur et  les  mariés  se  mettent  ce  jour-là  dans  le 
même  banc,  bien  en  vue. 


CHAPITRE   VI 


LE    MÉNAGE  ET    LA  FAMILLE 


§1. 


LE  MARI   ET  LA  FEMME 


|A  lune  de  miel  s'appelle  «  la  bonne  bé- 
rouée  »  ;  bérouée  veut  dire  petit  espace  de 
temps. 

Bien  que  les  ménages  unis  ne  soient  pas  rares 
à  la  campagne,  sans  pourtant  qu'il  y  ait  l'intimité 
qu'on  trouve  dans  les  classes  plus  élevées,  les 
deux  conjoints  ne  sont,  en  général,  pas  très 
tendres  l'un  pour  l'autre.  A  moins  de  maladie  ca- 
ractérisée, un  fermier  ne  s'inquiétera  guère  de  la 
santé  de  sa  femme;  c'est  alors  seulement  qu'il 
appellera  le  médecin,  à  moins  qu'il  n'ait  recours, 
ce  qui  est  encore  plus  fréquent,  à  des  empiriques 
ou  à  des  reboutoiix. 

Si,  au  contraire,  son  bétail  est  malade,  il  se 


LE   MÉNAGE   ET   LA   FAMILLE    '  I4I 

hâte  d'aller  chercher  pour  lui  des  remèdes.  Il  est 
juste  d'ajouter  qu'il  ne  prend  pas  plus  de  soins 
pour  sa  propre  santé.  Il  existe  à  ce  sujet  un  dic- 
ton énergique,  c'est  la  prière  du  paysan  : 

Bon  Dieu  d'en  haut, 
Prends  ma  femme,  laisse  mes  chevaux. 

D'Amezeuil  (^Légendes  bretonnes,  p.  loi)  constate  aussi  que  le 
paysan  raorbihannais  est  moins  tendre  pour  sa  femme  que  pour 
ses  bêtes  ;  il  en  est  de  même  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  La  Salle, 
t.  II,  p.  107). 

En  parlant  de  son  mari,  la  femme  dit  :  notre 
homme,  le  bourgeois;  les  maris  :  not'  femme,  la 
bourgeoise  ou  la  femme  de  sez  (chez)  nous.  L'un 
et  l'autre  disent  «  notre  »  et  non  pas  «  mon  »  ; 
c'est  pour  que,  si  «  notre  homme  »  ou  «  notre 
femme  »  venait  à  se  perdre  ou  à  s'égarer,  cha- 
cun se  mît  à  sa  recherche,  ce  qu'il  ne  ferait  pas 
si  on  disait  «  mon  homme  »  ou  «  ma  femme  «. 

Les  femmes  mariées  portent  souvent  le  nom 
féminisé  de  leur  mari  :  «  la  Hamonne,  la  Pi- 
ronne  w,  la  femme  de  Hamon,  de  Piron,  ou  «  la 
Hamon,  la  Piron  ». 

Quelquefois,  on  les  désigne  par  leur  nom  de 
famille,  et  non  par  celui  de  leur  mari. 

Parfois,  l'homme  porte  le  nom  de  sa  femme; 
on  dit  «  l'homme  à  la  James  ».  Cela  a  Heu  sur- 
tout quand  le  mari  est  étranger  au  pays. 

Cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  113. 


142    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 


Perdre  son  anneau,  c'est  signe  de  malheur; 
mais  celui  qui,  l'ayant  trouvé,  le  garderait  serait 
aussi  exposé  à  quelque  mésaventure.  (P.) 

On  dit  d'une  femme  active  : 

—  Les  vênes  (vesses)  ne  li  restent  pas  sous  l'co- 
tillon.  (xM.) 

Lorsqu'un  mari  n'est  pas  le  maître,  et  que  sa 
femme  a  accaparé  tout  le  gouvernement,  on  dit 
qu'il  est  «  coiffé  de  la  feuille  de  choux  ».  (E.) 
«  Il  a  le  bonnet  vert  »  :  Il  ne  peut  rien  faire 
sans  sa  femme  dont  il  est  séparé  de  biens.  (E.) 

Lorsqu'un  mari  a  battu  sa  femme,  les  garçons 
se  munissent  d'une  charrette  à  bras,  puis  ils 
montent  sur  les  hauteurs  et  font  claquer  leurs 
fouets.  Alors  on  se  dit  aux  environs  : 

«  Un  tel  a  battu  sa  femme,  faut  va  le  cherra.  » 

On  se  réunit  et  on  tâche  de  surprendre  le 
mari,  qui  est  mis  dans  la  charrette.  On  le  conduit 
dans  les  villages,  et,  autour  de  lui,  on  parle  de  la 
dispute  qui  a  motivé  les  coups,  en  employant  au- 
tant que  possible  les  propres  termes  dont  se 
sont  servis  les  deux  époux.  On  cherraye  aussi  les 
femmes  qui  ont  battu  leur  mari.  (Trélivan.)  Le 
même  usage  existe  à  Saint-Jacut-de-la-Mer  et  en 
plusieurs  autres  pays.  Cette  cérémonie  se  nomme 
charriottage  ou  cherrayeme?it.  Jadis,  à  Calorguen, 
on  charriottait  aussi  les  maris  qui  battaient  leur 
femme. 


LE   MÉNAGE   ET   LA   FAMILLE  I43 


A  Gueniesey,  la  cbevaucherie  d'ânes  avait  encore  lieu  tout  ré- 
cemment. S'il  arrive  que  les  coups  de  bec  entre  deux  époux  se 
changent  en  coups  de  poing  et  de  griffe,  mais  surtout 

Quand  la  poule  plus  haut  que  le  coq  chante, 

le  hameau  se  soulève  en  masse.  Il  est  trop  austère  observateur 
des  convenances  de  la  chambre  nuptiale  pour  ne  point  donner 
une  sérénade  à  ce  couple  mal  assorti.  C'est  alors  que  deux  jeunes 
personnes,  fille  et  garçon,  dos  à  dos  comme  au  sabbat  des  sor- 
ciers, représentent,  à  califourchon  sur  un  baudet,  le  mari  et  la 
femme  coupables.  Ils  sont  suivis  de  tous  les  désœuvrés  du  canton, 
et  cette  cohue  polissonne  entonnait  autrefois  le  refrain  immémo- 
rial que  voici  : 

Ma  femme  m'a  battu 

Par  la  tête  et  par  le  tchu, 

A  tout  sa  cuiller  à  pot 

A  m'a  rompu  l'co. 

(Métivier,  Glossaire,  v°  Che\<auc]:erie  d'âne.') 

A  Devecey,  près  Besançon,  existait  une  coutume  analogue. 
«  Toutes  et  quantes  fois  qu'un  mari  frappe  sa  femme  durant  le 
mois  de  may,  les  femmes  du  lieu  le  doivent  trotter  sur  l'asne  ou 
le  mettre  sur  charrette  et  trébuchet  et  conduire  trois  jours  du- 
rant, en  lui  baillant  son  droit,  c'est  assavoir  pain,  eau  et  fro- 
mage. »  (Registre  des  tenues  de  justice  au  village  de  Devecey.) 
Cette  coutume  s'est  encore  exercée  à  Salins  en  1815  et  eu  1840 
(D.  Monnier,  p.  292). 

Si  l'on  voit  quelqu'un  se  négliger  après  son 
mariage,  surtout  après  avoir  été  très  coquet,  on 
dit  qu'il  a  les  caunes  chûtes  dans  l'framha  (les 
cornes  tombées  dans  le  fumier).  (D.)  Si  c'est  une 
femme,  on  l'appelle  Inippe.  (E.),  c'est-à-dire  mal- 
propre. 

On  donne  aussi  ce  nom  de  huppe  aux.  femmes 


144    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

qui  trompent  leurs  maris.  Outre  le  mot  de  Mo- 
lière, qui  est  très  usité  et  sert  de  thème  à  une 
foule  de  plaisanteries,  le  mari  trompé  se  nomme 
caunarti  (cornard),  Jean- Jeudi,  Jean-Cou vertaine. 
On  dit  aussi  qu'il  est  de  la  confrérie  de  Saint  José, 
qu'on  appelle  irrévérencieusement  le  patron  des 
cocus.  Il  }'•  a  toutefois  un  assez  grand  nombre  de 
plaisanteries  qu'on  ne  prend  point  en  mauvaise 
part,  telles  que  celles-ci  :  «  Vêtes  cocu,  tout 
homme  marié  l'est  (P.)  ;  »  l'on  veut  dire  que 
tout  homme  marié  est  marié,  ce  qu'on  ne 
manque  pas  d'expliquer  à  ceux  qui  ne  savent  pas 
la  finesse.  On  apprend  aussi  aux  petits  enfants  à 
dire  à  leur  père,  lorsqu'il  rentre  le  soir  : 

Coucou,  papa,  maman  l'a  dit  ! 

Coucou, 
La  huppe  est  sez  nous.  (E.) 

Ce  qui  passe  pour  une  simple  gentillesse. 


§    IL    —    LES    ENFANTS    ET   LES    PARENTS 

Pour  les  paysans,  l'enfant  par  excellence  c'est 
le  mâle,  parce  que  c'est  lui  qui  peut  rendre  le 


LE   MÉNAGE   ET    LA    FAMILLE  I45 


plus  de  services.  Aussi  on  peut  parfois  entendre 
un  fermier  répondre  quand  on  lui  demande  com- 
bien il  a  de  «  garçailles  »  : 

—  J'ai  un  enfant  et  trois  filles. 

Les  enfants,  même  légitimes,  sont  assez  fré- 
quemment désignés  par  le  nom  de  fille  de  leur 
mère  :  «  Le  gars  à  la  une  telle,  la  fille  à  la  une 
telle.  » 

Les  garçons  se  nomment  gars  ou  gas,  ce  der- 
nier terme  est  moins  employé;  en  certains  pays, 
les  filles  se  nomment  garces,  c'est  le  vieux  niot 
français,  qui  n'a  pas  en  ces  pays  le  sens  péjoratif 
qu'on  lui  a  donné  ailleurs.  On  dit  :  «  La  garce 
Jeanne,  la  garce  Marie,  la  garce  à  la  Hamonne,  » 
pour  «  la  fille  Jeanne,  la  fille  Marie,  la  fille  de  la 
Hamon  ».  En  ces  pays,  une  fille,  pour  indiquer 
qu'elle  est  mariée,  dit  :  «  Je  ne  se  p'us  garce.  » 
(Environs  de  Dol.) 

On  désigne  aussi  le  sexe  d'après  la  coifî"ure  : 
les  garçons,  en  général,  s'appellent  «  les  cha- 
piaux  )),  les  filles  «  les  coiffes  ». 

Les  enfants  ne  tutoient  pas  toujours  leurs  pa- 
rents, même  dans  des  pays  où  le  tutoiement  est 
usité  parfois  entre  gens  qui  se  connaissent  peu  ou 
se  voient  pour  la  première  fois. 

Le  même  usage  existe  en  Berry  (cf.  Laisnel  de  L.i  S.ille,  t.  II, 
P-  114). 

Les  mères,   et   principalement  les]  veuves,   ne 

10 


146    l'ho.mme  de  la  naissance  a  la  mort 

tutoient  pas  toujours  leurs  garçons,  surtout  i'aîné, 
qu'elles  appellent  non  par  son  prénom,  mais  par 
son  nom  de  famille. 

Il  y  a  plusieurs  dictons  sur  le  respect  que  les 
enfants  doivent  à  leurs  parents. 

—  Faut  point  appeler  sa  mère  jambe  deberbis. 
(P.)  Il  ne  faut  pas  se  moquer  des  siens,  car  cela 
retombe  sur  vous. 

Toutefois,  bien  que  l'obéissance  au  chef  de  la 
famille  soit  la  règle  générale,  un  habitant  des 
villes  trouverait  parfois  que  les  enfants,  lorsqu'ils 
sont  grands,  parlent  à  leurs  père  et  mère,  sur- 
tout âgés,  avec  peu  de  délicatesse  ;  mais  il  ne  faut 
pas  juger  les  mœurs  champêtres  d'après  celles 
des  villes  et  les  mots  n'y  ont  pas  la  même  signi- 
fication au  point  de  vue  de  la  politesse  et  des 
égards. 

Vivre  en  gieiidre  ou  en  hru,  c'est  résider  chez 
ses  beaux-parents.  Dans  les  ferm.es,  les  gendres 
sont  à  peu  près  traités  comme  les  domestiques, 
mais  ils  ont  une  petite  part  dans  le  produit  de  la 
terre.  Lorsque  quelqu'un  est  chiche  de  pain  ou  de 
cidre,  on  dit  «  qu'il  sert  en  belle-mère  ». 

Il  n'est  pas  rare  de  voir  plusieurs  ménages 
vivre^  dans  la  même  ferme,  en  bonne  intelli- 
gence; ils  sont  associés  pour  l'exploitation  et  ont 
dans  les  bénéfices  des  parts  qui  varient  suivant 
leur  apport  en  travail  ou  en  argent.  En  ce  cas. 


LE   MÉNAGE   ET   LA   FAMILLE  1.^7 

tout  est  à  peu  près  en  commun,  sauf  le  linge  per- 
sonnel et  la  garde-robe,  qui  est  soigneusement 
ramassée  dans  les  armoires;  chacun  possède  la 
clé  de  sa  «  presse  »  (armoire),  et  c'est  une  pro- 
priété absolument  personnelle,  aussi  intime  que 
le  secrétaire  l'est  à  la  ville. 


CHAPITRE  VII 

LA  MORT 


§    I.    —    LES    SIGNES    AVANT-COUREURS 


rf^>«ES  paysans  ne  sont  pas  éloignés  de  regar- 
ni Pi^   der  la  Mort  comme  un  personnage  chargé 


d'une  certaine  mission,  et  q^ui,  lorsqu'il 
se  trouve  à  passer  quelque  part,  en  profite  pour 
faire  sa  besogne.  Ils  disent  aussi  que,  quand  la 
Mort  est  dans  un  endroit,  elle  fait  toujours  le 
trépied  :  les  maisons  de  la  partie  de  la  commune 
où  elle  passe  sont  les  angles  de  cette  sorte  de 
triangle.  Il  }'  a  des  gens  qui  observent  soigneu- 
sement toutes  ces  circonstances,  et  qui,  à  l'occa- 
sion, citent  de  nombreux  cas  où  cette  superstition 
s'est  réalisée. 

Si  un  membre  d'une  famille  meurt,  il  y  a  pour 
l'un  de  ses  parents  trois  deuils  dans  l'année.  (E.) 


LA   MORT  149 


On  assure  que  les  maladies  épidémiques  et  dan- 
gereuses «  suivent  le  sang  »,  c'est-à-dire  s'atta- 
quent plus  facilement  aux  personnes  de  la  même 
famille  qu'aux  étrangers.  Lorsque,  au  moment 
d'un  enterrement,  la  châsse  tombe  ou  que  le  bois 
se  casse,  il  meurt  quelqu'un  dans  les  huit  jours. 
(M.)  Quand  la  terre  s'ouvre  le  vendredi  pour  re- 
cevoir un  mort,  il  y  a  deux  morts  qui  se  suivent 
dans  les  quinze  jours  ;  ou  un  autre  enterrement 
le  dimanche.  (D.) 

En  Berry,  on  croit  que,  si  on  ouvrait  la  terre  sainte  après  le 
soleil  couché,  chaque  jour  il  mourrait  quelqu'un.  (Laisnel  de  La 
Salle,  t.  II,  p.  79.)  Dans  les  Ardennes,  si  un  enterrement  a  lieu 
le  vendredi,  dans  les  six  semaines  il  meurt  quelqu'un  de  la  fa- 
mille (cf.  Xozot,  p.  127). 

Quand  il  meurt  quelqu'un  à  Saint-Germaiu, 
il  meurt  deux  personnes  dans  la  quinzaine.  (M.) 

La  croyance  aux  signes  avant-coureurs  de  la 
mort  est  très  répandue  en  Haute-Bretagne  ;  les 
proches  de  celui  qui  va  mourir  sont  avertis  de  sa 
fin  prochaine  par  un  signe  qu'on  appelle  avène- 
ment ou  avision.  Si  la  personne  qui  meurt  est 
éloignée  ou  en  pays  étranger,  ses  proches  ou  ses 
amis  entendent  un  bruit  ou  voient  quelque  chose 
d'anormal  au  moment  même  où  elle  expire. 

Cf.,  pour  les  détails,  mes  Traditions  et  superstiticfis,  t.  I'"", 
p.  267  et  suivantes. 

Ceux  qui  habitent  la  maison  où  est  né  quel- 


150      L  HOMME   DE    LA   NAISSANCE   A   LA   MORT 

qu'un  qui  meurt  au  loin  voient  son  enterrement 
en  effigie. 

Cf.,  dans  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  I^'',  p.  270-271, 
des  récits  relatifs  à  cette  croyance. 

Voici  d'autres  signes  qui  présagent  une  mort 
prochaine  :  Si  les  chiens  aboient  avec  force,  quel- 
qu'un de  la  maison  mourra  prochainement.  (P.) 

En  Corse  (cf.  Bouchez,  Nouvelles  corses,  Paris,  1823),  existe  la 
même  croyance. 

Quand  les  corbeaux  restent  longtemps  à  chan- 
ter dans  un  endroit,  lorsqu'ils  picotent  autour  de 
la  maison,  quelqu'un  devra  mourir  dans  les  en- 
virons. (S.-C,  E.,  P.)  Le  cri  répété  des  chouans 
annonce  la  mort  ;  il  en  est  de  même  de  celui  de  la 
fresaie,   surtout  s'il  est  répété  trois  fois  de  suite. 

Il  en  est  de  même  si  les  chouettes  viennent  se 
poser  sur  les  cheminées.  (S.-C.) 

Cf.   mes  Traditions  et  superstitions,  t.  II,  ch.  iv. 
En    Basse- Bretagne  existe  la  même    superstition  (cf.    Dulau- 
rens  de  La  Barre,  Veillées  de  l'Armor,  p.  20  et  suiv.). 

Quand  les  faucheurs  montent  sur  l'épaule  d'une 
personne,  c'est  signe  qu'elle  mourra  dans  peu  de 
temps.  (E.) 

Lorsqu'en  marchant  sur  une  route  on  voit  un 
grand  nombre  de  pies  qui  bavardent  sans  cesse  et 
ne  se  sauvent  que  lorsqu'on  est  très  près  d'elles, 
si,  de  plus,  elles  reviennent  aussitôt  que  l'on  est 
passé,  c'est  signe  qu'il  y  passera  bientôt  un  enter- 


LA   MORT  151 

rement.  (P.)  Si  le  chant  du  grcsillon  vient  à  ces- 
ser, c'est  un  présage  de  mort.  (P.) 

Pendant  les  avents,  les  coqs  follent,  c'est-à-dire 
qu'au  lieu  de  chanter  aux  heures  habituelles,  ils 
chantent  à  toute  heure.  Ce  changement  d'habi- 
tudes est  d'un  mauvais  augure,  et  on  croit  y  voir 
un  présage  de  mort. 

Cf.  Fouquet,  Légendes  du  Morothan,  p.  158-146. 

En  paj-s  bretonnant,  le  chant  du  coq  avant  minuit  cr-t  d'un 
sinistre  augure  ;  il  annonce  la  mort  ou  quelque  calamité  {Galerie 
bretonne,  t.  I,  p.   150). 

Quand  les  poules  chantent  le  coq,  on  dit  qu'elles 
sentent  la  mort  de  leur  maître.  (S.-C,  P.) 

Superstition  connue  aussi  en  Normandie  (A.  Bosquet,  p.  219, 
cf.  Mélusine,  t.  1,  col.  47);  en  Poitou  (cf.  Desaivre,  Le  Co],  la 
Poule  et  l'Œuf,  1876);  dans  les  Vosges  {Mélusine,  col.  498); 
Franche-Comté  (Perron,  p.  19);  dans  le  Berry  (Laisnel  de  La 
Salle,  p.  238,  col.  47).  Voyez  aussi  de  Gubernatis,  Mythologie 
\oologique,  t.  II;  p.  299. 

La  croyance  que  l'âme  prend  la  forme  de  pa- 
pillon est  encore  assez  répandue  à  la  campagne. 

Quand  on  voit,  le  soir,  de  petits  papillons 
blancs  voler  dans  la  maison,  cela  annonce  la 
mort  de  quelqu'un  de  ses  habitants.  Aussi,  quand 
il  y  en  a  beaucoup  dans  une  maison,  les  gens  en 
sont  tout  chagrins.  Ils  pensent  que  ce  sont  des 
âmes  de  revenants  qui  viennent  chercher  quel- 
qu'un pour  l'emmener  avec  elles.  (P.) 

En  Poitou  (cf.  Souche,  p.  13).   Un   papillon  passe  aussi  pour 


L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE   A    LA    MORT 


être  l'âme  d'un  mort  qui  visite.  Les  Grecs  appelaient  le  papillon 
^vyYi  TZSZOlxi'J'Oj  âme  volante.  En  Franche-Comté  (cf.  D. 
Monnicr,  p.  143),  la  même  croyance  existe,  mais  moins  expli- 
citement. 


5    II.    —    LA    MOr.T 

Les  paysans  se  représentent  la  mort  comme 
une  eniiîc,  et,  s'ils  savaient  dessiner,  ils  la  figu- 
reraient sans  doute  sous  la  forme  d'un  squelette 
armé  d'une  faux  et  enveloppé  d'un  suaire.  C'est, 
d'ailleurs,  ainsi  qu'elle  est  représentée  sur  les 
monuments  religieux. 

Lorsqu'une  personne  est  considérée  comme 
perdue,  on  assure  qu'elle  «  a  la  mort  entre  les 
dents  )),  ou  qu'elle  «  est  au  bout  de  sa  doitte  >>. 
Une  doitte,  c'est  une  aiguillée  de  fil;  et,  pour 
dire  que  le  médecin  peut,  sinon  sauver  le  ma- 
lade, du  moins  lui  prolonger  un  peu  la  vie,  on 
dit  qu'il  lui  «  a  allongé  la  doitte  » .  Je  crois  qu'on 
peut  voir  dans  cette  forme  imagée  un  souvenir 
lointain  du  fil  des  Parques. 

"Lorsqu'un  mialade  est  regardé  comme  perdu, 
on  dit  que  les  vers  lui  regardent  les  côtes. 

—  Il  est  comme  ma  première  paire  de  hawies 
(culottes)  :  il  est  foutu.  (E.) 


LA  Moirr 


)) 


On  dit  aussi  de  quelqu'un  qui  meurt  «  qu'il 
rend  les  trois  soufflets  du  baptême.  »  (E.) 

Lorsque  trépasse  un  honmie  âge,  on  entend 
souvent  cette  réflexion  : 

—  Il  était  assez  vieux  pour  faire  un  mort.  (M.) 
«  Dans  le  Morbihan  français,  à  la  mort  d'un 

vieillard,  on  dit  :  —  Le  bonhomme  était  vieux  et 
ne  travaillait  guère.  A  celle  d'un  jeune  homme  : 
—  La  mort  y  était;  qu'y  faire?  » 

(Fouquet,  Légendes  du  Morhihan.') 

Voici  quelques  autres  dictons  sur  la  mort  : 

—  11  faut  manger  un  boisseau  de  cendres  avant 
de  mourir. 

—  On  voit  plus  de  viaux  que  de  vaches  à  la 
boucherie,  c'est-à-dire  qu'il  meurt  plus  de  jeunes 
que  de  vieux. 

—  Il  sera  bientôt  labouré  par  les  taupes.  Il 
mourra  bientôt.  Ou  :  Les  taupes  vont  lui  passer 
sur  le  dos. 

Mort  désirée, 

Vie  prolongée.  (E.) 

En  parlant  des  méchantes  gens  : 

—  Ça  ne  meurt  pas,  la  mortalité  n'est  pas  sur 
les  mauvaises  bêtes.  (E.) 

Quelquefois,  les  parents  adressent  au  mourant 
des  exhortations;  en  voici  une  qu'un  notaire  m'a 
dit  avoir  entendue  : 


1)4      L  HOMME   DE   LA   NAISSANCE   A   LA   MORT 

—  Raidiss'oiis,  mon  père,  pour  mouri'  cœurii- 
ment.  «  Raidissez-vous,  soyez  énergique,  pour 
mourir  avec  courage.  » 

On  envoie  chercher  le  parrain  et  la  marraine 
quand  le  filleul  est  au  lit  de  mort. 

Pour  la  mort,  à  côté  de  la  note  grave,  qui  est 
dominante,  il  y  a  la  note  facétieuse  ;  mais  je  crois 
bien  qu'elle  n'existe  que  dans  les  contes,  et  rare- 
ment dans  la  vie  réelle.  J'ai  pourtant  connu  un 
brave  homme  qui,  venant  d'enterrer  sa  belle- 
mère,  disait  : 

—  Vaï,  la  v'ià  ben  asteure,  les  cônilles  ne  li 
roucheront  pas  la  piau  (Certes,  la  voilà  bien 
maintenant,  les  corbeaux  ne  lui  mangeront  pas 
la  peau).  (M.) 

Voici  deux  autres  récits  qui  ont  cours  à  la 
campagne. 

Le  père  de  Perrin  se  mourait;  son  fils,  en  lui 
faisant  embrasser  le  crucifix,  lui  disait  : 

—  Embrassez  le  bon  Dieu,  mon  père,  mourez 
librement,  n'ayez  pas  plus  de  regret  de  moi  que 
je  n'en  ai  de  vous;  vous  vous  habituerez  aussi 
bien  là-bas  comme  ici.  (E.) 

Il  y  avait,  une  fois,  un  bonhomme  et  une 
bonne  femme  qui  étaient  sans  cesse  à  se  deman- 
der l'un  à  l'autre  une  donation.  La  bonne  femme 
surtout  répétait  à  chaque  instant  : 

—  Fais-moi  donation  de  trois  pièces  de  terre. 


LA   MORT 


)) 


Elle  ennuya  tellement  son  mari,  qu'il  finit  par 
lui  dire  d'aller  chercher  le  notaire. 

Quand  il  fut  arrivé,  le  bonhomme  dit  : 

—  Travaillez,  monsieur  le  notaire,  et  écrivez  : 
Je  donne  à  ma  bonne  femme  trois  pièces  de  terre  : 
deux  écuelles  et  un  pot  de  chambre.  (M.) 

Il  y  avait,  une  fois,  une  fille  qui  disait  toujours 
à  sa  mère  qu'elle  désirait  mourir  avant  elle.  La 
bonne  femme,  pour  l'éprouver,  pluma  une  poule, 
et,  l'ayant  lâchée  dans  la  maison,  alla  se  cacher 
derrière  la  porte.  Quand  la  fille  aperçut  cette 
étrange  poule,  elle  crut  voir  la  mort  en  personne, 
et  elle  cria  : 

Drère  l'hu  (derrière  la  porte), 
Mort  pelu  (à  poil). 
Ma  mère  y  est.  (P.) 

Pour  les  paysans,  la  Mort  est  un  personnage 
qui  a  les  passions  des  vivants;  elle  joue  dans  les 
contes  un  rôle  important. 

Sur  cet  anthropomorphisme  de  la  mort,  cf.  dans  VArchivio  per 
le  iradi^^ioni  populari,  t.  IV,  p.  421-432,  mon  .<irticle  intitulé  La 
mort  en  voyage. 

Lorsqu'il  y  a  un  décès  dans  une  maison, 
même  si  le  défunt  est  mort  subitement  et  sans 
s'être  alité,  on  met  des  draps  blancs  dans  tous  les 
lits  et  on  fait  la  lessive.  On  arrête  la  pendule  et 


1)6     l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

on  jette  l'eau  qui  est  dans  les  seaux,  de  peur  que 
l'àme  du  mort  ne  s'y  noie.  (E.) 

Dès  que  le  défunt  a  rendu  le  dernier  soupir, 
on  allume  une  chandelle  et  on  asperge  le  lit  avec 
de  l'eau  bénite.  (D.) 

Mêmes  usages  en  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie  brctoniie,  t.  III, 
p.  1)6). 

Les  éclieveaux  de  fil  qui  sont  au-dessus  des  lits 
de  la  maison  doivent  tous  être  enlevés,  parce  que 
l'âme  pourrait  s'y  embarrasser. 

On  enferme  les  poules  et  on  empêche  les  chats 
de  pénétrer  dans  la  maison.  (D.) 

Les  bêtes  elles-mêmes,  en  effet,  prennent  part 
au  deuil  :  presque  partout,  on  met  un  morceau 
de  drap  noir  aux  ruches,  surtout  lorsque  c'est  le 
maître  qui  est  mort;  le  grillon,  en  signe  de  deuil, 
reste  six  mois  sans  chanter.  (P.) 

Quant  aux  corneilles,  oiseaux  de  mauvais  au- 
gure, elles  se  réjouissent  et  chantent,  en  parlant 
du  défunt  : 

—  Esl-i'  ben  gros? 

—  r  n'a  qu'la  piau 

Et  les  rouchiaux  (les  os). 
Là  est  gras,  (E.) 

Les  pies  répondent  : 

N'y  a  que  du  sieu  (du  suif). 


LA    MORT  157 

Quand  elles  font  entendre  une  sorte  de  grince- 
ment, on  dit  «  qu'elles  scient  des  châsses  » 
(bières). 

L'âme  de  ceux  dont  l'agonie  a  été  pénible  et 
qui  sont  morts  sans  être  en  état  de  grâce,  quitte 
le  corps  sous  la  forme  d'un  corbeau  noir;  on  as- 
sure que  les  personnes  qui  sont  «  dans  la  grâce 
du  bon  Dieu  »  les  voient  s'envoler.  Lorsque  la 
mort  a  été  douce,  l'âme  s'envole  sous  la  forme 
d'un  papillon  blanc  ou  gris,  suivant  que  le  dé- 
funt a  mérité  le  Purgatoire  ou  le  Paradis.  A  la 
page  299,  tome  II,  de  mes  Traditions  et  Su- 
perstilions,  j'ai  rapporté  un  conte  où  un  pauvre 
voit  distinctement  sortir  de  la  bouche  du  mort  un 
petit  papillon;  il  le  suit  et  apprend  de  lui  qu'il 
est  l'âme  du  défunt,  et  que  l'endroit  où  il  se 
trouve  est  rempli  de  papillons  qui  font  pénitence. 

Les  noyés  reviennent  sur  l'eau  le  neuvième 
jour.  (D.) 

Si  une  personne  a  été  assassinée,  son  sang 
coule  lorsque  le  meurtrier  se  trouve  en  sa  pré- 
sence. (D.) 

Même  croyance  en  Kormandic  (cf.  Amélie  Bosquet,  p.  275); 
à  Guernesey  (cf.  Louisa  Clarke,  p.  47). 

On  habille  le  moit  «  dans  ses  habits  du  di- 
manche »,  on  lui  place  un  chapelet  entre  les 
doigts  et  un  petit  crucifix  sui:  la  poitrine;  on  lui 
met  sous  la  tête  un  oreiller,   et  il  est  enveloppé 


1)8     l'homme  de  la  xaiss.wxe  a  la  mort 

d'un  linceul  qui  ne  recouvre  pas  la  figure  :  celle-ci 
est  couverte  d'un  mouchoir;  on  ne  coud  pas  le 
linceul.  Une  jeune  femme  est  habillée  dans  ses 
robes  de  noce;  une  femme  d'un  certain  âge,  dans 
ses  habits  du  dimanche.  (E.)  On  rase  le  mort, 
et  celui  qui  l'a  rasé  emporte  le  rasoir.  (M.,  D.) 
Ailleurs,  on  coud  le  mort  dans  son  suaire. 

Quand  une  aiguille  a  servi  à  coudre  un  linceul, 
on  la  donne  à  un  pauvre,  avec  ce  qui  reste  du 
suaire.  (S. -G.) 

On  fait  un  nœud  au  fil  qui  coud  le  linceul, 
parce  que,  si  le  Diable  avait  su  faire  un  nœud  à 
son  fil,  il  aurait  été  couturier.  (D.)  Mais  cette 
coutume  n'est  pas  sans  exception.  Il  faut  se  don- 
ner bien  garde  de  faire  des  nœuds  au  fil  destiné 
à  coudre  le  Hnceul;  car,  au  jour  du  jugement, 
le  mort  resterait  ernbrêU  dans  son  suaire,  et  ne 
pourrait  comparaître  au  tribunal  de  Dieu.  (P.) 

Quand  on  ensevelit  une  personne,  on  demande 
si  elle  a  nommé  ;  si  elle  n'a  tenu  personne  sur  les 
fonds  baptismaux,  on  lui  met  les  mains  derrière 
le  dos,  au  lieu  de  les  croiser,  selon  l'habitude,  sur 
la  poitrine.  (E.) 

Le  mort  est  lavé;  on  lui  passe  une  chemise 
blanche.  Si  c'est  une  femme,  on  la  coiffe  et  on 
lui  met  un  mouchoir  de  cou  ;  généralement,  c'est 
le  châle  de  noces.  Si  c'est  une  jeune  fille,  le  châle 
est  blanc. 


LA   MORT  159 

On  place  un  chapelet  entre  les  mains  du  mort. 

Lorsque  la  toilette  est  faite,  on  l'enveloppe 
d'un  drap,  en  laissant  la  figure  à  découvert,  à 
moins  qu'elle  ne  soit  grimaçante.  L'ensevelisse- 
ment a  lieu  peu  de  temps  après  la  mort,  à  moins 
que  le  décès  n'ait  eu  lieu  la  nuit.  (D.) 

En  Isormandie  (cf.  A.  Bosquet,  p.  274),  on  met  aussi  dans  la 
bière  du  mort  son  chapelet  et  sou  livre  de  messe. 

Auprès  du  lit,  on  place  une  croix,  et  de  l'eau 
bénite  dans  une  assiette  avec  un  fragment  de  lau- 
rier  des  Rameaux.  (D.)  En  certains  pays,  sur- 
tout dans  les  familles  riches,  on  fait  une  espèce 
de  chapelle  avec  des  draps  de  lit,  et  on  met  le 
mort  dans  la  chapelle;  il  est  revêtu  d'une  che- 
mise blanche  et  tient  à  la  main  un  crucifix  ou 
un  chapelet.  Généralement,  le  chapelet  est  en- 
terré avec  le  mort. 

L'usage  de  la  chapelle  existe  en  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie 
bretonne,  t.  III,  p.  156). 

Avant  l'enterrement,  on  dépose  la  châsse  (bière) 
sur  des  bancs  ou  des  tréteaux,  d'où  ces  expres- 
sions :  «  Il  est  su'  les  chahuts  (S.,  D.);  il  est  sur 
les  herchets  »  (M.),  qui  veulent  dire  que  quel- 
qu'un est  mort,  mais  non  enterré. 

Aux  veillées  des  morts,  il  vient  beaucoup  de 
monde,  surtout  des  femmes  ;  on  y  dit  des  chape- 
lets, mais  aussi  on  y  prend  du  café,  et  souvent 


i6o    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

on  y  plaisante.  Après   minuit,   il  ne  reste   plus 
guère  que  les  gens  de  la  maison.  (D.) 

Le  mort  peut  en  certains  cas  guérir,  on  lui 
passe  le  mal  qu'on  a  et  qui  ne  peut  lui  nuire.  Si, 
par  exemple,  un  enfant  a  une  envie,  il  faut  le 
porter  devant  une  personne  morte,  et  toucher 
l'envie  avec  la  main  de  morte.  On  peut  être  as- 
suré qu'elle   disparaîtra.   (Saint-Méloir-des-Bois.) 


§  III.  —  l'enterre.mext 

La  plupart  du  temps,  le  mort  est  porté  à  bras. 

Vers  Quintin,  quand  on  mène  le  corps  dans 
une  charrette,  on  f.iit  au-dessus  une  sorte  de  tente 
en  gaule  de  heude  (coudrier),  sur  laquelle  on 
étend  un  drap  blanc. 

Si  c'est  une  jeune  fille,  les  porteuses  sont  aussi 
des  jeunes  filles  qui  sont  habillées  de  blanc;  les 
jeunes  garçons  sont  portés  par  des  garçons;  les 
hommes  et  les  femmes  mariés,  par  des  hommes. 
(D.)  Ces  usages  varient  au  reste  de  commune  à 
commune  :  j'ai  vu  des  femmes  mariés  portées  par 
des  femmes.   Les  fermiers  portent  la  cliâssc  de 


LA   MORT  l6l 

ieur  maître.   (M.)  Ailleurs,   ils  s'y   refuseraient 
cnergiquement.  (D.) 

Mcme  coutume  en  Normandie  (cf.  Barbey  d'Aurevilly,   l'En 
soicclée,  p.  268). 

A  Saint-Domineuc,  les  porteurs  vont  à  l'église, 
puis  ils  dînent.  C'est  le  plus  proche  parent  du 
mort  qui  porte  la  croix  ;  à  Ercé  aussi. 

Dans  nombre  de  communes  des  Côtes-du-Nord, 
les  parents  du  mort,  et  surtout  les  femmes,  au 
lieu  d'aller  à  la  tête  du  convoi,  sont  à  la  queue, 
lis  se  mettent  dans  le  bas  de  l'és^lise.  Ils  s'age- 
nouillenî  à  côté  de  la  porte  du  cimetière,  et 
pleurent  pendant  la  cérémonie  et  pendant  que  les 
amis  défilent  au  retour.  A  Ercé,  les  parents  vont 
à  Tenterrement  en  habits  de  travail,  et  non  en 
habits  du  dimanche,  et  ils  sont  à  la  queue  du 
convoi. 

Une  personne  parente  ou  amie  va  déposer  de 
petites  croix  de  bois  longues  de  dix  à  douze  cen- 
timètres au  pied  de  chacune  des  croix  auprès  des- 
quelles passe  l'enterrement.  (E.,  P.) 

Même  usage  en  Berry  (cf.   Laisnel  de  La  Salle,  t.    II,  p.  75). 

Lorsqu'une  personne  meurt  sans  confession, 
au  heu  d'ouvrir  le  grand  portail,  on  passe  la 
châsse  par-dessus  l'échalier  du  cimetière,  d'où  le 
nom  de  passée  mortueUe  donné  à  cet  échalier.  Le 
premier  qui  le  franchit  après  la  cérémonie  est 
sûr  de  mourir  dans  l'année.  (D.) 

II 


102    l'homme  de  la  naissance  a  la  mort 

L'âme  du  mort  ne  quitte  son  corps  qu'au  mo- 
ment où  le  prêtre  chante  :  «  In  Paradiso.  »  (P.) 

Il  peut  paraître  assez  singulier  de  trouver,  dans 
un  pays  où  le  respect  de  la  mort  est  entretenu  à 
la  fois  par  la  religion  et  par  les  histoires  de  reve- 
nants, plus  puissantes  encore  peut-être,  toute  une 
série  de  facéties  sur  les  enterrements. 

D'après  Perron,  qui  cite,  p.  123,  trois  %'ers  d'un  Libéra  co- 
mique, les  mêmes  facéties  existeraient  en  Franche-Comté  (cf. 
aussi,  p.  126,  une  préface  parodiée). 

Voici  d'abord  ce  que  disent  les  cloches  aux 
grands  enterrements  : 

—  Tu  n'as  don  pas  voulu  v'ni, 
A  don'  fallu  aller  te  cri  (chercher)  ; 
Mais  tu  paieras  bien  cher  nos  pas, 
Nos  démarches  et  nos  repas.  (E.) 

Viens-t'en,  bonhomme, 
r  a  longtemps  qu'la  terre  t'attend.  (E.) 

Les  cloches  par  leur  son  indiquent  aussi  le  sort 
de  celui  qu'on  va  mettre  en  terre;  on  raconte  quj 
le  curé  de  Langast  reconnaissait  au  son  du  glas  si 
la  personne  dont  il  faisait  l'enterrement  était  per- 
due ou  sauvée.  (P.) 

Puis  l'officiant,  comme  dans  Le  Curé  et  son  Sei- 
gneur, de  La  Fontaine,  est  mis  en  scène,  et,  pen- 
dant toute  la  messe,  il  suppute  ce  qu'il  aura 


LA   MORT  163 


Tant  eu  argent  et  tant  en  cire 
Et  tant  eu  autres  menus  coûts. 

A  ïlniroit,  si  c'est  un  mort  riche,  il  commence 
par  dire  : 

—  r  y  a  gras. 

Il  est  probable  que  le  Kyrie  et  les  autres  chants 
qui  précèdent  la  prose  étaient  aussi  parodiés;  je 
ne  les  ai  pas  retrouvés;  mais  voici  la  parodie  du 
Dies  ira;  c'est  l'officiant  qui  est  censé  la  chanter 
sur  le  même  air  que  la  prose  latine.  En  voici  trois 
couplets  : 

Tu  n'as  don'  pas  voulu  veni', 

A  don'  fallu  qu'on  aille  te  cri'. 

Mais  tu  paieras  aussi  nos  pas, 

Car  nous  ferons  la  vente  sez  ta  (chez  toi). 

Nous  venderons  la  pelle  et  l'trois-pieds, 
La  cotte  ainsi  que  les  veilles  brées, 
Et  si  cela  ne  suffit  pas, 
Nous  venderons  la  pelle  et  l'sas. 

Nous  venderons  les  chaudcrons, 
Nous  venderons  tous  les  haillons. 
Et  si  cela  ne  suffit  pas, 
Nous  venderons  jusqu'à  tes  draps. 

A  la  Préface,  il  se  moque  de  l'orgueil  de  ceux 
qui  ont  fait  des  fondations  dièrement  payées  : 
C'est  Madame  de  Tourneminc  —  qui  a  donné 


l64-     l-'ffiDiaCE  DE  LA  XAIS: 


Ml  su  .    ....       ...    .-. ■  : .. ::....      ...     .:.:.:    t: 

i  -      --  .       .:.-.;  —   :  : .- .-  chanter  et  boire  a.  sa 


,:e,  exdîe  chez  Fo-S:. 


AppoTEc::  -  jêcrodiraz  et  mettez  i  feoMir), 

Paorijîs,  après  ce  mat,  an  2.|aate  : 
La  poodiigtte  recrplie. 

Ijc  fijuBT  esc  dhier, 

QpBSQQXu  SKB.  CSSt  IEDSIE1L  OSt  m'ât-  pSS  EnSSOSIIIl  f?T  tJSCÎlX, 

-irépouul  Famtire  (parcfxSe  et  Ei  ne  nos  indmms  in 
tmMkmem). 

IjMsspe.  tssm  est  termirié,  les  parents  ofeent  le 
ca^  aos  pontSŒrs  «iajns  rame  amoerge.  (E.) 


165 


Après  renterrement,  le  Ct  est  xiàé  à  IookI,  cm 
en  retire  h.  paille  et  on  la  hrûle;  il  en  est  ^ 
même  de  la  baDe.  (D.) 

Si  rentenement  a  lieu  le  matin,  on  k:ve  les 
draps  du  mœt  dâ  raprês-midi.  (D.) 


Vt- 


T     ,  , 


.  ;  ,.   \ 


i "Évangile,  (D.) 

'.   meurt  qadqu^on  dans  vm  vîQag^ 
du  village,  même  non  parents,  slia- 
biUent  en  ncùr  le  dimanche  suivant  et  même  pen> 
dant  deox  ou  trois  dimand&es.  (£.) 
Les  abolies  sont  mises  en  deuU. 

Cf.  poniir  les  diuàk  k  tfone  H,  p.  2S1,  ^  ânes  TmnSitimg  ft 


i66    l'homme  de  la  kaissanxe  a  la  mort 

Le  culte  des  morts  est  poussé  très  loin  en 
Haute-Bretagne;  il  s'y  mêle  peut-être  plus  de 
peur  que  de  véritable  piété  pour  le  souvenir  de 
ceux  qui  ne  sont  plus.  D'après  des  récits  qui  sont 
parmi  les  plus  populaires,  les  morts  se  chargent, 
au  reste,  de  rappeler  à  ceux  qui  seraient  tentés 
de  les  oublier,  les  égards  qui  leur  sont  dus.  On 
trouvera  de  nombreux  détails  sur  ce  sujet  dans  la 
série  de  contes  intitulée  les  Morts  qui  se  vengent, 
t.  h^y  p.  253  et  suiv.,  de  mes  Traditions  et  su- 
perstitions. 

J'ai,  au  reste,  traité  longuement  dans  un  cha- 
pitre spécial  la  manière  dont  les  paysans  envi- 
sagent le  rôle  des  revenants.  Comme  je  n'ai,  de- 
puis, recueilli  aucun  détail  important,  je  me 
contente  d'y  renvoyer. 

On  voit  encore  près  des  éghses,  ou  dans  un  édi- 
cule  spécial  du  cimetière,  quelques  rehquaires  où 
sont  exposés  les  os  des  morts  ;  il  y  en  avait  da- 
vantage autrefois,  et  j'en  ai  vu  disparaître  plu- 
sieurs, soit  parce  que  le  cimetière  a  été  transféré 
ailleurs,  soit  que  l'usage  est  tombé  en  désuétude. 
Je  n'en  ai  point  vu  où,  comme  en  Basse-Bretagne, 
.  les  têtes  de  mort  étaient  placées  dans  une  sorte  de 
boîte  avec  un  trou  en  cœur  et  une  inscription. 

Cependant  cet  usage  y  a  existé.  M.  Auguste 
Lemoine  m'écrit  qu'à  Saint-Briac  (Ille-et-Vilaine), 
il  a  vu  des  crânes  enfermés  dans  des  boîtes  en 


LA   MORT  167 

forme  de  lanterne,  surmontées  d'une  croix.  Elles 
portaient  des  inscriptions  comme  :  «  Mons  X  icy 
est  crâne  »  (sic)  ;  ou  «  Cy  le  chef  de  X.  »  La 
ienterne  était  ornée  de  filets  bleus  et  la  tête  se 
voyait  par  une  ouverture  carrée  pratiquée  sur  la 
façade.  M.  Lemoine  m'assure  avoir  vu  des  boîtes 
semblables  à  Ploufragan,  au  sud-ouest  de  Saint- 
Brieuc,  presque  à  la  limite  du  breton  et  du  fran- 
çais. 

Jadis,  quand  un  cimetière  était  abandonné,  on 
transférait  les  ossements  de  ceux  qui  y  avaient 
été  inhumés  dans  le  nouveau  cimetière  ou  dans 
le  reliquaire.  J'ai  entendu  raconter  à  ma  grand'- 
mère  que,  lorsque  Saint-Germain  cessa  d'être  pa- 
roisse, les  habitants  de  Matignon  y  allaient  en 
procession  à  certains  jours,  aux  Rogations,  je 
crois,  et  que  chacun  rapportait  avec  lui  un  osse- 
ment,  qui  était  déposé  dans  le  reUquaire. 

Certains  cimetières,  surtout  ceux  de  la  côte, 
sont  bien  tenus,  et  les  tombes  sont  ornées  de 
fleurs  et  de  coquillages,  mais  il  y  en  a  d'autres 
qui  sont  envahis  par  les  ronces  et  les  mauvaises 
herbes. 


V^* 


DEUXIÈME  PARTIE 

LE  CALENDRIER,  LES  TRAVAUX  ET  LES 
USAGES 


DEUXIÈME  PARTIE 

LE  CALENDRIER,   LES  TRAVAUX  ET  LES 
USAGES 


CHAPITRE   PREMIER 


l'année 


§  I.   —   l'année  et  les  mois 


,E  vent  qui  règne  les  douze  premiers  jours 
de  l'année  est  celui  qui  souffle  pendant 
chacun  des  douze  mois,  janvier  corres- 
pondant au  ler,  février  au  2,  etc.  Il  en  est  de 
même  pour  le  brouillard.  (E.,  P.)  Ailleurs,  le 
temps  qu'il  fait  les  douze  premiers  jours  est  celui 
qui  sera  toute  l'année. 


172      LE   CALENDRIER,    LES  TRAVAUX   ET   USAGES 


En  Normandie,  ce  sont  les  douze  jours  après  Koël  (cf.  Mél., 
t.  I,  col.  14,  la  note  où  est  cité  VAlmanach  des  laboureurs, 
j68j')\  mais,  dans  la  Suisse  allemande  Qiiél.,  col.  128),  ce 
sont  les  douze  premiers  jours  de  l'année. 

On  met  du  grain  à  chauffer  sur  la  toumelte 
(l'instrument  qui  sert  à  retourner  les  galettes);  si 
le  grain  saute,  le  blé  sera  cher  l'année  qui  vient. 
(E.) 

Dans  les  Ardennes  (cf.  Nozot,  p.  125),  la  veille  de  l'Epipha- 
nie, on  fait  aussi  sauter  le  blé  ;  mais  c'est  pour  savoir  quel  sera 
son  prix  pendant  les  douze  mois  de  l'année. 

Quand  le  coucou  vient  de  bonne  heure,  l'année 
est  prime  (précoce);  quand  il  est  en  retard,  les 
récoltes  ne  mûrissent  pas  de  si  bonne  heure.  (P.) 

Le  grain  vaut  dans  l'année  autant  de  francs  le 
demeau  que  la  caille  répète  son  chant  de  fois. 
Quand  elle  chante  pendant  la  fenaison,  c'est  ce 
que  le  foin  vaudra.  (E.) 

Plus  il  y  a  de  cailles,  moins  le  grain  est  cher. 
(E.) 

Cf.,  pour  les  détails,  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  II, 
p.  156. 

S'il  tonne  au  commencement  de  l'hiver,  c'est 
signe  de  froid.  (P.)  Quand  les  pies  font  leurs  nids 
dans  le  haut  des  arbres,  c'est  un  présage  d'année 
fience  (mouillée).  Lorsqu'elles  nichent  dans  le 
miHeu,  l'année  sera  sèche.  (P.) 

Voici  les  dictons  sur  les  douze  mois  : 


l'année  173 

Janvier  pour  la  neige  ; 

Février  pour  les  glaçons  ; 

Mar'  pour  la  grêle  ; 

Avri'  pour  les  bourgeons; 

Mai  pour  l'herbe  verte; 

Juin  pour  les  fenaisons  ; 

Juillet  pour  les  œufs  éclos; 

Août  pour  les  moissons; 

Septemb'e  pour  les  aquilons; 

Octob'e  pour  les  brouillards; 

Novemb'e  pour  les  grands  russiaux  (ruisseaux); 

Décemb'e  pour  les  frissons.  (E.) 

L'ancien  mythe  des  mois  considérés  comme 
entités  et  personnifiés  par  leurs  attributs  est,  je 
crois,  oublié  en  Haute-Bretagne;  mais,  dans  plu- 
sieurs contes,  il  en  reste  une  trace  effacée. 

Un  conte  inédit  de  ma  collection  met  en  scène 
une  fille  simple  d'esprit  qui,  ayant  entendu  dire  à 
son  maître  :  Tel  morceau  sera  pour  Janvier,  tel 
autre  pour  Février,  etc.,  les  donne  à  un  adroit 
voleur  qui  se  déguise  chaque  jour  et  prend  un 
nom  de  mois  diftérent. 

Dans  Janvier  et  Février,  2^  série,  no  xlvi,  le 
premier  est  laboureur  et  Février  tailleur;  ils  cour- 
tisent la  même  fille,  qui,  indécise  entre  les  deux, 
va  chez  eux  sous  un  déguisement.  C'est  Janvier 
qui  a  la  préférence,  parce  que,  chez  lui,  il  y  a  bon 
feu  et  que  tout  y  est  en  ordre. 


174      ^E   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

Dans  un  autre  conte  inédit,  trois  mois  :  Jan- 
vier, Février  et  Mars,  vont  voir  une  jeune  fille  ; 
les  deux  derniers  sont  l'un  tailleur  et  l'autre  per- 
ruquier, et  vantent  leur  richesse  ;  Janvier,  qui  est 
laboureur,  ne  se  vante  pas  tant  et  se  chauffe  dans 
le  coin  du  foyer.  La  mère  de  la  jeune  fille  prend 
des  vêtements  rapiécés,  et  va  chez  Mars  ;  il  était 
pauvre  comme  Job  ;  Février  n'avait  ni  pain  dans 
sa  huche  ni  feu  dans  son  foyer;  mais,  quand  elle 
arriva  chez  Janvier,  elle  vit  une  maison  bien  en 
ordre,  avec  un  gros  chien  à  la  porte.  Janvier  était 
dans  le  coin  de  son  foyer,  assis  sur  un  banc,  et, 
du  plus  loin  qu'il  aperçoit  la  vieille,  il  lui  crie  : 
«  Venez  vous  chauffer,  bonne  femme,  il  fait  bien 
froid  dehors.  »  C'est  lui  qui  a  la  fille. 


§   II.    —   LE    CALENDRIER 

Sous  ce  titre,  j'ai  rangé  les  fêtes  des  saints  qui 
ont  lieu  à  jour  fixe;  parmi  eux  figurent  ceux  qui, 
étant  nés  en  Bretagne  ou  y  ayant  séjourné,  sont 
considérés  par  le  clergé  et  par  le  peuple  comme 
des  saints  nationaux  ;  plusieurs  ont  donné  leur 
nom  à  des  communes,  possèdent  des  chapelles 


l'année  17$ 

sous  leur  invocation,  ou  ^ont  l'objet  d'un  culte 
pour  la  guérison  des  infirmités.  A  côté  de  ces 
bienheureux  indigènes  sont  d'autres  saints  égale- 
ment connus,  auxquels  se  rattachent  des  particu- 
larités analogues.  Ce  n'est  point  un  calendrier 
extrait  des  propres  des  diocèses  de  la  Bretagne 
française;  si  certains  bienheureux  ou  certaines 
fêtes  figurent  ici,  c'est  uniquement  à  cause  de  leur 
popularité,  des  détails  de  mœurs,  de  culte  ou  de 
superstition  que  le  peuple  y  rattache.  A  près  de  la 
moitié  des  jours  de  l'année,  je  n'ai  point  mis  le 
saint  que  lui  attribuent  les  calendriers  ecclésias- 
tiques, parce  que,  à  ma  connaissance  du  moins, 
les  saints  ne  présentaient  aucune  particularité. 

Au  commencement  de  chaque  mois,  et  à  sa 
date  s'il  y  a  lieu,  j'ai  mentionné  les  proverbes, 
dictons  et  superstitions  qui  s'y  rattachent. 


Janvier  le  frileux. 

Le  bonhomme  Janvier  disait  :  «  V'ià  la  pitié, 
v'ià  Janvier  qu'arrive,  qui  vous  fra  chier  dans 
vot'  fouyer,  sapré  bonne  femme.  »  Feuvrier  di- 
sait :  «  Et  ma  (moi)  dans  le  râtelier,  et  j'emplc- 
nis  mes  feussés,  et  Mar'  qui  les  essarde  (es- 
suie). »  (E.) 

Qiiand  on  met  du  fumier  dehors  en  janvier. 


176      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


on  met  une  pièce  de  bête  hors  de  son  étable, 
c'est-à-dire  qu'il  en  crève  une.  (P.)  Voir,  pour  le 
dicton  contraire,  le  mois  d'août. 

Neige  de  Janvier 
Vaut  du  fumier.  (E.) 

i^r.  Étrennes.  —  Il  est  d'usage  d'aller  souhai- 
ter la  bonne  année.  La  personne  qui  entre  em- 
brasse chacun  de  ceux  qui  se  trouvent  à  la  mai- 
son et  dit  :  «  Une  bonne  année  je  vous  souhaite 
et  le  Paradis  à  la  fin  de  nos  jours.  »  (E.,  M.)  On 
ajoute  parfois  à  cette  formule  :  «  Quand  j'arons 
véqui  (vécu)  assez.  » 

—  Je  vous  souhaite  une  bonne  année,  accom- 
pagnée de  plusieurs  autres,  et  le  Paradis  à  la  fui 
de  vos  jours,  (E.)  Ou  :  —  Je  vous  souhaite  une 
bonne  année,  une  bonne  santé,  accompagnée  de 
plusieurs  autres.  (E.) 

On  dit  en  plaisanterie  : 

Je  vous  souhaite  bonne  année, 

Et  la  foire  toute  l'année, 

Et  la  santé  des  bouyaux 

Jusqu'au  dimanche  des  Ramiaux.  (E.) 

La  personne  embrassée  répond  :  «  Et  à  vous 
pareillement.  » 

A  la  campagne,  la  procession  des  souhaiteurs 
dure  toute  la  journée  ;  jadis,  les  enfants,  —  sauf 


l'année  177 

ceux  des  personnes  riches,  —  allaient  dans  presque 
toutes  les  maisons,  et  ils  disaient  : 

J'vous  souhaite  une  bonne  année  couleur  de  rose, 
Fouillez  dans  vot'  poche  et  me  donnez  qué'qu'  chose. 

3.  Sainte  Geneviève  (Genevieuve).  —  Beau- 
coup de  paysans  croient  que  cette  sainte  est  non 
la  patronne  de  Paris,  mais  Geneviève  de  Brabant, 
dont  l'imagerie  et  le  colportage  ont  popularisé  la 
légende. 

6.  Epiphanie  ou  Jour  des  Rois.  —  A  Dinan, 
le  jour  des  Rois,  des  jeunes  gens  vont  réciter  la 
Vie  d'Hérode  (en  vers)  ;  il  y  a  un  imwcent  qui  re- 
présente les  enfants  juifs,  et  on  fait  mine  de  lui 
couper  le  cou  avec  un  sabre  de  bois.  Cet  usage 
tombe  en  désuétude.  Je  n'ai  pu  m'en  procurer  le 
texte.  Au  siècle  dernier,  J.-B.  Huart  imprimait  à 
Dinan  :  «  La  Vie  et  l'adoration  des  trois  rois,  qui 
se  joue  par  personnages,  et  le  Massacre  des  Inno- 
cents, qui  se  joue  par  personnages,  »  pet.  in-12 
de  28  pages,  1751. 

Cf.,  sur  ce  livret  et  quelques  autres  analogues,  Paul  Sébillot, 
De  quelques  Inres  populaires  imprimés  à  Dinan  {Revue  de  Bretagne 
et  de  Vendée,  sept.  1884). 

C'est  le  jour  de  l'Epiphanie,  ou,  quand  la  fête 
tombe  un  jour  non  férié,  le  dimanche  qui  le  suit, 
que  les  jeunes  gens  vont  se  faire  pren're  ou  pen're, 
c'est-à-dire  qu'ils  vont  voir  les  filles  pour  savoir 

12 


lyS      LE   CALENDRIER,   LES  TRAVAUX  ET  USAGES 

s'ils  doivent  sérieusement  leur  faire  la  cour.  Ce 
jour-là,  la  maison  est  remplie  de  galants;  mais  ils 
ne  viennent  pas  de  bonne  heure,  parce  que  cha- 
cun espère  arriver  le  douzième;  c'est,  en  effet, 
celui  qui  entre  le  douzième  à  la  maison  qui  est 
sûr  d'épouser  la  fille. 

Cf.,  sur  cet  usage,  la  page  90  du  présent  volume. 

17.  Saint  Antoine,  patron  des  cochons. 

Tu  vas  de  porte  en  porte 
Comme  le  pourcc  (porc)  de  saint  Antoine.  (P.) 

Une  chapelle  dédiée  à  ce  saint,  en  Musillac,  est 
un  but  de  pèlerinage.  En  la  commune  de  Saint- 
Melaine  (Ille-et-Vilaine),  ont  lieu  autour  d'une 
chapelle  dédiée  à  saint  Antoine  une  foire  et  une 
assemblée  très  fréquentées. 

(Orain,  p.  28S.) 

Sur  saint  Antoine  et  son  cochon,  cf.  mes  Petites  légendes  chrc- 
i'unves,  dans  la  Revue  de  l'histoire  des  religions,  1S85,  p.  61-62. 

23.  Sainte  É:.iÉp  AN  TIENNE. 

Sainte  Émérance, 
Qui  guérit  du  mal  de  ventre. 

A  la  chapelle  de  Saint-René-en-Évran  est  une 
statue  de  sainte  Emérance  devant  laquelle  on 
allait  dire  des  prières  pour  guérir  les  enfants  du 
mal  de  ventre.  Il  y  en  a  une  autre  au  Quicu  qui 
a  la  même  vertu. 


L ANNÉE  179 

25.  Conversion  de  saint  Paul.  —  CeuK  qui 
naissent  ce  jour-là  «  pansent  du  v'iin  »,  c'est-à- 
dire  guérissent  les  personnes  mordues  par  les 
reptiles,  et  peuvent  les  toucher  sans  en  être  mor- 
dus. (E.) 

29.  Saint  Gildas  donne  son  nom  à  deux 
communes.  A  Saint-Gildas-des-Bois,  pèlerinage 
pour  la  guérison  de  la  folie. 

Février  (Feuvérier,  Fuvrier). 

Février  le  plus  court, 
Le  pire  de  tous.  (D.) 

Le  mois  de  février 
Fait  chier  la  veille  (vieille)  au  fouyer.  (E.) 

—  Feuvrier  emplit  les  foussés  (fossés)  et  Mar' 
les  essarde  (essuie).  (E.) 

Plée  en  feuvrier 
Vaut  du  fumier. 

On  appelle  février  le  mois  des  amoureux  :  au 
temps  jadis,  Février  alla  faire  la  cour  aux  filles, 
et  il  perdit  deux  jours.  (P.) 

Cf.,  sur  la  personnification  des  mois,  les  pages  173  et  174  du 
présent  livre. 

2.  La  Chandeleur.  —  On  bénit  des  cierges, 
qu'on  allume  quand  il  fait  de  l'orage,  quand  il  y 
a  un  malade,  etc. 


l8o      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


Même  croyance  en  Franche-Comté  (cf.  Mél.,  col.  346)  et  en 
beaucoup  d'autres  pays. 

Si  on  mène  les  vaches  dans  les  prés  après  la 
Chandeleur,  il  n'est  point  de  fain  (foin).  (E.)  Il 
est  d'ailleurs  spécifié  dans  les  baux  à  ferme  que 
les  bestiaux  ne  pourront  aller  dans  les  prairies 
après  le  2  février. 

Quand  la  Chandeleur  est  claire, 
L'hiver  est  en  arrière  ; 
Quand  elle  est  trouble. 
L'hiver  est  dans  la  douve.  (D.) 

Les  mariages  de  la  Chandeleur  n'ont  pas  de 
chance.  (E.,  P.) 

5.  Sainte  Agathe.  —  C'est  le  jour  où  l'on 
sème  les  fèves,  ou  du  jour  Saint-Claude  au  jour 
Sainte-Agathe.  (E.) 

En  Picardie,  ce  sont  les  pois  qu'on  sème  à  cette  époque  (cf. 
Mél.,  col.  72). 

La  chapelle  de  Sainte-Agathe  en  Langon  est 
un  but  de  pèlerinage  où  se  rendent  surtout  les 
nourrices  atteintes  de  maladies  au  sein,  pour  les- 
quelles elles  invoquent  la  sainte,  qui,  suivant  la 
légende,  eut  les  mamelles  coupées  et  fut  miracu- 
leusement guérie. 

(Joanne,  Bretagne,  p.  462.) 

9.  Sainte  Apolline,  invoquée  contre  le  mal 
de  dents.  Il  y  a  une  chapelle  de  ce  nom  à  Triga- 


l'année  1 8 1 

vou;  la  graine  Je  jusquiame,  connue  sous  le  nom 
d'herbe  de  sainte  Apolline,  fait  passer  les  maux 
do  dents. 

II.  Saint  Didier.  —  Une  commune  de  l'Ille- 
et- Vilaine  porte  le  nom  de  cet  évêque  de  Rennes 
au  VII^  siècle,  «  L'emplacement  de  son  oratoire 
se  voit  encore  au  milieu  des  bois,  et  l'on  s'y 
rend  chaque  année  à  la  chapelle  de  Notre-Dame- 
de-la-Pénière ,  pour  obtenir  la  guérison  de  la 
licvre.  )> 

(Orain,  p.  287.) 
14. 

Mi-feuvrier, 
Jour  entier. 

22.  Saint  Pierre  d'Antioche.  C'est  le  jour 
de  la  montée  du  dard,  qui  va  au  rebours  de  l'eau 
pour  frayer.  (E.) 

Mar'  le  hâleux. 

Le  mois  de  mars,  consacré  à  saint  Joseph,  est 
appelé  le  mois  des  cocus.  (P.,  E.,  M.) 

Ceux  qui  sont  du  mois  de  mars  sont  entêtés  et 
rabâtous,  c'est-à-dire  radoteurs  et  grognons.  (P.) 

Mar*  o  (avec)  ses  martiaux, 
Avri'  do  ses  coutiaux.  (M.,  E.) 


l82      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Mar'  tue, 

Avri'  qu'écorclie 

Et  Ma'  qu'emporte.  (D.) 

Queu  mar' 

Queul  aô  (août).  (P.) 

Quel  mar' 

Quelle  batte  (temps  pour  la  moisson).  (P.) 

Blé  en  mar'. 
Gelée  en  mai. 
Amènent  le  blé  au  balai.  (P.) 

Mar'  se  (sec), 
Avri'  cru  (mouillé), 
Mai  chaoud 
Amènent  le  blé  au  mas  d'aoû.  (P.) 

Il  ne  faut  pas  aller  regarder  son  grain  dans  les 
champs  avant  le  premier  dimanche  de  mars,  car 
il  serait  exposé  à  ne  pas  pousser. 

Autant  de  hcrouées  (bruines)  en  mars, 
Autant  de  gelées  en  mai.  (E.) 

Les  mêmes  jours. 

5 .  Saint  Jacut.  —  Trois  communes  portent 
le  nom  de  ce  saint  :  Saint-Jacut  (Morbihan)  Saint- 
Jacut-du-Mené,  Saint-Jacut-de-k-Mer  (Côtes-du- 
Nôrd);  les  habitants  de  cette  commune,  connus 
sous  le  nom  de  Jaguens,  sont  les  héros  d'histoires 
cocasses. 

l'ai  publié  sur  les  Jagueus  une  trentaine  de  contes  (Conics po- 


l'année  183 


piilaires,  i'«  série,  n°'  xxxvii,  xxxviii,  xxxix;  Llitcralure  orale  ih 
la  HatiU-Brelarne,'Tp.  253  ;  Contes  des  marins,  no'  xxxi-xxxix  ; 
Gargantua,  dans  les  Traditions  populaires,  p.  31,  71,  89;  les 
Joyeuses  histoires  des  Jaguens,  collection  de  1 1  contes,  dans  Méhi- 
siue,  t.  II,  col.  464-475). 

19.  Saint]  Joseph.  —  C'est  le  jour  de  la  fête 
de  ce  saint  que  les  oiseaux  des  champs  se  ma- 
rient. (E.) 

21. 

S'il  fait  beau  temps, 

Quand  mar'  a  vingt  iuucs  nés  (nuits), 

Prenez  garde  es  vênés, 

Notre-Dame  arrive, 

Qui  les  rejette  o'  1'  pied.  (P.) 

Il  ne  faut  pas  aller  chercher  de  l'eau  après  la 
nuit  close,  car  elle  serait  vcnimouse.  Les  vênés  sont 
les  jours  depuis  le  21  jusqu'au  jour  Notre-Dame. 
(P.) 

25.  Annonciation.  —  Si  les  grenouilles  chan- 
tent avant  le  25  mars,  elles  retardent  leur  chant 
d'autant  de  jours  qu'elles  l'ont  avancé. 


Avril. 

Mar'  o  SCS  martiaux, 
Avri'  do  ses  coutiaux.  (M.,  E.) 
Avri'  do  ses  coutiaoux, 
Écorche  vache  et  viaoux.  (H.) 


lS4      LE   CALENDRIER,   LES  TRAVAUX   ET   USAGES 


Fret  avri', 
Chaud  maï 
Amènent  le  blé  au  balaï.  (P.) 

Avril  frais,  mai  chaud, 
Emplit  le  grenier  jusqu'au  haut. 

En  avri'. 
Tout  oisé  fait  son  nid. 
Excepté  la  caille  et  la  perdri'.  (P.) 

Avri' 
Ne  s'en  va  pas  sans  épi.  (P.) 

Mar'  tue, 
Avri'  qu'écorche 
Et  ma'  (mai)  qui  l'emporte.  (P.) 

N'y  a  si  genti'  avri' 

Qui  n'ait  son  chape  d'grési'.  (P.) 

i^"".  —  Le  ler  avril,  il  est  d'usage  d'attraper  les 
gens,  et,  quand  la  farce  a  réussi,  on  crie  à  la 
dupe  :  «  Poisson  d'avril!  Poisson  d'avril!  »  On 
envoie  les  enfants  et  les  naïfs  demander  chez  les 
voisins  un  objet  impossible,  comme  par  exemple 
la  corde  à  tourner  le  vent,  ou  la  pierre  à  faire 
couler  la  courée  (chorée)  des  cochons.  Si  celui 
qu'on  a  essayé  de  tromper  a  été  pris,  lorsqu'il 
revient,  on  court  au-devant  de  lui  avec  une  poêle 
à  frire,  on  dit  qu'on  va  fricasser  le  poisson  et 
l'on  fait  mine  de  le  mettre  dans  la  poêle.  (P.) 

Il  faut  planter  les  pommes  de  terre  le  premier 
jour  du  croissant  d'avril  ou  de  mai. 


L*  ANNÉE  I8S 

15- 

A  la  mi-avri', 

Le  blé  est  en  épi.  (E.) 

Si,  après  la  mi-avril,  on  mange  des  pommes 
Je  terre,  elles  germent  dans  le  ventre.  (P.) 

2?.  Saint  Georges.  —  Plusieurs  communes 
portent  le  nom  de  ce  saint.  Il  guérit  le  mal  qui 
porte  son  nom  et  qui  consiste  en  des  pourritures 
sur  la  figure.  On  se  lave  à  l'eau  de  sa  fontaine.  (P.) 

S'il  pleut  le  jour  Saint-Georges,  il  n'y  a  pas  de 
fruits  à  coques,  c'est-à-dire  à  noyaux.  (E.)  Quand 
il  pleut  le  jour  Saint-Georges,  il  n'est  point  de 
fricot.  (E.)  Le  jour  Saint-Georges,  si  on  foit  des 
citrouilles,  i'  viennent  greusses  (grosses)  comme 
des  ragoles  ou  chênes  d'émonde.  (E.) 

Le  jour  Saint-George, 

Il  faut  faire  de  l'orge.  (E.) 

25.  Saint  Marc.  —  On  fait,  en  lUe-et-Vilaine, 
une  procession  pour  faire  crever  les  langonsses  ou 
langoutes,  sortes  de  mouches  noires  qui,  jadis, 
étaient  grosses  comme  des  têtes  de  cheval  et  qui, 
maintenant,  depuis  qu'on  fait  la  procession,  sont 
devenues  toutes  petites.  (E.) 

La  même  procession  a  lieu  en  Nivernais  pour  le  même  motif. 

A  la  Saint-George, 
Bonhomme  sème  l'orge; 


l86      LE   CALENDRIER,    LES  TRAVAUX   ET   USAGES 


A  la  Saint-Mar*, 
Il  est  trop  tard.  (E.) 

C'est  le  2)  avril  que  les  journaliers  commencent 
à  prendre  leur  déjeûner  de  dix  heures.  (E.) 

A  la  Saint-Mar', 
Le  cocu  (coucou)  est  à  l'épinard  (à  l'épine); 

A  la  mi-avri', 
S'i'  n'est  point  v'nu,  i'  n'  peut  v'ni'.  (P.) 

28.  Saint  Vital.  —  La  commune  de  Saint- 
Viaud  est  dédiée  à  ce  saint  ;  son  nom  en  est  vrai- 
semblalement  une  corruption.  «  Le  rocher  sur 
lequel  s'était  retiré  saint  Viaud,  selon  la  tradition, 
est  connu  dans  le  pays  sous  le  nom  de  la  Pierre 
Cantin.  On  prétend  que  ce  saint  y  a  laissé  l'em- 
preinte de  SQS  pieds,  de  sa  tête  et  de  son  bâton. 
On  y  fait  de  nombreux  pèlerinages.  »  (Ogée.) 


Mai  (Ma,  Maï,  Moue). 

Les  gelées  de  moue 
Emportent  le  robinet.  (P.) 

Les  mariages  de  mai  ne  sont  point  chanceux. 
(M.,  E.) 

Les  filles  qui  tettent  pendant  deux  mois  de  mai 
seront  d'une  complexion  amoureuse.  (P.)  Les 
chats  de  mai  sont  mangés  par  leurs  parents.  Les 


l'année  187 

geais  de  mai  ne  réussissent  point  :  on  dit  qu'ils 
chèyent  du  ma'  cadti'  (M.),  c'est-à-dire  de  l'cpilepsic. 

ler.  Saint  Philippe. 

Quand  il  pleut  le  jour  Saint-Philippe, 
Il  n'est  ni  tonneau  ni  pipe.  (E.) 

C'est  le  ler  mai  que  les  sorciers  peuvent  souti- 
rer le  beurre  et  gâter  le  grain.  (E.) 

Il  en  est  de  même  dans  le  Morbihan  (cf.  Mél.,  t.  I*"",  col.  73). 

En  mai,  il  y  a  des  jours  qu'on  appelle  les  Tré- 
coles  (E.),  les  Tricoles  ou  les  Étricotes  (P.);  ce 
sont  ou  les  trois  premiers  jours  du  mois,  ou  les 
trois  plus  près  du  milieu,  on  les  trois  derniers  du 
mois.  Il  y  a  des  gens  qui  n'ensemencent  pas  ces 
jours-là  :  le  grain  semé  serait  trècoU,  c'est-à-dire 
rabougri  et  bossu;  le  père  de  ma  conteuse  ayant 
semé  du  blé  noir  un  de  ces  jours-là,  son  blé  fut 
trécolé.  On  se  garde  aussi  de  mener  ces  jours-là 
une  vache  au  taureau  ;  le  veau  qui  naîtrait  serait 
tortu  ou  bossu.  (E.)  Dans  les  environs  de  Mon- 
contour,  les  étricotes  sont  seulement  les  trois 
premiers  jours  de  mai. 

Cf.  Romaiiia,  t.  III,  p.  294. 

L'usage  des  mais  subsiste  encore  en  plusieurs 
pays  de  l'IUe-ct-Vilaine  ;  si  on  n'en  met  pas  de- 
vant la  maison  d'une  jeune  fille,  c'est  signe 
qu'elle  n'est  pas  aimée  ou  que  sa  vertu  est  soup- 


l88      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

çonnée.  On  les  appelait  jadis  indifféremment  des 
mais  ou  des  verts.  (E.) 

En  Berry,  on  ne  plante  de  jolis  mais  que  pour  les  honnêtes 
filles.  (Cf.  Laisnel  de  La  Salle,  t.  II,  p.  n  ;  cf.  aussi  sur  les 
mais,  Monnier,  p.  283,  295,  306.) 

Quand  on  plante  les  mais,  il  faut  que  la  per- 
sonne devant  qui  on  les  place  ne  le  sache  pas.  Le 
mai  doit  être  en  épine  blanche,  sans  fleur  ni  bou- 
ton; s'il  y  avait  dedans  des  fleurs,  cela  voudrait 
dire  que  la  fille  n'est  plus  vierge. 

Il  y  a,  au  sujet  des  mais,  une  sorte  de  langage 
des  fleurs  :  le  thym  veut  dire  putain;  les  choux, 
vilaine  vache;  le  cherfcu  (chèvrefeuille),  ma  chère 
fille,  etc.  (E.) 

Vers  Iffiniac  et  Laugueux,  si  on  veut  faire 
affront  à  une  jeune  fille,  on  plante  devant  sa 
porte,  au  lieu  d'un  mai,  un  bonhomme  de  terre 
difforme  et  pétri  grossièrement. 

Jadis,  il  y  avait  des  jeunes  gens  qui  passaient 
la  nuit  du  31  avril  au  i^r  mai  à  aller  chanter  des 
mais;  on  leur  donnait  des  œufs;  voici  une  de 
leurs  chansons  : 

Voici  le  mois  de  Moua, 

Le  mois  que  l'vert  boutonne, 

Et  que  chaque  amant 

Y  va  voir  sa  mignonne. 

En  lui  disant  : 

Ma  mie,  voilà  de  quoi 

A  l'arrivée  du  mois  de  Moua. 


l'axxée  1 89 


Entre  vous,  bonnes  gens. 
Qu'avez  des  boeufs,  des  vaches, 
Lev'ous  de  grand  matin, 
M'nez-lcs  au  pâturage, 
r  vous  donneront 
Du  beurre  aussi  du  lait 
A  Tarrivée  du  mois  Mai. 

Madame  de  ciant, 

Qui  êtes  maîtresse  des  filles, 

Faites-les  se  lever  promptement, 

Qu'ils  s'habillent. 

Nous  leur  passerons 

Des  anneaux  d'or  au  doigt 

A  l'arrivée  du  mois  de  Moua. 

Entre  vous,  bonnes  gens, 

Qu'avez  de  la  poulaille, 

Mettez  la  main  au  nid  ; 

N'apportez  pas  la  paille, 

Apportez  d's  œufs  dix-sept  o  bien  dix-huit, 

Mais  n'apportez  pas  de  pourris. 

Apportez-en  seize  o  bien  dix-sept, 

Mais  n'apportez  pas  de  poulettes. 

Si  vous  donnez  des  œufs. 

Je  prierons  pour  la  poule. 

Je  prierons  l'bienheureux  saint  Nicolas, 

Que  la  poule  mangerait  le  renâ  (renard). 

Si  vous  donnez  d'  l'argent, 

Je  prierons  pour  la  bourse. 

Je  prierons  le  bonhomme  saint  Miche, 

Que  la  bourse  se  remplirait. 


igO      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Si  vous  n'ez  ren  à  nous  donner, 

Donnez-nous  la  sen'ante  ; 

Le  portons  de  panier 

Est  tout  prêt  de  la  prente. 

r  n'en  a  pas,  il  la  voudrait  teni' 

A  la  sortie  du  mois  d'avri'. 

r  n'en  a  pas,  il  en  voudrait  pourtant 

A  l'arrivée  du  doux  printemps. 

(Environs  de  Moncontour.) 

19.  Saint  Yves,  patron  des  avocats,  est  encore 
très  vénéré  en  Haute-Bretagne. 

Lorsque  deux  individus  ont  une  contestation 
pour  une  chose  grave  et  qu'ils  ne  peuvent  se 
mettre  d'accord,  l'un  d'eux  jette  un  sou  par  terre 
devant  l'autre,  pour  l'ajourner  devant  saint  Yves 
de  Vérité.  Celui  qui  a  menti  ou  qui  a  tort  meurt 
dans  l'année.  Cet  ajournement  est  encore  usité 
assez  fréquemment.  (P.) 

«  Dans  quelques  cantons  des  Côtes-du-Nord, 
les  personnes  qui  ont  à  se  plaindre  d'un  débiteur 
font  dire  une  messe  à  saint  Yves.  Par  ce  moyen, 
leur  argent  leur  est,  disent-ils,  rendu  dans  l'an- 
née ou  le  débiteur  meurt.  » 

(Habasque,  t.  1",  p.  88.) 

u  En  l'adjurant  avec  certaines  formxiles,  dans  sa  mystérieuse 
chapelle  de  Saint-Yves-de-Vérité,  contre  un  ennemi  dont  on  est 
victime,  en  lui  disant  :  u  Tu  étais  juste  de  ton  vivant;  montrc- 
«  que  tu  l'es  encore,  »  on  est  sûr  que  l'ennemi  mourra  dans 
l'année.  »  (Renan,  Souvenirs  d'evfance,  dans  la  Revue  des  Deux- 
Mondes,  15  mars  1876,  p.  244.) 


l'année  191 


Juin. 

Juin 
Ne  va  pas  sans  son  grain. 

8.  Saint  Médard.  Plusieurs  communes  portent 
e  nom  de  ce  saint  pluvieux. 

Quand  il  pleut  le  jour  Saint-Médard, 

Il  y  a  des  russes  (navettes  sauvages)  dans  le  blé  noir. 

Le  premier  vendredi  de  juin  se  nomme  le  «  ven- 
Iredi  blanc  »,  et  le  samedi  qui  le  suit  le  «  samedi 
'■iicrnè  (grené)  »,  d'où  le  dicton  suivant  qui  s'ap- 
)lique  au  blé  noir  : 

Faut  semer, 
C'est  vendredi  blanc  et  samedi  guerné. 

La  première  semaine  de  juin  se  nomme  «  la 
.emaine  blanche  ».  (P.) 

II.  Saint  Barnabe.  —  On  plante  les  navets 
le  quarante  jours;  (E.)  mais  il  faut  bien  se  gar- 
ler  de  semer  du  blé  noir  ce  jour-là.  (P.) 

13.  Saint  Antoine  de  Padoue  fait  retrouver 
es  objets  perdus. 

17.  Saint  Hervé  est  représenté  avec  un  loup 
ians  la  chapelle  de  Notrc-Dajne-du-Haut,  près 
vioncontour,  allusion  à  un  épisode  de  sa  légende. 


192      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

21.  Saint  Méen.  —  Une  commune  d'ille-et- 
Vilaine  porte  le  nom  de  ce  saint.  «  Sur  les  bords 
de  la  forêt  de  Broceliande,  dans  le  voisinage  de 
Gael,  saint  Méen  fit  jaillir  du  sein  d'une  terre 
aride  la  source  miraculeuse  encore  aujourd'hui 
vénérée.  Elle  est  d'un  grand  renom  pour  la  gué- 
rison  d'une  lèpre  qui  couvre  la  tête  des  enfants 
au  berceau.  » 

(Baron  Dutaya,  Broceliande,  p.  64.) 

22.  Saint  Aaron  (Èran).  —  Une  commune 
des  Côtes-du-Nord  porte  son  nom  ;  mais  on  évite 
de  donner  ce  nom  à  aucun  enfant,  car  l'on  assure 
qu'il  ne  vivrait  pas. 

24.  Saint  Jean.  —  Dans  plusieurs  cantons, 
c'est  l'époque  où  ont  lieu  les  déménagements; 
C'est  aussi  le  moment  où  les  domestiques  entrent 
en  condition,  ou  quittent  celles  qu'ils  ont. 

Dans  la  Haute-Bretagne,  la  Saint-Jean  est  célé- 
brée par  des  feu.K  de  joie,  qu'on  appelle  rieiix  ou 
raviers.  Cet  usage,  pourtant,  n'est  pas  absolument 
général;  en  Ille-et- Vilaine,  je  connais  des  com- 
munes où  l'on  n'allume  pas  de  feux  de  joie,  bien 
que  le  patron  de  la  paroisse  soit  saint  Jean 
(exemple  :  Ercé-près-LifFré).  Cette  coutume  y  a 
cessé,  il  y  a  quarante  ans  environ. 

Mais  dans  ces  communes,  de  même  que  dans 
nombre  de  pa3^s  de  l'Ille-et-Vilaine  et  des  Côtes- 


l'axnée  193 

clu-Nord,  il  est  d'usage,  la  veille  de  la  fête,  de 
«  tirer  les  chieuves  »,  ou  de  «  tirer  les  joncs  ». 
Voici  comment  on  s'y  prend  :  on  pose  sur  un 
trépied  un  bassin  de  cuivre  dans  le  fond  duquel 
on  met  une  clé,  et  qu'on  arrose  avec  du  vinaigre 
ou  du  cidre  aigri  ;  on  tend  dessus  des  joncs  qu'on 
fait  raidir  comme  les  cordes  d'un  instrument  et 
on  passe  les  mains  sur  ces  joncs  avec  un  mouve- 
ment de  va-et-vient  analogue  à  celui  d'une  per- 
sonne qui  tire  (qui  trait)  les  chèvres.   C'est  de  là 
sans  doute  que  vient  l'expression.  Au  bout  de 
quelque  temps,  la  vibration  se  transmet  du  jonc 
au  bassin  et  produit  un  son  qui  a  quelque  ana- 
logie avec  celui   de  la  vielle,   et  qui,   bien   que 
doux,  s'entend   de   fort  loin.  Ailleurs,    on  «  tire 
les  chieuves  »  quelque  temps  avant  d'allumer  le 
rieu  ou  feu  de  joie.    (D.)   Parfois,  on  tire  les 
chieuves  en  plusieurs   endroits   diiférents   de  la 
même  commune,    et  l'éloignement  produit  des 
différences  de  son  très  agréables. 

L'usage  de  tirer  les  chèvres  existe  en  Basse-Bretagne  (cf.  Sou- 
vcstre,  Derniers  Bretons,  t.  1'='^,  p.  12). 

Souvent,  il  y  a  dans  une  même  commune  plu- 
sieurs feux  de  joie  ;  le  bois  est  fourni  par  les  dons 
volontaires;  c'est  ordinairement  des  glanes  (fa- 
gots) d'ajoncs  ou  de  bruyères.  Celui  qui  se  per- 
mettrait de  détourner  un  de  ces  fagots  commet- 
trait une  grande  faute  ;  d'après  une  des  versions  de 

13 


194      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

V Homme  de  la  lune,  le  fagot  que  celui-ci  porte  est 
un  fagot  volé  à  un  feu  de  joie. 

Le  bois  est  amoncelé  autour  d'une  perche  ;  en 
haut,  il  y  a  un  bouquet,  parfois  une  couronne 
qui  est  attachée  au  haut  de  la  perche  par  plusieurs 
brins  de  jonc.  Il  est  ordinairement  fourni  par  une 
personne  qui  se  nomme  Jean  ou  Jeanne  ;  c'est  tou- 
jours un  Jean  ou  une  Jeanne  qui  allume  le  feu.  A 
ce  moment,  on  crie  en  hoiipant,  et  l'on  répond  des 
collines  voisines  où  se  passe  la  même  cérémonie. 

Pendant  que  le  feu  brûle,  on  danse  des  rondes 
tout  autour  en  chantant;  mais,  à  ma  connais- 
sance, il  n'y  a  pas  de  chanson  spéciale.  Quand  il 
ne  reste  plus  que  des  tisons,  on  s'amuse  à  sauter 
par-dessus  le  feu.  Je  n'ai  jamais  ouï  dire  qu'on 
menât  les  bestiaux  par-dessus  le  brasier.  (D.) 

Les  feux  de  la  Saint-Jean  existent  dans  la  plupart  des  provinces 
de  France.  (Cf.  Monnicr,  p.  208  ;  dans  la  Beauce,  cf.  Morin,  p.  27.) 

Quand  on  va  aux  feux  de  la  Saint-Jean  et  de 
la  Saint-Pierre,  on  en  rapporte  des  tisons,  et, 
quand  il  tonne,  on  leur  dit  : 

Tisons  de  Saint-Jean  et  de  Saint-Pierre, 
Garde-nous  du  tonnerre, 
Petit  tison. 
Tu  seras  orné  de  pavillon.  (S.-C.) 

La  croyance  à  la  vertu  protectrice  des  tisons  de  la  Saint-Jean 
est  très  répandue  en  France.  (Cf.  Guerrj',  Usages  duPoitou,  p.  43 1  ; 
Morin,  p.  27  ;  Souvestre,  Derniers  Bretons,  p.  12.) 


l'année  195 

On  jette  aussi  des  tisons  de  ]a  Saint- Jean  dans 
les  puits  pour  rendre  l'eau  meilleure. 

Voici  une  explication  de  l'origine  des  feux  de 
la  Saint-Jean.  Au  temps  où  saint  Jean  était  pâ- 
tour,  il  allumait  pendant  la  nuit  des  feux  pour 
préserver  son  troupeau  des  loups.  (P.) 

Le  jour  Saint- Jean, 
S'il  pleut,  la  pluie 
Fait  la  noisette  pourrie.  (E.) 

—  A  la  Saint-Jean, 
Cocu,  va-t'en. 
—  Donnez-moi  cinq  jours  d'agîer  (de  plus), 
A  la  Saint- Jean  je  m'en  irai.  (P.) 

A  la  Saint- Jean, 
Qui  voit  une  pomme  en  voit  cent. 
A  la  Saint- Jean, 
Le  cavalier  voit  les  pommes  en  courant. 

La  fleur  de  sureau  se  cueille  la  veille  de  la 
Saint-Jean.  (P.) 

Les  poulets  mis  à  couver  le  jour  de  la  Saint- 
Jean  sont  plus  beaux  que  les  autres,  et  ils  pro- 
fitent mieux.  (E.) 

26.  Saint  David.  —  Dans  la  fontaine  de  Saint- 
David  en  Landébia,  près  Plancoët,  on  plonge  les 
jeunes  enfants  pour  leur  donner  des  forces. 

29.  Saint  Pierre  et  saint  Paul.  —  Dans  les 
pays  dont  le  patron  est  saint  Pierre,  il  y  a  un  feu 


196      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

de  joie  qui  remplace  celui  de  la  Saint-Jean;  il  y  a 
toutefois  des  communes  où  les  deux  feux  ont  lieu 
chacun  à  son  jour.  En  lUe-et- Vilaine,  c'est  le  jour 
Saint-Pierre  qu'a  lieu  la  foire  aux  domestiques. 


Juillet  (Juilé). 

Juilé 
Ne  s'eu  va  pas  sans  son  tourte.  (P.) 

(C'est-à-dire  sans  son  grain  mûr.) 

ler.  Saint  Lunaire.  —  Il  y  a  une  commune 
de  ce  nom.  En  passant  au  Décollé,  pointe  dange- 
reuse entre  Saint-Lunaire  et  Saint-Briac,  les  ma- 
rins disent  : 

Saint  Lunaire, 
Préservez-nous  du  naufrage  en  mer.  (S.-C) 

La  fontaine  de  Saint-Lunaire,  au  bourg  du 
même  nom,  est  aussi  un  lieu  de  pèlerinage  pour 
la  guérison  des  maux  d'yeux.  «  Les  pèlerins  qui 
viennent  à  Saint-Lormel,  près  Plancoët,  invoquer 
saint  Lemaire  pour  la  guérison  des  yeux  se  lavent 
la- partie  malade  avec  l'eau  d'un  puits  placé  sous 
la  chaire.  »  (Ogée,  art.  Saint-Lormel.)  Au  Quiou, 
canton  d'Evran,  saint  Lunaire  est  aussi  invoqué 
contre  les  maux  d'yeux.  La  spéciahté  de  ce  saint 


L ANNEE  197 

vient  vraisemblablement  d'un  calembours;  entre 
Lunaire  et  Lunette. 

13.  Saint  Thuriau  ou  Thuriol.  —  Il  y  a  une 
commune  de  ce  nom. 

A  la  Saint-Thuriau, 

Sème  tes  naveaux  (navets).  (P.) 

14.  Saint  Bonaventure,  fête  des  tessiers  ou 
tisserands. 

20.  Sainte  Marguerite  est  invoquée  par  les 
femmes  en  couches.  Elle  préserve  les  enfants  de 
la  piqûre  des  v'iins  (serpents).  (D.)  On  l'invoque 
aussi  pour  faire  dormir  les  enfaitits. 

22.  Sainte  Madeleine. 

A  la  Madeleine, 

La  faucille  à  l'aveine. 

26.  Sainte  Anne. 

A  la  Sainte-Anne, 
Faut  faire  des  naviaux  ; 
r  viennent  gros  comme  on  les  demande.  (E.) 

On  va  en  procession  à  la  fontaine  Sainte-Anne, 
près  Gevezé  (Ille-et-Vilaine),  pour  avoir  de  la 
pluie,  et  on  plonge  dans  l'eau  le  pied  de  la  croix. 
(Communiqué  par  M.  Bézier.) 

Jadis,  ou  faisait  la  même  chose  à  la  fontaine  Saint-Martin,  prés 
Niort,    et    à    la    fontaine   de   Saint-Grés-en-Champ-Saint-Père 


198      LE   CALENDRIER,  LES  TRAVAUX   ET  USAGES 


(Vendée),  près  de  laquelle  s'élevait  jadis  un  menhir  (Desaivre, 
Cro-jances,  p.  7);  en  Eure-et-Loir,  en  1870,  une  procession 
plongea  les  croix  dans  k.  fontaine  de  Champrond.  (Cf.  A. -S.  Mo- 
rin,  p.  99.) 

Si  les  abeilles  essaiment  le  jour  Sainte- Anne,  il 
y  a  un  cierge  dans  le  milieu  des  ruches.  C'est  la 
ruche  du  roi.  Si  elles  cssament  un  jour  consacré  à 
la  Vierge,  les  railes  sont  en  croix,  et  c'est  la 
ruche  de  la  reine.  Si  on  les  fait  périr,  les  autres 
périssent  aussi.  (E.) 

Le  jour  Sainte- Anne  est  un  jour  peu  chanceux; 
il  ne  faut  ni  charruer  ni  grimper  dans  les  arbres  ; 
car  on  serait  exposé  à  des  malheurs.  (E.) 

Outre  le  pèlerinage  de  Sainte-Anne-d'Auray, 
il  y  a  à  Sainte-Anne-du-Rocher,  près  Dinan,  un 
autre  pèlerinage  assez  fréquenté. 

A  Pommeret,  on  fait  ce  jour-là  une  procession 
de  filles  ou  de  femmes;  on  prétend  que  les  filles 
y  disent,  en  guise  de  litanie  : 

Sainte-Anne  des  Ponts-Garniers,  dites-nous, 
Y  ara-t-i'  des  hommes  pour  tous  ? 

Ce  à  quoi  répond  une  bonne  femme  trois  fois 
veuve  : 

Pour  mé,  j'en  ai  vu  trée, 
Ma  part  en  est  lichée.  (P.) 

31.  Saint  Loup.  —  Il  guérit  du  mal  saint- 
Loup,  c'est-à-dire  de  la  peur. 


l'année  199 


Saint-Germain.  —  Il  y  a  en  Haute-Bretagne 
cinq  communes  de  ce  nom.  A  la  fontaine  de 
Saint-Germain-de-la-Mer,  on  porte  les  enfants 
qu'on  plonge  dans  la  fontaine  qui  lui  est  dédiée. 


Août  (Au,  Ahout). 

Queu  mar', 

Queul  aô  (août).  (P.) 

Si  le  mois  d'août  est  beau,  c'est  signe  que  le 
prochain  hiver  sera  bon.  (E.) 

Les  enfants  nés  dans  ce  mois  sont  rabatoux, 
querellous  et  chicanous,  (P.)  Si  on  se  marie  en 
août,  on  a  des  enfants  paresseux.  (D.) 

Quand  on  met  du  fumier  hors  de  son  étable 
en  août,  on  met  une  pièce  de  bête  de  plus  dans 
son  étable.  (P.) 

2.  Saint  Uniac.  —  A  peu  de  distance  du 
bourg  de  ce  nom  est  une  fontaine  qui  porte  le 
nom  de  fontaine  Saint-Uniac,  ou  de  fontaine  aux 
Galeux.  L'eau  en  est  excellente,  et  on  y  va  en  pè- 
lerinage. 

5.  Notre-Dame  des  Neiges.  —  S'il  n'y  a  pas 
de  nuages  au  ciel  le  jour  Notre-Dame  des  Neiges, 
il  n'y  aura  pas  de  neige  l'hiver  qui  vient  et  il  sera 
doux  (E.)  ;  s'il  s'élève  du  vent  et  que  le  ciel  soit 


200      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

nuageux,  le  prix  du  grain  monte  d'autant  plus 
que  le  ciel  aura  été  couvert  ou  le  vent  fort.  (E.) 

6.  La  Transfiguration.  —  S'il  vente  bien 
dur  le  jour  de  la  Transfiguration,  le  grain  sera 
cher;  s'il  vente  doux,  c'est  signe  qu'il  sera  bon 
marché.  (E.) 

10.  Saint  Laurent.  —  On  dit  à  celui  qui  a 
pris  votre  chaise  : 

Donne-moi  ma  place. 

—  A  la  Saint-Laurent, 

Qui  quitte  sa  place  la  reprend. 

Le  jour  Saint-Laurent,  il  fait  très  chaud,  et 
l'on  peut  se  risquer  à  quitter  sa  place  sans  crainte 
de  la  perdre.   (V.   Saint-Hubert.) 

A  la  Saint-Laurent, 
Faut  mett'e  les  petits  viaux  blancs  (veaux  de  l'année) 
En  champ.  (E.) 

Après  la  Saint-Laurent,  les  abeilles  n'essaiment 
plus.  (E.) 

15.  Assomption  ou  Fête  Notre-Dame.  — 
Quand  il  pleut  le  jour  Notre-Dame,  il  pleut  jus- 
qu'au 8  septembre,  autre  fête  de  la  Vierge  :  — 
Comme  o  'prend  le  temps  (Notre-Dame),  o  le 
laisse.  (P.) 

16.  Saint  Roch  guérit  de  la  chîasse  (dyssente- 


l'année  201 


rie)  ;  au  pèlerinage,  on  fait  dire  des  messes  et  on 
fait  des  offrandes. 

17.  Saint  Armel.  —  «  On  rencontre  à  la  sor- 
tie du  bourg  de  Loutehel  une  fontaine  vénérée, 
Paris-le-Pays,  et  ornée  d'une  statue  de  saint  Ar- 
mel.  « 

(Orain,  p.  407.) 

Commune  de  Saint-Armel,  canton  de  Cliâ- 
teaugiron,  il  y  a  non  loin  du  bourg  une  fontaine 
que  saint  Armel,  dit  la  tradition,  fit  jaillir  de  terre 
en  une  année  de  sécheresse.  Une  statue  du  saint 
est  placée  dans  le  mur  de  cette  fontaine.  Du 
16  août  au  8  septembre,  on  y  va  en  pèlerinage 
par  un  mauvais  chemin  qu'on  appelle  le  Chemin- 
Pavé. 

«  A  Radenac  (Morbihan  français)  est  la  fontaine 
de  Saint-Armel  ;  on  y  porte  les  enfants  qui  com- 
mencent à  marcher,  afin  que,  par  la  vertu  de  ses 
eaux,  ils  obtiennent  de  se  tenir  solidement  de- 
bout. « 

(Ogée,  art.  Radenac.') 

22.  Saint  Symphorien.  —  Saint  Symphorien 
préserve  les  moustrons  gares  (pinsons)  de  la  foire. 

Il  y  a  une  commune  de  ce  nom. 

«  A  Gael,  une  fontaine  merveilleuse,  dite  de 
Saint-Symphorien,  a,  dit-on,  le  privilège  de  gué- 
rir de  la  rage.  » 

(Orain,  p.  407.) 


202      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


24.  Saint  Barthélémy. 

La  plée  d'où 

Donne  miel  et  moû  (mouton); 

A  la  Saint-Barthélémy, 

I'  n'en  faut  fite  (plus).  (P.) 

La  pluie  d'août  fait  fleurir  les  blés  noirs,  qui 
grainent  bien  et  dont  les  abeilles  sucent  les  fleurs. 

30.  Saint  Fiacre.  —  A  la  Saint-Fiacre,  les 
jardiniers  font  un  bouquet  composé  de  carottes, 
de  choux,  d'oignons  et  àe  porée.  (E.) 

A  Guenroc,  il  y  a  un  Saint-Fiacre  qui  guérit 
de  la  colique. 


Septembre  le  battoux. 

jer.  Saint  Gilles  guérit  du  mal  qui  porte  son 
nom,  la  peur.  A  Saint-Gilles-du-Mené,  on  con- 
duit les  enfants  pour  les  préserver  de  la  peur.  (P.) 

8.  Sainte  Brigitte  donne  du  lait  aux  nour- 
rices. 

II.  Le  point  où  est  le  vent  le  jour  de  la  foire 
de  Montbran,  il  y  est  les  trois  quarts  de  l'année. 
(M.)  Cette  foire,  qui  se  tient  sur  un  tertre  élevé, 
a  lieu  le  1 1  septembre. 

14.  Le  14  septembre  a  lieu  le  petit  oûté  (été)  ; 
on  croit,  à  Médréac,  qu'il  fait  toujours  beau  ce 


l'année  203 

jour-là.  A  Saint-Cast,  un  autre  été  qui  a  lieu 
vers  cette  époque  s'appelle  VOcraquelin,  nom 
dont  le  sens  m'échappe. 

15- 

A  la  mi-septemb'e, 
Le  jou'  et  la  net  vont  ensemb'e.  (P.) 

17.  Saint  Lambert  est  invoqué  pour  la  santé 
des  cochons.  (P.) 

20.  Saint  Eustache. 

Saint  Eustache 
Qui  de  tous  maux  détache. 

«  La  chapelle  de  Saint-Eustache  en  Teillay 
réunit  un  nombreux  concours  de  pèlerins  aux 
fêtes  de  la  Saint-Jean  et  de  la  Pentecôte.  » 

(Goudé,  Lég.  du  pays  de  Châteaiilriant ,  p.  57.) 

29.  Saint  Michel.  —  Plusieurs  communes 
portent  le  nom  de  ce  saint.  Le  jour  Saint-Michel 
est  le  terme  de  paiement  pour  une  grande  partie 
des  fermes  dans  les  Côtes-du-Nord. 

Tous  dehors,  la  Saint-Michel  est  venue.  (P.,  D.) 

On  dit  cela  aux  enfants  pour  les  faire  sortir, 

puis  on  ferme  la  porte  sur  eux,  ou  aux  hommes 

pour  leur  dire  qu'il  est  temps  d'aller  à  l'ouvrage. 

30.  Saint  Jérôme. 

Le  lendemain  est  Saint-Jérorae, 
Faut  de  l'argent  à  l'homme.  (P.) 


204      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


Octobre. 

ler.  Saint  Suliac.  —  Une  commune  de  l'Ille- 
et-Vilaine  porte  le  nom  de  ce  saint,  auquel  on 
fait  des  neuvaines  pour  les  fièvres.  Il  préserve 
aussi  les  animaux  des  épizooties. 

Sur  la  légende  de  Saint-Suliac,  cf.  M''"'^  de  Cerny,  Saint-Sti- 
liac  et  ses  légendes,  p.  13. 

3.  Sainte  Blanche  guérit  du  mal  blanc,  sorte 
de  pourriture  aux  doigts.  Il  y  a  à  Saint-Cast  une 
chapelle  en  ruine  dédiée  à  sainte  Blanche  ;  on  y 
vient  en  pèlerinage  d'assez  loin.  Cette  sainte 
Blanche  est  l'héroïne  de  légendes  que  j'ai  rappor- 
tées dans  mes  Petites  légendes  chrétiennes,  publiées 
dans    la   Revue  de   l'histoire  des  religions,    1885, 

P-  51-53- 

9.  Saint  Denis.  —  A  la  Saint-Denis,  là  où  lè- 
vent se  couche  le  soir,  les  trois  quarts  de  l'année 
il  est.  (E.) 

A  la  Saint-Denis, 
Tout  soitier  s'allie  ; 
A  la  Saint-Simon  (28), 
Faut  mett'  en  limon. 

On  appelle  soitiers  les  petits  cultivateurs  qui 
s'associent  plusieurs  ensemble  pour  les  labours. 


l'année  20$ 


A  la  Saint-Denis, 

Il  y  va  le  père  et  le  fils  ; 

A  la  Saint-Simon, 

La  mère  et  la  fille  y  vont. 

Cela  se  dit  en  parlant  des  objets  de  commerce 
exposés  des  foires  tenues  à  ces  deux  époques. 

25.  Saint  Crépin.  —  Le  jour  Saint-Crépin, 
patron  des  cordonniers,  les  cordonniers,  dans 
les  petites  villes,  font  dire  une  grand'messe,  qui 
est  suivie  d'un  repas  fait  avec  l'argent  ramassé 
tout  le  reste  de  l'année  pour  servir  à  cette  fête. 
C'est  en  parlant  de  ce  jour-là  qu'on  chante  la 
chanson  : 

Le  jour  Saint-Crépin, 

Mon  amin. 
Les  cordonniers  se  frisent 
Pour  aller  voir  Catin 
Qu'a  brûlé  sa  chemise.  (P.) 

Octobre  à  ta  fin, 
J'avons  la  Toussaint  au  matin.  (P.) 

Quand  octob'e  prend  fin, 

La  Toussaint  est  au  matin.  (D.) 

Quand  octob'e  prend  fin, 
Onze  jours  après  j'avons  la  Saint-Martin.  (P.) 


206      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Novembre. 

ler.  Toussaint. 

Telle  Toussaint,  tel  Noël. 

Si  l'on  va  faire  la  cour  à  une  fille  le  jour  de  la 
Toussaint,  on  ne  la  revoit  plus  vivante.  (D.) 

On  dit  que  les  âmes  des  ancêtres  reviennent  le 
jour  de  la  Toussaint.  (S.-C.) 

2.  Commémoration  des  Morts.  —  On  assure 
que  la  nuit  entre  la  Toussaint  et  le  jour  des 
Morts  l'église  est  illuminée,  et  que  les  défunts  as- 
sistent à  une  messe  nocturne  célébrée  par  un 
prêtre  fantôme.  (S.-C.) 

Cf.  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  I^"",  p.  225,  et  La  Mort  en 
voyage,  dans  Archivio  per  leTradi:{ionipopulari,  1885,  p.  421-433. 

J'ai  connu  un  pays  où,  pendant  toute  la  se- 
maine des  Morts,  bien  peu  de  personnes  osaient 
sortir  de  chez  elles  après  la  nuit  close,  de  peur 
de  «  voir  »  quelque  défunt.  Il  me  fut  impos- 
sible d'avoir  des  conteurs,  bien  que  j'eusse 
offert  de  les  reconduire  moi-même  jusqu'à  leur 
porte.  La  semaine  passée,  ils  revinrent  en  foule, 
et  quelques-uns  d'entre  eux  m'avouèrent  qu'ils 
avaient  peur  de  sortir  avant  la  semaine  écoulée. 
(S.-C.) 


l'année  207 


3.  Saint  Hubert. 

A  la  Saint-Hubert, 
Qui  quitte  sa  place  la  perd. 

Le  jour  Saint-Hubert,  il  fait  ordinairement 
froid,  et  il  n'est  pas  prudent  de  quitter  la  place 
qu'on  occupe  auprès  du  foyer. 

On  assure  que  tous  les  chiens  enragés  se  rendent 
au  pied  d'une  statue  de  saint  Hubert  placée  dans 
l'enceinte  du  fort  La  Latte  en  Plévenon. 

6.  Saint  Quay  donne  son  nom  à  une  com- 
mune. 

Saint  Quay  est  le  héros  de  plusieurs  légendes  ; 
j'en  ai  cité  une,  t.  I,  p.  325  de  mes  Traditions  et 
superstitions. 

Dans  les  Nouveaux  fantômes  hretotis,  de  Dulau- 
rens  de  La  Barre,  p.  37-47,  un  conte  de  bord 
rapporte  que  le  saint,  ayant  soif  et  s'étant  vu  re- 
fuser à  boire  par  les  vieilles  femmes  bavardant,  fit 
jaillir  une  fontaine.  Les  vieilles,  le  prenant  pour 
un  sorcier,  le  fouettèrent  avec  des  genêts  verts, 
puis  le  placèrent  dans  une  vieille  maie  à  pâte  et 
le  jetèrent  à  la  mer;  en  punition,  les  femmes 
eurent  le  cou  long  comme  des  oies. 

6.  Saint  Mélaine.  —  Ce  saint  maudit  les  ge- 
nêts de  son  pays,  parce  que  sa  mère  l'avait  fouetté 
avec  ;  depuis  ce  moment,  il  n'y  retourna  jamais. 


208      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Dempeï  que  sa  mère  le  reprint. 
Genêt  en  brain, 
Melaine  à  Brain 
Jamais  ne  revint. 

Cf.,    sur  Saint-Mélaine,    mes  Traditions  et  superstitions^  t.  II, 
p.  324,  et  Régis  de  l'Estourbei^Ion,  Légendes  d'Avessac,  p.  9. 

9.  Mathurix. 

A  la  Saint-Mathurin, 
Sème  ton  lin. 

II.  Saint  Martin.  —  Souvent,  à  la  Saint- 
Martin,  il  passe  une  orée,  ou  pluie.  (E.) 

17.  Saint  Aignan.  —  «  Quand  une  personne 
est  malade  de  la  teigne  (à  Saint-Aignan,  Loire- 
Inférieure),  on  lui  fait  prendre  des  aliments  trem- 
pés dans  l'eau  du  lac  de  Grandlieu,  et  ou  lui 
couvre  la  tête  de  linges  imbibés  dans  les  mêmes 
eaux.  ))  (Ogée.) 

22.  Sainte  Cécile. 

A  la  Sainte-Cécile, 
Si  on  plante  des  pas  (pois), 
r  viennent  comme  des  mâts.  (E.) 

23.  Saint  Clément. 

Saint  Clément, 
Qiai  gouverne  la  mer  et  l'vent.  (S.-C.) 


l'année  209 

25.  Sainte  Catherine  (CateUné). 

Entre  la  Cateline  et  Noué, 

Tout  bois  est  bon  à  planter  (M.),  à  couper  (D.) 

Entre  Noué  et  la  Cateline, 
Tout  bois  prend  racine.  (M.) 

duand  i'  tonne  ent'  la  Cateline  et  Noué, 
L'hivée  est  avorté.  (M.) 

A  la  Sainte-Cateline 
Faut  voir  de  belles  pouplines.  (E.) 

C'est  à  ce  moment  que  commencent  les  veillées 
où  l'on  file. 

A  la  Cat'line,  feuille  de  raie  (i), 
D'ici  Noué,  i'  a  cor  un  mée.  (P.) 

27.  Saint  Maudez.  —  Une  commune  porte  le 
nom  de  ce  saint. 

Saint  Maudez  guérit  des  clous  et  des  pourri- 
tures qui  viennent  sur  le  corps  ou  sur  la  figure. 
(P.)  J'ai  raconté  une  de  ses  légendes  dans  mes 
Petites  légendes  de  la  Haute-Bretagne,  p.  15. 

30.  Saint  André. 

A  la  Saint-André, 
Sème  ton  blé.  (P.) 

A  la  Saint-André, 
Roi  et  Paussinière  chet.  (E.) 

(i)  La  feuille  est  dans  la  raie  du  sillon  ;  pour  être  à  Nocl  un 
mois  encore. 

14 


210      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Saint-André  qui  finit, 
Saint-Éloi  qui  commence.  (P.) 

On  porte  du  chanvre  à  saint  André.  Il  y  avait 
à  Trébry  une  chapelle  de  ce  nom,  et  pour  les 
cordes  des  cloches  l'on  se  servait  du  chanvre 
offert.  (P.) 


Décembre  le  paresseux. 

I.  Saint  Éloi.  —  Il  y  a  plusieurs  chapelles 
sous  le  vocable  de  ce  saint,  qui  est  le  protecteur 
des  chevaux  ;  mais  c'est  pendant  la  belle  saison 
qu'on  s'y  rend  en  pèlerinage. 

4.  Sainte  Barbe. 

Qui  est  Sainte-Barbe, 
Qui  est  Noël  ; 
Qui  est  Noël, 
Qui  est  l'an.  (D.) 

Queue  Sainte-Barbe, 
Queue  Noué  ; 
Et  queue  Noué, 
Queul  an.  (P.) 

Sainte-Barbe,  Noël  et  le  jour  de  l'an  tombent 
le  même  jour  de  semaines  différentes. 

Il  y  a  des  gens  qui  vont  se  vouer  à  sainte  Barbe 


l'année  2  h 

pour  être  préservés  du  tonnerre.  On  se  seignedo 
tin  sou,  et  on  le  donne  au  premier  pauvre  qui 
passe.  Sainte  Barbe  et  sainte  Fleur  tiennent  toutes 
les  deux  le  tonnerre  par  un  filet  de  laine,  l'un  est 
blanc  et  l'autre  est  bleu.  (D.) 

Cf.,  dans  mes  Traditions  et  superstitioyis,  t.  II,  p.  359-60,  les 
formulettes  du  tonnerre  où  le  nom  de  Sainte-Barbe  est  invoqué. 

6.  Saint  Nicolas.  —  En  la  commune  de 
Gausson  (Côtes-du-Nord),  est  une  fontaine  dédiée 
à  saint  Nicolas  ;  on  y  plonge  les  enfants  qui  ne 
marchent  pas  de  bonne  heure. 

Cf.  des  usages  analogues  en  Eure-et-Loir,  A.  S.  Morin,  le 
Prêtre,  p.  17. 

Les  Avents.  —  Les  coqs  affolent  pendant  les 
A  vents. 

La  même  croyance  existe  dans  le  Morbihan 
français,  témoin  la  curieuse  histoire  racontée  par 
le  Dî"  Fouquet,  p.  138-146.  «  Clémence  de  Can- 
coët  dépérit  parce  qu'elle  a  entendu  chanter  le 
coq  cà  minuit,  ce  qui,  dans  sa  croyance,  était  une 
signifiance  de  mort.  Heureusement,  une  nuit  que 
la  cuisinière  veillait  avec  elle,  le  coq  chanta. 
«  Allons,  dit  la  Fanchon,  v'ià  encore  not'  coq  qui 
«  folle;  on  voit  ben  qu'on  est  dans  l's  Avents... 
«  Heureusement  que  ça  va  finir;  demain,  je 
«  tenons  le  dernier  dimanche,  et  not'  coq  va  se 
«  régler.  —  C'est  bien  sûr?  demande  Clémence. 
«  —  Sûr,  »  et  à  preuve,  la  cuisinière  raconte  la 


212      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

mésaventure  arrivée  à  un  homme  qui  avait  oublié 
que  les  coqs  follent  dans  les  Avents.  » 

—  Il  fait  un  temps  d'Avents,  c'est-à-dire  un 
temps  exécrable. 

Quand  il  vente  pendant  les  Avents,  il  y  aura 
des  pommes.  (P.) 

Quand  un  chat  crève  dans  une  maison  pen- 
dant les  Avents,  c'est  rare  qu'il  ne  suive  pas  un 
autre  malheur.  (E.) 

21.  Saint  Thomas. 

A  la  Saint-Thomas, 
Kais  (cuis)  du  pain  et  lave  tes  draps, 
En  tras  jou's  Noué  tu  aras.  (P.) 

Le  jour  Saint-Thomas, 
Le  jour  n'est  ni  haut  ni  bas.  (M.) 

A  la  Saint-Thomas, 
Les  filles  vont  va  les  gas.  (P.) 

Le  jour  Saint-Thomas, 
Les  jou's  allongent  du  pas  d'un  jas  (oie  mâle); 

Le  jour  de  Noué, 

Du  pas  d'une  ouée  (oie)  ; 

Le  jour  Saint-Étienne, 
D'un  grain  d'aveine.  (P.) 

Noël  au  pignon, 
Pâque  aux  tisons.  (D.) 

24-25.  Noël.    —    Quand  il  fait  du  soleil  la 


l'année  2 1  3 

veille  de  Noël,  il  y  aura  des  pommes  l'année  sui- 
vante. Le  soleil  rit  aux  pieds  des  entes.  (E.) 

Q.uand  l'soula  ra  (luit)  la  veille  de  Noué, 
Des  pomme'  à  volonté.  (M.) 

Jadis,  à  Matignon  et  à  Ploubalay,  la  veille 
de  Noël,  les  garçons  se  réunissaient  et,  portant 
sur  l'épaule  de  grands  bâtons  et  des  bissacs,  ils 
allaient  frapper  à  la  porte  des  métairies. 

—  Qui  est  là?  demandait-on. 

—  Le  hoguihanneu,  répondaient  les  gars. 

Ils  chantaient  quelque  chose,  et,  pour  les  re- 
mercier, on  leur  donnait  un  morceau  de  lard.  Ils 
l'enfilaient  dans  le  bâton  pointu  de  l'un  d'eux,  et 
ce  lard  était  réservé  pour  un  repas  qui  se  nom- 
mait le  houriho.  (Communiqué  par  M.  M.  A.  Bo- 
nal.) 

Le  premier  de  ces  deux  mots  est  certainement 
apparenté  à  Guilaneuf  et  à  ses  nombreux  congé- 
nères patois. 

«  A  Montauban,  les  enfants  pauvres  vont,  comme 
en  beaucoup  de  localités  bretonnes,  se  présenter  à 
la  porte  des  personnes  aisées,  en  criant  :  au 
guyané,  au  guy  Van  neuf.  Ici,  ils  sont  armés  d'une 
longue  broche  en  bois,  dans  laquelle  ils  enfilent 
des  morceaux  de  lard  ou  de  vache  salée  dont  on 
leur  fait  l'aumône.  »  (Note  de  M.  Esnaud,  vicaire 
à  Montauban,  dans  Ogée.) 


214      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


A  Ploërmel,  on  crie  :  au  gui  gouroux. 

Il  y  a  environ  quarante  ans,  on  allait  presque 
partout  chanter  des  Néouelles  (Noëls). 

Parfois,  les  filles  et  les  garçons  montaient  dans 
les  arbres  ou  sur  les  piles  de  pailles  pour  chanter 
la  nuit;  et  d'un  village  à  l'autre  les  chants  se  ré- 
pondaient. 

Cf.,  dans  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  I^"^,  p.  201,  ia  lé- 
gende de  deux  jeunes  filles  qui  furent  enlevées  par  une  puissance 
inconnue  en  allant  chanter  des  Noëls. 

Cette  coutume  des  Noëls  a  été  plus  répandue 
autrefois  qu'elle  ne  l'est  actuellement.  On  a  im- 
primé en  divers  endroits  de  Bretagne  plusieurs 
recueils  de  Noëls.  J'ai  eu  dernièrement  connais- 
sance de  plusieurs  recueils  :  la  Bible  des  Noëls 
vieux  et  nouveaux,  pet.  in-12  de  80  p.,  contenant 
32  pièces.  Dinan,  Huart,  1754;  Pastorale  sur  la 
naissance  de  Jésus-Christ,  l'Adoration  des  bergers  et 
la  Descente  de  l'archange  saint  Michel  aux  Limbes, 
dédiée  aux  dévots  à  l'enfant  Jésus  par  le  Père 
Claude-René  Marie.  Dinan,  J.  B.  Huart,  1754, 
in-12  de  32  pages. 

En  1883,  à  Dinan,  des  enfants  du  faubourg 
Saint-Malo  sont  encore  venus  chanter.  Ils  débu- 
taient par  dire  : 

A  Noël  pour  une  pomme, 
Pour  une  poire, 
Pour  un  p'tit  coup  d'cidre  à  boire. 


L  AKNEE  2 1 


Puis  ils  chantaient,  sur  l'air  de  :  Au  clair  de  la 
lune  : 

Quatre  petits  anges 
Descendant  du  ciel, 
Chantant  la  louange 
Du  Père  éternel  ; 
Saint  Joseph  son  père, 
Saint  Jean  son  parrain, 
La  bonne  Sainte  Vierge, 
Qui  lui  chauffe  les  mains. 

Est-il  beau,  bergers? 
Est-il  beau  ? 
—  Plus  beau  que  la  lune  et  que  le  soleil. 
Jamais  dans  le  monde  on  n'a  vu 
Rien  de  pareil. 

A  Noël,  on  allait  chanter,  surtout  jadis.  Chaque 
année,  pendant  les  fêtes  de  Noël,  les  rois  Mages 
revivent  à  Pleudihen  dans  la  personne  de  trois 
jeunes  gens  de  la  commune,  qui  revêtent  leurs 
habits  de  fêtes  et  les  couvrent  de  rubans  pour  an- 
noncer la  venue  du  Messie,  le  soir,  en  chantant 
dans  les  chaumières.  (Note  de  M.  de  Garaby,  ap. 
B.  Jollivet,  t.  II,  p.  69.) 

Quand  les  enfants  demandent  à  aller  à  la  messe 
de  minuit,  on  leur  répond  :  «  Oui,  oui,  tu  iras  à 
la  messe  dans  une  chapelle  blanche.  »  (D.) 

Cf.  la  Messe  du  coussin  blanc  en  JSeiry,  Laisnel,  t.  I'-'^,  p.  2. 
Sur  les  animaux  qui  parlent  pendant  la  nuit  de  Noël,  cf.  mes 
Traditions  et  superstitious,  t.  II,  p.  64. 


2l6      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Voici  un  petit  conte  où  il  est  question  d'autres 
bêtes  parlantes  :  Il  y  avait,  une  fois,  une  bonne 
femme  avare  qui  nourrissait  mal  son  chien  et  son 
chata  A  minuit  sonnant,  le  jour  de  Noël,  elle  en- 
tendit le  Chien  qui  disait  au  Chat  :  «  Ce  n'est  pas 
trop  tôt  qu'on  nous  enlève  notre  maîtresse  :  elle 
est  trop  avare.  Cette  nuit,  des  voleurs  vont  venir 
lui  dérober  son  argent,  et,  si  elle  crie,  ils  lui  cas- 
seront la  tête.  —  Ce  sera  bien  fait,  répondit  le 
Chat.  »  La  bonne  femme,  effrayée  de  ce  qu'elle 
avait  entendu,  se  leva  de  son  lit  pour  aller  chez 
un  voisin  ;  mais,  au  moment  où  elle  sortait,  les 
voleurs  ouvrirent  la  porte,  et,  comme  elle  criait 
au  secours,  ils  lui  cassèrent  la  tête.  (P.) 

Dans  la  nuit  de  Noël,  quelques  mégalithes 
changent  de  place;  l'un  d'eux,  qu'on  voit  près  de 
Jugon,  va  boire  à  la  rivière  d'Arguenon. 

Une  autre  pierre,  située  à  Saint-Étienne  en 
Cogles,  va  aussi  boire  à  un  ruisseau  quand  les 
cloches  sonnent  la  messe  de  minuit. 

Cf.,  pour  les  détails  sur  ces  pierres  et  leurs  similaires,  les 
pages  5)  à  37;  de  mes  Traditions  et  superstitions,  t.  i  ;  cf.  aussi 
A.  Bosquet,  p.  172. 

Un  autre  menhir,  qui  se  trouvait  au  sommet  du 
bois  de  Mont-Beleux,  était  soulevé  par  un  merle 
et  laissait  à  découvert  un  trésor. 

Cf.  Ihid.,  p.  43-44. 

Pendant  la   nuit   de  Noël,  saint  Joseph  et  la 


l'année  217 

bonne  Vierge  sont  avec  l'enfant  Jésus  partout  où 
il  y  a  des  coudres,  et  ils  prient  pour  les  âmes  du 
Purgatoire,  dont  un  grand  nombre  sont  délivrées 
ce  jour-là.  (D.) 

Sur  les  branches  de  coudrier  et  la  nuit  de  Noël,  cf.  mes  Tra- 
ditions, t.  II,  p.  313. 

Si  l'on  veut  découvrir  les  trésors  cachés,  il  faut 
ramasser  de  la  graine  de  fougères  à  minuit,  la 
nuit  de  la  Saint- Jean,  et,  le  dimanche  des  Ra- 
meaux de  l'année  suivante,  on  répand  cette  graine 
dans  l'endroit  où  l'on  croit  que  des  trésors  ont  été 
enfouis.  (P.) 

Près  de  la  fontaine  Saint-Armel  en  Radenac 
est  un  marais  où,  d'après  la  tradition,  sont  en- 
fouies des  cloches  qui  sonnent  toutes  seules  pour 
appeler  à  la  messe  de  minuit  le  25  décembre.  (O.) 

La  veille  de  Noël,  aux  environs  d'Ercé,  on 
mange  de  la  morue  en  famille;  ce  jour-là,  les 
enfants  qui  ne  sont  pas  trop  éloignés  reviennent 
tout  exprès  à  la  maison  paternelle.  Les  enfants 
tiennent  beaucoup  à  cette  coutume;  l'an  der- 
nier, à  Ercé,  il  y  avait  trois  élèves  en  classe  ce 
jour-là. 

Jadis,  on  mettait,  à  Matignon,  une  bûche  neuve 
la  veille  de  Noël,  après  l'avoir  arrosée  d'eau  bé- 
nite. 

Le  tison  de  la  bûche  de  Noël  préserve  de  la 
foudre.   Le  matin   de  Noël,  on   doit  l'asperger 


l8      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET   USAGES 


d'eau  bénite  et  le  laisser  ensuite  brûler  jusqu'au 
soir.  (P.)  On  les  met  dans  les  puits  ;  on  est  sûr 
que  les  v'iins  n'iront  pas,  et  que  l'eau  sera  de 
bonne  qualité. 

Même  croyance  en  Poitou  (cf.  Guerr}-,  p.  451),  en  Normandie 
(cf.  A.  Bosquet,  p.  171).  J'ai  parlé  assez  longuement  des 
croyances  de  Noël  en  Bretagne  et  ailleurs,  dans  un  article  de 
l'Homme,  t.  II,  p.   11-17. 

26.  Saint  Etienne  (Étiole). 

Le  jour  Saint-Étienne, 
Chacun  va  voir  la  sienne.  (M.) 

S'il  pleut  le  jour  Saint-Étiole, 

Il  n'est  pas  de  badioles  (cerises).  (P.) 

31.  Saint  Sylvestre.  —  Le  jour  Saint-Syl- 
vestre, on  envoie  les  pâtours  couper  du  poil  entre 
les  cornes  des  vaches,  en  leur  assurant  qu'elles 
ne  moucheront  plus  dans  l'année.  (E.) 

C'est  une  facétie  ;  mais,  dans  le  centre  du  pa3'^s 
gallo,  vers  le  Mené,  les  pâtours  vont  ioii:ier  leurs 
vaches  sous  Toreille,  afin  qu'elles  ne  ouident 
(prendre  la  mouche)  pas  l'année  qui  vient.  (P.) 


l'année  219 

§    III.    —    LA    SEMAINE 

Dictons  sur  les  jours  de  la   semaine. 

Lundi  et  mardi,  fête  ; 
Mercredi,  je  n'pourrai  y  être; 
Jeudi,  l'jour  Saint-Thomas; 
Vendredi,  je  n'y  serai  pas  ; 
Samedi,  la  foire  à  Plénée  : 
Et  v'ià  toute  ma  pauv'  semaine  passée!  (M.) 

Faut  sanctifier  :  Le  lin,  —  le  marc,  —  le 
mère,  —  le  jeu,  —  le  van,  —  le  sam  —  et  le 
jour  du  dan  dan.  (S.-C.) 

Quand  on  demande  quel  jour  on  fera  telle 
chose,  on  répond  très  vite  : 

Lin,  —  mar,  —  mer,  —  jeu,  —  ven  —  et 
samedi  di  dan  dan.  (D.) 

Le  lundi,  je  suis  soûle, 
Le  mardi  aussi. 
Le  mercredi  de  même  ; 
Le  jeudi,  je  m'en  reviens; 
Le  vendredi,  je  bats  mon  homme  ; 
Le  samedi,  je  grogne 
Après  ceux  de  la  maison. 
Voilà  comment  je  passe  tous  les  jours  de  la  semaine. 

Le  lundi,  je  suis  boite  (ivre); 
Le  mardi,  je  suis  soûl  ; 
Le  mercredi  de  même, 
Et  le  jeudi  itou. 


220      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Sur  la  légende  des  lutins  et  des  jours  de  la  semaine,  cf.  mes 
Traditions  et  superstitions,  t.  I"",  p.  279,  et  les  Sorciers  de  Knéa, 
n°  Liv  des  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne,  2^  série. 

LuNDL  —  On  appelle  le  lundi  le  jour  des  cor- 
donniers. 

Mardi.  —  On  dit  qu'il  ne  faut  pas  semer  le 
trèfle  rose  ou  tremène  un  jour  commençant  par 
un  R;  si  on  le  semait  ce  jour-là,  il  n'en  viendrait 
pas.  (S. -G.) 

C'est  surtout  le  mardi  que  reviennent  les  âmes 
des  ancêtres.  (P.) 

Quand  il  pleut  le  mardi,  il  y  a  de  la  pluie 
pour  toute  la  journée. 

Mercredi. 

On  ne  se  marie  pas  le  mercredi, 

De  pou'  (peur)  d'avaï  nom  Jean-Jeudi.  (E.) 

C'est-à-dire  d'être  cornard. 

Jeudi.  —  On  ne  doit  pas  se  marier  le  jeudi, 
car  c'est  ce  jour-là  que  le  diable  épousa  sa 
mère.  (P.) 

Vendredi.  —  Le  temps  est  le  même  le  ven- 
dredi et  le  dimanche.  (S.-C.) 

Les  enfants  qui  naissent  le  vendredi  sont  mal 
chanceux.   (S.-C.) 

Le  vendredi  est  toujours  le  plus  beau  ou  le 
plus  vilain  de  la  semaine.  (P.) 


l'année  221 

Les  mariages  du  vendredi  sont  mal  chan- 
ceux. (P.) 

Samedi.  —  Ce  qu'on  commence  le  samedi 
réussit  mal. 

Cf.  Souche,  p.  8.  Superstition  analogue  en  Poitou, 

Les  mariages  du  samedi  ne  sont  pas  heureux, 
parce  qu'on  commence  la  semaine  parle  eu.  (P.) 

Le  samedi,  il  fait  toujours  un  rayon  de  soleil; 
on  l'appelle  le  rayon  de  la  Vierge.  (E.,  D.) 

A  Saint-Brieuc,  il  n'y  a  pas  longtemps  que  les 
vieilles  gens  balayaient  leur  place  le  samedi  soir, 
pour  avoir  la  visite  de  la  bonne  Vierge. 

Quand  on  file  après  minuit,  le  samedi,  on 
«  entend  »  quelque  chose,  et  toute  la  semaine 
qui  vient  on  a  de  la  malechance.  (E.)  Souvent, 
on  entend  dans  la  cheminée  le  bruit  d'un  autre 
fuseau. 

Quand  on  se  mouille  les  genoux  le  samedi,  on 
dit  qu'on  ne  va  pas  à  la  messe.  (D.) 

Voici  le  résumé  du  conte  de  la  Filandière  de 
nuit  que  le  D^  Fouquet  rapporte  dans  ses  Lé- 
gendes du  Morbihan,  p.  60-62.  «  Une  jeune  fille 
avait  continué  à  filer,  le  samedi,  après  le  premier 
coup  de  minuit.  Tout  à  coup,  elle  vit  auprès 
d'elle,  quoique  sa  porte  fût  fermée,  une  vieille 
qui,  en  peu  de  temps,  lui  fila  tout  son  chanvre  et 
le  lui  mit  à  blanchir.  Comme  elle  était  occupée  à 


222      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

cette  besogne,  le  coq  chanta,  et  la  vieille  lui  dit 
qu'on  ne  la  voyait  jamais  qu'une  fois,  et  qu'elle 
était  la  Filandière  de  nuit.  Le  lendemain,  on 
trouva  la  fille  morte  sur  sa  lessive.  « 

Il  y  avait  une  fois  une  femme  qui  filait  le  sa- 
medi, sans  regarder  si  minuit  avait  sonné.  Un 
soir,  un  peu  après  le  coup  de  minuit,  elle  vit  sur 
l'autre  banc  de  son  foyer,  en  face  d'elle,  une 
femme  toute  noire  qui,  elle  aussi,  filait.  La  fer- 
mière lui  adressa  la  parole  ;  mais  elle  ne  reçut  pas 
de  réponse,  et,  en  regardant  mieux  la  filandière, 
elle  vit  que  c'était  une  de  ses  parentes,  morte 
depuis  quelque  temps  déjà.  Elle  appela  son  mari, 
et  lui  dit  : 

—  Regarde  donc;  une  telle  qui  est  ici. 
Son  mari  se  leva,  et  il  dit  à  sa  femme  : 

—  Va  te  coucher  bien  vite. 

Elle  obéit  ;  mais,  au  moment  où  elle  passait 
devant  la  filandière,  celle-ci  lui  frappa  sur  l'oreille 
un  coup  de  fuseau  en  lui  disant  : 

—  Si  j'avais  pu  encore  filer  quelques  doutes, 
j'allais  t'emporter. 

(Conté,  en   1882,  par  Jeanne  Bazul,   de  Trélivan, 
domestique,  âgée  de  vingt-huit  ans.) 

Dimanche.  —  Commencer  un  engagement 
dans  une  ferme  le  dimanche  est  d'un  mauvais 
présage.  Les  domestiques  qui  le  font  finissent  ra- 
rement l'année  dans  la  même  maison.  C'est  aussi 


L ANNEE  223 

mauvais  pour  les  ouvriers  à  louage.  Finir  un 
engagement  le  dimanche  porte  aussi  malheur.  (E.) 

Il  ne  faut  pas  faire  de  marché  le  dimanche.  (D.) 

Si  on  a  lavé  le  dimanche  pendant  les  offices, 
ou  fait  un  ouvrage  qu'on  ne  devait  pas  faire,  on 
revient  après  sa  mort  laver  tous  les  dimanches  et 
pendant  toute  la  durée  de  l'office  où  l'on  a  lavé 
pendant  sa  vie.  (E.) 

Les  enfants  qui  naissent  le  dimanche  sont 
chanceux.  (S.-C.) 

Quand  on  pêche  le  dimanche,  on  s'expose  à 
avoir  des  enfants  qui  ont  des  têtes  de  poisson. 
On  cite  deux  femmes,  dont  l'une  a  eu  un  enfant 
avec  une  tête  de  grondin,  et  l'autre,  un  enfant 
avec  une  tête  de  congre.  (S.-C.) 

Ce  qu'on  sème  le  dimanche  ne  réussit  pas 
bien.  (P.) 

Il  y  a  des  légendes  relatives  à  la  non-célébra- 
tion du  repos  dominical.  Je  me  souviens  d'avoir 
vu,  il  y  a  quinze  ans  environ,  sur  la  route  de 
Matignon  à  Montbran,  une  charrette  qu'on  avait, 
disait-on,  chargée  de  glê  (paille  de  blé)  un  di- 
manche, et  que  les  chevaux  n'avaient  pu  démar- 
rer de  la  place  où  elle  était,  et  où  elle  resta  plu- 
sieurs jours. 


CHAPITRE   II 

LES    FÊTES    ET    LES    DIVERTISSEMENTS 


jous  ce  titre,  j'ai  rangé  les  fêtes  mobiles  et 
les  divertissements  qui  souvent  les  accom- 
pagnent. J'y  ai  joint  les  jeux,  la  plupart  du 
temps  profanes,  qui  ont  lieu  à  certaines  époques 
de  l'année,  mais  qui  varient  d'époque  suivant  les 
pays. 


S   I.    —    DU     PREMIER     JANVIER     AU    CARÊME 

Je  ne  connais  en  Haute-Bretagne  aucun  endroit 
où  l'on  fasse  une  cérémonie  analogue  à  celle  du 
.dimanche  des  Brandons;  je  n'ai  pas  retrouvé  la 
moindre  trace  de  cet  usage  si  connu  dans  les  pro- 
vinces voisines  ;  le  souvenir  en  a  même  tout  à  fait 
disparu. 


LES   FETES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        22 : 


Jours  gras.  Le  dimanche  gras  et  le  premier 
dimanche  de  Carême,  les  cultivateurs  ont  l'habi- 
tude d'aller  faire  une  tournée  dans  les  champs 
pour  voir  si  la  récolte  pousse.  (E.) 

Le  dimanche  gras,  qu'on  appelle  le  dimanche 
crèpier,  il  est  d'usage  en  beaucoup  de  maisons 
de  faire  des  crêpes  ;  autrefois,  dans  les  fermes, 
lorsque  le  propriétaire  résidait  à  peu  de  distance, 
on  préparait  des  crêpes  pour  lui  et  pour  sa  fa- 
mille. (M.) 

On  ne  doit  pas  filer  les  jours  gras,  car  les  rats 
et  les  souris  viendraient  manger  le  fil  (E.,  D.); 
ailleurs,  ce  sont  les  chats.  (P.)  On  assure  aussi 
que  le  fil  qu'on  filerait  à  cette  époque  serait  gras, 
c'est-à-dire  graisseux. 

En  Franclie-Comté  (cf.  Perron,  p.  i6),  quand  on  travaille  le 
mardi  gras,  les  rats  mangent  l'ouvrage  parce  qu'il  est  gras. 

On  adresse  à  Mardi-Gras  ou  à  Carnava'  d'assez 
nombreuses  formulettes  : 

Jeudi-Gras, 
Ne  t'en  va  pas  ; 
Nous  ferons  des  crêpes 
Et  tu  en  mangeras, 
Si  ton  soû  (si  ton  content) 
Que  tu  en  kerveras  (crèveras).  (E.) 

Les  enfants  chantent  aussi  : 

15 


226      LE   CALENDRIER,    LES  TRAVAUX   ET   USAGES 


Carnava',  ne  t'en  va  pas; 
Je  f  rons  des  crêpes 
Et  t'en  mangeras. 
Carnava'  s'en  est  allé 
O  ses  deux  sabots  percés. 
Carnava  est  ervenu  (revenu) 
O  ses  deux  solées  (souliers)  cousus.  (P.) 

Mardi-Gras, 
Ne  t'en  va  pas  ; 

Nous  ferons  des  crêpes 
Et  tu  en  mangeras. 
Mardi-Gras  s'en  est  allé 
Par  un  petit  sabot  percé, 
Il  s'en  est  revenu 
Par  un  petit  soulier  cousu.  (S.-C.) 

Carnaval,  ne  t'en  va  pas  demain  ; 
C'est  aujourd'hui  la  Saint-Crépin.  (D.) 

C'est-à-dire  le  jour  où  l'on  fait  des  crêpes. 

Carnaval,  ne  t'en  va  pas  ; 
Nous  ferons  des  crêpes,  tu  en  mangeras. 
Carnaval  s'en  est  allé  ; 
Nous  avons  fait  des  crêpes,  il  en  a  pas  mangé. 

Carnaval  s'en  est  allé 
Avec  ses  sabots  percés  ; 
Carnaval  s'en  est  revenu 
Avec  ses  deux  sabots  fendus.  (P.) 

Mardi-Gras,  ne  t'en  va  pas; 
Nous  ferons  des  crêpes,  et  tu  en  auras. 
Mardi-Gras  s'en  est  allé 
Avec  son  chapeau  percé. (D.) 


LES   FÊTES    ET   LES    DIVERTISSEMENTS        227 


Variante  des  deux  derniers  vers  : 

J'ons  fait  des  crêpes, 
Et  tu  n'en  as  pas  mangé,  (E.) 

On  conduit  les  enfonts  dehors  pour  voir  pas- 
ser Mardi-Gras.  Carnaval  ou  Mardi-Gras  est  un 
grand  cheval  sans  cavalier,  qui  a  le  dos  couvert 
de  crêpes,  et  qui  en  distribue.  Aussi,  les  enfants, 
quand  ils  vont  l'attendre  au  passage,  lui  portent 
ce  qu'ils  ont  de  meilleur.  (D.) 

Mais,  ailleurs.  Carnaval  n'est  pas,  à  ce  qu'il 
paraît,  aussi  bienfaisant;  car  les  petits  enfants 
vont  l'attendre  aux  carrefours  où  se  trouvent  des 
croix,  et  ils  portent  des  triques  pour  le  frapper  s'il 
venait  à  passer.  (P.) 

Parfois,  on  ne  se  dérange  pas  pour  voir  passer 
Carnaval  ;  on  met  dans  la  place  un  os  auquel 
adhère  encore  un  peu  de  chair;  les  enfants  disent 
que  c'est  Carnaval,  et  ils  dansent  dessus;  après 
cette  petite  cérémonie,  ils  le  jettent  dans  un  coin, 
et  ils  s'écrient  qu'ils  l'ont  enterré.  (P.) 

L'enterrement  de  Mardi-Gras  a  lieu  parfois  avec 
plus  de  cérémonie  :  Quatre  jeunes  gens  portent 
un  bonhomme  de  paille,  parfois  un  jeune  garçon; 
ils  sont  suivis  d'une  sorte  de  procession,  comme 
à  un  enterrement  véritable;  la  parodie  est  d'ail- 
leurs assez  complète,  et  l'on  fait  mine  de  le 
déposer  dans  une  fosse  ;  alors  tous  les  assistants 


228      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


feignent  d'être  affligés  et  de-  pleurer,  et  ils  s'é- 
crient d'une  voix  lamentable  :  «  Ah!  mon  pauv' 
petit  Mardi-Gras  !  »  Le  garçon  qui  a  été  Mardi- 
Gras  en  garde  le  surnom  toute  l'année.  (D.) 

Dans  les  Ardennes  (cf.  Kozot,    p.  125),  on  enterre  aussi  le 
Carnaval. 

C'est  le  soir  du  mardi  gras  que  les  chats  vont 
faire  le  sabbat  à  tel  ou  tel  endroit  bien  connu  de 
la  commune. 

(Cf.  Souche,  p.  17.) 


§    II.    LE    CARÊME 

Les  Cendres.  —  Le  mercredi  des  Cendres,  on 
dit  : 

Mardi-Gras  s'en  est  allé  ; 

J'ons  fait  des  crêpes, 

r  n'  a  point  mangé.  (E.) 

Le  mercredi  des  Cendres, 
Je  voudrais  le  voir  pendre; 
Le  jeudi  absolu  (jeudi  saint), 
J'voudrais  le  voir  venu.  (P.) 

On  dit  en  manière  de  plaisanterie  : 

Celui  qui  n'a  qu'un  zieu  (qu'un  œil) 

Ne  voit  qu'un  carême  en  deux  ans.  (E.,  D.) 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        229 

La  Mi-Carême.  —  On  dit  à  la  campagne  : 
«  Quand  Madame  la  Mi- Carême  passera,  elle  ap- 
portera des  bonbons.  »  Les  paysans  ont  person- 
nifié cette  époque  de  l'année  et  ils  déclarent  que, 
quand  elle  arrive,  on  peut  voir  une  belle  femme 
traversant  les  airs  et  secouant  dans  son  vol  un 
cornet  d'où  s'échappent  des  friandises. 

Ailleurs,  la  Mi-Carême  est  un  grand  cheval 
blanc  tout  couvert  de  morues,  qui  passe  sans  ca- 
valier et  distribue  des  morues  à  tout  le  monde. 
On  lui  porte  du  pain  ou  du  foin.  (D.) 

C'est  ordinairement  au  pied  d'une  croix  que 
l'on  mène  les  enfants  pour  leur  faire  voir  la  Mi- 
Carême  qui  passe  ;  ils  emportent  un  peu  de  foin 
pour  le  cheval  de  la  Mi-Carême,  et,  s'ils  sont 
sages,  celle-ci  leur  fait  un  petit  présent.  (P.) 

Parfois,  ils  brûlent  au  pied  d'une  croix  la  poi- 
gnée de  foin  qu'ils  ont  apportée,  et  la  Mi-Carême, 
si  elle  est  contente,  leur  donne  des  rubans.  (E.) 

La  même  croyance  existe  en  beaucoup  Je  lieux.  En  Eure-et- 
Loir,  d'après  A.  S.  !Morin,  p.  11,  c'est  au  pied  de  la  pierre  tour- 
nante d'Ymonville  que  la  Mi-Carèmc  se  montre. 

La  Passion  et  la  Semaine  sainte.  —  L'usage 
d'aller  chanter  la  Passion  à  la  fin  du  carême  sub- 
siste encore  en  beaucoup  de  communes;  géné- 
ralement, ces  chants  commencent  le  dimanche 
de  la  Passion  et  continuent  pendant  toute  la  se- 
maine jusqu'au  dimanche  des  Rameaux  inclusive- 


230      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

ment;  ailleurs,  ils  ne  cessent  que  le  jeudi  saint, 
ou  même  la  veille  de  Pâques.  Ils  ont  lieu  la 
plupart  du  temps  à  l'entrée  de  la  nuit. 

Les  chanteurs  sont  des  jeunes  gens  qui  se  réu- 
nissent exprès  pour  aller  de  ferme  en  fermée  et  de 
village  en  village.  L'un  d'eux,  qui  se  nomme  le 
portons  de  panier,  est  chargé  de  recueillir  les  œufs 
qui  sont  habituellement  la  récompense  du  chant. 
Lorsque  la  bande  arrive  dans  l'aire  d'une  ferme, 
l'un  d'eux  crie  à  haute  voix  :  «  Chanterons-] e?  » 
(Chanterons-nous  ?) 

Si  on  leur  dit  oui,  ou  si  simplement  on  ne  ré- 
pond pas,  ils  se  mettent  à  psalmodier,  sur  une 
sorte  de  rythme  traînant,  une  pièce  de  vers  en 
alexandrins  incorrects,  qui  a  l'air  d'un  prologue 
de  Mystère.  La  fin  de  chaque  vers,  à  partir  de 
l'hémistiche,  se  répète  trois  fois. 

Il  y  avait  d'autres  Passions  plus  longues,  mais 
on  ne  les  chante  plus  depuis  une  trentaine  d'an- 
nées, à  ce  qu'on  m'a  assuré. 

La  Passion  du  doux  Jésus,  —  ah!  mon  Dieu,  qu'elle  est  grande! 
Écoutez-la,  petits  et  grands,  —  ceux  qui  voudront  l'entend'e. 
Il  a  jeûné  quarante  jours,  —  quarante  nuits  ensemble, 
Et  au  bout  de  la  quarantaine,  —  il  a  bien  voulu  prend'e  ; 
Il  41  bien  pris  deux  doigts  de  vin,  —  une  pomme  d'orange  ; 
Les  Juifs  lui  ont  fait  apporter  —  pour  cinq  sous  de  pain  d'orge  ; 
Il  en  a  eu  de  quoi  dîner  —  lui  et  tous  ses  apôtres  ; 
Le  reste  qui  en  a  resté  —  l'a  fait  donner  aux  pauvres. 
Saint  Pierre  il  a  dit  à  saint  Jean  :  —  Vous  en  verrez  bien  d'autres. 


LES  FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        23  1 


Vous  verrez  qu'il  glacera  si  dur  —  que  les  rochers  en  fendent. 
Vous  verrez  les  petits  oiseaux  —  en  mourir  sur  la  branche; 
Vous  verrez  la  mer  surmonter  —  plus  haut  que  ces  montagnes; 
\'cus  verrez  Jésus  couronné  —  avec  une  épine  blanche. 
Vous  verrez  sou  sang  dévaler  —  tout  en  levant  ses  manches  ; 
Vous  verrez  sa  Mère  à  ses  pieds,  —  qui  criera  vengeance  ; 
Vous  verrez  la  terre  et  les  cieux  —  se  réunir  ensemble  ; 
Vous  verrez  saint  Michel  venir  —  do  (avec)  ses  justes  balances. 

Remerciements. 

En  vous  remerciant,  mes  braves  gens,  —  Dieu  soit  la  récompense. 
Dieu  nous  veuille  mettre  en  Paradis,  —  vous  et  nous  tous  en- 

[serable. 

Jadis,  on  chantait  parfois  une  complainte  héroï- 
comique  dialoguée  dont  je  n'ai  retrouvé  qu'un 
fragment,  assez  plaisant  du  reste  ;  le  voici  : 

Quand  saint  Pierre  coupit 

A  Malchus  l'oraïlle, 

L'bon  Jésus  li  dit 
Tout  bas  dans  l'oraïlle  : 

—  Pierrot  !  —  Quai  !  mon  bon  Dieu  ? 

—  Rengaine  ton  queuté  (couteau), 

Mon  boudé  (chéri,  ami), 
Rengaine  ton  queuté. 

Quand  on  ne  donne  pas  à  ceux  qui  ont  chanté 
la  Passion,  ils  vont  ébrancher  les  choux  de  ceux 
qui  leur  ont  refusé. 

Lorsque  le  récitatif  est  terminé,  on  chante  : 


232       LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET    USAGES 


Si  vous  n'voulez  reii  nous  donner, 
Ne  nous  fliites  pas  attendre  : 
Donnez-nous  la  servante  ; 
Le  portous  de  panier 
Est  tout  prêt  de  la  prendre.  (P.) 


Ou 


Si  vous  n'ez  ren  à  nous  donner, 
Ne  nous  faites  pas  attendre  ; 
Car  il  fait  noir  à  mal  marcher. 
Le  point  du  jour  s'avance.  (S.-C.) 

Dans  le  canton  de  Liffrc,  on  termine  par  le 
couplet  suivant,  qui  se  chante  surtout  quand  les 
gens  ne  se  pressent  pas  de  donner  des  œufs  : 

Réveillez-vous,  coeurs  endurcis; 
Vot'  eu  paissera  o  les  liuceux  (draps). 
Si  vous  n'v'Iez  pas  nous  donner  d's  ceu's. 

Si,  malgré  cette  pressante  admonestation,  on 
ne  donne  rien  aux  chanteurs,  avant  de  s'en  aller, 
ils  chantent  ceci  : 

Le  coucou  est  monté  dans  sa  chambre, 
Il  a  les  caunes  dans  l'tripied. 
Et  la  tête  dans  les  cendres. 
Si  vous  ne  voulez  rien  donner. 
Ne  nous  faites  pas  attendre. 
Mon  camarade  a  fret  ès-pieds. 
Et  moi  la  cuisse  me  tremble  ! 

Voir  L.  Dumuys,    le  Chant  de  la  Passion  dans  la  Soloone  orlia- 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        253 


i:aise,  dans  les   Mémoires  de  la    Société  arch.  d'Orléans,  1882,  de 
curieux  détails  sur  le  chant  de  la  Passion  dans  la  Sologne. 

Si  le  vent  est  dans  le  haut 
Le  jou'  des  Ramiaux, 
Faut  rincer  les  tonniaux; 
S'il  est  soulair  (sud). 
Faut  baïre  à  plein  verre, 
Et  s'il  est  dans  l'bas. 
Fout'  les  tonnes  dans  n'un  tas.  (E.) 

On  croit  que  le  vent  qui  souffle  le  dimanche 
des  Rameaux,  pendant  l'Évangile,  est  celui  qui 
dominera  pendant  le  reste  de  l'année.  Cette 
croyance,  qui  est  répandue  dans  plusieurs  par- 
ties du  pays  gallo,  existe  aussi  à  Lorient  (c'est 
pendant  l'élévation)  et  dans  les  environs  de 
Chartres. 

Cf.  Mclusine,  t.  I,  col.  143  et  144. 

Sur  la  côte,  le  vent  dominant  de  l'année  est 
celui  qui  souffle  pendant  l'Évangile  des  Rameaux; 
aussi  les  marins  sortent-ils  pour  voir  de  quel  côté 
est  tourné  le  coq  du  clocher.  (S.-C,  D.) 

Ailleurs,  le  vent  tourne  au  moment  où  l'on 
frappe  les  trois  coups  à  la  porte  avec  le  bâton  de 
la  croix. 

Si,  pendant  la  procession  des  Rameaux,  lèvent 
vient  du  bas  (sud,  ouest),  il  n'y  aura  pas  de 
pommes.  (P.) 

On  porte   les  enfants  à  la  messe;   les  mères 


2  34      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

sont  persuadées  qu'ils  marchent  plus  vite  après 
avoir  assisté  à  la  cérémonie  de  la  procession. 

Ce  dimanche  est  aussi  celui  où  l'on  peut  le 
plus  utilement  consulter  le  sort.  Pour  savoir  si 
on  se  mariera  dans  l'année,  si  on  sera  pris  à  la 
conscription,  ou  toute  autre  chose,  il  faut  mettre 
une  clé  dans  son  livre  de  messe.  On  serre  le  livre, 
et  on  le  balance  au  bout  de  la  clé,  et  on  lui  fait 
sa  demande;  si  le  livre  tourne  du  même  côté  que 
le  soleil,  ce  qu'on  a  souhaité  arrivera.  (P.) 

Au  moment  où  le  prêtre  frappe  la  porte  de 
l'église,  tous  les  serpents  tombent  au  pied  de 
la  tour  de  Babylone,  et  ils  ne  peuvent  remonter. 
S'ils  n'étaient  pas  abattus  ce  jour-là,  ils  se  met- 
traient à  voler  et  dévoreraient  les  gens.  (P.)  On 
croit  que,  si  les  v'iins  et  les  couleuvres  ont  été 
sept  ans  sans  voir  âme  vivante,  il  leur  pousse  des 
ailes.  (D.,  P.) 

Cf.  Traditions  et  superstitions,  t.  II,  p.  221. 

Si  on  porte  sur  soi  une  croix  faite  avec  du 
laurier  bénit  des  Rameaux,  on  ne  meurt  pas 
d'accident  ou  de  mort  subite.  (P.)  Le  laurier 
ou  le  buis  des  Rameaux  préserve  aussi  du  ton- 
nerre. (E.) 

Croyance  analogue  dans  les  Vosges.  (Cf.  Mél.,  col.  454.) 

On  place  dans  les  champs  des  branches  de  buis 
ou  de   laurier   bénit  des   Rameaux  pour   porter 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        235 

chance  à  la  récolte.  On  en  met  aussi  aux  étables 
pour  préserver  le  bétail  des  maladies.  (P.) 

Si  on  a  sur  son  chapeau  une  branche  de  laurier 
bénit,  on  peut  se  promener  sous  l'orage  en  toute 
sécurité.  (Hénon.) 

Il  f;mt  bien  se  garder  de  faire  la  lessive  pendant 
la  semaine  sainte  :  on  serait  exposé  à  voir  mourir 
dans  l'année  une  personne  de  la  maison  ou  une 
des  lavandières.  (E.,  S.-C,  D.,  P.) 

Même  croyance  en  Poitou.  (Cf.  Souche,  Croy.,  p.  9.) 

S'il  pleut  pendant  la  semaine  sainte,  la  terre 
est  altérée  toute  l'année.  (E.) 

A  Pleudihen,  pendant  la  semaine  sainte,  des 
groupes  en  deuil  vont  de  porte  en  porte  chanter 
la  Passion.  On  leur  donne  des  œufs  pour  récom- 
pense. 

(B.  Jollivet,  t.  II,  p.  69.) 

Cet  usage  de  quête  aux  œufs  existe  en  beaucoup  de  pays,  no-'"^ 
tamment  en  Seine-et-Oise.  (Cf.  Mélusine,  t.  I,  coL  143.) 

Le  jeudi  saint,  on  cesse  de  sonner  les  cloches; 
on  dit  qu'elles  vont  à  Rome  pour  demander  au 
pape  la  permission  de  faire  gras.  Certaines  per- 
sonnes comprennent  ce  qu'elles  disent.  Elles 
en  reviennent  le  samedi,  et  alors  on  les  sonne  à 
toute  volée.  En  beaucoup  de  pays,  les  enfants 
se  rendent  sur  les  chemins  dans  l'espoir  de 
voir  les  cloches  passer  à  leiir  retour  de  Rome. 
(E.,  M.) 


236      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Pendant  que  les  cloches  vont  à  Rome,  on  ne 
bêche  pas  la  terre.  (E.) 

S'il  pleut  le  vendredi  saint,  la  terre  est  harc 
(mouillée)  toute  l'année.  (P.) 

Qiiand  il  gèle  le  vendredi  saint,  les  gelées  ne 
portent  pas  (ne  sont  pas  nuisibles)  toute  l'an- 
née. (E.) 

Il  ne  faut  pas  faire  la  lessive  le  vendredi  saint, 
car  on  laverait  son  suaire.  (S.-C.)  Ailleurs,  on  as- 
sure qu'on  brûlerait  le  sang  de  Jésus-Christ.  (P.) 

On  ne  doit  pas  non  plus  laisser  d'eau  dans  les 
vases  de  la  maison  :  on  assure  que,  la  nuit,  il  y 
tombe  une  goutte  de  sang,  et  cela  porte  mal- 
heur. (P.) 

Si  on  bêche  le  vendredi  saint,  on  creuse  la 
tombe  de  N.-S.  Jésus-Christ.  On  assure  aussi  que 
la  terre  saigne  si  on  la  laboure;  mais  il  est  d'u- 
sage de  n'y  pas  toucher  ce  jour-là. 

La  même  croyance  existe  à  Koirmoutiers.  (Cf.  McJusiue,  t.  I, 
col.  144.) 

Le  vendredi  saint,  qu'on  nomme  le  vendredi 
b'tii  ou  7n'ni,  on  fait  jeûner  les  enfants  pour  qu'ils 
trouvent  des  nids,  d'où  ce  dicton  : 

Le  vendredi  béni, 
r  faut  jeûner  pour  trouver  des  nids.  (M.) 

La  même  coutume  existe  en  Lorraine.  (Cf.  Mélusine,  t.  I, 
coL  142.) 


LES    FETES    ET   LES   DIVERTISSEMENTS         237 

C'est  le  vendredi  saint  qu'on  met  le  nid  dans 
la  cage  des  oiseaux;  on  place  un  clou  dans  le 
fond  pour  empêcher  les  œufs  de  tourner.  (D.) 

En  Sicile  {Gitbernatis,  t.  II,  p.  29e),  quand  une  poule  couve, 
on  place  au  fond  de  son  nid  un  clou,  qui,  dit-on,  a  la  propriété 
d'attirer  et  d'absorber  toute  espèce  de  bruit  de  nature  à  nuire  aux 
poussins. 

Les  œufs  pondus  le  vendredi  saint  doivent  être 
mangés  pour  se  décarêmer.  (S.-C.) 

Les  hirondelles  arrivent  toujours  avant  le  ven- 
dredi saint,  pour  assister  à  la  Passion. 

Cf.  dans  Rolland,  t.  II,  p.  320,  une  légende  saintongeoise,  où 
l'hirondelle  passe  pour  avoir  essayé  d'arracher  les  épines  sur  la 
tète  de  Jésus-Christ. 

C'est  aussi  ce  jour-là  qu'on  nettoie  les  ruches; 
on  le  préfère  à  tous  les  autres  parce  qu'il  est 
béni.  (P.) 

Au  bord  de  l'étang  de  la  Huais,  à  Bain,  est 
une  chapelle  en  ruine  dédiée  à  saint  Melaine.  Le 
vendredi  saint  de  chaque  année,  dans  cette  cha- 
pelle, les  paysans  viennent  offrir  au  saint  des 
pieds  de  cochons  pour  obtenir  un  temps  propice 
à  leurs  récoltes. 

(Communiqué  par  M.  Orain.) 

Le  samedi  saint  s'appelle  : 

Le  samedi  absolu 
Qui  fout  l'carême  su'  l'eu.  (D.) 

Le  samedi  d'avant  Pâques,  des  jeunes  gens  se 


238      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

réunissent  pour  chanter  Alléluia.  En  arrivant  dans 
l'aire,  ils  se  mettent  à  chanter,  et  parfois  ils  ont 
avec  eux  une  vielle  et  un  violon  : 

Réjouissez-vous,  peuple  affligé, 
Jésus-Christ  est  ressuscité. 
S'il  ne  Test  pas,  il  le  sera. 
Alléluia  ! 

Puis  ils  demandent  la  permission  de  chanter, 
en  disant  : 

Chanterons-je  ? 

S'ils  ont  obtenu   la  permission,   ils  chantent 
aussi  : 

Réveillez- vous,   peuple  affligé, 
Jésus-Christ  est  ressuscité. 
En  peu  de  temps,  on  le  verra. 
Alléluia  {quater)  I 

Consolez-vous,  Reine  des  cieux. 

Finissez  vos  alarmes. 
Ne  permettez  plus  à  vos  yeux 

De  répandre  des  larmes. 
Votre  cher  Fils  est  glorieux. 

Il  a  repris  ses  charmes. 

Alléluia!  Mère  d'amour. 

Mon  aimable  in  cesse. 
Alléluia  !  dans  ces  saints  jours  ; 

Chantons  à  l'allégresse, 
Reine  de  la  céleste  cour. 

Alléluia  1  sans  cesse. 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        239 


Il  est  enfin  ressuscité  ; 

Nous  devons  tous  le  croire. 
A  la  mort  il  a  remporté 

Une  entière  victoire. 
Honorons  son  humanité, 

Honorons  cette  gloire  ! 
Alléluia  !  Mère  d'amour,  etc. 

Vous  aurez  le  contentement, 
Comme  moi  la  première, 

Et  vous  jouirez  paisiblement 
Des  flambeaux  de  lumière, 

Pour  épuiser  paisiblement 
Des  faveurs  singulières. 
Alléluia  I  etc. 

Il  n'aura  plus,  ce  tendre  Fils, 
Les  épines  sur  la  tête; 

Tous  CCS  maux  seront  ensevelis 
Dans  une  grande  fête. 

Ornez-vous  de  fleurs  de  lis 
En  chantant  ses  conquêtes. 
Alléluia!  etc. 

Si  vous  n'ez  rien  à  nous  donner, 
Ne  nous  faites  point  attendre. 

Car  il  fait  noir  à  mal  marcher  : 
Le  point  du  jour  s'avance. 

Sortez  du  lit  sans  balancer. 
Vous  aurez  récompense. 
Alléluia!  etc. 

Remerciement  : 


240      LE   CALENDRIER,    LES    TRAVAUX   ET   USAGES 


En  vous  remerciant, 
Mes  braves  gens, 

Le  présent  est  honnête  : 
Retournez  vite  vous  coucher. 

Et  dormez  à  votre  aise, 
Le  bon  Jésus  vous  bénira 

Comme  des  gens  honnêtes. 

Qiiand  ils  ont  fini,  on  leur  donne  des  œufs. 

Dans  le  canton  de  Matignon,  les  chanteurs  ter- 
minent leur  chanson  par  ce  couplet,  qui  se  chante 
sur  l'air  à' Alléluia  : 

Si  vous  n'ez  ren  à  nous  donner, 
Baillez-nous  la  fille  de  l'hôté  (de  la  maison)  ; 
Chacun  de  nous  l'embrassera. 
Alléluia  1 

Variante  : 

Un  fort  panier  la  portera. 

Ceux  qui  ne  veulent  point  donner  d'œufs 
chantent  le  couplet  suivant  : 

Mes  pauv's  gas,  v'êtes  ben  mal  venus  : 
Nos  chienn's  de  poul's  n'ont  point  ponnu. 
Venez  demain  matin  ;  not'  chien  ponra. 
Ahl  mes  pauv'  gas  !  (E.) 

Alors  les  chanteurs  répondent  : 

Si  vous  n'vouliez  rien  nous  donner, 
N'fallait  pas  nous  laisser  chanter  ; 
Un  jour  le  eu  vous  pèlera. 
Alléluia!  (E.) 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        24 1 


En  vous  r'merciant,  mes  braves  quêfous  (sots), 
Nous  irons  tous  ététer  vos  choux, 
Et  votre  porée,  s'i'  y  en  a, 
Alléluia  ! 

Dans  les  Ardennes  (cf.  Nozot,  p.  125),  ce  sont  les  enfants  de 
chœur  qui  vont  à  la  quête  aux  œufs.  —  De  même  en  Seine-et- 
Marne. 

Aux  environs  de  Laval,  les  enfants  vont  de  porte  en  porte,  la 
semaine  sainte,  demander  les  œufs  de  Pâques,  en  disant  : 
«  Mouillorin  !  La  poule  a-t-y  pondu  à  matin  ?  » 

Si  l'on  veut  avoir  des  richesses,  il  faut  se 
rendre,  la  nuit,  près  d'un  talus  où  il  y  ait  des 
coudriers.  Lorsque  sonne  le  premier  coup  de  mi- 
nuit, on  saute  sur  le  talus  et  l'on  coupe  une 
branche;  mais  il  faut  être  redescendu  avant  que 
le  dernier  coup  ait  sonné,  sinon  on  serait  enlevé. 
On  ramasse  bien  précieusement  cette  baguette  de 
coudrier,  et,  lorsqu'on  désire  quelque  chose,  on 
est  assuré  de  l'avoir  en  disant  :  «  Par  la  vertu  de 
ma  baguette,  que  j'aie  telle  ou  telle  chose.  »  (P.) 


5    III.    DE    PAQUES    A    LA     FIX    DE     l' ANNÉE 

PÀQ.UES.  —  On  dit  que,  pendant  la  nuit  de 
Pâques,  toutes  les  pierres  sont  transformées  en 
pain,  et  l'eau  en  cidre. 

16 


242      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Il  y  avait,  une  fois,  un  homme  qui  traitait 
cette  croyance  de  farce  ;  il  ne  se  coucha  point  et 
alja  chercher  une  grosse  pierre  qu'il  avait  choisie 
tout  exprès  et  de  l'eau  qu'il  avait  préparée  d'a- 
vance. Au  milieu  de  la  nuit,  il  vit  la  pierre  trans- 
formée en  une  belle  miche  de  pain,  et  son  eau  en 
cidre.  Il  mangea  de  bon  appétit  et  but  du  cidre 
en  proportion;  mais,  quand  son  repas  fut  ter- 
miné, il  ressentit  de  grandes  douleurs;  le  pain 
était  redevenu  pierre,  le  cidre  n'était  plus  que  de 
l'eau,  et  l'homme  mourut. 

(Conté,  en  i8Si,  par  J.-M.  Comault,  du  Gouray.) 

Le  jour  de  Pâques,  les  pierres  de  Crokélien, 
commune  du  Goura}-,  se  dérangent  pour  laisser  à 
découvert,  pendant  qu-elques  instants  seulement, 
une  barrique  d'argent  qu'elles  recouvrent. 

Cf.  sur  ce  trésor  mes  Traditions  ei  superstitions,  t.  I^"^,  p.  43. 

Au  Croisic,  le  jour  de  la  Quasimodo,  on  casse 
les  pots. 

(Ogée,  art.  Croisic.') 

Te  n'ai  point  eu  connaissance  de  cette  coutume  dans  les  p.iys 
que  j'ai  explorés;  mais,  à  Pontaven  (Finistère),  j'ai  vu  les  en- 
fants casser  les  pots  ce  jour-là. 

De  Pâques  à  la  Pentecoûte, 
Le  dessert  est  une  croûte.  (D.) 

—  Il  est  comme  l'Ascension,  i'  ne  hausse  ni 
ne  baisse.  (P.) 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        245 

—  A  l'Ascension,  on  laisse  le  veau,  on  prend 
le  mouton, 

D'après  Habasque,  qui  cite  ce  proverbe,  t.  II,  p.  197,  il  ferait 
allusion  à  la  coutume  des  bouchers,  qui  ne  débitent  guère  de 
viande  de  mouton  que  lorsque  l'hiver  est  passé. 

Les  Rogations.  —  Le  temps  qu'il  fait  pen- 
dant les  trois  jours  des  Rogations  pronostique 
celui  que  l'on  aura  pour  ramasser  les  récoltes  :  le 
lundi  est  pour  la  fands:n,  le  mardi  pour  la  mois- 
son, et  le  mercredi  pour  les  vendanges,  ainsi  que 
pour  les  pommes-  (E.)  On  dit  en  proverbe  : 

Queue  Rogâson, 

Qiieue  fanâson.  (E.) 

Si  on  veut  que  le  beurre  porte  médecine,  il 
faut  tirer  les  vaches  tous  les  deux  matins  des  Ro- 
gations, avant  le  lever  du  soleil,  et  aller  à  la 
messe.  Le  troisième  jour,  on  doit  riboter  son  lait 
avant  le  lever  du  soleil,  tirer  son  beurre  et  le 
préparer,  et  aller  à  la  messe.  Par  ce  moyen,  on 
obtient  du  beurre  qui  porte  médecine.  (P.) 

On  assure  qu'il  pleut  toujours  le  lundi  de  la 
Pentecôte.  Toutes  les  fois  qu'on  chante  à  l'église 
le  Veni  Creator,  la  semaine  est  pluvieuse.  (E.) 

La  Pentecôte.  —  C'est  le  jour  do  la  Pente- 
côte et  le  lundi  suivant  que  commencent  véri- 
tablement en  Haute-Bretasfne  les   assemblées  et 


244      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

les  pèlerinages.  Le  plus  important  peut-être  de 
tous,  celui  de  Saint-Mathurin  de  Moncontour,  a 
lieu  surtout  à  cette  époque.  On  y  vient  de  fort 
loin,  du  pays  gallo  et  de  la  Basse-Bretagne,  pour 
implorer  le  grand  saint  Mathurin.  Pour  beau- 
coup, c'est  le  plus  grand  saint  du  Paradis,  On 
raconte  même  qu'il  aurait  pu  être  le  bon  Dieu 
s'il  avait  voulu.  On  lui  proposa  la  place,  mais  il 
refusa  parce  qu'il  trouvait  qu'elle  lui  aurait  donné 
trop  d'embarras. 

La  même  légende  est  populaire  en  Basse-Bretagne.  (Cf.  Luzel, 
Légendes  chrétiennes,   t.  I*';  p.  2.) 

Les  pèlerins  amenaient  autrefois  des  bœufs, 
qu'on  offrait  à  saint  Mathurin,  et  certains  faisaient 
sur  les  genoux  le  tour  de  l'église.  Maintenant,  les 
pèlerins  se  contentent  de  dire  des  prières  et  d'em- 
brasser la  plaque  de  verre  enchâssée  dans  le  front 
d'un  buste  d'argent  qui  recouvre  un  fragment  du 
chef  de  saint  Mathurin. 

On  raconte  que  le  buste  de  saint  Mathurin, 
pas  celui  d'argent,  mais  un  plus  ancien,  qui  était 
en  bronze,  a  été  plusieurs  fois  enlevé  par  des 
pèlerins  désireux  de  posséder  chez  eux  un  saint  si 
puissant;  mais,  comme  il  ne  se  plaisait  que  dans 
son  église  de  Moncontour,  il  y  revenait  tout  seul 
ou  forçait  les  gens  à  l'y  rapporter. 

Il  y  a,   en  Haute-Bretagne  même,  nombre   de  légendes   sur 
les    statues  qui  reviennent  d'elles-mêmes    à  leur  demeure   pré- 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        245 


férée.   (Cf.    mes   Traditions  et  superstitions,  t.  l",  p.  32.1.)  C'est 
une  croyance  qui  est  populaire  en  beaucoup  d'autres  pays. 

Les  pèlerins  qui  vont  à  Saint-Mathurin  en  rap- 
portent une  image  en  plomb  qui  représente  une 
tête  assez  grossière  sur  un  buste  sans  bras,  serré 
à  la  taille  et  couvert  de  boutons  séparés  par  des 
traits  en  saillie.  C'est  un  moule  ancien  qui  sert  à 
la  couler.  Il  s'en  vend  bien  des  milliers  ;  les 
fidèles,  en  revenant,  en  portent  à  leurs  chapeaux 
ou  sur  leurs  vêtements  ;  elles  sont  attachées  avec 
des  rubans  et  des  cocardes,  ornées  parfois  de 
fleurs  artificielles.  Cette  image  préserve  ceux  qui 
la  portent  des  chiens  enragés,  des  v'iins  (serpents) 
et  de  loutes  sortes  de  maux. 

La  Trinité.  —  Jadis,  à  la  Trinité,  d'après  un 
ancien  usage  que  est  depuis  peu  tombé  en  dé- 
suétude, les  fermiers  apportaient  à  leur  proprié- 
taire une  motte  de  beurre  et  des  caillebotes  ;  et, 
ce  jour-là,  il  les  invitait  à  s'asseoir  à  sa  table.  (D.) 

A  la  Trinité,  on  dit  : 

Ma  grand'mère  vien'ra  tantôt, 
Qui  m'  f  ra  des  caillibotes  ; 
Ma  grand'mère  vien'ra  tantôt, 
Qui  m'  f  ra  du  bon  fricot.  (D.) 

La  Fête-Dieu.  —  La  Fête-Dieu  se  nomme  le 

Sac'  ou  Sacre. 


246      LE   CALENDRIER,    LES    TRAVAUX   ET   USAGES 

La  Fête-Dieu  est  très  solennellement  fêtée  en 
Haute-Bretagne;  sur  le  passage  de  la  procession, 
on  tend  des  draps  de  lit  ornés  de  fleurs,  et  le  sol 
est  jonché  de  glaïeuls. 

Je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  actuellement  des  cé- 
rémonies singulières  ;  mais  en  voici  une  qui  a 
disparu  seulement  dans  la  première  moitié  de  ce 
siècle  : 

«  A  Morieux,  lors  des  processions,  les  petits 
enfants  de  la  paroisse  se  plaçaient  devant  le  Saint 
Sacrement  et  soufflaient  de  toute  la  force  de  leuis 
poumons  dans  des  sifflets  de  plomb  ou  de  bois. 
Ces  musiciens  d'une  nouvelle  espèce  faisaient  en- 
tendre les  sons  les  plus  discordants  ;  mais  c'était 
l'usage,  et  personne  n'en  était  troublé.  » 

(B.  Jollivet,  t.  P%  p.  161.) 


§   IV.    —    LES     JEUX    ET    DIVERTISSEMEXTS    PUBLICS 

Avant  la  Révolution,  il  y  avait  en  Haute-Bre- 
tagne un  assez  grand  nombre  de  fêtes  publiques 
civiles;  depuis,  celles  qui  avaient  un  caractère 
féodal  ont  disparu  en  même  temps  que  les  droits 


LES   FÊTES   ET  LES   DIVERTISSEMENTS        247 

féodaux,  et  d'autres,  telles  que  le  tir  à  l'arc  ou  à 
l'arbalète,  sont  tombées  en  désuétude.  Actuelle- 
ment, un  petit  nombre  seulement  ont  résisté  à 
ces  causes  et  à  la  guerre  que  le  clergé  leur  a  faite 
pendant  une  moitié  de  siècle.  Voici  quelques- 
unes  de  celles  qui  ont  survécu  : 

Les  feux  de  joie  sont  relativement  rares  sur  la 
côte  et  dans  les  environs  de  Rennes;  il  n'y  en  a 
guère  qu'à  la  Saint- Jean,  et  encore  cet  usage  est 
en  beaucoup  de  lieux  tombé  en  désuétude,  ou  à 
la  Saint-Pierre  ;  mais,  dans  la  partie  de  la  Haute- 
Bretagne  voisine  du  Mené,  ils  sont  assez  fré- 
quents, et  nombre  de  bourgs  en  ont  deux  par  an, 
sans  compter  celui  de  la  Saint-Jean  qui  est  sou- 
vent allumé  par  un  groupe  de  villageois  sur  un 
tertre  ou  près  d'une  ancienne  chapelle  consacrée 
à  Saint-Jean. 

Il  y  en  a  un  au  moment  de  la  fête  paroissiale, 
et  le  clergé  vient  l'allumer  processionnellement; 
le  jaillissement  de  la  flamme  est  salué  par  des 
coups  de  fusil.  C'est  une  cérémonie  moitié  pro- 
fane, moitié  religieuse,  qui  ne  brille  pas  toujours 
par  le  recueillement. 

Les  tisons  des  fouées  faites  en  l'honneur  des 
saints  ou  des  saintes  préservent  de  la  foudre. 
Beaucoup  de  personnes  en  ramassent.  (P.) 

Depuis  quelques  années;  il  est  aussi  d'usage, 
en  un  assez  grand  nombre  de  communes  de  cette 


248      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

région,  d'allumer  un  feu  de  joie  le  14  juillet  ou 
le  dimanche  le  plus  rapproché  de  la  fête  de  la 
République. 

11  y  a  en  Haute-Bretagne  un  jeu  qui  se  nomme 
écaisser  (déchirer)  la  grenouille.  Il  a  été  décrit 
dans  un  conte  de  Paul  Féval  intitulé  :  La  Gre- 
nouille. «  La  grenouille  est  un  morceau  de  bois  ; 
elle  doit  être  bonne  et  ronde,  et  franche  (polie), 
et  telle  que  deux  honnêtes  gars  puissent  la  tenir 
sans  se  faire  mal...  Deux  gars  sortent- des  rangs. 
Ils  se  placent  en  face  l'un  de  l'autre  et  se  frappent 
trois  coups  dans  la  main.  C'est  le  signal...  Les 
deux  gars  saisissent  la  grenouille  du  mieux  qu'ils 
peuvent,  et  tout  aussitôt  sous  chacun  d'eux  se 
place  une  sorte  de  cariatide  humaine  qui  fait 
office  de  poteau.  Les  deux  gars,  soutenus  par  ces 
piédestaux  animés,  prennent  une  position  hori- 
zontale à  quatre  pieds  du  sol.  En  même  temps, 
les  paroisses  rivales  s'attellent  littéralement  aux 
jambes  des  champions  et  tirent  de  tout  leur  cœur. 
Les  deux  gars  tiennent  toujours  la  grenouille. 
Quand  le  gigantesque  attelage  qui  tire  sur  leurs 
jarrets  fait  un  peu  relâche,  ils  essaient  de  tourner 
la  barre  et  de  se  l'arracher  mutuellement.  L'un 
des  gars  attelés  aux  tibias  du  champion  de  Ces- 
son  a  glissé.  Le  contre-coup  de  sa  chute  a  fait 
glisser  son  voisin;  de  proche  en  proche,  tout  le 
monde  glisse  et  tombe...   On  se  relève,  et  l'on 


LES  FETES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        249 


recommence  à  tirer,  car  les  deux  gars  n'ont  pas 
lâché  prise.  Tous  deux  sont  tombés  à  plat  ventre, 
tandis  que  leurs  tenants  sont  tombés  sur  le  dos; 
mais  leurs  mains  sont  rivées  à  la  grenouille...  Il 
s'agit  de  l'honneur  de  la  paroisse.  Les  articula- 
tions craquent;  on  tire  toujours...  » 

(^Contes  hrctoris,  pages  149,  155,  158.) 

«  Les  amateurs  de  joutes,  à  Saint-Malo,  la  plu- 
part brevetés  coquetiers,  élèvent  avec  un  soin  mi- 
nutieux des  coqs  des  races  réputées  les  meil- 
leures. Il  y  a  des  coqs  dont  les  victoires  sont 
vantées,  dont  la  race  est  ancienne,  dont  la  gé- 
néalogie est  conservée.  La  race  du  coq  crâne  est 
célèbre. 

«  A  certaines  époques  de  l'année,  les  coquetiers 
avec  leurs  coqs  se  réunissent  dans  un  parc;  un 
jury  est  formé  des  plus  anciens  coquetiers,  les 
deux  coqs  qui  doivent  combattre  sont  examinés, 
et  les  paris  sont  ouverts.  Ensuite,  on  lâche  les 
combattants,  bien  écrêtés,  armés  d'éperons  d'a- 
cier, les  plumes  des  ailes  et  du  cou  coupées.  La 
lutte  n'est  pas  longue;  bientôt  l'un  des  com- 
battants succombe,  forcé  par  son  rival,  qui  reste 
souvent  étendu,  ne  pouvant  retirer  son  éperon. 
C'est  alors  que  l'on  crie  de  toutes  parts  :  «  Il 
ç^we  !  Il  '^ne  !  » 

«  Quelques  instants  avant  la  joute,  on  fait  ava- 
ler aux  coqs  des  liqueurs  enivrantes. 


2)0      LE    CALENDRIER,  LES   TRAVAUX   ET    USAGES 

«  Le  jour  de  la  fête  des  écoliers,  dans  les  pe- 
tites écoles  de  campagne,  le  jeudi  qui  précède  le 
carême,  chaque  enfant  porte  à  l'école,  avec  le 
morceau  de  lard  qu'il  doit  fournir  au  banquet, 
son  coq  pour  le  faire  se  battre,  avec  l'éperon 
naturel,  avec  ceux  de  ses  camarades.  L'enfiuit 
dont  le  coq  a  remporté  le  plus  de  victoires  est 
proclamé  roi  de  la  joute  et  du  banquet  qui  le 
suit.  « 

(Verger,  Archives  curieuses  de  la  ville  de  Nantes,  1838  ;  cité 
dans  Rolland,  t.  VI.) 

Le  jeu  des  combats  de  coqs  existe  toujours 
à  Saint-Malo  ;  il  a  surtout  lieu  le  lundi  de  Pâques  ; 
voici  quelques  détails  sur  les  combats  de  coqs  que 
les  écoliers  faisaient  jadis  : 

«  Quelques  jours  avant  l'époque  du  carnaval, 
le  coq  élevé  par  chaque  enfant  pour  prendre  part 
à  la  joute  était  entouré  des  soins  les  plus  minu- 
tieux, recevant  une  nourriture  échauffante,  telle 
que  du  chènevis,  etc.,  et  pour  boisson  quelques 
cuillerées  d'alcool. 

«  Le  jour  de  mardi  gras  arrivé,  les  cnfluits, 
vêtus  comme  aux  jours  de  fêtes,  portant  chacun 
le  coq  sur  lequel  ils  fondaient  les  plus  belles  espé- 
rances, se  rendaient  sur  le  lieu  du  combat.  C'é- 
tait habituellement  dans  la  cour  de  l'école. 

«  Les  parents  formaient  la  haie,  et  ceux  coqs 
tirés  au  sort  étaient  lancés  dans  l'arène.  Immé- 


LES   FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        25  I 

diatement  la  lutte  s'engageait  et  ne  finissait  que 
par  la  mort  ou  la  fuite  de  l'un  des  combattants. 
Un  autre  coq  était  alors  lancé,  et  le  vainqueur  de 
tout  à  l'heure  recommençait  la  lutte. 

«  La  même  scène  recommençait  ainsi  jusqu'à 
ce  que  tous  les  coqs  eussent  pris  part  au  combat. 

«  Le  coq  qui  avait  fait  le  plus  grand  nombre 
de  victimes  était  le  vainqueur,  et  immédiatement 
son  heureux  propriétaire  était  proclamé  roi  par 
toute  l'assemblée. 

«  On  improvisait  alors  un  trône  sur  une  ci- 
vière, et  les  quatre  plus  forts  le  promenaient  en 
triomphe  dans  les  principales  rues  de  la  commune 
en  poussant  des  hourras. 

((  Après  cette  promenade  triomphale,  on  allait 
festoyer  dans  un  repas  où  chacun  avait  contribué 
suivant  ses  moyens.  Les  uns  apportaient  de  la 
charcuterie,  des  volailles,  des  œufs,  etc.,  les 
autres,  du  cidre,  du  vin,  du  café. 

«  On  riait,  on  s'amusait,  et  chacun  se  promet- 
tait bien  de  recommencer  l'année  suivante. 

«  Voilcà  pour  les  garçons.  Mais  les  petites  filles 
avaient  bien  aussi  leur  joute.  Celle-ci  consistait  à 
casser  le  plus  d'œufs  possible  avec  le  même  œuf, 
en  conservant  ce  dernier  intact. 

«  Les  œufs  apportés  pour  ces  enfants,  et  qui 
s'élevaient  souvent  à  un  chiffre  considérable,  étaient 
répartis  proportionnellement  entre  toutes,  et  celle 


252      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

qui  cassait  le  plus  d'œufs  avec  le  même  œuf  était 
proclamée  reine  et  recevait  une  véritable  ova- 
tion. Il  y  en  avait,  paraît-il,  de  très  habiles,  et 
j'ai  ouï  dire  que  les  plus  fortes  dépassaient  leur 
douzaine. 

«  Toutes  ces  petites  fêtes  ont  disparu,  du  moins 
à  Saint-Lunaire.  » 

(Le  vieux  Corsaire,  2  mai  1883.) 

La  CouRRERiE  DE  coas  est  une  sorte  de  jeu  en 
usage  aux  environs  de  Rennes.  On  plante  dans 
la  terre  un  piquet  surmonté  d'un  papier;  on 
bande  les  yeux  aux  joueurs,  qui,  chacun  à  son 
tour,  armés  d'une  faux,  sont  placés  à  quelque 
distance  du  but.  Celui  qui  parvient  à  faucher  le 
piquet  reçoit  comme  récompense  un  animal,  soit 
un  lapin,  soit  plus  généralement  un  coq.  Ce  jeu 
s'appelle  aussi  «  faucherie  de  coqs  ». 

On  compte  les  pas,  et  on  en  donne  le  chiffre  à 
ceux  qui  veulent  concourir. 

A  Saint-Malo,  d'après  Verger,  Archives  cu- 
rieuses de  la  ville  de  Nantes,  on  pratiquait  le  jeu 
du  tire-jars.  Il  est  tombé  depuis  en  désuétude. 

«  Un  jars  est  suspendu  par  les  pattes  à  un 
•arbre,  dans  une  avenue  bordée  de  nombreux  spec- 
tateurs. Des  hommes  à  cheval  sont  rangés  sur  une 
file.  Après  avoir  tiré  au  sort,  à  un  signal  donné, 
ils  partent  tour   à  tour,  passant  au   galop  sous 


LES    FÊTES   ET   LES   DIVERTISSEMENTS        253 

l'arbre  où  est  suspendu  le  jars,  dont  on  doit  arra- 
cher la  tète  avec  la  main,  sans  quitter  la  selle.  Le 
vainqueur  est  proclamé  roi;  il  choisit  une  reine 
dans  l'assemblée.  Chaque  cavalier  prend  une  dame 
en  trousse,  et  la  cavalcade  joyeuse  et  bruyante  se 
rend  à  un  banquet  préparé  à  l'avance.  « 

Dans  les  pays  que  je  connais,  le  jeu  de  la  soûle 
a  disparu  ;  mais  il  n'y  a  pas  plus  de  trente  ans 
qu'on  le  pratiquait  encore,  avec  moins  d'acharne- 
ment qu'en  Basse-Bretagne,  à  Saint-Glen,  canton 
de  Moncontour,  et  dans  les  communes  voisines; 
on  l'a  fait  cesser,  il  y  a  trente  ans  environ,  parce 
que  c'était  une  occasion  de  querelles. 

Il  a  été  jadis  très  populaire  en  Haute-Bretagne, 
ainsi  que  le  constatent  de  nombreux  documents; 
toutefois,  il  résulte  de  la  plupart  d'entre  eux  que, 
même  avant  la  Révolution,  on  l'avait  fait  cesser 
en  beaucoup  d'endroits. 

«  Jadis,  à  Saint-Pcrreux,  le  dernier  marié  de 
l'année,  à  son  défaut  celui  de  l'année  précédente, 
devait  fournir  à  Noël  une  souIe  ou  boule  de  bois 
que  deux  partis  se  disputaient  l'honneur  d'amener 
au  but  fixé.  Cette  coutume  a  cessé  en  1680.  » 

Ogée. 

Il  y  a  des  jeunes  gens,  parfois  même  des 
hommes  mariés,  qui  vont  aux  pèlerinages  ou  aux 
assemblées  exprès  pour  se  battre  avec  ceux  d'une 
commune    voisine.    (P.)    C'est    généralement    à 


254      LE   CALENDRIER,    LES    TRAVAUX   ET   USAGES 

propos  des  sobriquets  que  les  gens  d'un  pays 
adressent  à  leurs  voisins  que  les  batailles  ont  lieu. 
11  y  en  a  eu  plusieurs  qui  ont  entraîné  mort 
d'homme.  Actuellement,  bien  que  l'usage  de  bla- 
sonner  ses  voisins  existe  encore,  ces  coutumes 
barbares  ont  une  tendance  à  disparaître. 


CHAPITRE  III 


LA  MAISON 


§1. 


LA    CONSTRUCTION    ET   LA   BENEDICTION 


w5^_-^UTREF0is,  on  plaçait  des  pierres  à  tonnerre 
WjA^>^\  dans  les  fondations  des  maisons;  j'en  ai 
^^^i  cité  quelques  exemples,  t.  1er,  p.  ^5^  (5e 
mes  Traditions  et  superstitions  de  la  Haute-Bretagne  ; 
les  plus  récents  remontaient  au  XYII^  siècle.  Ac- 
tuellement, cet  usage  semble  complètement  aban- 
donné; du  moins,  je  n'ai  recueilli  aucun  fait 
prouvant  son  emploi  à  l'époque  actuelle. 

Quand  on  pose  la  première  pierre,  on  frappe 
dessus;  s'il  y  a  danc  la  maison  une  jeune  fille, 
c'est  elle  qui  vient  donner  le  premier  coup  de 
marteau.  Elle  apporte  une  pichetéc  de  cidre  et  tous 
les  maçons  l'embrassent.  (D.) 


2)6      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

C'est  ordinairement,  un  enfant  qu'on  monte  sur 
la  charpente,  quand  elle  est  levée,  pour  y  placer 
un  bouquet  orné  de  rubans  ;  depuis  quelques  an- 
nées, en  certains  cas,  surtout  s'il  s'agit  d'une  con- 
struction importante,  on  y  ajoute  des  drapeaux. 

Le  soir,  on  mange  un  coq,  et  à  défaut  d'un 
coq,  une  poule.  (E.) 

r 
A  la  Neuville-Chant-d'Oisel,  on    sacrifiait  jadis  un  coq   pou 

consacrer   l'édifice   (cf.    Baudry,   Mélusine,   t.  I,  col.  12).    Cette 

coutume  existe  aussi  dans  l'Allier,  Mél.  (col.  72). 

Ailleurs,  on  mange  une  tête  de  veau.  Le  repas 
a  lieu  le  soir,  et  l'on  y  invite  les  charpentiers,  les 
parents  et  les  amis  les  plus  proches.  (D.) 

Pour  avoir  de  la  chance  dans  une  maison 
neuve,  il  faut  tuer  un  coq  et  l'encaver  au  milieu 
de  la  place.  (P.) 

Sur  le  faîte  de  beaucoup  d'anciennes  maisons 
de  la  Haute-Bretagne,  châteaux,  maisons  bour- 
geoises ou  fermes,  on  plaçait  à  l'endroit  où  main- 
tenant on  met  des  boules  de  plomb  ou  de  zinc 
des  figures  en  terre  vernissée.  On  en  mettait 
aussi  à  terminer  le  haut  des  galeries  ou  des  man- 
sardes. Ces  figurines  sont  appelées  par  les  paysans 
des  «  petits  monsieurs  »  ou  des  «  Frédérics  ».  Ce 
nom,  plus  usité  dans  les  villes,  vient  de  ce  que 
beaucoup  représentent  Frédéric-le-Grand  à  cheval. 

La  plupart  de  ces  personnages  étaient  fabriqués 
à  la  Poterie,   près  Lamballe,  où,   dès  ]  500,   on 


LA   MAISON  257 

trouve  un  Le  Bourdin,  potier.  Cette  famille  en  a 
fait  pendant  longtemps  ;  depuis  quelques  années, 
cette  fabrication  a  recommencé  ;  mais  les  types 
actuels,  qui  figurent  des  coqs  ou  des  gendarmes  à 
cheval,  sont  d'un  modelé  lourd  et  grossier.  Parmi 
les  anciens,  il  y  en  avait  de  très  intéressants. 

Avant  d'aller  habiter  les  maisons,  on  les  fait 
bénir;  on  prétend  que  le  diable  vient  dans  celles 
qui  n'ont  pas  été  aspergées  d'eau  bénite  par  un 
prêtre,  et  que  le  maître  serait  exposé  à  être  em- 
porté par  lui.  (E.)  Dans  les  maisons  non  bénies, 
on  oit  toujours,  c'est-à-dire  qu'on  y  entend  des 
bruits  étranges  et  inexplicables.  (D.) 

Quand  quelqu'un  quitte  la  maison  pour  se 
rendre  à  un  lieu  où  il  n'est  jamais  allé,  ou  pour 
faire  un  ouvrage  qu'il  n'a  pas  l'habitude  de  faire, 
on  trace  une  croix  sur  la  porte  pour  lui  porter 
bonheur.  (P.)  On  fait  aussi  une  croix  dans  1'/;;^ 
pour  marquer  qu'on  est  étonné  de  ce  qu'un  cer- 
tain individu  a  foit.  (D.) 

PROVERBES 

Poule  qui  chante  le  coq 
Et  coq  qui  pond, 
C'est  le  diable  dans  la  maison. 

Pour  faire  une  bonne  maison, 
Il  ne  faut  ni  prêtres,  ni  moines, 
Ni  pigeons. 

17 


258      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


Maison  chétive  est 
Où  la  poule  chante 
Et  le  coq  se  taît.  (D.) 

(C'est-à-dire  où  la  femme  commande.) 

Belle  fille,  pain  frais  et  bois  vert. 
Mettent  une  maison  à  d'sert. 


§  II.  —  l'aménagement 

La  plupart  des  maisons  ont  leur  façade  au  midi, 
et  généralement  l'aire  est  placée  au  levant.  Lors- 
qu'il y  a  un  courtil  derrière,  une  porte  ouvre  vers 
le  nord  ;  mais  il  est  rare  que  l'on  fasse  de  ce  côté 
d'autres  ouvertures,  aussi  bien  au  rez-de-chaussée 
qu'au  grenier. 

Les  fenêtres  sont  aussi  percées  dans  la  façade  ; 
jadis,  et  on  peut  le  constater  par  les  vieilles  mai- 
sons qui  sont  encore  debout,  c'étaient  de  véri- 
tables meurtrières,  qui  ne  laissaient  passer  que 
très  peu  de  jour.  L'intérieur  n'était  éclairé  que 
par  la  porte,  qu'on  laissait  pour  cette  raison 
presque  toujours  ouverte.  Actuellement,  dans  les 
petites  et  dans  les  moyennes  fermes,  il  n'y  a  gé- 


LA   MAISON  259 


néralement  qu'une  fenêtre,  mais  elle  est  plus 
large  et  plus  haute  ;  on  la  garnit  à  l'extérieur  de 
barreaux  de  fer,  précaution  contre  les  voleurs. 

La  partie  de  la  maison  où  habitent  les  gens 
s'appelle  Vbôtê;  on  y  entre  par  une  porte  qui  est 
ordinairement  percée  tout  près  du  mur  qui  sépare 
l'hoté  proprement  dit  du  cellier  ou  de  l'écurie; 
c'est  à  l'autre  extrémité  que  se  trouve  la  che- 
minée. 

Le  seuil  se  nomme  Vassîéde  Vlm,  ou  le  sié;  (D.) 
il  est  généralement  élevé  au-dessus  du  sol  et 
forme  une  sorte  de  banc,  d'où  son  nom.  C'est 
surtout  sur  l'assié  de  l'hu  qu'a  lieu  le  repas  du 
soir  en  été,  c'est  aussi  là  qu'on  prend  le  frais; 
dans  les  bourgs  et  les  villages,  certains  assiés  de 
l'hu  sont  des  centres  de  réunion  où  se  disent  les 
contes,  et  où  l'on  s'entretient  de  la  chronique  lo- 
cale et  des  biens  de  la  terre. 

L'hu  ou  la  porte  se  compose  de  l'hu  propre- 
ment dit,  porte  pleine  qui  n'est  guère  fermée  que 
la  nuit  ou  lorsque  tout  le  monde  est  absent. 

Le  contre-hu  est  une  demi-porte,  haute  de 
ira  50  environ;  elle  reste  presque  toujours  fer- 
mée, afin  d'empêcher  les  bestiaux  de  pénétrer 
dans  l'hôté  et  les  enfants  d'en  sortir. 

Autrefois,  pour  fermer  l'hu,  il  y  avait  une 
barre  en  chêne  assez  forte  qui,  pendant  le  jour, 
était  enfoncée  dans  un  trou  carré  ménagé  dans 


26o      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

l'épaisseur  du  mur;  c'est  de  là  que  vient  l'expres- 
sion barrer  la  porte,  qui  est  encore  synonyme  de 
fermer. 

A  une  petite  distance  del'hu  se  trouve  la  dalle; 
elle  est  généralement  placée  le  long  du  mur  op- 
posé à  la  cheminée.  C'est  une  sorte  d'enfonce- 
ment qui  a  par  le  haut  la  forme  d'un  cintre  très 
surbaissé  ;  il  est  haut  de  2  mètres  environ,  large 
de  i'"  50,  et  s'enfonce  dans  le  mur  de  refend  à 
30  à  40  centimètres  en  profondeur.  C'est  la  dalle 
qui  sert  d'évier. 

Dans  le  bas  sont  placés  les  pots  en  terre  de 
forme  ventrue  qui  ont  en  haut  une  anse  et  sur  le 
côté  une  sorte  de  goulot  très  court  qui  sert  à  ver- 
ser. Ils  se  nomment  potoplons,  pataplons,  huards. 
On  y  met  aussi  le  chaudron.  Au-dessus  sont  les 
cuillers  en  bois,  les  assiettes,  les  plats,  à  moins 
qu'il  n'y  ait  dans  la  maison  un  dressoir,  et  aussi 
les  petits  bassins  de  cuivre,  mais  on  place  aussi 
ceux-ci  au-dessus  des  armoires. 

Dans  la  plupart  des  fermes,  il  n'y  a  au  rez-de- 
chaussée  ni  carreau  ni  plancher  ;  la  place,  —  c'est 
ainsi  qu'on  appelle  le  soi  du  rez-de-chaussée,  — 
est  formée  de  terre  qu'on  a  débarrassée  des  cail- 
ioux  qui  pouvaient  s'y  trouver  ;  on  l'arrose,  par- 
fois on  y  met  de  la  chaux,  ou  des  balles  d'avoine. 
Mais  il  faut  donner  de  la  consistance  à  ce  sol  qui 
sera  souvent  arrosé  par  les  eaux  ménagères,  par- 


LA   MAISON  261 


fois  par  la  pluie.  C'est  pour  avoir  un  sol  dur  et 
uni  qu'on  fait  les  fùiiJer les  de  place;  sauf  que  la 
danse  a  lieu  dans  un  endroit  couvert,  cela  res- 
semble aux  aires  neuves;  on  y  danse  au  son  du 
violon,  le  fermier  fait  circuler  des  pots  de  cidre  et 
le  nivellement  se  fait  gaiement. 

Ici,  le  clergé  est  intervenu  et  a  fait  son  possible 
pour  empêcher  les  fouleries  de  place  ;  elles  ont 
lieu  tout  de  même;  mais  les  fermiers  qui  veulent 
rester  bien  avec  les  prêtres  les  font  la  nuit  et  sans 
trop  de  bruit. 

Il  y  a  quelque  temps,  le  recteur  d'E...  entra 
chez  une  fermière  qui  venait  de  faire  sa  place  ; 
elle  était  bien  nivelée,  et  il  lui  demanda  comment 
on  avait  fait  pour  la  rendre  si  droite. 

—  Ah!  monsieur  le  recteur,  répondit  la  bonne 
femme,  qui  ne  voulait  ni  mentir  ni  se  compro- 
mettre, c'est  à  force  d'aller  et  de  veni'. 

Le  mur  du  côté  du  nord  est  occupé  par  les  lits 
et  les  armoires,  mais  il  y  a  entre  ces  meubles  et 
le  mur  un  espace  assez  grand. 

Dans  les  fermes  et  dans  les  petits  ménages,  les 
presses,  —  c'est  ainsi  qu'on  nomme  les  armoires, 
—  sont  assez  nombreuses  ;  chacun  des  habitants 
a  pour  ainsi  dire  la  sienne  propre,  où  il  met  son 
linge,  ses  hardes,  son  argent  et  tout  ce  qu'il  con- 
sidère comme  étant  réservé  à  son  usage  parti- 
culier. 


202      LE    CALENDRIER,  LES   TRAVAUX    ET   USAGES 

La  presse  la  plus  rapprochée  du  lit  du  maître 
est  presque  toujours  celle  qui  lui  est  réservée. 

Dans  les  armoires  des  femmes,  le  linge  et  les 
vêtements  sont  rangés  symétriquement  ;  entre  les 
piles  de  draps  de  lit,  elles  laissent  pendre  des  cha- 
pelets et  des  rubans  de  noces  ;  le  bouquet  de  ma- 
riée et  le  livre  de  mariage  sont  mis  en  parade 
dans  le  devant. 

Les  lits,  qui  sont  mêlés  aux  armoires,  forment 
pour  ainsi  dire  avec  elles  une  sorte  de  boiserie, 
qui  est  bien  cirée  et  bien  frottée  dans  les  fermes 
bien  tenues.  C'est,  en  général,  pendant  la  grand'- 
messe  ou  les  vêpres  que  cet  astiquage  a  lieu.  Le 
lit  à  gauche  du  foyer,  en  entrant,  est  celui  du 
maître;  les  vieillards  occupent  habituellement 
celui  d'en  face. 

Ces  lits  se  composent  d'une  façade  plus  ou 
moins  ornée,  percée  au  milieu  d'un  trou  de  1^140 
à  im  50  en  tous  sens;  c'est  par  là  qu'on  entre 
dans  le  lit.  Cette  ouverture  est  fermée  par  des  ri- 
deaux le  plus  souvent  en  cotonnade  de  couleur. 
C'est  ce  qu'on  appelle  des  lits-clos.  Il  y  en  a  qui 
ont  deux  étages,  parfois  trois,  très  bas  l'un  et 
l'autre.  Devant  ceux  qui  n'ont  qu'un  étage  est 
placée  une  huche  qui  sert  à  y  monter  et  sur 
laquelle  on  dépose  les  vêtements  avant  de  se 
coucher;  c'est  sur  cette  huche  qu'on  ensevelit  les 
morts. 


LA   MAISON  263 


Les  îits  à  hussiaux  (petites  portes),  qui  tendent 
à  disparaître,  sont  fermés  par  des  portes  qui 
glissent  sur  des  rainures.  Les  hussiaux  sont  ajou- 
rés dans  leur  partie  supérieure,  et  le  quart  de 
cercle  qui  est  vide  est  orné  de  barreaux  tournés, 
parfois  assez  jolis. 

Il  y  a  aussi  des  lits  qui  n'ont  qu'un  hussé;  en 
ce  cas,  la  partie  supérieure  ajourée  forme  un 
demi-cercle  orné  de  barreaux  tournés  qui  partent 
d'un  ornement  central  rond. 

Ceux  de  ces  lits  qui  sont  anciens  ont  une  orne- 
mentation d'un  assez  bon  aspect  décoratif;  les 
modernes  sont  ornés  de  simples  moulures  et  leurs 
formes  sont  plus  raides.  Il  en  est  de  même  des 
armoires;  maintenant,  ce  sont  de  grandes  boîtes 
massives  et  carrées,  ornées  seulement  d'une  cor- 
niche sans  créneaux  ni  dessins,  et  de  quelques 
moulures  sur  les  vantaux  ;  les  pieds  sont  en  forme 
de  «  pieds-de-biche  »  massifs;  chaque  battant 
porte  deux  ferrures  de  cuivre,  longues  parfois  d'un 
mètre,  découpées  et  ciselées;  c'est  dans  l'une 
d'elles  qu'est  la  serrure  :  plus  les  cuivres  sont 
longs,  plus  la  maison  passe- pour  être  riche. 

Les  lits-clos,  les  Hts  à  hussiaux  ou  à  hussé,  sont 
d'un  usage  plus  fréquent  dans  les  Côtes-du-Nord 
que  dans  Tille- et- Vilaine,  au  moins  dans  les  en- 
virons de  Rennes. 

Il  semblerait  qu'en  ce  pays  il  y  ait  eu  jadis  des 


264      LE   CALENDRIER,    LES   TR^WAUX   ET   USAGES 

lits  moins  primitifs.  Il  n'est  pas  rare,  en  effet,  de 
trouver  en  IlIe-et-Vilaine,  surtout  dans  les  mé- 
nages d'une  médiocre  aisance,  —  dans  les  grandes 
fermes  et  dans  les  bourgs,  de  même  que  sur  la 
côte,  les  lits  dits  à  bateau  sont  d'un  usage  com- 
mun, —  des  lits  à  colonnes  tournées  en  que- 
nouille, qui  supportent  parfois  un  baldaquin  en 
étoffe  ou  en  papier  peint.  Le  bois  de  ces  lits  est 
à  une  petite  distance  de  la  terre,  et  on  peut  y 
monter  sans  avoir  besoin  d'un  banc.  La  planche 
de  côté,  qui  est  en  vue,  haute  de  0^140  environ, 
et  ornée  de  moulures  et  de  sculptures  souvent 
assez  délicates,  a  une  échancrure  plus  basse  de 
quelques  centimètres  que  le  haut  du  bois  ;  elle  est 
ménagée  au  milieu  et  elle  est  assez  large  pour 
qu'un  homme  puisse  s'y  asseoir. 

Sur  le  bois  des  lits-clos,  à  l'extérieur,  est  sus- 
pendu un  bénitier  orné  d'une  branche  de  lau- 
rier des  Rameaux,  et,  au  milieu  des  lits  et  des 
armoires,  il  y  a  assez  fréquemment  une  niche 
grossière  dans  laquelle  est  une  statue  de  la 
Vierge. 

C'est  souvent  la  femme  qui  apporte  le  lit  en 
venant  habiter  la  maison  de  son  mari. 

Entre  la  porte  et  la  fenêtre  sont  placés,  faisant 
angle  droit  avec  le  mur,  un  lit,  une  armoire  ou 
un  dressoir;  si  l'espace  est  grand,  ces  trois 
meubles  peuvent  se  trouver  réunis,  de  manière  à 


LA   MAISON  26 < 


former  entre  eux  une  sorte  de  carré,  les  façades 
étant  tournées  du  côté  du  spectateur. 

Il  y  a  généralement  entre  le  foyer  et  la  fenêtre 
un  autre  lit;  c'est  celui  des  bonnes  gens.  Dans 
la  ruelle,  est  souvent  une  petite  fenêtre  étroite 
comme  une  meurtrière  et  fermée  par  un  carreau. 
Perpendiculairement  à  la  fenêtre  et  cachant  le 
bout  du  lit  est  placé  un  buffet,  un  dressoir  ou  une 
armoire,  suivant  les  pays. 

Ces  buffets  n'existent  pas  dans  tous  les  mé- 
nages :  dans  les  Côtes-du-Nord,  ils  sont  généra- 
lement de  forme  assez  simple,  et  composés  d'un 
avant-corps  sur  lequel  est  le  buffet  à  panneaux 
pleins.  L'ornementation  consiste  en  moulures  or- 
dinaires; seulement,  les  pieds  ont  parfois  la  forme 
de  pieds-de-biche,  et  le  dos  est  découpé. 

En  Ille-et- Vilaine,  vers  Ercé  et  Betton,  j'ai  vu 
des  buffets  plus  ornés.  Le  haut  avait  une  cor- 
niche de  forme  cintrée,  largement  sculptée  à  jour; 
les  panneaux,  au  lieu  d'être  pleins,  étaient  à  jour 
et  fermés  par  un  grillage.  Sur  les  montants,  sur 
les  panneaux  de  l'avant-corps,  étaient  sculptés  des 
ornements  qui,  d'une  manière  générale,  mais  avec 
plus  de  sobriété,  rappellent  l'époque  Louis  XV. 
Ils  sont  pourtant  plus  modernes,  quoique  main- 
tenant on  ait  pour  ainsi  dire  cessé  de  faire  des 
buffets  ornés. 

La  table  sur  laquelle  on  mange  est  générale- 


266      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


ment  placée  de  manière  à  être  éclairée  par  la 
fenêtre.  Elle  a  aux  bouts  des  tiroirs.  En  lUe-et- 
Vilaine,  les  pieds  sont  tournés  en  quenouille,  et, 
au  lieu  de  tiroirs,  il  y  a  des  coulisses  ornées  de 
moulures  en  losange  qu'on  fait  glisser  à  l'aide 
d'un  bouton. 

De  chaque  côté  de  la  table  sont  placés  des 
bancs.  Ce  sont  au  reste  les  sièges  les  plus  usités. 
Beaucoup  de  grandes  fermes  des  Côtes-du-Nord 
ne  possèdent  pas  plus  de  deux  ou  trois  chaises, 
grossièrement  paillées  ou  simplement  couvertes 
en  bois. 

Les  cheminées  sont  vastes  et  ont  de  grands 
manteaux;  assez  souvent,  une  sorte  de  lambre- 
quin en  papier  peint  en  fait  le  tour.  Au-dessus 
est  une  tablette  dont  le  milieu  est  habituellement 
occupé  par  un  petit  crucifix  en  bois  noir,  avec  un 
Christ  en  os,  d'un  travail  tout  à  fait  sauvage.  A 
droite  et  à  gauche  sont  des  chandeliers,  une  lan- 
terne, le  fer  à  repasser  et  divers  ustensiles.  Au- 
dessus  sont  accrochés  un  ou  plusieurs  fusils. 

Le  foyer  proprement  dit  forme  une  sorte  d'es- 
trade élevée  de  o^  30  à  o™  40  au-dessus  de  la 
place.  Cette  disposition  permet  à  la  fermière  de 
"fabriquer  les  galettes  sans  trop  se  baisser. 

Cette  estrade,  formée  de  larges  pierres,  est 
flanquée  à  droite  et  à  gauche  de  bancs,  générale- 
ment d'un  travail  assez  grossier.  Ces  bancs  sont 


LA   MAISON  267 


pourtant  la  place  d'honneur.  Dire  à  quelqu'un  : 
«  Sourd'ous  diqu'au  (montez  jusqu'au)  fouyer,  » 
c'est  l'inviter  à  prendre  une  place  honorable.  Des 
deux  bancs  le  plus  honorable  est  celui  qui  fait 
face  au  jour. 

Il  ne  faut  pas  vendre  le  Christ  ni  les  saintes 
vierges  qu'on  a  chez  soi;  il  vaut  mieux  les  don- 
ner. (E.) 

Si  on  tue  une  abeille  dans  la  maison,  toutes  les 
autres  quittent  la  ruche.  (D.) 

Quand  on  a  un  grésillon  dans  son  foyer,  il  ne 
faut  pas  le  tuer,  car  c'est  la  chance  de  la  maison. 
(S.-C,  E.,  P.) 

On  ne  doit  pas  éteindre  le'  feu  du  foyer,  car  on 
chasserait  de  la  maison  la  Vierge,  qui  a  coutume 
de  venir  se  chauffer  au  feu  des  foyers  qui  ne  sont 
pas  éteints.  (D.) 

Quand  on  voit  le  feu  éclater  en  étincelles,  on 
dit  :  «  Voilà  les  petites  bonnes  femmes  qui  vont 
au  veillouas  (à  la  veillée).  (E.)  —  Voilà  les  petites 
bonnes  femmes  qui  vont  aux  noces,  ou  bien  : 
qui  vont  danser.  »  (S.-C.) 

Si  on  voit  des  étincelles  de  feu  sur  le  trépied, 
c'est  signe  de  vent,  de  pluie  ou  de  froid;  on 
nomme  ces  étincelles  des  gUyous.  (S.-C.) 

On  dit  aux  étincelles  ou  bluettes  :  «  Allez-va 
es  noces.  » 

Dans  la   cheminée,    après   l'âtre,   s'élève   une 


268      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


sorte  de  murette  haute  de  o^-  04  à  o"'  05  et 
percée  au  milieu  d'un  trou  carré.  C'est  là  qu'on 
met  la  cendre.  Sur  cette  murette  est  placé  le 
g'Uaiiné,  dans  lequel  est  fxchée  la  chandelle  de 
rosine  (résine)  qui  éclaire  la  cheminée  et  même 
l'hôté,  le  soir. 

C'est  autour  du  foyer  qu'ont  lieu,  pendant 
l'hiver,  les  travaux  en  com.mun,  ceux  du  moins 
qui  sont  exécutés  seulement  par  les  gens  de  la 
maison. 

Dans  l'intérieur  de  la  cheminée  sont  pendus  le 
galetier  et  quelques  autres  ustensiles,  ainsi  que  le 
nombril  de  cochon  qui  sert  à  graisser  les  souliers, 
les  andouilles,  la  saucisse,  etc. 

Un  assez  grand  nombre  de  fermes  possèdent 
des  horloges  qui  sont  placées  dans  de  grandes 
boîtes,  parfois,  mais  rarement,  sculptées.  Autre- 
fois, il  y  avait  des  horloges  avec  des  cadrans 
émaillés,  et  un  mécanisme  qui  faisait  un  moine 
venir  sonner  l'Angélus  à  six  heures  et  à  midi;  ac- 
tuellement, ces  horloges  sont  très  rares. 

Il  y  a  aussi  des  armoires  à  un  seul  battant, 
qu'on  nomme  siisboiit  ;  souvent,  ce  battant  était 
formé  d'un  devant  de  coffre  qu'on  ferrait  en  porte, 
sans  s'occuper  du  dessin  des  panneaux.  Habituel- 
lement, les  susbouts  sont  relégués  avec  les  vieilles 
armoires  dans  une  pièce  de  décharge.  Il  est  mal- 
séant de  s'asseoir  sur  la  met  au  pain. 


LA   MAISON  269 

Au  plafond  sont  attachées  des  claies  en  bois, 
dont  l'une,  appelée  ^^rf/;(2  à  pain  (M.),  rdté  (D.), 
sert  à  l'usage  que  son  nom  indique;  sur  les 
autres,  on  met  la  filasse,  les  morceaux  de  vache 
fumés,  etc.  Aux  poutres  on  suspend  les  hoiixpiines 
de  porc,  et  la  trochée  de  pommes  qui  doit  préser- 
ver les  habitants  du  mauvais  air. 

La  vaisselle  est  des  plus  sommaires;  elle  se 
compose  d'écuelles  et  de  plats  en  terre  à  pote- 
rie vernissée,  provenant  en  général  de  fabriques 
locales.  Il  y  a  aussi  des  moques  où  l'on  verse  le 
cidre,  des  briques  pour  aller  le  tirer  et  des  tou- 
ques pour  le  porter  dans  les  champs.  Les  verres 
sont  en  petit  nombre,  et  on  n'en  use  guère  que 
lorsqu'il  vient  à  la  ferme  quelque  personne  de  la 
ville. 

Les  assiettes  servent  surtout  pour  le  beurre;  il 
y  a  quelques  années,  on  en  voyait  encore  qui 
provenaient  des  anciennes  fabriques  et  présen- 
taient un  certain  intérêt  artistique;  actuellement, 
elles  ont  presque  toutes  disparu,  et  ont  été  rem- 
placées par  de  la  faïence  blanche  de  Creil  ou  par 
des  faïences  peintes  des  fabriques  de  l'Est. 

Il  n'est  guère  de  ferme  qui  n'ait  collées  au 
mur  quelques  images  coloriées;  bien  qu'il  y  ait 
eu  en  Bretagne  une  fabrique  d'imagerie  populaire, 
celle  de  Pierret,  à  Rennes,  c'est  l'imagerie  d'Épi- 
nal  qu'on  y  voit  le  plus  souvent. 


270      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Parmi  les  images  religieuses  les  plus  fréquentes 
sont  Sainte  Anne  d'Auray,  la  Vierge  de  Pontmain, 
et  d'autres  vierges  de  vocables  variés.  Parfois, 
mais  plus  rarement,  des  images  de  saints  ;  c'est  le 
patron  de  la  paroisse,  quand  c'est  un  saint  connu 
et  réputé  puissant,  ou  bien  les  saints  dont  les  ha- 
bitants de  la  maison  portent  le  nom. 

L'imagerie  légendaire  se  mêle  à  l'imagerie  reli- 
gieuse ;  le  Juif  errant,  Gargantua,  Damon  et  Hefi- 
riette,  Joseph  et  ses  frères,  YEnfant  prodigue,  sont 
les  plus  communes.  Jadis,  on  voyait  des  batailles 
de  l'Empire  assez  largement  traitées,  puis  sont 
venues  les  batailles  de  Crimée  et  d'Italie.  Depuis 
1870,  l'imagerie  de  bataille  a  moins  de  succès. 

Dans  les  greniers  sont  remisés,  pendant  l'été, 
les  rouets  et  divers  autres  ustensiles  qu'on  descend 
à  l'hiver;  c'est  là  aussi  qu'on  met  les  hers  (ber- 
ceaux) quand  ils  ne  servent  plus,  et  l'on  y  sus- 
pend sur  des  cordes  le  linge  sale  de  la  maison, 
en  attendant  les  trois  ou  quatre  grandes  lessives 
annuelles. 

Si  l'on  a  des  rats  chez  soi  et  qu'on  veuille  s'en 
débarrasser,  il  faut  entrer  chez  un  de  ses  voisins, 
lui  prendre  du  pain  sans  qu'il  le  sache  et  le 
donner  aux  rats;  ceux-ci  quittent  immédiatement 
la  maison  pour  aller  dans  celle  d'où  vient  le 
pain.  (P.)  Lorsqu'on  a  pris  un  rat  vivant,  il  faut 
le  rôtir  un  peu,  puis  le  lâcher  ;  les  autres,  en  sen- 


LA   MAISOX  271 

tant  l'odeur  de  roussi,  sont  effrayés  et  ne  re- 
^•iennent  plus  dans  le  grenier.  (M.,  E.) 

Il  y  a  parfois  un  ou  deux  lits  dans  la  pièce  à 
;ôté  de  l'hôté  qui  sert  de  décharge,  de  buande- 
rie, etc.  ;  il  y  en  a  aussi  dans  l'écurie  aux  che- 
t'aux  :  c'est  là  que  couche  un  des  domestiques  ou 
['un  des  fils  de  la  maison. 

Autrefois,  il  n'était  pas  rare  de  voir  une  partie 
ie  la  maison  d'habitation  occupée  par  le  bétail; 
ictuellement,  sauf  dans  les  pays  pauvres  de  la 
montagne,  le  bétail  a  sa  demeure  distincte,  mais 
ûle  n'est  assez  souvent  séparée  que  par  une  porte 
ie  la  demeure  des  gens. 

Les  étables,  les  écuries,  les  sous  ou  refuges  à 
Dorcs,  les  hangars,  sont  établis  d'une  manière  va- 
■iable  autour  de  l'aire,  et  ressemblent,  à  de  mi- 
limes  différences  de  détails,  à  ceux  des  autres 
3rovinces. 

Les  aires,  surtout  dans  l'hiver,  ne  sont  pas  tou- 
ours  propres;  on  y  laisse  pourrir  de  la  paille, 
ians  le  jus  des  amas  de  fumier  que  la  pluie  lave. 

Les  alentours  des  maisons  sont  aussi  d'une 
propreté  douteuse;  sauf  en  Ille-et-Vilaine,  les 
:abinets  d'aisances,  qu'on  nomme  chiottes,  n'étant 
3oint  d'un  usage  général,  le  premier  endroit  venu, 
pourvu  qu'il  ne  soit  pas  trop  en  vue,  en  tient  lieu. 

Généralement,  les  chiottes  sont  établies  dans  un 
mgle  de  fossé,  et  se  composent  d'un  trou  sur  le- 


272      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

quel  est  étendue  une  barre  de  bois  pour  appuyer 
le  dos. 

Lorsqu'une  aire  est  neuve  et  qu'on  veut  la 
rendre  solide,  on  convoque  ses  voisins  pour  la 
pihr. 

Les  piUries  d'aires  ont  lieu  après  la  journée 
faite,  et  elles  se  prolongent  jusque  vers  minuit. 
Celui  qui  a  une  aire  neuve  fait  venir  un  violon, 
et  toute  la  jeunesse  se  réunit  pour  danser.  Le  fer- 
mier fait  de  temps  en  temps  circuler  des  pichets 
de  cidre.  (D.) 

Sur  les  aires  neuves,  cf.  Galerie  hretonne. 


§    IIL    —    LES    ÉTABLES    ET    LA   BASSE-COUR 

Le  produit  de  la  basse-cour  est  pour  les  filles 
du  fermier;  il  sert  à  leur  habillement  et  à  leurs 
autres  dépenses.  Une  partie  du  beurre  est  laissée 
à  la  fermière  pour  l'entretien  de  la  maison.  (E.) 

Ailleurs,  quand  il  y  a  plusieurs  filles,  chacune 
a  en  propre  un  certain  nombre  de  poulets.  (P.) 

On  met  du  sel  sur  les  litières  neuves  pour 
chasser  les  v'Hns  (reptiles),  qui  ne  peuvent  souf- 
frir le  sel.  (E.)  A  Penguilly,  on  met  du   seh  ou 


LA   MAISON  273 


haut-bouée  (sureau)  sur  le  sol  et  à  tous  les  coins 
de  l'étable  pour  obtenir  la  même  chose. 

Quand  on  cogne  un  palet  (pieu),  on  met  du  sel 
dans  le  trou  pour  chasser  les  mauvaises  bêtes.  (D.) 

En  plusieurs  pays  de  l'Ille-et-Vilaine,  on  met 
un  bouc  dans  les  étables  à  vaches  et  dans  les  écu- 
ries. On  prétend  qu'il  les  assainit  en  prenant  pour 
lui  le  mauvais  air.  (E.) 

Parfois,  si  une  vache  ne  donne  plus  de  lait, 
c'est  qu'elle  a  été  mise  à  l'étable  «  dans  une  mai- 
son bénite  ».  (Plouër.) 

Une  croyance  analogue  existe  en  Franche-Comté  (cf.  Mél., 
t.  I,  col.  371). 

On  cloue  les  chats-huants  à  la  porte  des  granges 
pour  détourner  les  maléfices. 

Cf.  Rolland,  p.  45. 


^   IV.    —   USTENSILES   —    CROYANCES   ET  PRÉJUGÉS 

Les  couteaux  coupent  l'amitié  ;  pour  détourner 
le  mauvais  sort,  quand  on  reçoit  un  couteau  de 
quelqu'un,  on  lui  donne  une  pièce  de  monnaie  : 
comme  cela,  le  couteau  n'e$t  pas  «  donné  «. 

Lorsqu'un  jeune  homme  et  une  jeune  fille  se 

18 


274      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

font  la  cour,  si  l'un  d'eux  prête  son  couteau  à 
l'autre  et  que  celui-ci  coupe  quelque  chose  avec, 
celui  qui  l'a  prêté  dit  :  «  Tu  as  coupé  l'amitié.  « 
(S.-C,  P.) 

On  ne  doit  pas  mettre  les  couteaux  en  croix. 

Pour  savoir  si  telle  ou  telle  chose  arrivera,  par 
exemple  quel  sera  le  premier  de  la  compagnie  à 
mourir,  on  fait  tourner  les  couteaux;  la  lame 
donne  la  réponse.  (D.) 

Si  l'on  s'assied  sur  le  siège  encore  chaud 
qu'une' personne  vient  de  quitter,  on  sait  ce  qu'elle 
pense. 

Un  miroir  qui  se  casse  présage  un  malheur. 

Si  on  porte  un  trépied  à  la  forge  pour  le 
raccommoder,  il  ne  faut  pas  le  rapporter  sur 
son  épaule,  il  faut  le  traîner;  si  on  négligeait 
cette  précaution,  on  serait  exposé  à  mourir. 
(S.-C.) 

Quand  le  trépied  a  les  pattes  en  haut,  on  dit 
que  le  diable  est  dans  la  maison  ;  il  faut  se  hâter 
de  le  retourner. 

Si  une  fille  laisse  le  trépied  sur  le  feu  quand  il 
ne  sert  plus,  son  mariage  sera  retardé  de  sept 
ans.  (P.) 

Quand  on  casse  un  objet,  le  matin,  on  en  casse 
trois  avant  que  le  jour  soit  fini. 

De  peur  d'être  ensorcelées,  les  filles  disent  aux 
garçons  de  boire  avant  elles  en  ces  termes  : 


LA   iMAISON  ?.'/$ 


Bois  le  premier. 
Pour  voir  ta  civilité. 

Bois  le  premier, 
J'saurai  tes  secrets.  (D.) 

On  entame  le  pain  avec  un  signe  de  croix,  afin 
qu'il  ne  s'en  aille  pas  trop  vite.  (P.) 

On  fait  avec  le  couteau  une  croix  sur  le  pain 
et  on  se  signe.  (D.) 

Il  ne  faut  jamais  poser  le  pain  à  l'envers.  (D.) 

Les  nids  d'hirondelles  ne  se  dénichent  point. 

L'hirondelle  est  la  chance  des  maisons. 

Cf.  Souche  (Poitou),  Croy.,  p.  27  ;  Lcoisnel  de  la  Salle  (Berry), 
t.  II,  p.  263  ;  Monnier,  p.  156. 

Les  belettes  portent  bonheur  dans  les  maisons. 

Cette  superstition,  déjà  constatée  par  Habasque,  t.  I,  p.  304, 
existe  aussi  en  Poitou  (cf.  Souche,  Croy.,  p.  3)  ;  l'antiquité  la 
connaissait  aussi   (cf.   Plaute  cité  par  Gubematis,  t.  II,  p.  54), 

En  Basse-Bretagne,  au  contraire  (cf.  Galerie  bretonne,  t.  II, 
p.  156),  le  regard  de  la  belette  porte  malheur. 

Voici  un  moyen  d'arrêter  les  progrès  du  feu. 
Un  prêtre  jette  dans  le  foyer  de  l'incendie  des 
hardes  sacrées;  mais  il  y  a  une  condition  sine 
qua  non  assez  intéressante  :  il  faut  que  le  prêtre 
soit  forcé  d'accomplir  ce  sacrilège  par  une  force 
indépendante  de  sa  volonté. 

D'après  A. -S.  Morin,  p.  217,  en  Eure-et-Loir  existe  la 
croyance  que  les  prêtres  peuvent,  au  moyeu  de  certains  mots, 
éteindre  les  incendies. 


276      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Le  lait  de  vache  noire  passe  pour  avoir  la  vertu 
d'éteindre  les  incendies.  (E.) 

Croyance  analogue  dans  les  Vosges  (cf.  Mél.,  col.   502). 

Quand  une  maison  appartenant  à  des  gens  peu 
aisés  a  été  incendiée,  l'homme  ou  la  femme  vont 
quêter  pour  «  la  fortune  du  feu  ».  On  leur  donne 
de  l'argent  et  surtout  des  dons  en  nature.  C'est 
un  usage  qui  tend  à  disparaître. 

Il  y  a  maintes  personnes  qui  ne  veulent  pas 
qu'on  fasse  de  croix  sur  leurs  portes  et  défendent 
qu'on  mette  des  instruments,  n'importe  que  ce 
soit,  dans  cette  forme,  car,  dit-on,  ça  occasionne 
la  mort  de  quelqu'un.  (P.) 


§   V.    LES    VEILLÉES 

Le  Veillouas,  ou  oueillas,  est  une  réunion  où  l'on 
se  divertit  en  jouant  à  divers  jeux,  tels  que  le 
foutéau,  à  cache-cuter,  au  bâton,  etc. 

Certaines  veillées  ont  lieu  dans  les  étables, 
parce  qu'il  y  fait  chaud  ;  on  y  fait  une  belle  litière 
de  paille  blanche,  et  l'on  s'assied  tout  autour  du 
piquouau  fiché  en  terre  qui  supporte  la  chandelle 
de  résine.  Parfois,  tout  un  village  se  réunit  ainsi. 


LA   MAISON  277 

Les  vaches  assistent  à  la  veillée  couchées  le  long 
des  murs;  quand  on  danse,  elles  se  rangent  du 
mieux  qu'elles  peuvent.  (D.) 

Les  filanderies,  qu'on  appelle  aussi  fileries,  ont 
lieu  aussi  en  hiver.  Ceux  qui  voulaient  y  aller 
portaient  chacun  un  échè  ou  écheveau  à  filer  ;  on 
y  filait  généralement  à  la  quenouille,  et  parfois 
trente  ou  quarante  personnes  se  trouvaient  réu- 
nies; il  n'y  avait  pas  jadis  de  semaine  où  il  n'y 
eût  quelque  filanderie.  On  y  chantait,  on  y  disait 
des  contes,  on  y  dansait  surtout,  quand  l'ouvrage 
était  fini.  (E.) 

Aux  fileries,  quand  les  fileuses  rapportent  l'ou- 
vrage, le  soir,  elles  restent  à  s'amuser.  (P.) 

Le  Filouas,  c'est  la  réunion  du  soir  où  on 
filouase,  c'est-à-dire  où  on  file,  à  la  quenouille  ou 
au  rouet.  Celui  qui  avait  une  bonne  amie  venait 
lui  tourner  son  rouet.  On  y  racontait  des  contes, 
on  disait  des  devinailles,  on  chantait  des  chan- 
sons. (D.) 

Voici  une  très  vieille  chanson  que  les  filan- 
dières  chantaient  aux  veillées  en  suivant  la  ca- 
dence de  leurs  rouets. 

Au  beau  clair  de  la  lune 

J'allais  me  promener  ; 
Je  croyais  voir  ma  maîtresse  en  figure, 
Mais  ce  n'était  que  le  beau  clair  de  lune. 


278      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


Rossignolet  sauvage. 
Messager  des  amants, 
Va-t-en  zy  va 
Lui  porter  une  lettre  à  celle-là 
Que  mon  joli  cœur  aime. 

Roussin  prit  sa  volée. 
Au  joli  bois  s'en  va. 
S'en  est  allé  de  bocage  en  bocage, 
Il  l'a  trouvée 
A  l'ombre  du  feuillage. 

Que  le  bonjour,  la  belle, 
Bonjour  vous  soit  donné. 

De  votre  amant, 
J'apporte  des  nouvelles 
Si  vous  l'aimez  autant 
Comme  il  vous  aime. 

De  l'aimer  comme  il  m'aime, 
Cela  ne  se  peut  pas. 
Il  a  toujours  en  sa  jolie  croyance. 
De  m'emmener  dans  son  pays  de  France. 

Dans  son  beau  pays  de  France, 
Non,  non,  je  n'irai  pas  ; 
Je  n'aurais  là 
Ni  germains,  ni  germaines, 
A  qui  conter  mes  douleurs  et  mes  peines. 

Si  fait,  si  fait,  la  belle, 

Y  a  des  parents  assez  ; 
Vous  trouverez  des  germains,  des  germaines, 
A  qui  conter  vos  douleurs  et  vos  peines. 
(Environs  de  Loudcac.) 


LA  MAISON  279 


Voici  ce  qui  a  lieu  à  la  cuiserie  ou  cuirie-  de. 
pommé.  Après  le  travail  de  la  journée,  les  gens  de 
la  ferme  se  réunissent  pour  peler  les  pommes  et 
en  ôter  les  pépins  et  leur  enveloppe.  Quand  cette 
opération,  qui  dure  une  ou  deux  soirées,  est  ter- 
minée, on  met  les  pommes  à  cuire  dans  de  grands 
bassins  de  cuivre,  on  les  arrose  de  cidre  doux  de 
temps  en  temps  et  chacun  à  son  tour  vient  remuer 
le  contenu  du  bassin  au  moyen  d'un  long  mor- 
ceau de  bois. 

Les  cuiseries  de  pommé,  où  les  voisins  sont 
invités,  sont  l'occasion  de  réjouissances  et  de  jeux 
qui  se  prolongent  bien  avant  dans  la  nuit.  Elles 
ont  lieu  en  général  le  samedi,  parce  que  les  gens 
qui  y  ont  assisté  peuvent  se  reposer  le  dimanche. 

Ce  pommé  est  une  sorte  de  confiture  que  les 
fermiers  et  leurs  gens  étendent  sur  le  pain  au  lieu 
de  beurre  pendant  l'hiver;  le  goût  en  est  très 
agréable.  (E.) 

Pour  les  àrracheries  de  lin,  on  se  réunit  en 
grand  nombre,  car  c'est  une  partie  de  plaisir,  et 
l'on  n'est  point  payé.  On  arrache  le  lin,  on 
Vègrouge  pour  en  faire  sortir  la  graine,  puis  on  le 
met  à  rouir.  Quand  l'ouvrage  est  terminé,  le  fer- 
mier donne  à  manger  et  à  boire  à  ceux  qui  l'ont 
aidé,  et  il  fait  venir  un  violon  ;  alors  on  se  met  à 
danser  tout  le  reste  du  jour.  (D.) 

Aux  Brâries  (réunion  où  l'on  broie  le  chanvre), 


28o      LE   CALENDRIER,   LES  TRAVAUX  ET   USAGES 

la  compagnie  n'est  pas  très  nombreuse;  elle  se 
compose,  en  général,  de  sept  ou  huit  filles  au 
plus.  Chacune  apporte  sa  hrd  elle-même  ;  mais  c'est 
presque  un  déshonneur  pour  celle  qui  est  obligée 
de  la  remporter  toute  seule;  aussi,  les  jours  qui 
précèdent  la  brârie,  les  filles  ont  soin  d'inviter 
leurs  galants  à  venir  remporter  la  brâ.  Le  galant 
met  l'instrument  sur  son  épaule,  et  il  l'emporte  ; 
mais  souvent,  lorsqu'il  arrive  à  un  échalier,  il  la 
pose  dessus,  et  se  met  à  causer  avec  sa  bonne 
amie.  (D.) 

A  toutes  les  ctrâries  (c'est  ainsi  qu'on  nomm.e 
les  réunions  un  peu  nombreuses  de  travailleurs 
ou  de  travailleuses),  on  donne  un  bouquet  à  la 
première  rendue.  (P.) 

Aux  Pêsseleries,  où  l'on  arrange  le  chanvre, 
quand  la  besogne  est  terminée,  les  garçons  vont 
chercher  la.  fivme  et  le  pêssé  des  jeunes  filles;  on 
danse  avant  de  s'en  aller. 

Parfois,  les  garçons  vont  cogner  \qs  pêsselîoiières  ; 
ils  se  réunissent  deux  ou  trois,  et,  avec  un  bâton, 
frappent  sur  le  haut  du  pêssé,  puis  ils  oftVent  du 
tabac  à  la.  péssellouère  ;  pendant  ce  temps-là,  l'autre 
garçon  les  embrasse  toutes.  (P.) 

Les  érusseries  de  chanvre  se  terminent  par  des 
danses,  des  chansons,  des  contes.  Elles  se  font 
parfois  en  plein  air,  à  la  claire,  c'est-à-dire  à  la 
clarté  de  la  lune.  (E.) 


LA   MAISON  281 


Jeux  à  la  tnaison. 

Deux  personnes  sont  assises  par  terre  pied  à 
pied,  et  elles  saisissent  un  bâton;  il  faut  que  l'un 
des  joueurs  enlève  son  partenaire  sans  pour  cela 
cesser  d'être  assis.  C'est  le  jeu  du  court-bâton. 
(P.,  D.) 

On  se  place  dos  à  dos,  les  bras  passés  les  uns 
dans  les  autres,  et  on  dit  : 

—  Je  vends  l'avoine  (en  soulevant). 

—  Je  la  rachète  (l'autre  soulève). 

—  Dans  n'un  bissa'. 

—  Le  eu  à  plat. 

A  ce  moment,  il  faut  que  les  joueurs  tombent 
par  terre  et  se  relèvent  sans  cesser  d'être  dos  à 
dos  et  pris  par  les  mains.  (D.) 

On  allume  une  paille  de  glé  (glui),  et  l'on  dit 
en  faisant  tourner  la  paille  enflammée  : 

—  Achète  moricaud. 

—  Combien? 

—  Cinq  sous,  s'i'  les  vaut. 

—  Et  s'i'  n'  les  vaut  pas? 

—  Tu  en  rabattras. 

—  Et  s'i'  meurt? 

—  On  r  chargera  comme  un  bœu'. 

Si  le  feu  meurt  avant  qu'il  soit  acheté,  on  dit  : 
«  Chargé  comme  un  bœu'  ».  Si  le  feu  n'est  pas 


282      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET    USAGES 

éteint,  c'est  celui  qui  le  faisait  manœuvrer  qui  est 
pris.  On  le  charge  de  tout  ce  qu'on  trouve  dans 
la  maison,  et,  pour  être  déchargé,  il  faut  qu'il 
dise  avec  qui  il  se  mariera.  On  joue  à  ce  jeu  dan- 
gereux dans  les  étables.  (D.) 

Deux  chaises  sont  placées  dos  à  dos  ;  il  faut  se 
placer  la  tête  sur  l'une  d'elles  et  s'asseoir  sur 
l'autre  sans  se  laisser  tomber. 

On  pique  aussi  dans  la  place  une  épingle  à  pié- 
cette; pour  réussir  à  ce  jeu,  il  faut  se  coucher  sur 
le  dos,  et  avec  la  bouche,  sans  se  relever,  ramas- 
ser l'épingle. 

Pour  tuer  la  chandelle,  on  se  met  à  marcher  sur 
les  mains,  les  pieds  étant  suspendus  à  une  corde 
attachée  au  plafond  ;  il  faut  ainsi  arriver  au  foyer 
et  éteindre,  en  soufflant  avec  la  bouche,  la  chan- 
delle de  résine.  (P.) 

On  met  un  trépied  dans  la  place,  et  à  une  pe- 
tite distance  on  jette  un  sou  ;  celui  qui  peut,  les 
deux  pieds  sur  le  trépied,  attraper  le  sou  avec  les 
dents,  est  réputé  adroit.  (P.) 

On  joue  aussi  à  saisir  un  bâton  avec  les  deux 
mains,  le  bout  reposant  à  terre,  et  à  passer  la  tête 
e4itre  les  mains  et  le  bâton.  (P.,  D.) 

Deux  hommes  prennent  un  morceau  de  bois 
assez  fort,  qu'ils  placent  sur  leur  épaule  et  re- 
tienneiit  solidement  ;  un  autre  homme,  —  il  faut 
qu'il  soit  leste  et  solide,  —  saute  sur  ce  bois,  et 


LA   MAISON  283 


passant  les  pouces  dans  la  parceinte  de  son  panta- 
lon et  appuyant  les  autres  doigs  sur  son  ventre, 
il  se  met  à  tourner  autour  du  bâton,  comme  on 
tait  au  trapèze.  Cela  s'appelle  rôti'  la  ouêe  (rôtir 
l'oie).  (P.) 

Le  jeu  de  fare-fare  se  passe  ainsi  qu'il  suit  : 
Les  hommes  sont  assis  sur  les  maies  placées 
devant  les  lits  ;  l'un  d'eux  corde  bien  dur  un 
mouchoir  et  le  passe  à  ses  voisins,  qui  ont  tous 
les  mains  derrière  le  dos.  Lorsque  celui  qui  est 
dessous  et  qui  est  seul  au  milieu  de  la  place  s'y 
attend  le  moins,  il  reçoit  sur  les  épaules  ou  sur  le 
dos  un  coup  de  mouchoir  bien  appliqué  ;  mais, 
dès  que  le  mouchoir  a  frappé,  on  se  hâte  de  le 
faire  filer  de  main  en  main  par  derrière  le  dos  ; 
car  si  celui  qui  est  dessous  pouvait  l'attraper, 
celui  auquel  il  l'aurait  pris  irait  le  remplacer.  (P.) 
On  demandait  aux  nouveaux  venus  : 

—  Sais-tu  comment  on  mène  le  crapaud  à  son 
pertus  (trou)? 

—  Non. 

—  Monte  sur  mon  dos. 

Quand  le  garçon  était  monté  sur  le  dos  de 
celui  qui  devait  lui  enseigner  le  jeu,  celui-ci  se 
mettait  à  quatre  pattes  et  disait  à  l'autre  de  tâ- 
cher d'allonger  aussi  ses  mains,  et  d'appuyer  sur 
la  terre  pour  le  soulager.  Un   troisième   garçon 


284      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

avait  embrené  un  bâton  et  le  passait  entre  les 
jambes  de  celui  qui  faisait  le  crapaud.  Le  naïf 
qui  était  sur  son  dos  n'apercevait  pas  le  bâton 
embrené  ;  il  mettait  la  main  dessus,  et  les  autres 
se  moquaient  de  lui  en  se  bouchant  le  nez. 

Un  autre  jeu  consistait  «  à  sarcler  la  porée 
(poireau)  ».  Pour  cela,  il  fallait  être  trois.  Celui 
du  milieu  était  attaché  avec  un  mouchoir  à  la 
jambe  de  chacun  de  ses  voisins.  D'autres  ve- 
naient chatouiller  ceux-ci,  qui  s'écartaient,  et  fai- 
saient faire  à  leur  compagnon  le  grand  écart.  On 
faisait  surtout  ces  tours  aux  gens  pas  trop  fins. 

Le  plus  souvent  on  «  pilait  la  vache  ».  Piler  la 
vache,  c'est  danser  dans  l'étable.  Quand  le  filouas 
était  nombreux,  on  invitait  un  joueur  de  violon, 
et,  la  tâche  de  chacun  accomplie,  on  faisait  sortir 
les  vaches  de  leur  étable,  on  les  attachait  autour, 
et  on  dansait  sur  le  fumier.  Les  filles  avaient  soin 
de  tirer  au  tonneau  une  dame-jeanne  remplie  de 
cidre,  qu'on  faisait  circuler  à  la  ronde.  Parfois, 
la  danse  durait  jusqu'à  trois  heures  le  matin.  (D.) 

Faire  danser  la  «  jument  maigre  »,  c'est  mettre 
entre  les  jambes  d'une  fille  un  bois  qui  est  tenu 
à  chaque  bout  par  un  homme,  et  sur  lequel  on 
secoue  la  fille. 

Après  chaque  danse,  on  s'embrasse. 

Voici  une  chanson  qui  accompagne  une  sorte 
de  danse,  où  les  danseurs  et  danseuses  font  les 


LA   MAISON  28$ 


gestes  indiqués  par  les  paroles.  Cette  danse  a  lieu 
aux  champs,  aux  veillées,  partout  où  l'on  a  envie 
de  danser,  mais  où  il  n'y  a  pas  de  violon  ou  de 
vielle.  Les  danseurs  sont  deux  par  deux  : 

Quand  mon  père 
Semait  son  aveine, 
Il  la  semait 
Comme  ci,  comme  ça. 

{Tout  le  monde  fait  le  geste  de  semer.) 

Et  puis  se  reposait, 
Comme  ça. 

{A  ce  dernier  mot,  chacun  se  redresse  et  reste  immohilcj 
les  bras  croisés.) 

Frappons  du  pied, 
Frappons  d'ia  main. 
Un  tour  de  main 
A  son  voisin. 

(Le  danseur,   après  avoir  frappé  des  pieds,   battu  des 
mains,  prend  sa  danseuse  et  la  fait  tourner.) 

Quand  mon  père 
Hoùtait  son  aveine. 
Il  la  hoùtait 
Comme  ci,  comme  ça. 
Et  puis  se  reposait 
Comme  ça. 

Frappons  du-pied,  etc. 


286      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Quand  mou  père  • 
Serclait  son  aveine. 
Il  la  serclait,  etc. 

Quand  mon  père 
Sciait  son  avoine, 
Il  la  sciait,  etc. 

Quand  mon  père 
Enjav'lait  son  aveine. 
Il  l'enjav'lait,  etc. 

Quand  mon  père 
Emportait  son  aveine, 
Il  l'emportait,  etc. 

Quand  mon  père 
Battait  son  aveine. 
Il  la  battait,  etc. 

Quand  mon  père 
Ventait  son  aveine, 
Il  la  ventait,  etc. 

Il  y  a  aussi  une  sorte  de  chanson  didactique  où 
l'on  décrit  la  façon  dont  se  fait  l'habit  ;  au  re- 
frain, on  doit  tomber  assis  par  terre  comme  les 
couturiers. 

Les  lessives. 

Il  ne  faut  pas  la  faire  pendant  la  semaine  sainte, 
ni  dans  les  Avents  ;  celaporte  malheur.  (E.) 


LA   MAISON  287 


Si  on  a  des  malades  dans  la  maison  et  qu'on 
fasse  la  buée,  ils  sont  exposés  à  mourir.  (L.) 

Il  ne  faut  point  semer  la  cendre  sur  les  foyers, 
si  on  veut  avoir  beau  temps  pour  la  buée.  (S.) 

Si  l'on  fait  la  lessive  le  Vendredi-Saint,  on 
lave  son  suaire.  (S.,  C.) 

Quand  Gribouille  mène  la  buée, 

On  n'ia  sèche  pas  sans  plée  (pluie).  (P.) 

Les  lessives  de  nuit  ont  lieu  dehors,  dans  la 
belle  saison  ;  on  choisit,  en  général,  une  nuit  où 
il  fait  clair  de  lune.  Les  jeunes  gens  y  viennent 
de  loin,  surtout  quand  il  va  de  belles  filles  aux 
environs. 

Ce  sont  les  bonnes  femmes  qui  s'occupent  du 
cuvier  et  de  la  poêle  où  bout  l'eau  de  la  lessive. 
C'est  un  spectacle  pittoresque  de  voir  les  flammes 
briller  la  nuit,  tandis  que  les  garçons  et  les  filles 
dansent  ou  chantent. 

Quand  les  honshommes,  c'est-à-dire  les  person- 
nes âgées,  sont  couchées,  on  va  tirer  du  cidre  par 
le  petit  fossé,  et  l'on  s'amuse  de  son  mieux,  sou- 
vent fort  avant  dans  la  nuit.  (D.) 

Dans  les  endroits  où  la  lessive  de  nuit  est 
moins  nombreuse,  les  garçons  s'amusent  à  lever 
une  pelée  pleine  d'eau  bouillante. 

On  y  dit  des  contes,  des  devinettes,  etc.  (P.) 


LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET  USAGES 


La  fabrication  du  cidre. 

Je  ne  connais  pas  l'usage  superstitieux  se  rap- 
portant à  la  fabrication  du  cidre  ;  d'après  une  lé- 
gende du  Morbihan  français,  d'Amezeuil  :  Légen- 
des du  Morbihan,  p.  175,  un  homme,  jaloux  de 
son  voisin,  voit  le  Diable  qui,  sous  la  forme  d'un 
scarabée,  lui  propose  de  se  venger  ;  le  voisin 
accepte.  Depuis  ce  temps,  le  cidre  du  fermier 
auquel  il  en  voulait  devenait  du  poiré  très 
aigre,  et  toutes  les  nuits  on  entendait  piler  dans 
son  pressoir.  Le  fermier  va  consulter  le  recteur, 
qui  lui  conseille  de  regarder  par  le  trou  de  la  ser- 
rure; il  le  fait  et  voit  son  voisin  qui  pilait  des 
pommes,  tandis  qu'un  gros  cerf-volant,  assis  sur 
le  bord  de  l'auge,  l'éclairait  en  le  regardant.  Le 
recteur,  averti,  fait  une  composition  de  résine,  de 
mélasse  et  d'eau  bénite,  et  la  remet  au  paysan 
qui  en  enduit  l'auge.  A  minuit,  celui-ci  voit  arri- 
ver son  voisin  porté  entre  les  ailes  du  cerf-volant. 
Il  appelle  ses  voisins,  et  le  recteur  exorcise  le 
Diable  et  le  condamne  à  recevoir  trois  cents  coups 
de  pilon,  et  toutes  les  nuits  à  venir  piler,  jusqu'à 
la  consommation  des  siècles,  pendant  trois 
heures.  C'est  depuis  ce  temps  qu'on  entend  le 
pilou  de  nuit. 

En  pilant  les  pommes,  on  chante  : 


LA   MAISON  289 


Je  voudrais  voir  le  pichier,  le  pichier, 
Je  voudrais  voir  le  pichier  su'la  maie.  (P.) 


Ou: 


La  grand'vache  noire 
A  dit  au  poulain 
Qu'fallait  manger  l'herbe 
Et  laisser  le  foin. 
Dansons  sur  le  mulon, 
Le  mulon,  le  mulon  ; 
Dansons  sur  le  mulon, 
Le  mulon  de  foin. 


Ou 


Pilons  des  pommes  de  Marine  Aufra  ; 
J'nous  en  irons  quand  i'f  ra  na  (noir). 
Ah  !  ah  !  ah  !  petit  bonnet,  grand  bonnet  ! 
Ah  1  ah  !  ah  !  petit  bonnet  tout  rond.  (D.) 


19 


CHAPITRE  IV 

LES  TRAVAUX  DU  DEHORS  ET  LES  MARCHÉS 

§  I.    —    LA   TERRE    ET   LES    TRAVAILLEURS 


^^N  dit  de  la  terre  qui  est  bien  ascoiilagée, 

m' 


^PJ   c'est-à-diœ  qui  .1  la  pente  au  midi,  du 


côté  du  soleil,  qu'elle  est  «  tournée  du  côté 
du  bon  Dieu  ».  Celle  au  contraire  qui  a  la  pente  au 
nord  «  tourne  le  dos  ou  le  cul  au  bon  Dieu  ».  (P.) 

Le  docteur  Fouquet  (Légendes  du  Moroihmi)  ra- 
conte qu'un  paysan  de  sa  connaissance  rompit 
un  mariage  parce  qu'il  s'était  «  avisé  que  toutes 
les  terres  de  sa  promise  avaient  pente  au  nord,  et 
tjue  celles-là  ne  grainent  point  ». 

On  dit  d'un  mauvais  terrain  : 

—  Il  en  faut  cinq  jours  (deux  hectares  et  demi) 
pour  nourrir  un  lièvre. 

Les  landes  du  Mené  sont  appelées  le  pays  de 


LES   TRAVAUX   DU   DEHORS  ET  LES   MARCHÉS      29 1 

«  dessous  les  lieuves  »,  et  l'on  assure  qu'on  en  a 
une  hnchée,  c'est-à-dire  tout  l'espace  où  peut  por- 
ter la  voix,  pour  cent  francs. 

Travailler  en  mauvaise  terre,  c'est  manger  du 
pain  et  ne  point  en  ramasser.  (P.) 

Déplacer  les  bornes  d'un  champ  est  un  crime 
qui  s'expie  durement  dans  l'autre  monde.  On 
raconte  plusieurs  légendes  de  revenants  condam- 
nés pour  ce  fait  à  une  pénitence. 

Il  y  avait  une  fois  un  homme  avare  qui,  pour 
gagner  quelques  pouces  de  terre,  déplaça  une 
bonne  qui  le  séparait  de  son  voisin.  Celui-ci,  qui 
n'aimait  point  les  procès,  ne  se  plaignit  point, 
disant  que  son  voisin  eri  rendrait  compte  dans 
l'autre  monde.  L'homme  mourut,  et  toutes  les 
nuits,  il  revenait  dans  le  champ,  et  il  répétait,  en 
tenant  la  borne  entre  ses  bras  :  «  Où  la  met- 
trai-] e  ?  Où  la  mettrai-je?  »  Tout  le  monde  se 
sauvait  sans  répondre.  Un  soir,  le  voisin  au  pré- 
judice duquel  la  borne  avait  été  déplacée  reve- 
nait du  bourg,  où  il  avait  un  peu  bu.  Il  entendit 
crier  :  «  Où  la  mettrai-je  !  où  la  mettrai-je  !  »  — 
«  Où  tu  l'as  prise  !  »  lui  cria-t-il.  —  «  Voilà  qui 
est  bon;  je  te  remercie,  »  dit  le  revenant,  qui  alla 
aussitôt  replacer  la  borne  ;  et,  depuis  ce  temps, 
jamais  on  ne  l'entendit  plus.  (P.) 

Souvent  deux  personnes  réunissent  leurs  che- 
vaux pour  labourer  :  cela  s'appelle  soudîer,  d'où 


292      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

souétier  (S.,  D.)  et  sosson  (Tréveneuc,  E.),  nom 
donné  à  chacun  des  associés. 

Il  y  a  quarante  ans  environ,  quand  on  était 
debout  avant  le  jour,  on  chantait  en  l'attendant 
la  chanson  suivante  : 

Je  sais  bien  z'un  nid  de  lieuve  ; 

Mais  le  lieuve  n'y  est  pas.  (bis) 

Le  matin  quand  i'se  lève, 

l'se  lève  dans  tous  ses  draps. 

Le  point  du  jour  arrive,  arrive, 
Le  joli  jour  arrive  va, 

I'se  lève  dans  tous  ses  draps  ;  {Us) 

Mange  va  ton  écullée 
Pleine  de  mouche'  et  de  limas. 
Le  point  du  jour,  etc. 

Pleine  de  mouche'  et  de  limas.  (Ins) 

Ah  !  je  n'ai  pas  dongier  (répugnance)  des  mouches, 

Comme  j'ai  de  si  gros  limas. 
Le  point  du  jour,  etc. 

Comme  j'ai  de  si  gros  limas,  (Jbis) 

Les  mouche'  i'vont  à  la  messe  ; 
Mais  les  limas  n'y  vont  pas. 
Le  point  du  jour,  etc. 

Mais  les  limas  n'y  vont  pas.  {bis) 

Les  mouche'  il'  embrassent  les  filles  ; 
Mais  les  limas  n'ies  embrassent  pas,  (his) 

Le  point  du  jour  arrive,  arrive, 
Le  joli  jour  arrive  va.  (P.) 


LES   TRAVAUX   DU   DEHORS   ET   LES   iMARCHÉS      295 

A  Plouër,  comme  dans  beaucoup  de  communes 
voisines  de  la  mer  ou  de  l'embouchure  de  la 
Rance,  il  y  a  une  saison  de  l'année  où  les  hommes 
sont  absents.  Autrefois  les  chevaux  y  étaient 
rares,  et  c'était,  paraît-il,  l'usage  que  les  femmes 
se  missent  à  la  charrue  parfois  en  compagnie  d'un 
âne.  Un  jour,  une  bonne  femme  était  ainsi  atte- 
lée, et  son  mari  —  un  homme  âgé  —  tenait  la 
queue  de  la  charrue  et  un  petit  garçon  conduisait 
l'attelage. 

Comme  à  un  moment,  la  femme,  fatiguée,  ne  ti- 
rait plus  que  mollement,  son  mari  cria  au  petit  gars  : 

—  Touche  ta  mère,  gars,  l'âne  la  gagne. 

Lorsqu'on  va  travailler  dans  les  champs,  c'est 
le  dernier  levé  qui  porte  la  lue  (le  pot  au  cidre)  ; 
les  autres  le  font  agacer  en  le  lui  disant  et  en 
criant  :  «  A  la  bue  !  à  la  bue  !  » 

Quand  on  est  à  achever  une  besogne,  le  der- 
nier qui  quitte  l'ouvrage  «  a  Jeannot  «.  (P.) 

Lorsqu'on  porte  à  raccommoder  un  croc  ou 
une  houe,  il  faut  le  prendre  par  les  dents  et  non 
par  le  manche  ;  on  deviendrait  bossu,  si  on  négli- 
geait cette  précaution.  (S.-C.) 

Il  ne  faut  pas  passer  par-dessus  les  bras  d'une 
charrette,  cela  porte  malheur  et  l'on  est  exposé  à 
verser.  Si  quelqu'un  l'a  fait  par  mégarde,  il  faut, 
pour  détourner  le  présage,  qu'il  repasse  une  se- 
conde fois. 


294      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 


Cf.  sur  l'enfant  qu'on  passe  par-dessus  la  table,  la  Gnlerie 
bretonne,  t.  I,  p.  58. 

Ce  n'est  pas  le  seul  cas  où  en  repassant  on  détruit  le  mau- 
vais présage.  La  musaraigne,  qui  fait  crever  les  cochons  quand 
elle  passe  sur  leur  dos,  est  sans  danger  pour  eux  si  elle  passe 
une  seconde  fois. 

Lorsqu'un  maréchal  ferre  une  charrette  et  qu'il 
ne  reste  plus  que  quelques  clous  à  enfoncer,  il 
met  sur  les  derniers  clous  un  ornement  en  forme 
de  fleur,  et  il  va  chercher  pour  les  cogner  une 
des  filles  de  la  maison,  qui  lui  donne  une  petite 
pratique.  (P.) 


§    IL    —    LES    TRAVAUX    DE    LABOUR 

Labourer,  c'est  cotir  (casser)  la  tête  aux  cra- 
pauds. (P.) 

On  appelle  aussi  les  laboureurs  coupoiix  de 
iusins  (coupeurs  de  vers  de  terre). 

Aux  fouieries  de-  jans,  c'est-à-dire  quand  on  dé- 
fonce les  champs  où  il  y  avait  des  ajoncs,  ceux 
qui  les  défouissent  sont  nombreux  ;  il  y  en  a  par- 
fois jusqu'à  trente.  Lorsqu'ils  ont  envie  de  boire, 
ils  houpent  (crient  en  faisant  :  Hou  !  hou  !  hou  !) 
pour  avertir  ceux  de  la  ferme  qu'ils  ont  soif;  et 


LES   TRAVAUX  DU   DEHORS   ET   LES   MARCHÉS      295 

avant  de  reprendre  leui  besogne,  ils  houpent  en- 
core, pour  remercier  ceux  qui  leur  ont  apporté  à 
boire. 

L'ouvrage  terminé,  on  danse  ou  on  fait  divers 
jeux. 

Faire  une  Barrer  le,  c'est  défouir  une  lande  ; 
vers  le  Mené,  les  barreries  étaient  très  fréquentes 
jadis,  parce  qu'il  y  avait  de  vastes  espaces  qui 
maintenant  sont  en  culture. 

Lorsqu'il  y  avait  une  barrerie,  il  venait  du 
monde  de  tous  les  coins  du  pays,  et  la  réunion 
était  fort  nombreuse.  De  chaque  ferme,  on  venait 
apporter  du  lait  pour  faire  des  calibotes  tornées 
(caillebotes),  et  l'on  donnait  des  bouquets  aux 
femmes  qui  venaient  le  porter. 

Chaque  fouisseur  avait  sa  tâche,  et  celui  qui 
l'avait  terminée  le  premier  était  récompensé  par 
un  bouquet  ;  il  l'offrait  à  la  jeune  fille  qu'il  choi- 
sissait, et  quand,  la  besogne  finie,  on  se  mettait 
à  danser,  c'était  lui  qui  était  son  cavalier  pour 
toute  la  soirée.  (Trébry.) 

On  ne  laboure  pas  la  terre,  on  ne  la  bêche  pas 
pendant  que  les  cloches  sont  à  Rome,  c'est-à-dire 
le  jeudi  et  le  vendredi  saint. 

Pendant  les  Trécoles  (voir  mai),  on  ne  sème 
pas  de  grain. 

Il  ne  faut  pas  semer  la  tremène  un  jour  où  il 
y  a  un  R. 


296      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGBS 

Après  les  éfonceries  (le  défonçage),  on  joue  des 
jeux  et  on  danse. 

Pendant  l'éfoncerie,  c'est  un  point  d'honneur 
d'arriver  à  faire  le  premier  sa  passée. 

Les  Ètrâries  sont  les  réunions  de  journaliers  et 
de  fermiers  pour  la  moisson,  la  fenaison,  etc.  (P.) 


§    III.    —    LES    SEMAILLES 

«  A  Planguenoual,  à  la  chapelle  Saint-Michel, 
a  lieu,  le  lendemain  de  la  fête,  la  bénédiction  des 
semailles.  Chaque  cultivateur  apporte  un  échan- 
tillon des  blés  qu'il  se  propose  de  mettre  en  terre, 
et  le  mêle  ensuite  à  ceux  qui  sont  destinés  aux 
semences.  »  (Ogée,  nouvelle  éd.) 

A  Matignon,  la  même  coutume  existe,  mais  la 
bénédiction  a  lieu  le  jour  de  la  Saint-Michel. 

A  Renac  (Morbihan  français),  les  laboureurs 
apportent  leurs  grains  à  bénir  le  jour  de  la  Saint- 
JuHen.  (Légendes  du  pays  deChâteauhriant,  p.  197.) 

«  Trois  fois  par  an,  à  la  chapelle  Saint-Jugon, 
à  La  Gacill)',  a  lieu  la  bénédiction  des  semences. 
Une  messe  spéciale  y  est  célébrée  le  i'^''  mars  pour 
le  lin  et  le  chanvre,  l'un  des  jours  des  Rogations, 


LES  TRr.VAUX   DU   DEHORS   ET   LES   AL^RCHÉS      297 

pour  le  blé  noir,  et  la  première  semaine  de  no- 
vembre, pour  le  seigle.  Les  laboureurs  s'y  ren- 
dent avec  de  petits  sacs  de  semences,  qui  sont 
bénits  à  l'issue  de  la  messe.  Ces  semences  sont 
mêlées  ensuite  à  celles  qui  doivent  être  confiées 
aux  sillons.  »  (Ogée.) 

Naguère  encore,  on  jetait  de  l'eau  bénite  sur 
les  semences,  ou  on  en  arrosait  les  champs,  afin 
que  la  récolte  fiât  plus  abondante. 

On  mettait  aussi  tout  autour  des  champs  en- 
semencés du  laurier  bénit  pour  préserver  la  récolte 
de  la  grêle  et  attirer  les  bénédictions  du  ciel. 
Cela  ne  se  fait  plus.  (P.)  , 

Époques  oh  l'on  sème. 

On  sème  : 

Les  fèves,  le  jour  Sainte- Agathe  (5  février). 

Les  citrouilles,  le  même  jour. 

Les  navets  de  quarante  jours,  à  la  Saint-Bar- 
nabe (11  juin);  à  la  Sainte-Anne. 

Les  pois,  le  jour  de  Sainte- Cécile. 

Le  chanvre,  tous  les  jeudis  du  mois  de  mai. 

Il  faut  semer  le  chanvre  le  25  avril;  sans  cela, 
il  y  en  aurait  peu  ou  point. 

Lorsqu'il  est  semé  dans  la  vêprée  (l'après-midi), 
les  oiseaux  le  mangent. 


298      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Si  on  le  sème  le  jour  de  Saint-Marc,  il  fourche, 
c'est-à-dire  jette  des  branches,  et  il  n'est  pas  si 
bon.  (P.) 

Si  on  sème  les  choux  dans  le  croissant,  ils  mon- 
tent plus  vite.  (P.) 

Le  premier  vendredi  du  mois  est  un  jour  favo- 
rable pour  ensemencer.  (P.) 

Quand  on  sème  le  froment  dans  le  croissant,  il 
mieuîe  (charbonne). 

Si,  au  contraire,  on  le  sème  dans  le  décours,  il 
ne  mieule  pas.  (P.) 

Lorsque  l'on  voit  les  feuilles  des  arbres  tomber 
de  bonne  heure,  on  dit  qu'il  faut  ensemencer  son 
blé  bien  vite  pour  avoir  une  bonne  récolte  ;  si  les 
feuilles,  au  contraire,  ne  se  pressent  pas  de  tom- 
ber, il  ne  faut  pas  non  plus  se  presser  de 
semer.  (P.) 

Quand  on  sème  l'avoine  dans  le  croissant,  elle 
n'est  pas  si  noire  que  si  l'ensemencement  a  lieu 
dans  le  décours.  (P.) 

Avaïne  su  avaïne, 
Va  te  faire  fout'  et  point  d'avaïne.  (P.) 

-  Ce  qui  veut  dire  qu'on  doit  varier  l'assole- 
ment. 

Le  seigle  doit  être  mis  en  terre  au  moment  où 
tombent  les  feuilles  des  arbres.  (P.) 

Il  faut  faire  toutes  les  petites  sémeries  dans  le 


LES   TRAVAUX   DU  DEHORS  ET   LES   MARCHÉS      299 

dêcoâ  (décours  de  la  lune)  ;  pour  planter,  l'époque 
est  moins  importante. 

Si  on  sème  le  premier  vendredi  du  crèssent, 
«  i'vaut  l'décoû  ». 

Si  on  sème  les  pois,  ou  si  l'on  plante  les  choux 
dans  le  crèssent,  ils  ne  guernissent  pas  (donnent 
pas  de  graine);  ils  poussent  en  hauteur  et  ne 
pomment  pas.  (P.) 

Il  vaut  mieux  semer  du  froment  dans  le  décoû 
que  dans  le  crèssent,  car  le  froment  ne  miellé 
pas. 

L'avoine  semée  dans  le  décoû  n'est  pas  aussi 
blanche  que  celle  mise  en  .terre  dans  le  crèssent. 

Le  blé  noir,  semé  également  dans  le  décoû, 
lève  mieux. 

Si  on  ne  sème  pas  les  choux  jaunes  dans  le 
décoû  d'août,  ils  gèlent  en  hiver.  (P.)  Si  on  les 
sème  dans  le  décoû,  ils  pomment  mieux. 

Il  vaut  mieux  mener  le  fumier  dans  le  décours, 
car  les  vers  ne  se  mettent  pas  dedans. 

Le  cidre  fabriqué  dans  le  décours  vaut  mieux 
que  celui  qui  est  fait  dans  le  croissant.  (P.) 

On  sème  la  vesce  dans  le  croissant,  car  si  on  la 
semait  dans  le  décours,  elle  ne  grainerait  que  sur 
la  tige  et  n'aurait  point  de  branches. 

On  sème  les  pois  dans  le  décours  ;  si  on  les 
semait  dans  le  croissant,  ils  viendraient  tout  en 
ramat  (seulement  en  tiges).  (E.,  P.) 


300      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Il  en  est  de  même  de  la  treniène  (trèfle  rose)  ;  si 
on  la  semait  dans  le  croissant,  les  vaches  qui  en 
mangeraient  enfleraient. 

Les  carotte'  et  les  panas 
Qiii  n'doivent  pas  perd'e  une  nuit  d'Mâr'.  (P.) 

C'est-à-dire  qu'il  faut  semer  avant  le  premier 
mars. 

A  la  Saint-Georges, 
Il  faut  faire  de  l'orge. 

Saint  Jean  ne  veut  pas  qu'on  sème  du  blé  noir, 
car  il  n'aime  pas  les  galettes  ;  mais  saint  Pierre, 
qui  les  aime,  veut  qu'on  sème  du  blé  noir.  Quel- 
quefois les  deux  saints  sont  en  dispute  à  ce  sujet, 
mais  le  bon  Dieu  favorise  tantôt  l'un  tantôt 
l'autre,  suivant  qu'il  fait  bien  ou  mal  pousser  le 
blé  noir. 

Quand  il  n'y  a  pas  de  blé  noir,  saint  Jean  est 
content  et  saint  Pierre  est  en  colère.  Quand  il  y  a 
du  blé  noir,  saint  Pierre  est  content  et  saint  Jean 
en  colère.  (P.) 

Sème  ton  blé  neir  quand  tu  voudras, 
A  quatorze  semaines  tu  l'auras.  (P.) 

Le  jour  Saint  Barnabe  (ii  juin)  est  un  mau- 
vais jour  pour  ensemencer  le  blé  noir. 

Blé  noir  sur  blé  noir, 
Va  te  faire  foute'  et  point  d'blé  nai.  (P.) 


LES   TRAVAUX  DU   DEHORS   ET   LES   :>L\RCHÉS      3OI 

Aiinée  de  châtaignes,  année  de  blé  noir. 

Quand  la  larve  du  hanneton  ne  sort  point  de 
terre,  l'année  est  mauvaise  en  sarrasii^. 

Quand  le  blé  noir  est  fait  dans  le  croissant,  il 
reste  toujours  blanc  et  ne  mûrit  pas.  (P.) 

Qui  gagne  en  premier 
N'est  que  bourrier.  (P.) 

On  dit  cela  des  récoltes,  quand  elles  sont  trop 
fortes  au  commencement  ;  souvent  au  moment  où 
on  les  coupe,  elles  ne  valent  presque  rien. 


5    IV.    —    LA    RÉCOLTE    DU    FOIN' 

Même  en  Ille-et-Vilaine,  où  les  travaux  sont 
d'une  semaine  ou  deux  en  avant  sur  les  Côtes- 
du-Nord,  il  est  rare  que  l'on  mette  la  faux  dans 
la  prairie  avant  le  24  juin  ;  c'est  même  à  la  Saint- 
Pierre  (29  juin)  qu'a  lieu  la  foire  aux  domestiques 
de  Rennes,  où  les  faucheurs  viennent  se  louer. 

La  faux  est  emmanchée  d^ns  un  bois  de  saule, 
terminée  par  un  bout  pointu  en  fer  qui  sert  de 
contre-poids   pendant  la  fauche,  et  qu'on  fiche 


302      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

en  terre  pendant  qu'on  aiguise  la  faux.  Ailleurs, 
l'extrémité  de  la  hante,  opposée  à  celle  oia  est 
fixée  la  lame,  est  recourbée,  de  manière  à  former 
contrepoids  à  la  lame,  lorsque  l'instrument  est  en 
mouvement. 

Outre  le  temps  delà  mèrienne,  où  les  faucheurs 
dorment,  ils  ont  deux  à  trois  heures  au  milieu  de 
la  journée  pour  leur  repos  et  pour  battre  les  faux; 
mieux  une  faux  est  battue,  mieux  elle  coupe  ; 
c'est  ce  qu'exprime  le  dicton  :  «  Un  bon  ûmcheur 
fauche  d'assis.  «  (P.) 

Pour  aiguiser  leur  faux,  ils  ont  une  pierre  qui 
est  mise  dans  une  corne  suspendue  entre  les 
jambes  du  faucheur;  cette  corne  se  nomme  couyé. 

Pendant  la  faucherie,  les  faucheurs  s'amusent 
à  faire  chanter  leur  faux  en  frappant  la  lame 
d'une  certaine  façon  avec  la  pierre.  C'est  un  ta- 
lent très  apprécié. 

Le  foin  fauché  avant  la  Madeleine  est  le  meil- 
leur; la  rosée  fait  noircir  celui  qui  a  été  coupé 
après,  et  les  chevaux  ne  l'aiment  guère.  Les  la- 
boureurs prétendent,  au  reste,  reconnaître  aux 
déjections  d'un  cheval  s'il  a  mangé  du  foin  coupé 
avant  la  Madeleine  ou  après.  Dans  le  premier 
cas,  les  couennes  (crottin)  flottent  sur  l'eau  ;  dans 
le  second,  elles  sont  lourdes  et  vont  au  fond.  (P.) 

Lorsqu'on  est  à  faner,  si  on  voit  un  étourUllon 
qui  soulève  le  foin  dans  la  prairie,  il  faut  se  hâter 


LES  TRAVAUX  DU   DEHORS  ET   LES   MARCHÉS      30 


?^) 


pour  le  chasser  d'ouvrir  son  couteau  et  de  le 
jeter  la  pointe  tournée  du  côté  du  tourbillon. 

Q.uand  il  survient  un  tourbillon,  on  dit  que 
c'est  le  diable  qui  emporte  quelqu'un;  comme  la 
personne  enlevée  résiste,  le  diable  s'efforce  de 
l'entraîner,  et  c'est  pour  cela  qu'il  fait  des  dégâts 
sur  sa  route.  Pour  l'empêcher  d'enlever  le  foin, 
il  faut  jeter  dedans  un  couteau  ou  un  gavelot 
(fourche  à  deux  dents).  On  y  croit  encore.  (P.) 

Un  jour  une  personne,  qui  avait  ainsi  lancé 
son  couteau,  entendit  sortir  du  tourbillon  une 
voix  qui  disait  :  «  Merci,  vous  m'avez  délivrée.  « 
On  pense  qu'il  y  a  dans  les  tourbillons  un  sorcier 
ou  un  lutin. 

Ils  passent  pour  avoir  une  grande  puissance  ; 
on  cite  une  jeune  fille  qui  fat,  assure-l-on,  trans- 
portée à  deux  lieues  loin,  sans  avoir  eu  aucun 
mal,  et  presque  sans  s'être  aperçue  du  voyage.  (E.) 

Il  y  avait  une  fois  des  gens  qui  éîaieat  à  faner, 
quand  survint  un  tourbillon.  Une  servante,  qui 
avait  son  couteau  ouvert,  le  lança  au  milieu.  Le 
tourbillon  se  dissipa,  au  grand  contentement  des 
faneurs,  qui  croyaient  que  le  diable  était  dedans. 
On  chercha  partout  le  couteau,  mais  on  ne  le 
trouva  point,  et  tout  le  monde  pensa  qu'il  avait 
dû  se  piquer  dans  le  corps  d'une  personne  que  le 
diable  emportait. 

Un  jour  que  cette  servante  était   à  laver  dans 


304      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

une  maison,  elle  reconnut  son  couteau  entre  les 
mains  d'une  jeune  lavandière;  elle  lui  demanda 
où  elle  l'avait  pris.  La  fille  répondit  qu'elle  s'était 
vendue  au  diable  pour  être  riche,,  car  elle  était 
ennuyée  de  travailler;  mais  le  diable  l'avait  em- 
portée dans  un  tourbillon.  «  Sans  le  couteau  que 
vous  m'avez  lancé  dans  le  front,  ajouta-t-elle,  et 
qui  fit  couler  mon  sang,  j'étais  perdue.  « 

(Conté  en  1882  par  Toussaint  Le  Parc,  du  Gouray,  âgé  de 
soixante-six  ans.) 

D'après  un  autre  conte,  un  homme  lança  son  gavelot  dans  un 
tourbillon  et  le  retrouva  le  lendemain  à  l'auberge,  où  une  per- 
sonne blessée  le  remercia. 

Pour  tasser  le  foin  dans  les  greniers,  les  filles 
et  les  garçons  montent  dans  le  «  senâs  »  et  fau- 
dent  le  foin,  en  driigcant,  c'est-à-dire  en  s'amu- 
sant  à  se  pousser.  Les  fauderies  sont  des  parties 
joyeuses  où  l'on  entend  pousser  des  éclats  de 
rires,  mêlés  parfois  à  des  reproches.  Ce  sont  alors 
les  femmes  ou  les  filles  qui  trouvent  que  les  gar- 
çons, en  drugeant,  sont  allés  trop  loin.  (M. -P.) 

On  met  un  bouquet  sur  la  dernière  charretée 
(P. -M.),  et,  lorsqu'elle  est  logée,  on  danse.  Par- 
fois le  maître  fait  venir  un  violon,  et  il  offre  à 
boire  aux  danseurs  et  aux  danseuses.  Alors,  la 
récolte  du  foin  se  termine  par  une  fête  qui  se 
prolonge  souvent  assez  avant  dans  la  nuit.  (P.) 


LES  TRAVAUX  DU   DEHORS   ET   LES  MARCHÉS      3O5 


§  V.  —  LA  MOISSON 

Il  y  a  des  ouvriers,  hommes  et  femmes,  qui  se 
louem  pour  la  métive,  c'est-à-dire  pour  le  temps 
de  la  moisson.  A  la  foire  aux  domestiques,  ils 
portent  un  épi  à  leur  chapeau  ou  à  leur  cein- 
ture. 

Dans  une  partie  notable  des  Côtes-du-Nord, 
surtout  sur  la  côte  et  vers  le  massif  central  du 
Mené,  on  scie  le  blé  par  le  milieu,  et  on  laisse 
sans  la  couper  une  partie  de, la  tige,  que  l'on  ap- 
pelle gU.  Ce  n'est  que  vers  l'automne  qu'a  lieu  la 
gUèrie,  c'est-à-dire  le  moment  où  l'on  coupe  les 
chaumes  restés  debout.  (P.) 

On  met  en  croix  les  deux  premières  poignées  de 
blé  coupées  ;  cela  porte  chance,  et  ceux  qui  le  font 
s'imaginent  scier  plus  vite  que  les  autres.  (E.) 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  I,  p.  132),  on  agit  ainsi 
pour  se  préserver  des  tourbillons. 

Le  blé  enjavelé  et  mis  en  rang  est  dit  mis  en 
Tandon.  (S.-D.) 

La  dernière  charretée  est  habituellement  sur- 
montée d'une  branche  de  chêne,  parfois,  mais 
plus  rarement,  de  cerisier.  (E.) 

Lorsqu'elle  est  arrivée,  on  se  met  à  boire,  et 
on  s'amuse  tout  le  reste  de  la  journée.  (S.-C.) 

20 


306      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

La  dernière  gerbe  est  ornée  d'un  bouquet  et 
d'une  branche  de  chêne.  On  lui  donne  toujours 
la  forme  d'une  personne.  Si  le  fermier  est  marié, 
on  fait  la  gerbe  double  ;  il  y  en  a  une  grosse  et 
une  petite,  en  forme  de  poupée,  qui  est  enfermée 
dans  la  grosse.  Elle  s'appelle  alors  la  «  Mère 
Gerbe  ». 

On  la  présente  à  la  maîtresse  de  la  ferme,  qui 
la  délie  et  paie  à  boire.  Celui  qui  a  lié  la  gerbe 
est  le  premier  à  goûter  au  cidre  ou  à  l'eau- 
de-vie. 

Si  un  fermier  ne  paie  pas  à  boire  à  l'occasion 
de  la  dernière  gerbe,  on  le  traite  de  chiche,  d'a- 
vare. Il  y  en  a  qui  vont  à  l'auberge  et  se  font 
servir,  à  son  compte,  des  tournées  de  cidre  ou 
de  café. 

En  présentant  la  gerbe,  on  chante  une  chan- 
son. (E.) 

Lorsqu'il  ne  reste  plus  qu'une  gerbe  à  battre, 
l'un  des  batteurs  la  prend  au  bout  d'une  fourche 
en  fer,  et  ouvre  la  marche.  Un  autre  porte  un 
balai  en  guise  de  bannière,  un  troisième  un  râ- 
teau ;  d'autres  ont  assis  le  maître  et  la  maîtresse 
dos  à  dos  sur  une  civière  et  les  portent.  Derrière 
eux,  les  autres  batteurs  forment  une  sorte  de  pro- 
cession autour  de  l'aire,  en  chantant  des  chan- 
sons. La  plus  habituelle  est  celle  qui  commence 
par  ces  mots  : 


LES   TRAVAUX   DU   DEHORS  ET   LES   XL\RCHES      307 


La  belle  est  au  jardin  d'amour, 
C'est  pour  y  passer  la  semaine. 

Parfois  on  porte  la  bourgeoise  sur  une  civière, 
et  elle  tient  dans  sa  main  un  bouquet  de  pommes. 
Elle  est  assise  sur  la  dernière  gerbe,  soit  d'avoine, 
soit  de  blé.  Deux  hommes  la  portent  ainsi,  et  les 
autres  suivent  en  chantant.  On  fait  ainsi  le  tour 
de  Taire,  et  la  bourgeoise  donne  à  boire  aux  bat- 
teurs. Cet  usage  est  actuellement  presque  entiè- 
rement abandonné.  (P.) 

Sur  la  dernière  gerbe,  cf.  Mémoires  de  l'Académie  celtique,  t.  II, 
p.  222. 

Jadis  la  dernière  gerbe  d'avoine^  au  lieu  d'être 
pour  les  maîtres,  était  présentée  aux  domes- 
tiques et  c'était  eux  qui  payaient  à  boire.  Cet 
usage  est  tombé  en  désuétude.  (E.) 

Lorsqu'une  machine  à  battre  a  terminé  son 
ouvrage  et  qu'elle  est  sur  le  point  de  s'en  aller, 
les  fermiers  vont  dans  les  maisons  bourgeoises 
des  environs  chercher  des  lauriers  et  des  fleurs 
pour  l'orner,  et  les  hommes  qui  l'escortent  ont 
des  bouquets  à  leurs  chapeaux.  (E.,  S.-C.) 

Quand  on  bat  de  l'avoine  au  fléau,  on  cache 
la  dernière  gerbe  sous  de  la  paille,  et  on  la 
cherche  jusqu'à  ce  qu'on  l'art  découverte.  Celui 
qui  l'a  trouvée  prend  le  bourgeois  par  sous  le 
coude,   on  porte  la  bourgeoise  dans  une  chaise 


308      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

tout  autour  de  l'aire;  ils  offrent  du  cidre,  et, 
tandis  qu'on  est  à  le  chercher,  les  batteurs  frap- 
pent sur  cette  gerbe,  jusqu'à  ce  qu'ils  l'aient 
brisée  en  mille  morceaux.  (P.) 


§   VI.   —   CUEILLETTES   ET  TRAVAUX  DrVTIRS 

On  laisse  le  plus  beau  brin  de  chanvre  pour 
l'oiseau  Saint-Martin  ou  martinet. 

Il  faut  chanter  en  le  cueillissant, 
Ou  les  filandières  s'endorment  en  le  filant.  (E.) 

De  même  pour  le  lin. 

On  laisse  parfois  dans  un  coin  du  champ  une 
poignée  de  lin.  Cela  porte  chance.  (E.) 

Lorsqu'on  arrive  à  la  fin  de  quelque  ouvrage, 
on  dit  que  ce  sont  les  nicolaiUes  (M.)  ;  les  nico- 
naiïïes.  (P.) 

Crapaud  qui  chante, 
Pomme  à  l'ente. 
(Oraîn,  Géographie,  p.  47>.) 

Il  y  a  encore  d'autres  pronostics  sur  les  pom- 
mes ;  on  dit  : 


LES   TRAVAUX   DU   DEHORS   ET   LES   MARCHÉS      309 

—  Tout  ce  qui  est  fleur  n'est  pas  pomme.  (P.) 
L'usage  est  de  gauler  les  pommes;  autrefois, 
les  filles  grimpaient  dans  les  arbres,  ce  qui  était 
une  occasion  de  plaisanteries  assez  salées  de  la 
part  des  garçons  ;  aussi  on  raconte  qu'un  recteur 
monta  en  chair  jadis  et  dit  à  ses  ouailles  :  «  Mes 
chers  frères,  au  moment  où  l'on  gaule  les  pom- 
mes, il  se  passe  souvent  des  désordres  :  les  filles 
grimpent  dans  les  arbres  et  la  pudeur  en  est  alar- 
mée ;  désormais,  il  faudra  que  les  filles  restent 
sous  les  pommiers  et  que  les  garçons  montent 
dessus.  » 

Quand  on  fait  un  échalier  neuf,  s'il  survient  au 
moment  où  il  s'achève  quelque  fille  ou  femme 
qui  veuille  le  franchir,  ceux  qui  font  Téchalier 
lui  demandent  à  l'embrasser.  11  en  est  de  même 
des  chemins  nouvellement  ouverts;  si  c'est  un 
homme,  on  lui  demande  un  sou  pour  le  passage. 
Mais  actuellement,  ce  n'est  qu'une  plaisanterie 
qui  rappelle  vraisemblablement  quelque  usage 
tombé  en  désuétude  ;  personne  ne  paie  ce  tribut, 
et  ceux  qui  le  demandent,  en  riant,  d'ailleurs, 
n'insistent  pas.  (P.) 


310      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


§  VII.  —  LES  BERGERS  ET  LES  CHARRETIERS 

Voici  quelques  dictons  sur  les  soins  à  donner 
aux  bêtes  : 

—  Tel  homme,  tel  avaï  (avoir  bétail). 

—  Nourriture  surpasse  Vorine  (origine). 

—  Les  vaches  donnent  du  lait  par  la  goule. 

A  Saint-Glen,  on  offre  du  grain  à  saint  Nico- 
dême  pour  que  les  vaches,  les  moutons  et  les 
cochons  viennent  bien  et  n'aient  point  de  ma- 
ladies. 

Pour  que  les  vaches  aient  leur  veau  en  jour,  il 
faut  que  la  dernière  fois  qu'on  leur  tire  du  lait 
soit  un  dimanche, 

A  Saint-Cast,  pour  empêcher  les  vaches  d'être 
malades,  et  pour  que  leur  veau  arrive  en  bon 
terme,  on  offre  à  saint  Jean  le  beurre  de  la  pre- 
mière barattée;  ailleurs,  c'est  à  la  Vierge  que 
l'offrande  est  faite. 

Lorsqu'on  tue  un  cochon,  il  faut  avoir  soin  de 
le  tuer  quand  la  mer  monte  ;  on  croit  que  la 
viande  est  meilleure  que  si  l'animal  était  exécuté 
à  la  mer  baissante. 

C'est  aussi  à  la  mer  montante  qu'il  faut  puiser 
l'eau  que  l'on  chauffe  pour  le  laver  quand  il  est 
tué  ;  on  assure  qu'elle  le  nettoie  mieux.  (S,-C.) 


LES   TRAVAUX   DU   DEHORS  ET  LES   MARCHÉS      3  1 1 

La  tuerie  de  cochon  est  une  occasion  de  fêtes 
et  de  politesses  entre  voisins.  Il  en  est  de  même 
en  Basse-Bretagne. 

Cf.  Galerie  bretonne,  t.  III,  p.  61^. 

Pour  que  le  cochon  profite,  on  offre  un  mor- 
ceau de  lard  à  divers  saints.  A  Saint-Cast,  l'of- 
frande se  fait  à  saint  Jean  ;  à  Plurien,  c'est  à  saint 
Antoine. 

Dans  le  charnier  où  est  le  lard,  on  met  un 
morceau  de  fer  à  cause  de  l'orage. 

A  la  porte  des  étables,  on  met  une  branche  de 
laurier  bénit  des  Rameaux,  afin  que  le  bétail 
n'ait  pas  de  maladie. 

En  beaucoup  de  pays,  on  mène  les  étalons  aux 
pardons,  non  pour  les  guérir,  mais  pour  les 
montrer. 

«  A  l'assemblée  de  Cesson,  qui  a  lieu  chaque 
année  le  lundi  de  Pâques,  on  promène  de  beaux 
étalons  dont  la  tète  et  la  queue  sont  ornées  de 
fleurs  et  de  rubans  ;  mais  cet  usage  n'est  pas 
restreint  à  la  commune  de  Cesson  :  il  a  lieu  dans 
toutes  les  assemblées  du  même  genre.  » 

(Ilabasque,  t.  II,  p.  311.) 

Pour  chaque  ferme,  il  y  a  un  garçon  qui  s'ap- 
pelle le  ferrons,  c'est  celui  qui  ferre  les  che- 
vaux. 

Quand  les  .qens  des  Iffs  mènent  leurs  chevaux, 


312      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


ils  ont  l'habitude  de  faire  claquer  leurs  fouets,  et 
de  chanter  : 

Là-haut,  mon  boudet, 
La-baut,  mon  valet. 

L'autre  répond  : 

—  As-tu  tes  violons, 
Bourrier,  mon  berton. 

Tuer  un  cheval,  même  malade,  est  considéré 
comme  une  sorte  de  déshonneur  pour  un  fer- 
mier. 


§   VIII.    —   FOIRES    ET   MARCHÉS 

Il  y  a  beaucoup  de  gens  qui,  en  se  rendant  aux 
foires,  consultent  les  augures  ;  il  y  a  des  présages 
qui  font  juger  si  le  marché  sera  fructueux  ou 
non. 

Rencontrer,  en  allant  aux  foires,  un  couturier 
ou  une  lingère  est  d'un  mauvais  présage  ;  si  la 
première  personne  qu'on  trouve  sur  la  route  est 
une  fille  ou  une  femme,  on  aura  moins  de  chance 
que  si  l'on  avait  vu  un  homme.  (P.) 


LES   TRAVAUX  DU   DEHORS  ET   LES   Î.L\RCHÉS      ^  I  5 


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Il  vaut  mieux  trouver  du  fer  que  de  l'argent  ; 
la  trouvaille  d'un  fer  à  cheval  ou  d'un  clou  porte 
bonheur.  (D.) 

On  n'a  pas  de  chance  si  l'on  passe  sur  une 
route  après  qu'un  liron  l'a  traversée.  (P.) 

Celui  qui  trouve  un  couteau  sur  son  chemin, 
en  allant  à  la  foire,  n'aura  pas  de  chance.  (P.) 

Quand  on  vend  un  animal  à  la  foire,  principa- 
lement une  vache  ou  un  mouton,  il  est  d'usage 
de  donner  à  l'acheteur  un  sou  ou  deux  sous.  Ce 
don  est  fait  pour  «  la  chance  ».  (P.) 

On  dit  quand  on  envoie  quelqu'un  vendre  un 
animal  à  la  foire  :  «  Si'  boit  la  queue  du  viau,  on 
n'ii  en  fera  pas  de  reproche.  »  (P.) 

Avant  de  conclure  définitivement  un  marché, 
les  négociations  sont  parfois  longues  de  part  et 
d'autre. 

Le  marchand  frappe  un  coup  de  bâton  sur  le 
dos  de  la  vache  ou  du  cheval. 

Il  dit  au  vendeur  :  «  Donne-moi  ta  main  «,  et 
il  frappe  dedans.  Parfois  il  déclare  qu'il  ne  don- 
nera rien  de  plus,  pas  même  un  cheveu,  et,  en 
disant  cela,  il  s'arrache  un  cheveu  ou  il  arrache 
un  poil  de  la  vache,  ou  un  crin  de  cheval.  Pour 
conclure,  il  s'écrie  :  «  Elle  est  vendue  !  » 

On  doit  le  lincou  du  cheval  et  la  ndche  (corde) 
d'une  vache. 

S'il   s'agit  d'une  vente  de  bétail,  le   vendeur 


314      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

donne  à  l'acheteur,  pour  les  moutons  par  exem- 
ple, un  sou  ou  deux  sous,  afin  de  prouver  qu'il 
ne  regrette  pas  d'avoir  traité.  Cela  s'appelle 
«  donner  pour  la  chance  «.  (P.) 

Au  moment  de  conclure  un  marché  avec  un 
homme,  si  on  ne  s'arrange  pas  tout  à  fliit,  on 
convient,  pour  trancher  la  difficulté,  de  donner 
une  mouchouerée  de  farine,  une  joinîée  de  pois,  etc. 

(P-) 

Dans  beaucoup  de  cas,    Vagit,  c'est-à-dire   le 

treizain,  est  d'usage;  mais  la  quantité  à  donner 

est  variable. 

Pour  savoir  le  goût  du  cidre  que  l'on  vend,  on 
en  prend  une  briquée. 

Quand  on  va  livrer  le  cidre,  il  est  d'usage  de 
donner  une  tête  de  veau  comme  décharge  à  ceux 
qui  l'amènent  (P.)  ;  le  charretier  reçoit  en  général 
douze  sous  pour  sa  part.  < 


CHAPITRE  V 

LA  POLITESSE  ET  LA  BIENSÉANCE 


§1. 


CIVILITE   VILLAGEOISE 


^UAND  on  compare  quelqu'un  à  un  chien, 

on  dit  :   «  Sans  comparaison  »,  puisqu'il 

(un  tel)  a  été  baptisé.  (E.) 

Quand  on  parle  d'un  cochon,  on  dit  toujours  : 

«  En  vous  respectant,  respé  de  vous,  ou  respé  de 

la  compagnie.  » 

Le  cheval  est  un  animal  noble  ;  quand  on  parle 
de  lui,  on  n'emploie  point  toujours  :  «  En  vous 
respectant  »,  ou  :  «  Respé  de  vous  »,  comme  on 
ne  manque  jamais  de  le  faire  s'il  s'agit  de  vaches, 
cochons,  etc. 

—  Il  vaut  mieux  entendre  un  bœuf  parler 
qu'une  fille  subler  (siffler).  (P.) 


3l6      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Il  est  malséant  à  une  fille  de  siffler,  parce  qu'on 
dit  qu'elle  appelle  les  galants.  On  dit  aussi  qu'en 
sifflant,  elle  appelle  le  diable. 

Fille  qui  sub'e, 
Vache  qui  bugue, 
La  poule  qui  chante  le  co', 
C'est  trois  animaux  sur  la  terre  de  trop.  (D.) 

Fille  qui  subie, 
Coq  qui  pond, 
A  la  maison  tout  y  fond.  (E.) 

Lorsque  quelqu'un  est  accroupi  à  faire  ses  be- 
soins, il  dit  à  l'autre,  pour  l'empêcher  de  le 
regarder  : 

Brise-fer  !  Brise-fer  ! 
Si  tu  regardes  mon  eu. 
Tu  iras  en  enfer.  (P.) 

Quand  on  voit  quelqu'un  pisser  le  long  d'un 
mur,  on  lui  dit  : 

—  Tu  vas  le  faire  cherre  (tomber).  (M.) 
Quand  une  personne  renifle,  si  on  veut  l'en 

empêcher,  on  n'a  qu'à  siffler. 

—  Je  vais  boire  à  vot'santé,  que  l'bon  Dieu 
vous  la  conserve.  (S.-C.) 

—  A  vot'santé. 

—  Sentez,  vous  qu'avez  Tbouquet.  (D.) 

Les  paysans  boivent  souvent  dans  le  même 
vase,  écuelle,  verre  ou  moque  ;  ils   laissent   une 


LA   POLITESSE   ET   LA   BIENSÉANCE  317 


goutte  dans  le  fond  et  la  font  couler  sur  le  côté 
où  ils  ont  porté  leurs  lèvres.  C'est  une  manière 
de  rincer  le  vase. 

Quand  on  a  bien  dîné,  il  n'est  point  malséant 
de  roter  ;  c'est  au  contraire  une  politesse  rustique 
qui  veut  dire  que  l'on  a  bien  mangé.  C'est  faire 
honneur  à  la  réception. 

En  Basse-Bretagne   (cf.    Galerie  bretonne,  t.  II,  p.  Î4),  roter 
est  signe  de  savoir-vivre. 

Il  est  poli  de  laisser  quelque  chose  sur  son  as- 
siette pour  montrer  qu'on  a  assez  mangé.  De 
même  pour  les  verres. 

La  place  d'honneur,  c'est  le  banc  du  foyer. 
Lorsque  quelqu'un  entre,  on  lui  dit  :  «  Sourdous 
diq'  au  fouyer  »  (montez  jusqu'au  foyer),  si  on  a 
de  la  considération  pour  lui. 

Il  est  malséant  de  s'asseoir  sur  la  maie  ou 
huche. 

On  ne  doit  pas  chômer,  c'est-à-dire  mettre  de- 
bout un  enfant  sur  la  table. 

Lorsqu'on  a  tué  un  cochon,  il  est  d'usage  d'en- 
voyer de  la  saucisse  et  du  boudin  à  ses  connais- 
sances ;  les  fermiers  en  offrent  à  leurs  proprié- 
taires, et,  en  beaucoup  de  communes,  il  y  a 
toujours  un  bout  de  saucisse  pour  le  presbytère. 
On  donne  un  petit  pourboire,  «  une  pratique  », 
aux  domestiques  qui  portent  la  part  de  «  cochon- 
nerie ». 


3l8      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

Dans  les  familles  bourgeoises,  on  offre  de  la 
saucisse  et  du  boudin  aux  personnes  de  même 
rang  avec  lesquelles  on  est  en  relations.  Parfois 
même  ce  genre  de  politesse  continue  après  que 
les  relations  ont  cessé. 

Jadis  on  offrait  à  ses  amis  une  bouteille  de  vin 
quand  on  mettait  une  pièce  en  perce. 

Lorsque  quelqu'un,  assis  sur  un  bout  de  banc, 
tombe  parce  que  la  personne  assise  à  l'autre  bout 
s'est  levée  brusquement,  on  dit  :  «  Tu  m'as 
hanni;  tiens  me  v'ia  banni,  w  (Tréveneuc.) 

Les  fermiers  appellent  leurs  propriétaires  : 
«  Not'mait'e  »,  «  not'bourgeois  »,  ou  «  le  bour- 
geois )). 

Cf.  Laisnel  delà  Salle,  t.  II,  p.  iij. 

Lorsque  quelqu'un  tombe  par  terre,  on  lui  dit  : 

—  Laisse  ce  saut-là  et  prends-en  un  autre.  (E.) 

—  Apporte-moi  celui-là  et  va  t'en  en  cher- 
cher un  autre.  (D.) 

Quand  on  s'assied  par  terre  involontaire- 
ment : 

Bon  Dieu  de  bois. 
Que  la  terre  est  basse  !  (D.) 

Bon  Dieu  de  bois, 
Que  vous  avez  les  os  durs  !  (M.) 

Si  quelqu'un  vous  a  joué  un  mauvais  tour,  on 
dit  : 


LA   POLITESSE   ET   LA   BIENSEANCE  319 


Que  la  guerre  est  gaôche  (gauche) 

Quand  les  canons  sont  teux  (de  travers).  (D.) 

Les  éternuements  présagent  du  bonheur  ou  le 
rétablissement  d'un  malade,  duand  une  personne 
indisposée  éternue,  les  assistants  lui  disent  : 
«  Dieu  te  conserve,  la  santé  te  revient.  » 

On  dit  à  quelqu'un  qui  éternue  : 

—  Du  courage  et  de  la  bonne  humeur.  (D.) 
Voici  quelques  formules  de  bonjour  : 

—  Bonjour. 

—  Bonjour. 

—  Comment  vous  portez-vous  ? 

—  Pas  mal  et  vous. 

—  Et  tous  à  la  maison? 

—  l'sont  pas  mal. 

—  Et  chez  vous  ? 

—  l's'portent  ben,  Dieu  merci. 
Les  plaisants  ajoutent  : 

—  Et  à  l'entour  de  sez  (chez)  vous  ? 

—  Bonjour  à  tous. 

—  Bonjour  à  toute  la  maisonnée,  sérions  (se- 
riez-vous)  cor  cent  mille.  (D.) 

Bonne  net, 

Bon  repos  ; 

Mon  lit  ben  fait 

Et  l'tien  dehau  (dehors).  (P.) 


320      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX  ET   USAGES 

Quand  on  veut  se  moquer  de  quelqu'un  qui 
vous  demande  : 

—  De  queue  païs  qu'v'êtes  ? 
Les  malins  répondent  : 

Je  se  du  paï  de  Manigousse, 
Ohiou  qu'on  fait  les  gaufFes  (ou  bien  les  galettes) 

Su'  les  brousses. 


Et  puis 


T'es  un  biau  gâ, 
T'auras  la  fille  à  Tacha. 


§   II.   —   LIS    SURNOMS   ET   LES   PRÉNOMS 

Il  y  a  des  pays  où  presque  tout  le  monde  a  un 
sobriquet  sous  lequel  il  est  plus  connu  que  sous 
son  propre  nom.  Cela  s'appelle  une  seigneurie  (E.) 
ou  signorie.  (S.-C.) 

Ces  sobriquets  sont  très  fréquents  en  certains 
villages  du  littoral  où  beaucoup  de  personnes 
portent  le  même  nom,  et  aussi  parfois  le  même 
prénom.  A  Saint-Cast  et  à  Saint- Jacut  surtout, 
une  bonne  moitié  des  habitants  a  une  signorie. 

Cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  II,  p.  113  ;  Qi  Galerie  bretonne,  t.  III, 
p.  139. 


LA  POLITESSE   ET   LA   BIENSÉANCE  32 1 


Les  signories  font  allusion  à  des  qualités  phy- 
siques ou  à  des  difformités,  au  caractère  de  l'in- 
dividu, à  son  juron  ou  à  son  dicton  habituel. 

Des  gens  glorieux  de  leur  fortune  sont  surnom- 
més h  Paon,  Chie-gâlè  (Chie-gâteau). 

Un  homme  d'église,  Cu-béni. 

M.  P.  Bézier  m'a  communiqué  la  liste  suivante 
des  sobriquets  de  Saille  (pays  des  Saulniers),  can- 
ton de  Guérande  : 

BerHbi,  Diguedaine,  Culpif,  Jean-Marie  L'a- 
mour, Pincetout,  Benoni-coq-au-large,  Jean-Fran- 
çois Ferraille,  Jean-Marie  La  Ripaille,  Bouzou- 
huit-sous ,  Quatre-cent  francs ,  Barbefine ,  La 
Chance,  Pissous,  Julie  Canon-Rouge,  Gascoing 
Casse-Dos,  Goule  hachée,  Pied-de-Bois,  Tiby, 
Chattechatte,  Pierre  Grain-de-Sel,  Millegoulc, 
Cul-Sec,  Verge-Rouge,  Gustine  Poilu,  Marie 
Cul-Rouge,  Jeanne  Cul-Noir,  Delphine  Cul- 
Vierge,  Jean  Du-Dessous. 

Voici  quelques  noms  de  guerre  des  Chouans, 
aux  environs  de  Béeherel  et  de  Matignon  ;  quel- 
ques-uns sont  devenus  les  sobriquets  de  leurs 
descendants  : 

La  Violette,  Jean  Danse,  Rocdur,  Justice, 
Charlemagne,  Troque-Mort,  Croquemitaine,  Em- 
poigne-Dur, Frappe-à-Mort. 


21 


322      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Prénoms  et  leurs  sobriquets. 

Voici  les  prénoms  les  plus  usités  ;  ils  sont  sui- 
vis, quand  il  y  a  lieu,  de  leur  déformation  pa- 
toise  : 

Alexandre,  Saiid'e. 

Amateur,  Mateur. 

Anselme,  Selmi. 

Charles,  Chah,  Saï. 

Claude,  GJaôde. 

Emile,  Mino. 

Eugène,  Ugène,  UJane. 

Etienne,  Tienne . 

Exupère,  Super,  Ztiber. 

François,  Franças  (M.) ,  Francêe  (P.),  Fancho 
(P.),  Fanchin  (M.),  Fèche  (P.),  Fécho  (P.), 
Chino  (M.),  Chinaô,  Cho  (P.)»  Chco. 

rORJIULETTES  : 

Franças, 

La  chiève  est  es  pas  (pois), 

Le  bouc  est  dans  l'herbe, 

Fourre  ton  nez  dans  la  merde.  (D.) 

—  Franças, 

La  chève  est  es  pas. 

—  Tu  en  as  menti, 
Car  je  viens  d'y  va.  (E.) 


LA.  POLITESSE   ET  LA   BIENSÉANCE  323 


Francce, 

Merde  de  ouée. 

La  douzaine  n'en  vaut  pas  trée  (trois).  (P.) 

—  Franças, 
Gros  et  gras, 
Capitaine  des  limas, 

Les  limas  sont  tous  à  bas. 

—  Gar',  tu  en  as  mentu, 

Franças  a  la  crotte  au  eu.  (S*-Brieuc-des-Ifs,) 

Frédéric,  Féderi,  Fêdrl. 
Guillaume,  Glaiime. 
Jules,  Juliaud,  JûJaud. 
Jacques. 

FORMULLTTE  : 

Jacques 

La  Gratte, 
La  poignée  m'échappe. 
Tout  olva  (en  descendant)  la  montée, 
Fs'ra  chu  su'son  nez.  (P.) 

Jean-Jeudi  (Cocu). 
Jean-Marie. 

Jean-Jean  les  Bottes, 
Le  eu  li  ballotte. 
En  passant  l'échalier. 
Le  eu  li  a  resté.  (P.) 

Joseph,  José,  Jôson. 
Henri. 


324   LE  CALENDRIER,  LES  TRAVAUX  ET  USAGES 


Laurent,  Roland. 
Louis,  Léouis,  Louitau,  Ouïs. 
Matlîurin,  Matant,  Turin,  Turiche,    Thirrichon, 
TJmraud,  Thuron,  Mateîin. 
Michel,  Miche,  Michié. 
Pierre,  Pelo. 
Pierre-îvlarie,  Marichelte. 

Pierre 

La  Guerre, 
O  (avec)  son  bassin  de  terre, 
Quand  l' bassin  d'terre  cassera, 
La  guerre  finira. 

Pierre 

La  Guerre, 
O  son  bassin  de  terre. 
Les  limas  l'ont  tant  parcouru 
Que  Pierre  en  a  clié  (tombé)  su'son  eu.  (P.) 

Paul,  Pol. 
Toussaint,  Saint. 
Victor,  Victaur. 


Prénoms  des  femmes. 

Anne,  Ndnnon,  la  Nane,  la  Ndnne. 
Aurélie,  OUrie. 
Brigitte,  Bergitte. 
Caroline,  Cahrine,  Càlo. 


LA   POLITESSE    ET   LA   BIENSÉANCE  32) 

Désirée. 
Éléonore,  Lionore. 

Emilie,  Minoche. 

Eugénie,  Ugénie,  Ujàne,  Génie. 

Elisabeth,  Zabhn. 

Félicité,  Cité. 

Françoise,  Fanchcttc,  Fanchon,  Chonne,  la  Cho)i. 
(Fauche,  vers  Bécherel  ;  en  ce  pays  les  filles  s'ap- 
pellent Fanchette  et  les  femmes  mariées  Fanchc). 

Guillemette,  Métin. 

Jeanne,  Jeanne. 

Jeanne 

La  Cangne  (la  paresse), 
La  mère  es  irangues, 
Quatervingts  ergots, 
La  mère  es  mulot'.  (P.) 

Jeanne 

La  Cocangne, 
La  mère  es  irangnes  (araignées). 
Q.uatervingts  ergots, 
La  mère  es  mulots. 
Quatervingts  ortas  (orteils), 
La  mère  aux  petits  chats.  (D. 

Julie,  Julienne,  Juliotte. 

Louise,  Léouise,  Léouison,  Ouison. 

Mathilde,  Maîtide. 

Mathurine,  Turotte  (P.),  Turette  (D.),  Matoche 

(P.) 


320      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Marie,  Marion,  Mourion  (D.,  Plouër),  Marioche, 
Maiaù,  (vers  Bécherel). 
Marie  Sale-Tripe. 

Marie 
Qui  pète  et  qui  chie. 
La  ville  de  Paris  en  cotit  (retentit).  (P.) 

Maiaù  la  putain, 

La  patronne  du  lutin.  (Bécherel.) 

Marie 
Qui  pète  et  qui  chie 
Dans  une  écuelle  de  bouis  (buis), 
Qui  porte  çà  à  Paris, 
Qui  dit  qu'c'est  d'ia  bonne  marchandie.  (D.) 

Marion  pleure,  Marion  crie, 
Marion  veut  qu'on  la  marie. 
Son  papa  n'a  pas  d'raison, 
l'n'veut  pas  marier  Marion.  (E.) 

Jeanne-Marie,  Marie-Jeanne. 
Perrine,  Pelotte. 
Rose,  Rosette. 


CHAPITRE    VI 


MŒURS  ÉPULAIRES 


j|^^.jA  nourriture  des  paysans  de  la  Haute- 
Bretagne  n'est  pas  très  variée.  Il  serait 
difficile  de  composer  un  menu  même 
modeste  avec  les  mets  qui  sont  d'un  usage  habi- 
tuel parmi  eux,  soit  dans  la  vie  ordinaire,  soit 
aux  fêtes  ou  aux  mariages,  ainsi  qu'on  le  verra 
par  ceux  que  j'ai  relevés  plus  loin. 

L'idéal  du  gourmet  campagnard  est  d'ailleurs 
assez  borné,  à  en  juger  par  le  récit  suivant  que  j'ai 
maintes  fois  entendu  sous  des  formes  un  peu  dif- 
férentes : 

Il  y  avait  une  fois  quatre  gars  de  Langueux 
qui  voyageaient  ensemble. 

—  Si  tu  étas  roué  (roi),  dit  l'un  d'eux,  qu'est- 
ce  que  tu  désireras  ? 


328      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

—  Des  feuves  o  du  lard  fumé,  qui  seraint 
grosses  comme  les  peuces  des  pieds. 

—  Et  ta  ? 

—  J'aras  de  la  saucisse  longue  comme  de  Lam- 
balle  à  Saint-B.crieu. 

—  Et  ta? 

—  Je  voudras  que  la  mer  serait  toute  en  graisre, 
et  ma  dans  le  mitan  à  l'écumer  do  une  écuelle 
de  bois.  Mais  ta,  gars,  que  que  tu  feras  ? 

—  Qiié  que  tu  voudras  que  je  feras  ?  V'avez 
pris  pour  vous  tout  ce  qu'i'  n'y  a  de  bon. 

On  dit  ironiquement  d'un  repas  chichement 
servi,  où  il  y  a  peu  de  viande  et  beaucoup  d'os  : 

—  Ah  !  dame  !  iz  étaient  douze,  et  i'  n'n'ont 
tous  zu  leur  content,  et  cor  un  chien  qui  n'ia  pas 
fini.  (P.) 

Lorsque  l'hospitalité  est  large,  on  dit  au  con- 
traire : 

—  C'est  une  bonne  maison ,  on  y  boit  à 
vionilk-pouce,  c'est-à-dire  les  écuelles  sont  bien 
remplies.  (D.) 

Les  repas  de  campagnards  sont  bruyants;  ils 
mangent  beaucoup  et  longtemps,  surtout  quand 
ils  sont  attablés  à  quelque  repas  qui  ne  leur 
coûie  rien,  ou  auquel  ils  ont  payé  leur  écot  à 
forfait.  Ils  boivent  à  proportion,  et  la  manière, 
parfois  très   primitive,    dont  ils  s'ingurgitent   les 


MŒURS    ÉPULAI.RES 


mets,  choquerait  considérablement  un  habitant  des 
villes. 

Il  y  règne,  surtout  vers  la  fin,  une  gaieté  gros- 
sière, mais  qui  n'est  point  feinte,  et  qui  se  traduit 
parfois  par  des  propos  épicés  ou  ultra-rabelai- 
siens; mais  ils  sont  dits  avec  une  telle  candeur 
que  personne  ne  songe  à  s'en  offenser. 

Le  pain  entre  pour  une  forte  part  dans  l'ali- 
mentation des  paysans,  qui  mangent  peu  de 
viande,  bien  qu'ils  en  consomment  maintenant 
plus  qu'autrefois. 

On  appelle  iourte  ou  iourtiau,  pluriel  tourtiaoux 
Gu  galettes  de  four  (D.)  des  petits  pains  composés 
avec  les  restes  de  pâte  ;  on  en  fait  un  pour  chaque 
personne  de  la  maison,  et  on  les  cuit  avant  de 
mettre  le  pain  au  four.  Si  on  coupe  un  tourte 
avec  un  couteau,  avant  que  le  pain  soit  retiré  du 
four,  la  fournée  ne  cuit  pas.  (P.) 

On  trempe  les  tourtiaoux  dans  le  cidre  nou- 
veau (D.);  c'est  un  régal  très  prisé,  surtout  par 
les  femmes. 

Lorsque  le  cidre  nouveau  n'est  pas  encore  cuit, 
les  personnes  friandes  le  mettent  à  chauffer  devant 
le  feu,  et  elles  y  trempent  leur  pain  grillé,  leur  mid. 

La  graisse  d'oie  étendue  sur  le  pain  grillé 
constitue  aussi  un  régal. 

A  Plouër,  avant  la  moisson,  on  fait  une  four- 


330      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

née  de  petits  pains  tout  ronds,  dans  la  pâte  des- 
quels on  met  des  œufs.  Ils  sont  très  goûtés,  de- 
viennent duî-s  comme  des  biscuits  de  mer  et  se 
conservent  longtemps.  Le  matin,  on  les  met  à 
tremper  dans  du  lait,  et  à  midi  on  les  porte  aux 
travailleurs. 

■Il  y  en  a  dans  lesquels  on  met  du  sucre,  et  qui 
forment  une  espèce  de  gâteau. 

Si  on  donne  du  pain  aux  poules,  on  prétend 
qu'elles  sautent  à  la  figure  de  celui  qui  le  leur  a 
donné.  (P.) 

C'est  un  péché  de  donner  du  pain  aux  bêtes  ; 
si  on  le  faisait,  le  bon  Dieu  n'en  donnerait 
plus.  (D.) 

Dans  beaucoup  de  pays,  on  cuit  du  pain  pour 
plusieurs  semaines  ;  il  y  a  une  double  raison  :  les 
femmes  sont  moins  souvent  obligées  de  bou- 
langer, et  le  pain  rassis  étant  moins  appétissant 
que  le  pain  frais,  on  en  mange  moins. 

On  dit  ce  proverbe  en  Haute-Bretagne  et  ail- 
leurs : 

Belle  fille,  pain  frais  et  bois  vert 
Mettent  une  maison  à  désert. 

Dans  les  villages  un  peu  grands,  où  un  seul 
four,  appelé  à  cause  de  cela  banal,  sert  à  tous  les 
ménages,  les  femmes  qui  viennent  y  cuire  for- 
ment autour  une  réunion   souvent  nombreuse  : 


MŒURS    ÉPULAIRES  33  I 

c'est  une  des  gazettes  du  village,  qui  rivalise 
presque  avec  celle  qui  se  parle  tous  les  jours  au 
doué  (lavoir). 

Le  présent  le  plus  habituel  que  les  fées  fai- 
saient aux  hommes,  c'était  celui  d'un  pain  qui  ne 
diminuait  point,  si  on  n'en  donnait  à  personne. 

Cf.  dans  mes  Contes  des  Pavsaiis  et  des  Pécheurs,  'a  série  inti- 
tulée :  Les  Fées  des  Houhs  et  de  Ja,  Mer. 

C'est  aussi  la  première  chose  que  demandent 
aux  bonnes  dames  —  qui  cuisaient  aussi  leur 
pain  comme  des  villageois  —  les  hommes  qui 
peuvent  être  en  relation  avec  elles. 

On  entame  toujours  le  pain  en  faisant  un  signe 
de  croix  avec  le  couteau. 

Même  usage  en  Basse- Breragne.  Cf.  Souvcstre,  Derniers  Bre- 
tons, t.  I,  p.  12. 

La  soupe  forme  une  partie  considérable  de  l'ali- 
mentation à  la  campagne.  Pour  que  les  enfants  ne 
se  lassent  pas  d'en  manger,  on  leur  assure  qu'elle 
les  fera  grandir  et  les  rendra  forts.  Les  soupes  les 
plus  fréquentes  sont  :  la  soupe  de  graisse  et  de 
choux,  la  soupe  grasse  dans  laquelle  on  a  cuit  de 
la  viande,  la  soupe  au  lard,  la  soupe  de  pois,  la 
soupe  à  l'oignon,  la  soupe  au  lait.  Cette  dernière 
est  presque  considérée  comme  un  régal. 

On  fait  aussi  de  la  soupe^  de  galettes  ;  elle  ne 
diffère  de  la  soupe  ordinaire  que  par  la  substitu- 
tion au  pain  de  galettes  coupées  en  morceaux. 


332      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET  USAGES 

Pour  les  malades,  on  fait  aussi  des  miochons  : 
c'est  du  pain  écrasé  dans  du  lait,  et  on  sert  aux 
enfants  du  miton  :  c'est  une  sorte  de  panade. 

Qui  donne  sa  première  cuillerée  de  soupe  au 
chat  lui  donne  son  Bénédicité.  (P.) 

La  galette  de  sarrasin  ou  blé  noir,  qu'on  dé- 
signe sous  le  nom  de  gaâffe  ou  galette  de  hU  na, 
est  plus  en  usage  que  le  pain. 

Dans  certains  pays,  au  lieu  d'envoyer  le  blé 
noir  au  moulin,  on  le  moud  dans  un  petit  tnotiUii 
à  bras,  qui  est  généralement  attaché  à  une  poutre 
du  grenier.  En  ce  cas,  le  b}-an  (son)  reste  mêlé  à 
la  farine. 

On  sasse  la  ûirine,  on  la  démêle  avec  de  l'eau 
et  un  peu  de  sel,  dans  un  vase  en  terre,  avec  une 
poche  ou  grosse  cuiller  de  bois  ;  cette  opération 
ne  dure  que  dix  minutes  environ. 

On  met  le  galetier  sur  le  feu,  et  on  le  graisse 
au  moyen  d'un  linge  appelé  frottoué  (D.)  ou 
graissoué.  (P.) 

On  prétend  que  les  filles  de  ferme  qui  ont  le 
front  brillant  et  lisse,  se  passent  le  frottoué  sur  la 
figure. 

Il  faut  mettre  un  peu  d'œuf  sur  le  frottoué, 
cela  empêche  la  galette  d'être  pertusée,  c'est-à-dire 
trouée. 

On  dit  d'une  ferme  où  la  galette  est  mal  fiibri- 
quée  : 


MŒURS   ÉPUL AIRES  333 

—  011e  y  est  comme  une  grêle  (trouée  comme 
elle). 

C'est  ordinairement  la  maîtresse  de  la  ferme 
qui  est  chargée  de  la  fabrication  de  la  galette,  et 
au  moment  des  grands  travaux,  elle  s'y  prend 
dès  la  veille.  La  personne  qui  est  chargée  de  la 
galette  ne  se  dérange  pas,  en  général.  En  certains 
pays,  elle  est  presque  constamment  à  genoux  ; 
ailleurs  elle  est  assise. 

La  pâte  est  versée  au  moyen  d'une  écuelle  sur 
une  plaque  ronde  en  fer  battu,  qu'on  nomme, 
suivant  les  pays,  galetler,  gaiifféroué,  tuile  à  ga- 
lette. 

Cette  dernière  appellation,  usitée  dans  l'Ille-et- 
Vilaine,  proviendrait-elle  de  ce  qu'avant  d'être  en 
fer,  le  galetier  était  une  sorte  de  brique?  C'est  ce 
que  je  n'ai  pu  vérifier. 

On  l'étend  à  l'aide  d'un  petit  râteau  en  bois 
qui  porte  le  nom  de  roudble. 

Puis,  lorsque  la  pâte  ainsi  étendue  commence  à 
se  solidifier,  on  la  retourne.  Il  y  a  pour  cela  un 
instrument  qui  varie  de  forme  et  de  matière  : 
dans  les  pays  où  la  galette  est  mince  et  bien 
cuite,  on  se  sert  d'un  morceau  de  bois,  large  de 
trois  à  quatre  doigts,  qui  a  la  forme  d'un  sabre 
droit,  et  est  pointu;  mais  npn  à  pointe  vive.  Elle 
s'appelle  laite  à  galette  ou  simplement  laite.  Vers 
la  côte,  et  généralement  partout  où  la  galette  est 


3  34      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

épaisse  et  peu  cuite,  on  la  retourne  au  moyen 
d'un  instrument  en  fer  battu,  long  et  carré  par  le 
bout,  beaucoup  plus  large  que  la  latte,  et  qui  est 
emmanché  dans  un  pied  de  bois  ;  il  se  nomme 
tourneite.  (M.)  Lorsqu'après  avoir  été  retournée, 
la  galette  est  suffisamment  cuite,  on  l'enlève  de 
dessus  le  galetier  au  moyen  de  l'instrument  qui 
a  servi  à  la  tourner,  et  on  la  pose  sur  une  sorte 
de  gril  en  bois  placé  sur  la  table  de  la  ferme,  et 
qui  s'appelle  hèche  ;  une  bêchée,  c'est  l'ensemble 
des  galettes  qui  ont  été  préparées  par  la  femme 
chargée  de  ce  soin,  (E.) 

C'est  sur  la  héchée  que  les  gens  de  la  ferme 
viennent  prendre  les  galettes  ;  s'ils  les  mangent 
avec  du  lait,  ils  les  déchirent  avec  les  mains  et  les 
mettent  dans  le  lait,  toutes  chaudes  ;  cela  fiiit  une 
espèce  de  potage. 

On  beurre  aussi  les  galettes,  et  on  les  mange 
sans  autre  apprêt. 

Lorsqu'elles  sont  froides,  on  les  réchaufie  sur 
la  poêle  «  à  la  tripe  »,  c'est  à-dire  en  morceaux  ou 
entières,  avec  du  beurre  roux,  ou  simplement  sur 
le  trépied  ou  sur  les  charbons.  On  s'en  sert  en 
guise  de  pain  pour  manger  de  la  viande  froide, 
surtout  du  lard,  de  la  saucisse  chaude,  ou  des 
pommes  cuites. 

On  casse  aussi  des  œufs,  et  on  les  jette  sur  la 
galette  à  moitié  cuite,   où  ils  forment  une  sorte 


iMŒURS   ÉPULAIRES  ^35 


d'omelette.  Ce  mets  n'est  point  celui  de  tous  les 
jours  ;  il  est  réservé  à  certaines  occasions,  lors- 
qu'on veut  par  exemple  faire  honneur  à  un  visi- 
teur d'un  rang  élevé. 

En  coupant  la  galette  froide  en  menues  tran- 
ches, on  s'en  sert  comme  de  pain  et  on  la  met 
dans  le  potage.  Cette  façon  de  la  manger  est.  je 
crois,  plus  en  usage  chez  les  bourgeois  et  les  ou- 
vriers que  dans  les  fermes. 

Dans  celles-ci,  on  fait  réchauffer  les  galettes,  et 
on  les  mange  en  les  trempant  dans  du  cidre. 

On  les  réchauffe  encore  en  les  mettant  simple- 
ment sur  des  charbons  ou  sur  le  trépied.  Dans 
rille-et-Vilaine,  depuis  quelques  années,  on  em- 
ploie un  ustensile  spécial  qu'on  nomm.e  grille-ga- 
le lies. 

La  dernière  galette  se  nomme  ^'•a//V7;on. 

On  coupe  parfois  des  tranches  de  pommes  et 
on  les  étend  sur  la  pâte,  et  on  les  fait  ainsi  cuire 
sur  le  galetier.  On  en  met  aussi  dans  la  galette 
de  four. 

Dans  plusieurs  contes,  les  fées  font  cuire  de 
la  galette,  et  en  donnent  à  ceux  qui  leur  en 
demandent  poliment  ;  mais,  au  rebours  du  pain, 
la  galette  des  fées  n'est  point  inépuisable. 

Parfois  les  bonnes  dames  venaient  elles-mêmes 
en  faire  dans  les  fermes.  On  assurait  qu'à  Bu- 
sentin,    en  Saint-Cast,   elles  en  avaient  fabrique 


336      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET    USAGES 

souvent,  et  l'on  dit  encore  en  proverbe  :  «  Il  faut 
aller  à  Busentin  pour  manger  de  la  bonne  ga- 
lette. » 

La  bouillie  de  blé  noir,  suivant  les  pays,  s'ap- 
pelle grous,  lites,  peux.  Ce  mot  est  toujours  em- 
ployé au  pluriel. 

Elle  se  compose  de  farine  de  blé  noir  délavée 
dans  de  l'eau,  avec  un  peu  de  sel  ;  on  la  remue 
pendant  un  quart  d'heure.  On  dit  que  pour  être 
bien  cuits,  les  peux  doivent  vêner  (vesser),  c'est- 
à-dire  éclater,  neuf  fois. 

Lorsqu'elle  est  sur  le  feu,  on  la  remue  avec  une 
cuiller  de  bois  à  long  manche,  pour  l'empêcher 
de  coller. 

La  gratte  en  est  bonne  et  est  très  estimée. 

Comme  toutes  les  bouillies,  celle  de  blé  noir 
est  mangée  habituellement  dans  le  vase  où  elle  a 
été  faite  :  c'est  une  casserole  ou  un  bassin.  Au 
milieu  on  met  à  fondre  un  morceau  de  beurre,  où 
chacun  vient  tremper  sa  cuillerée  de  bouillie. 

On  en  prend  aussi  des  morceaux  de  la  grosseur 
d'un  œuf,  et  on  les  met  dans  une  écuellée  de 
lait,  soit  doux,  soit  baratté,  soit  dans  du  lait  cuit. 

On  fait  aussi  frire  dans  la  poêle  des  tranches 
de  bouillie  froide,  qui  sont  coupées  en  carré  ou 
en  tranches  minces  qui  rappellent  assez  par  leur 
forme  des  petites  soles.  Aussi  les  nomme-t-on 
plaisamment  des  «  soles  de  guéret  ». 


MŒURS   EPULAIRES  337 


A  Rennes  et  aux  environs  on  appelle  la  bouillie 
(.ravoinc  des  noces. 

La  farine  qui  sert  à  la  faire  n'est  pas  belutée  ; 
on  la  met  à  tremper  dès  la  veille  du  jour  où 
on  la  fait.  Lorsqu'elle  a  ainsi  passé  la  nuit,  on 
la  change  d'eau,  puis  on  la  passe  dans  un  sas  de 
crin.  Ensuite  on  la  met  à  cuire.  Il  faut  que  la 
bouillie  d'avoine  cuise  une  demi -heure.  Les 
iL'ccs  se  mangent  dans  du  lait  doux,  si  on  les  em- 
ploie en  guise  de  potage. 

duand  elles  sont  froides,  on  les  fait  aussi  fri- 
casser,  sans  les  diviser,  dans  une  casserole.  La 
partie  qui  touche  le  fond  •  est  rissolée  et  forme 
une  sorte  de  croûte  très  recherchée.  C'est  ce 
qu'on  appelle  le  drapeau. 

On  assure  que  la  bouillie  de  froment  grossit 
dans  le  ventre  de  ceux  qui  en  mangent  ;  il  y  a 
pourtant  exception  pour  les  enfants. 

Cf.  sur  la  Bouillie  des  enfants,  l.i  page  25  du  présent  livre. 

La  viande» 

Dans  beaucoup  de  fermes,  il  est  d'usage  de 
tuer,  vers  la  fin  de  l'automne,  une  ou  deux  va- 
ches, suivant  l'importance  de  la  terre  et  le  nom- 
bre des  bouches  à  nourrir.  Une  petite  quantité 
est  mangée  fraîche:  cela  s'appelle  la  viande  douce; 

22 


338      LE    CALENDRIER,  LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

mais  la  plus  grande  partie  est  salée,  et  on  la  pend 
au  plancher  par  gros  morceaux. 

A  m.oins  qu'il  n'y  ait  des  malades  à  la  maison, 
ou  qu'il  ne  s'agisse  d'un  repas  de  noce  ou  de  bap- 
tême, il  est  assez  rare,  surtout  dans  les  Côtes-du- 
Nord,  que  les  paysans  achètent  aux  bouchers  de 
la  viande  douce  ;  il  y  a  une  exception  pour  les 
foies,  la  coiirée  (le  mou)  et  quelques  autres  bas 
morceaux,  et  encore  ce  sont  plutôt  les  journaliers 
que  les  fermiers  qui  les  achètent. 

A  certaines  noces  de  campagne,  on  sert  de 
la  vache  bouillie,   que  l'on    sauuoudre  de  sucre. 

(P.) 

Les  aubergistes  des  bourgs  un  peu  importants 

vendent  des  tripes  à  leurs  clients  entre  les  deux 
messes. 

La  manière  la  plus  habituelle  d'apprêter  la 
viande  de  boucherie,  c'est  le  ragoût  ou  le  rôti  au 
four.  11  y  a  bien  peu  de  fermes  où  l'on  fasse  des 
rôtis  véritables. 

Les  mamelles  de  vache  sont  achetées  par  les 
pauvres.  Les  bouchers,  à  la  campagne,  leur 
donnent  les  cervelles  de  vache  et  les  tripes  de 
-  mouton. 

Lorsqu'un  fermier  vend  un  veau,  il  en  retient 
la  tête  ou  la  fraise  avec  les  quatre  pieds  :  le  di- 
manche suivant,  on  se  régale  en  famille  avec  l'un 
ou  l'autre  de  ces  plats. 


MŒURS   ÉPULAIRES  539 


Il  y  a  peu  d'années,  on  ne  vendait  pas  les  ris 
de  veau. 

La  viande  la  plus  en  usage  est  celle  du  cochon; 
il  n'est  guère  de  ménage,  même  pauvre,  qui  n'en 
tue  un  par  an. 

Le  lard  sert  à  faire  la  soupe,  et  est  ensuite 
mangé  chaud  ou  froid.  Les  boyaux  font  de  la 
saucisse  et  du  boudin,  ou  bien  ils  entrent  dans  la 
composition  des  andouilles  que  l'on  voit  pendues 
dans  beaucoup  de  cheminées. 

La  tuerie  de  cochons  est  une  occasion  de  ré- 
jouissances, entre  voisins  et  amis  ;  à  peu  près  dans 
toutes  les  classes,  on  s'offre  de  la  saucisse  et  du 
boudin;  et  après  qu'ori  a  fondu  les  gratons 
(cretons),  pour  en  extraire  la  graisse,  on  invite 
les  amis  à  les  manger.  Ce  repas,  dit  graionnerie , 
a  lieu  ordinairement  le  dinaanche  qui  suit  la 
tiiaison,  et  le  soir.  Il  est  copieusement  arrosé  et 
d'ordinaire  fort  gai  ;  c'est  l'un  de  ceux  où  l'on 
échange  le  plus  volontiers  des  plaisanteries  de 
haute  grès  se. 

Dans  quelques  pays,  après  que  le  cochon  a  été 
dépecé,  salé  et  mis  dans  dans  le  charnier  ou 
haché  en  saucisse,  on  réunit  tout  ce  qui  n'a  pas 
été  utilisé,  même  les  couennes  et  les  os  auxquels 
un  peu  de  chair  adhère  encore  ;  on  place  ces  dé- 
bris dans  une  terrine  avec  des  légumes  et  des  aro- 
mates,  on  couvre  la   terrine  et  on   la  porte  au 


340      LE   CALENDRIER,    LES  TRAVAL^X   ET   USAGES 

four  OÙ  elle  cuit  pendant  toute  la  nuit.  Le  lende- 
main, on  invite  ses  amis  à  venir  manger  de  la 
îerrinée.  Parfois  même  on  en  envoie  à  domicile, 
dans  des  soupières  ou  dans  des  écuelles.  (M.) 

A  Rennes,  la  casse  se  fait  à  peu  près  de  la  même 
façon;  mais  on  y  ajoute  de  la  fraise  et  des  pieds 
de  veau. 

Un  autre  régal,  celui-ci  surtout  bourgeois,  c'est 
la  joue  de  cochon  cuite  au  four  et  bien  croustil- 
lante. 

Les  fèves  cuites  à  l'eau  et  servies  avec  du  lard 
fumé  forment  un  mets  très  apprécié. 

Aux  noces,  on  sert  des  foies  qu'on  a  mis  à 
cuire  dans  de  grandes  marmites  avec  du  lard,  des 
carottes  et  autres  légumes,  et  qui  ont  été  laissés 
mijoter  pendant  longtemps. 

L'usage  des  volailles  est  assez  rare  chez  les 
pa3'sans  :  ils  préfèrent  les  vendre  ;  toutefois,  quand 
il  y  a  un  malade,  on  lui  fait  un  bouillon  de 
poule. 

Sur  la  côte,  dans  beaucoup  de  familles  de  cul- 
tivateurs et  de  marins,  on  mange  des  oies  vers  le 
mois  de  décembre  et  de  janvier. 

.On  fait  aussi  des  ragoûts  de  poulet  que   l'on 
cuit  avec  des  légumes. 


MŒURS   ÉPULAIRES  34 1 


Le  poisson. 

Dans  riiitérieur,  et  même  dans  les  fermes  de  la 
côte,  le  poisson,  sauf  la  morue,  la  sardine,  le  ca- 
pelan  et  quelques  autres  poissons  frais,  tels  que  la 
raie,  le  congre,  le  maquereau  et  le  chien  de  mer, 
n'entre  que  pour  une  assez  faible  part  dans  l'ali- 
mentation. 

La  morue  est  de  beaucoup  le  poisson  le  plus 
en  usage. 

On  la  dessale,  puis  on  la  pend  dans  la  chemi- 
née, et  chacun  en  coupe  un  morceau  qu'il  met  à 
griller  sur  les  charbons  ;  il  le  mange  ensuite  avec 
du  pain  et  du  beurre. 

Sur  la  côte,  on  la  fait  fricasser;  à  certaines 
foires,  si  c'est  un  jour  maigre,  elle  remplace  la 
saucisse  qui  se  débite  en  plein  vent.  On  la  mange 
aussi  au  blanc. 

Parmi  les  poissons  salés,  il  convient  de  citer  le 
capelan  et  surtout  la  sardine. 

Les  pêcheurs  font  sécher,  pour  leur  usage  per- 
sonnel, les  raies,  les  maquereaux  et  quelques  au- 
tres poissons,  quand  ils  en  prennent  plus  qu'ils  ne 
peuvent  en  vendre. 

Au  moment  de  la  moisson,  les  fermiers  achè- 
tent aussi  des  chiens  de  mer  pour  leurs  ouvriers  ; 
c'est  un  poisson  très  peu  cher,  mais  d'une  fadeur 


542      LE   CALENDraER,    LES   TRAVAUX   ET    USAGES 

insupportable  pour  tout  autre  palais  que  celui  des 
paysans. 

Parmi  les  coquillages,  ceux  que  les  gens  de  la 
côte  consomment  le  pins  sont  les  moules,  les  coques 
(bucarde  comestible),  les  hrigols  (vignots)  et  les 
heniis  (patelles).  On  en  vend  même  dans  l'inté- 
rieur, et  pendant  la  dernière  semaine  de  carême, 
s'il  y  a  une  grande  marée,  on  voit  affluer  sur  la 
côte  des  «  gâs  de  métairies  »,  qui  viennent  pêcher 
au  bas  de  l'eau  des  moules,  des  brigots  et  surtout 
àcs  coques  ;  souvent  ils  en  emportent  un  sac  presque 
chargé. 

Les  bernis  sont  mangés  crus  ou  bouillis  ;  les 
autres  coquillages  sont  bouilHs,  et  presque  jamais 
on  ne  les  consomme  crus. 

Les  huîtres  sont  un  objet  de  luxe,  et  les  pê- 
cheurs en  mangent  rarement;  toutefois,  s'ils  en 
prennent  de  très  grosses,  ils  les  mangent  crues  ou 
fricassées,  comme  des   tripes,  avec  des  oignons. 

Les  ricardeaux  ou  coquilles  Saint- Jacques,  de 
même  que  l'ormée  ou  oreille  de  mer,  sont  ordi- 
nairement livrés  au  commerce.  Dans  le  cas  seule- 
.  ment  de  grande  abondance,  les  pêcheurs  font 
bouilHr  les  coquilles  Saint-Jacques,  ou  les  apprê- 
tent avec  de  la  mie  de  pain  et  des  fines  herbes  ; 
en  ce  cas,  ils  les  font  cuire  dans  leurs  coquilles 
après  les  avoir  hachées.  Cette  seconde  nîanière 
est  déjà  pour  eux  du  raffinement. 


MŒURS   1-PULAIRES  515 


Pour  les  ormces,  on  en  flùt  des  ragoûts  avec 
des  pommes  de  terre  et  des  carottes,  ou  bien  une 
sorte  de  friture  où  elles  sont  entières.  A  peu  près 
toutes  les  femmes  de  la  côte  connaissent  cette 
manière  de  les  apprêter. 

Sauf  les  crabes  ordinaires,  qui  sont  en  grande 
abondance  et  que  l'on  mange  bouillis,  les  pê- 
cheurs vendent  tous  les  crustacés  qu'ils  pren- 
nent. 

Depuis  quelques  années,  on  mange  des  poulpes 
que  la  cuisson  a  dépouillés  de  leurs  suçoirs  ;  mais 
beaucoup  de  gens  ont  de  la  répugnance  pour  ce 
mets. 


Ij:s  légumes. 

On  cuit  les  pommes  de  terre  dans  l'eau,  soit 
en  les  laissant  avec  leur  peau,  soit  en  les  pelant 
comme  une  pomme  ;  on  y  ajoute  du  sel.  La  pe- 
lure est  donnée  aux  cochons. 

On  les  mange  avec  du  beurre,  ou  on  les  écrase 
dans  une  écucUe,  de  manière  à  en  garnir  les  pa- 
rois, et  on  verse  ensuite  du  lait  ribot.  Cela  forme 
une  espèce  de  potage. 

Avec  les  pommes  de  tçrre,  on  fait  aussi  une 
sorte  de  ragoût  avec  de  la  farine,  du  beurre  roux, 
et  des  oignons  coupés  en  petits  morceaux. 


344      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Les  légumes  cultivés  dans  les  courtils  des 
fermes  sont  en  assez  petit  nombre.  Voici  les 
plus  en  usage  :  les  oignons,  les  carottes,  les  na- 
vets, hporée  (le  poireau),  qui  entrent  dans  la 
composition  de  la  soupe;  les  pois  et  les  haricots 
que  l'on  mange  plutôt  secs,  pendant  l'hiver,  que 
frais;  les  choux,  la  cressonneîte  (cresson  alénois), 
les  cives,  etc. 

Ces  deux  derniers  sont,  avec  les  pommes  de 
terre  et  les  diverses  salades,  à  peu  près  les  seuls 
qui  entrent  sous  une  forme  distincte  dans  l'ali- 
mentation. 

Les  pa3'sans  mangent  l'oignon  sur  leur  pain  ; 
pour  les  pauvres,  il  remplace  le  beurre.  On  fri- 
cisse  aussi,  les  jours  maigres,  de  l'oignon  qui  est 
coupé  en  tranches  minces  comme  des  tripes  ;  on 
ajoute  des  cives  pour  en  relever  le  goût. 

On  fait  surtout  usage  de  la  salade  en  été;  elle 
n'est  point  fatiguée.  On  se  contente  d'en  déta- 
cher les  feuilles,  et  chacun  les  trempe  dans  un 
bol  où  le  citre-aigre  remplace  le  vinaigre. 

On  la  mange  aussi  avec  du  beurre  fondu.  (E.) 

Les  laitages. 

Le  beurre  joue  un  grand  rôle  dans  les  produc- 
tions des  fermes  bretonnes,  surtout  dans  celles  de 


MŒURS   ÉPUL AIRES  545 

riUe-et-Vilaine;  aussi,  en  ce  dernier  pays,  est-il 
tout  particulièrement  soigné. 

La  croyance  aux  sorciers,  soutireurs  de  beurre, 
et  à  l'ensorcellement  des  barattes,  existe  encore 
en  beaucoup  d'endroits. 

Cf.  mes  Traditions  et  Superslilions,  t.  l'"',  p.  283. 

On  fait,  en  Haute-Bretagne,  un  assez  grand 
nombre  de  laitages,  dont  quelques-uns  entrent 
pour  une  portion  assez  notable  dans  l'alimenta- 
tion. 

Pour  faire  du  LaU  cuit,  il  faut  verser  du  lait 
doux  dans  un  pot  en  terre  ;  on  l'y  laisse  cailler, 
puis,  quand  on  a  enlevé  la  crème  pour  le  beurre, 
on  approche  du  feu  ce  qui  reste  dans  le  pot;  on 
enlève  le  clair,  puis  il  se  forme  des  grumeaux  que 
l'on  met  dans  le  lait  harailé,  c'est-à-dire  dans  le 
lait  qui  reste  après  le  beurre,  et  on  le  mange  soit 
avec  de  la  galette,  comme  une  sorte  de  potage, 
soit  avec  des  pommes  de  terre. 

Dans  les  maisons  pauvres  ou  avares,  on  se  sert 
seulement  de  lait  rihot,  c'est-à-dire  baratté. 

Pour  fabriquer  le  lait  marri,  on  met  du  lait  sur 
le  feu  ;  quand  il  bout,  on  prend  une  cuillerée  de 
lait  baratté  qu'on  verse  dessus  et  qui  le  fait  aigrir. 
On  verse  aussi  du  vinaigre  au  lieu  de  lait. 

Le  lait  marri  se  mange  avec  du  lait  doux  ou 
avec  du  suci-e  ;  c'est  une  sorte  de  régal. 

Il  en  est  de  même  des  caillihotes  (caillebotes). 


346      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET   USAGES 

Le  lait  à  Madame  est,  à  ma  connaissance  du 
moins,  à  peu  près  spécial  à  Dinan  et  à  ses  environs. 

Pour  le  fabriquer,  on  prend  des  petits  pots  en 
grès,  qu'il  faut  avoir  soin  de  tenir  bien  propres  ; 
on  y  verse  un  peu  de  lait  baratté,  et  on  penche  le 
pot  de  manière  à  ce  que  toute  la  paroi  intérieure 
en  soit  humectée.  On  remplit  ensuite  le  pot  avec 
du  lait  doux  sortant  du  pis  de  la  vache,  puis 
en  le  met  dans  un  endroit  bien  fermé,  afin  que  le 
lait  ne  se  refroidisse  pas  trop  vite  ;  certains  le 
couvrent  même  avec  de  la  laine.  Au  bout  de 
quelques  heures,  le  Lait  à  Madame  est  prêt,  et  on 
le  porte  en  ville  ;  car  c'est  plutôt  un  régal  pour 
les  gens  aisés  que  pour  les  fermiers. 

Les  Mingauds,  qui  sont  un  laitage  rennais,  se  fa- 
briquent surtout  à  Rennes,  chez  les  laitiers.  C'est 
une  sorte  de  crème  d'un  goût  très  déhcat  que  l'on 
fait  en  la  fouettant  avec  des  baguettes  d'osier. 

La  Jonchée  est  une  sorte  de  lait  égoutté  dans  la 
paille. 

A  la  Trinité,  en  certains  pays,  les  fermiers  en 
portent  comme  cadeau  à  leurs  maîtres. 

Les  pâtisseries  et  les  confitures. 

Les  échaudés  forment  la  pâtisserie  la  plus  po- 
pulaire :  d'ailleurs,  ils  tiennent  le  milieu  entre  le 


MŒURS   ÉPULAIRES  347 

pain  et  le  gâteau,  et  peuvent  être  mangés  en 
guise  de  pain  avec  de  la  viande  ;  si  on  les  beurre, 
c'est  une  sorte  de  gâteau.  De  plus,  on  prétend 
que  le  cidre  est  bon  après  l'échaudé. 

11  y  en  a  plusieurs  fabriques  :  à  Tréméreuc, 
canton  de  Ploubalay  ;  au  Chemin-Chaussée,  can- 
ton de  Matignon  ;  aux  Champs-Géreaux,  près 
d'Évran,  etc.,  les  échaudés  qui  en  proviennent 
sont  en  forme  d'écuelle  ;  ce  sont  ceux  qu'on  ap- 
pelle Cimereaux  ou  Cimériaux. 

Dans  rille-et- Vilaine,  où  il  y  a  aussi  plusieurs 
fabriques,  notamment  à  Antrain,  on  appelle  les 
échaudés  hagés  ou  bajeiis,  quand  ils  sont  ovales  ; 
gareaiix,  quand  ils  sont  ronds.  Les  gareaux  ne 
coûtent  qu'un  sou. 

On  dit  qu'on  boulange  les  échaudés  «  o  l'eu  »; 
il  y  a  des  personnes  qui,  sur  la  foi  de  ce  dicton, 
n'en  mangent  pas  avec  plaisir. 

Voici  comment  on  les  boulange  :  la  pâte  est 
mise  dans  une  sorte  d'auge  longue  et  étroite, 
et  c'est  avec  une  planche,  sur  laquelle  on  s'as- 
sied, qu'on  bat  la  pâte;  lorsqu'elle  est  sufti- 
samment  apprêtée,  on  lui  donne  la  forme  qu'on 
désire,  soit  celle  de  pain  rond,  soit  celle  d'écuelle, 
et  on  la  jette  dans  de  l'eau  froide  où  elle  se  con- 
solide. 

Aux  foires,  il  s'en  vend  beaucoup  ;  on  met  de- 
dans du  beurre,  ou  on  s'en  sert  en  guise  de  pain 


348      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

pour  manger  de  la  saucisse.  En  revenant  du  mar- 
ché ou  de  la  foire,  Iqs  parents  en  rapportent 
comme  «  part  d'assemblée  ))  pour  ceux  qui  sont 
restés  à  la  maison  ou  pour  les  enfants. 

Les  Craquelins  de  Saint-Malo  sont  aussi  très 
populaires  en  Hauie-Bretagne  ;  on  en  vend  dans 
les  villes  et  à  la  cam.pagne.  On  voit  passer  des 
hommes,  porteurs  de  grandes  hottes  en  forme  de 
cage  qui  en  sont  pleines. 

A  Rennes,  on  les  crie  : 

Craquelin  d'Saint-Alalô  ôôo  ! 

en  allongeant  beaucoup.  Ce  à  quoi  les  gens  du 
peuple  manquent  rarement  de  répondre  : 

Tu  en  as  menti, 
r  sont  d'  Pleurtuit. 

C'est  en  effet  dans  cette  commune  qu'on  en  fa- 
brique la  plus  grande  quantité. 

Les  Crêpes  sont  regardées  comme  une  frian- 
dise :  on  n'en  fait  guère  que  pendant  le  Carnaval 
ou  à  certaines  fêtes. 

Cf.  p.  225  du  pièsent  livre,  les  dictons  sur  le  carnaval  et  les 
crcpes. 

Elles  consistent  en  une  farine  de  froment  mé- 
langée d'œufs,  de  lait  et  de  sucre,  et  battue  for- 
tement. Quand  elle  est  prête,  on  met  la  poêle 


MŒUEs  iIpulairls  349 

sur  le  feu,  on  y  fait  fondre  du  beurre,  puis  on  y 
;erse  un  peu  de  pâte  qu'on  étend,  et  on  remue  la 
:oêle  jusqu'à  ce  que  la  crêpe  soit  cuite.  Le  talent 
le  celui  qui  la  fait  est  de  la  retourner  en  la  fai- 
sant sauter  en  l'air,  de  manière  à  ce  qu'elle  re- 
:ombe  sur  le  côté  opposé.  En  certains  pays,  au 
iioment  où  on  les  cuit,  chacun  prend  à  son  tour 
a  queue  de  la  poêle  pour  les  faire  sauter,  et  ce- 
ui  qui  est  maladroit  est  plaisanté  par  les  autres. 

Le  proverbe  «  Tli  a  fait  des  crêpes  do  sa 
'arrine  »,  veut  dire  qu'on  a  fait  à  quelqu'un  un 
présent  avec  une  chose  qui  lui  appartenait  ou  à 
aquelle  il  avait  droit. 

Vers  la  limite  du  pays  français  et  du  pays  bre- 
:onnant,  on  fabrique  aussi  des  gâteaux  assez  sem- 
blables aux  gâteaux  bretons. 

Le  Pommé,  est  une  sorte  de  confiture  qui,  en 
:ertains  cas,  remplace  le  beurre  ;  souvent  dans  les 
fermes,  on  sert  à  la  fois  le  pot  à  pommé  et  l'as- 
îiette  au'beurre.  Mais,  ce  sont  surtout  les  enfants 
de  l'école  qui  en  emportent  pour  étendre  sur  leur 
pain. 

La  cuiserie  du  pommé,  opération  assez  longue, 
isl  une  occasion  de  réjouissances. 

On  pèle  les  pommes  et  on  en  ôte  les  pépins, 
puis  on  les  met  à  cuire  dans  un  grand  bassin  ou 
dans  une  cuve  à  lessive  ;  on  les  arrose  à  plusieurs 
[■éprises  avec  du  cidre  doux,   et,  pendant  tout  le 


350      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

temps  de  la  cuisson,  quelqu'un  est  occupé  à  re- 
muer le  mélange.  La  cuisson  durant  sept  à  huit 
heures,  on  se  relaie  pour  tourner,  et  c'est  pour 
cela  que  les  réunions  aux  cuiries  ou  cuiseries  sont 
nombreuses.  (E.) 

Le  Badiolet  est  une  confiture  faite  avec  des  ce- 
rises sauvages  qu'on  appelle  hadies.  Il  porte  aussi 
le  nom  de  lohon  (D.)  ou  de  cérisè.  (E.) 

On  fait  cuire  les  pommes  en  les  jetant  dans  un 
four  chaud  ou  dans  l'avoine.  L'avoine  qui  est 
employée  pour  la  nourriture  des  gens  doit  être 
mise  au  four  après  que  k  pain  a  été  tiré.  On  jette 
les  pommes  dessus,  et  c'est  ainsi  qu'elles  cuisent  ; 
on  prétend  que  ce  sont  les  meilleures. 

A  Rennes,  on  crie  dans  les  rues  les  pommes 
cuites  : 

Au  rôt  tout  chaud, 
Pomme'  cuite'  au  sucre  ! 


CHAPITRE    VII 


CROYA^XES  ET  COUTUMES  DIVERSES 


^1    I.    —    LE    CORPS    HUMAIN 


ous  ce  titre,  j'ai  réuni  les  croyances  rela- 
tives aux  diverses  parties  du  corps  hu- 
main, ainsi  que  certaines  croyances, 
coutumes  ou  superstitions  que  le  peuple  y  rat- 
tache. 

Quand  on  se  lève  le  eu  le  premier,  on  a  du 
malheur  toute  la  journée.  On  dit  de  quelqu'un 
qui  est  de  mauvaise  humeur  :  —  Il  s'est  levé  le 
derrière  le  premier. 

Depuis  une  quinzaine  d'années,  la  manière  de 
porter  la  barbe  et  les  cheveux  a  bien  varié  à  la 
campagne.  Autrefois,  presque  tous  les  paysans 
étaient  entièrement  rasés  ou  gardaient  de  simples 


3  52      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   LT   USAGES 

côtelettes  ;  les  moustaches  formaient  une  exception 
très  rare,  et  bien  peu  portaient  la  barbe  entière. 
Actuellement,  si  les  moustaches  sont  encore  assez 
rares,  il  n'y  a  plus  guère  que  les  vieillards  à  se  raser 
complètement,  et  la  barbe  entière,  autrefois  si 
peu  portée,  n'est  plus  une  exception  à  citer. 

Quand  on  vient  de  se  couper  la  barbe  et  qu'on 
embrasse  quelqu'un,  on  dit  qu'on  lui  donne  le 
pucelage  de  sa  barbe.  Il  y  a  des  gens  qui  ne  se 
laissent  embrasser  que  par  la  personne  à  laquelle 
ils  la  destinent.  (D.) 

Pour  que  les  cheveux  allongent,  il  faut  les  cou- 
per dans  le  croissant  ;  coupés  en  pleine  lune,  ils 
ne  repoussent  pas  ;  si  on  les  coupe  dans  le  dé- 
cours, ils  raccourcissent.  On  doit  les  brûler  ou  les 
porter  dans  le  cimetière,  où  on  les  enterre,  quand 
ce  sont  les  premiers  cheveux  des  enfants  ;  ils 
mourraient  si  on  les  jetait.  Les  femmes  ne  doi- 
vent pas  non  plus  jeter  leurs  cheveux. 

On  doit  les  couper  à  la  nouvelle  lune,  car  les 
campagnards  déclarent  qu'à  mesure  que  le  crois- 
sant de  la  planète  augmente,  les  cheveux  poussent 
aussi  vite  et  en  proportion.  Ce  mo3'en  ingénieux 
empêche  les  rhumes,  les  affections  de  poitrine, 
etc.,  de  se  produire,  en  raison  de  l'explication 
précédente. 

Les  femmes  rouges  font  tourner  le  lait  (E.-D.) 
et  le  cidre  ;  elles  ne  doivent  pas  non  plus  allei 


CROYANCES   ET   COUTUMES    DIVERSES         353 

dans  le  cellier.  Il  en  est  de  même  des  femmes 
très  noires;  elles  partagent  ce  privilège  peu  en- 
viable avec  les  bonnes  sœurs  trottoires  qui  font 
tourner  le  lait,  et  ont  toutes  un  sort  jeté  sur 
elles.  (D.) 

Jadis  les  femmes  ne  montraient  pas  leur  che- 
velure sur  leur  front  ;  elle  était  cachée  par  un 
bandeau.  En  quelques  pays,  les  vieilles  femmes 
conservent  encore  cet  usage  ;  mais  les  jeunes, 
presque  toutes,  ont  des  bandeaux  sur  le  front. 

On  dit  que  les  dents  tombent  si  on  fait  des 
mensonges.  (D.) 

Mcme  cro3-ancc  en  Poitou.  Cf.  Souche,  Croyatues,  p.  10. 

Quand  on  perd  ses  dents,  il  faut  les  mettre 
sous  le  seuil  de  la  porte  ou  dans  un  trou  de  la 
muraille,  parce  que  c'est  là  qu'on  reviendra  les 
chercher  au  jugement  dernier.  (P.) 


Les  joues  (proverbes). 

—  Il  a  les  joues  comme  les  fesses  d'un  pauvre 
homme. 

—  Les   joes  n'se    collent   point.    Cela  se   dit 
quand  on  s'embrasse. 

—  Donner  un  coup  de  joe,  c'est  embrasser. 


23 


3  54      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


La  langue  (dictons). 

—  Il  a  le  sublet  bien  coupé. 

—  La  femme  a  bien  gagné  ses  deux  liards  à  li 
couper  le  filet.  (E.) 

L'usage  de  couper  le  filet  est  à  peu  près  général 
à  la  campagne. 


Les  mains  (dictons  et  formulettes). 

—  Avoir  six  doigts  pour  se  gratter.  (E.) 
(Être  ruiné). 

—  Mains  froides,  cœur  bien  placé. 
Voici  les  noms  des  doigts  : 

Le  pouce,  Beurrot. 
L'index,  Liche-Pot. 
Le  médius,  Longin. 
L'annulaire,  Mal  apprins. 
Le  petit  doigt,  Pdit  diot.  (P.) 

Le  bœu, 
La  vache, 
Celui  qui  la  détache, 
Celui  qui  la  mène  es  champs, 
Le  petit  riquiqui, 
Qiii  court  devant. 


CROYANCES    ET    COUTUMES    DIVERSES         355 


Lu  qui  l'a  prins, 
Li  qui  l'a  pleurnée, 
Li  qui  l'a  fricassée, 
Li  qui  l'a  mangée. 
Et  le  p'tit  diot  qui  n'a  zu  ren.  (P.) 

Pouçot, 

Beurrot, 

Mail'  doigt, 

Capitain', 

Petit  doigt.  (D.) 

Les  personnes  qui  ont  la  main  longue  passent 
pour  n'être  pas  franches.  (D.) 

On  dit  aux  enfants  que  la  main  qui  déniche  le 
berruchet  est  condamnée  à  tomber.  (D.) 

Si  on  a  des  marques  jaunes  dans  la  main 
droite,  il  arrivera  malheur  ;  si  c'est  à  la  main 
gauche,  signe  de  chance. 


Le  nei  (proverbes). 

—  Jamais  grand  nez   n'a  diffamé  (gâté)  beau 
visage.  (M.) 

—  Mieux  vaut  laisser  son  éfant  morvous  que 
de  li  écourter  le  nez.  (M.) 

—  Rester  la   goule  sous   le   nez.  (Avoir  l'air 
ébahi.) 

—  Visib'e  comme  le  nez  dans  la  figure. 


356      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Les  ongles  (superstitions  et  dictons). 


Les  taches  blanches  aux  ongles  sont  autant  de 
péchés  mortels  commis  par  la  personne  qui 
les  a, 

A  Dinan,  on  dit  que  les  taches  blanches  repré- 
sentent autant  de  mensonges  faits. 

Cf.  Souche,  Poitou^  p.  10  ;  Mélusine,  t.  l",  coL  350,  Francbe- 
Conité. 

Les  taches  aux  ongles  signifient  jalousie.  (D.) 

Si  on  a  des  taches  blanches  aux  ongles  de  la 
main  gauche,  c'est  signe  de  malheur  ;  si  c'est  à 
la  droite,  c'est  signe  de  chance.  (P.) 

Avoir  un  poil  à  l'ongle.  (S.-C.)  Être  paresseux. 

On  dit  aussi  :  Avoir  un  poil  dans  le  creux  de 
la  main.  (E.) 

Tailler  ses  ongles  le  dimanche,  c'est  donner  du 
pain  bénit  au  diable.  (D.) 

On  ne  doit  pas  non  plus  les  couper  le  ven- 
dredi, car  c'est  le  jour  de  la  Vierge,  et  on 
écourterait  le  petit  doigt  de  l'Enfant-Jésus.  (D.) 

Si  une  femme  coupe  les  ongles  de  son  enfant 
le  dimanche,  l'enfant  est  sûr  de  mourir  dans 
l'année.  (D.) 


CROYANCES   ET   COUTUMES   DIVERSES        357 


Les  oreilles  (croyances  et  dictons). 

Quand  les  oreilles  vous  sonnent,  on  est  à  rha- 
hîïler  vos  chaussures,  c'est-à-dire  à  parler  de 
vous.  (P.) 

Si  les  oreilles  tintent,  c'est  signe  que  quelqu'un 
parle  de  vous.  (E.) 

Superstition  analogue  dans  les  Vosges  (^MéL,  501).  C'était 
une  superstition  antique. 

—  l'oit  dur  comme  un  sourd. 

—  l'oit  du'  comme  un  fossé  (talus). 

—  Sourd  comme  une  bûche.  (E). 

Si  on  tient  longtemps  un  petit  violon  (criocère) 
auprès  de  ses  oreilles,  on  ne  sera  jamais  sourd. 
(Env.  de  Bécherel.) 

Les  os. 

11  y  a  des  saisons  où  les  os  n'ont  pas  de 
moelle.  (E.) 

ï^s  pieds  (Croyances  et  proverbes). 

Si  on  a  les  pieds  froids,  on  a  le  cœur  chaud  ou 
on  est  amoureux. 

—  Il  a  des  pieds  de  Gargantua.  (M.)  Ce  pro- 


5)8      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET    USAGES 


verbe  est  surtout  employé  par  les  cordonniers,  en 
parlant  des  enfants. 

(Cf.  Gargantua  dans  les  traditions  populaires). 

On  dit  aussi  de  quelqu'un  qui  a  les  pieds 
grands,  qu'il  a  des  pieds  de  Charlemagne  ;  mais 
je  ne  pourrais  affirmer  avoir  entendu  ce  dicton  à 
la  campagne. 

Le  ventre   (dicton). 

—  Dos  de  velours  et  ventre  de  paille. 

Le  visage  (dictons). 

—  Ça  y'  est-i'  un  biau  gas?  —  Comme  l's 
aut'es  :  il  a  deux  yeux,  le  nez  au  mitan  du  visage 
et  la  goule  dessous  ;  il  est  ben.  (E.) 

—  Le  morvous,  emporte  le  p'étous. 

—  Olle  est  ronde  comme  un  galetier  :  queue 
face  qu'olle  a.  (Ploubalay.) 

Les   yeux    (dictons  et  formulettc). 

—  Avoir  les  yeux  comme  une  bogue  de  châ- 
taigne. 

—  Avoir  les  yeux  plus  grands  que  le  ven- 
tre. (M.) 


CROYANCES    ET    COUTUMES   DIVERSES         359 

—  Il  a  les  yeux  comme  un  petit  Serpidas.  (M.) 

—  Loucher  comme  un  beurrier.  (E.) 

—  Yeux  de  congre  mort. 

—  Yeux  de  carpe  frite. 

—  Faire  des  yeux  comme  une  poule  qui  perce 
un  sas.  (E.) 

Yeux  bleus. 
Qui  mènent  la  chatte  chez  le  bon  Dieu  ; 

Yeux  naïrs, 
Qui  mènent  la  chatte  baïre  ; 

Yeux  verts, 
Qui  mènent  la  chatte  dans  l'enfer; 

Yeux  bruns, 
Qui  mènent  la  chatte  au  pun  (pain). 

Yeux  gris, 
Qiii  mènent  la  chatte  en  paradis.  (P.) 


5    II.    —    COUTUMES    RELIGIEUSES. 

Dans  la  première  partie  de  ce  livre,  j'ai  cité  un 
assez  grand  nombre  de  coutumes  et  d'usages 
chrétiens  qui  se  rapportent  aux  diverses  phases 
de  la  vie  humaine  ;  il  en  ^a  été  de  même  dans  la 
seconde  partie,  surtout  aux  chapitres  intitulés 
V Année  et  les  Fêtes;  mais   il  en  est  un  certain 


6o      LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


nombre  qui  n'ont  pu  rentrer  dans  les  classifications 
déjà  faites  :  c'est  pour  cela  que  je  les  note  ici. 

On  a  déjà  vu  que  les  pèlerinages,  surtout  iso- 
les, à  tel  ou  tel  saint,  à  telle  chapelle,  étaient 
assez  nombreux  ;  je  suis  loin  d'avoir  épuisé  la 
liste  des  saints  guérisseurs,  et  leur  pouvoir  s'étend 
sur  les  hommes,  les  animaux  et  les  moissons. 

C'est  surtout  quand  il  s'agit  du  bétail,  que  les 
paysans  se  montrent  généreux  ;  il  s'établit  entre 
eux  et  les  diverses  puissances  du  ciel  une  sorte  de 
contrat  synallagmatique.  «  Si  je  vends  ma  vache 
tel  prix,  je  donnerai  au  bienheureux  saint  X*** 
une  pièce  blanche.  »  —  «  Si  la  bienheureuse 
Vierge  Marie  permet  que  not'  trée  (truie)  aie  dix 
petits  pourciaoux,  il  y  en  aura  un  pour  ielle.  « 
(P-) 

Le  cliiinoine  Goudc  (Lég.  de  Chàteauhriatii)  cite  plusieurs 
exemples  de  ces  sortes  de  contrats,  entre  autres  celui  d'un  men- 
diant qui  promet  20  sous  pour  ne  plus  tomber  du  haut  mal.  Les 
Gv.'er^io:i  bretons  sont  remplis  de  promesses  analogues. 

C'est  surtout  en  temps  d'épizootie  que  les 
vœux  sont  fréquents,  plus  encore  que  lorsque 
l'épidémie  sévit  sur  les  gens. 
•  Lorsqu'un  cochon  a  bien  profité,  on  offre  un 
morceau  de  lard,  qui  est  vendu  aux  enchères,  'à 
la  porte  de  l'église,  après  avoir  été  exposé,  pen- 
dant la  grand'messe  sur  l'autel  du  saint  protec- 
eur  du  cochon.  S'il  s'agit  d'une  vache,  c'est  une 


CROYANCES   ET   COUTUMES   DIVERSES         36 1 

belle  moche  (motte)  de   beurre  qui  est  offerte,  et 
qui  est  de  même  vendue. 

En  Basse-Bretagne  (cf.  Galerie   brctouve,    p.  84),  il  y  a  aussi 
des  ventes  aux  enchères  à  la  porte  de  l'église. 

En  Haute-Bretagne,  la  population  est  presque 
entièrement  catholique;  il  y  a  un  assez  petit 
nombre  de  protestants,  très  peu  de  juifs,  et  l'on 
peut  dire  que  les  campagnes  sont  entièrement  ca- 
tholiques. Les  non-pratiquants,  assez  nombreux 
dans  la  classe  moyenne,  sont  assez  rares  parmi  les 
paysans.  La  première  édition  du  Dictionnaire  d'Ogée 
comptait  la  population  par  le  nombre  des  com- 
muniants ;  ce  mode  de  recensement  serait  moins 
exact  aujourd'hui.  Je  crois  que,  même  à  la  cam- 
pagne, on  peut  porter  à  près  d'un  dixième  pour 
rille-et- Vilaine,  d'un  vingtième  pour  les  Côtes- 
du-Nord,  le  nombre  des  hommes  qui  ne  font  pas 
leurs  Pâques. 

Entre  Rennes  et  Fougères  existait  une  secte 
assez  nombreuse  qui  ne  reconnaissait  pas  la  hié- 
rarchie catholique;  on  l'appelait  la  petite  Eglise, 
et  ses  sectateurs  se  nommaient,  je  ne  sais  pour- 
quoi, des  Louiseites.  On  m'a  assuré  que  les  Loui- 
settes  s'étaient  séparés  du  reste  des  catholiques  au 
moment  du  Concordat,  parce  que  la  Fête-Dieu, 
au  lieu  d'être  célébrée  le  vjeudi,  était  reportée  au 
dimanche.  Il  n'y  a  pas  très  longtemps  que  leur 
dernier  prêtre  est  mort,  et  comme  les  Louisettes 


362      LE   CALENDRIER,    LES    TRAVAUX   ET   USAGES 

n'ont  point  d'évêque,  il  n'a  pas  été  remplacé. 
D'après  les  renseignements  en  petit  nombre  que 
j'ai  pu  me  procurer,  la  secte  des  Louisettes  serait 
en  voie  de  disparaître  complètement. 

Des  communions  analogues  existaient  en  Anjou 
et  en  Vendée. 

Le  pain  bénit  est  offert  'par  les  paroissiens  ;  il 
doit  être  mangé  ou  brûlé  ;  mais  il  faut  bien  se 
garder  de  le  jeter,  car  il  pourrait  être  l'occasion 
de  malheurs. 

Si  on  donne  du  pain  bénit  à  un  chat,  il  entre 
en  fureur  et  devient  comme  enragé.  (M.) 

Si  on  donne  du  pain  bénit  à  une  poule,  cela  la 
rend  enragée.  (E.,  P.) 

En  1884,  il  y  avait  à  Plenée-Jugon  une  forte 
épidémie  de  diphtérie  :  ou  assurait  que  la  maladie 
frappait  les  maisons  dans  la  semaine  qui  suivait 
celle  où  on  y  avait  rendu  le  pain  bénit;  ce  qui 
n'empêcha  d'ailleurs  personne  de  le  donner  à  son 
tour. 

Avant  de  se  mettre  à  l'eau,  les  enfants  prennent 
de  l'eau  et  font  un  signe  de  croix. 

Cet  usage  existe  en  Russie,  et  M.  de  Gubematis,  t.  II,  p.  414, 
•pense  que  c'est  un  reste  de  la  croj-ance  aux  esprits  malfaisants 
des  eaux. 

Si  quelqu'un  fait  un  ouvrage  dont  il  n'a  pas 
l'habitude,  on  dit  :  Il  faut  faire  la  croix  dans  Vhu 
(sur  la  porte).  (S.-C.) 


CROYANCES   ET   COUTUMES   DIVERSES        363 

Si  la  nuit  on  ne  fait  pas  le  signe  de  la  croix  en 
passant  devant  une  croix,  «  on  voit  de  quoi.  » 
(E.) 

A  Dinan,  c'est  le  contraire.  Les  morts  qui  sont 
en  pénitence  au  pied  des  croix  pensent  qu'on  leur 
fait  signe  de  venir  et  ils  suivent. 

Avant  d'entamer  le  pain,  on  fait  une  croix  avec 
le  couteau  sur  la  partie  plate. 

Il  y  a  une  cinquantaine  d'années,  on  portait  en 
procession  la  bannière  de  Saint-Glen,  qui  était 
assez  lourde,  et  pour  lui  donner  du  poids,  on  y 
ajoutait  au  haut  un  keut  (couteau  de  charrue). 
Aussi,  il  n'y  avait  que  les  «  bons  corps  «  à  pou- 
voir la  porter,  et  c'était  un  honneur  très  envié. 
Il  fallait,  en  sortant  de  l'éghse,  la  faire  saluer,  en 
l'abaissant  et  en  la  relevant,  par  les  prêtres  et  les 
gens  de  la  procession. 

Quand  on  place  sur  le  clocher  un  nouveau  coq 
ou  que,  pour  des  réparations,  on  descend  le 
vieu:î,  celui  qui  doit  le  poser  se  fait  accompagner 
d'un  autre  homme  ;  le  coq  est  orné  de  rubans  tri- 
colores, et  on  le  porte  au  maire,  à  l'adjoint,  au 
château  s'il  y  en  a  un,  dans  la  commune  et  dans 
les  principaux  villages.  On  offre  à  boire  au  por- 
teur de  coq,  ou  bien  on  lui  donne  de  l'argent  ou 
du  tabac.  (P.) 

Les  cloches  disent  :  Pain  perdu  !  Pain  perdu  ! 

Dans  un  assez  grand  nombre  de  paroisses  du 


364      LE    CALENDRIER,    LES   TRAVAUX    ET   USAGES 

diocèse  de  Saint-Brieuc,  les  prêtres  font  une  quête 
chez  leurs  paroissiens.  Parfois,  il  y  en  a  deux  par 
an  :  l'une  pour  le  fil,  l'autre  pour  le  grain  ;  mais, 
à  cette  dernière,  on  accepte  les  dons,  soit  en  na- 
ture, soit  en  argent.  Le  prêtre  qui  fait  sa  quête  est 
accompagné  d'un  ou  deux  fabriciens  qui  portent 
les  sacs  destinés  aux  dons  en  nature. 

Le  bedeau,  qui  est  souvent  fossoyeur  en  même 
temps,  fait  aussi  une  quête  :  en  général,  il  n'est 
pas  payé  par  le  clergé  ni  par  la  fabrique. 


§    III.    —    LA    CHANCE,    LES    PRÉSAGES   ET   LES   RÊVES 

La  croyance  aux  présages,  aux  choses  qui  por- 
tent bonne  ou  mauvaise  chance,  ou  aux  rêves, 
est  très  répandue  parmi  les  paysans  et  surtout 
parmi  les  paysannes,  ainsi  qu'on  a  pu  le  constater 
en  nombre  d'endroits  de  ce  livre. 

(Cf.  principalement  les  chapitres  du  mariage,  de  la  naissance 
et  de  la  mort). 

En  voici  encore  quelques  exemples  qui  n'ont 
pu  être  classés  dans  les  précédents  chapitres  : 

Si  on  rencontre,  le  matin  en  sortant,  une 
femme  qui  ait  son  bonnet  de  nuit,  on  n'en  a  pas  de 
toute  la  journée.  (P.) 


CROYANCES   ET   COUTUMES   DIVERSES        365 

Pour  avoir  de  la  chance  au  jeu  et  gagner  A  tous 
coups,  il  faut  tuer  une  taupe  en  amour,  lui  ôter 
tous  ses  os  un  à  un,  et  les  mettre  dans  un 
ruisseau  qui  vient  d'une  fontaine  ;  l'un  de  ces  os 
remonte  à  la  source,  et  c'est  celui-là  qui  porte 
chance.  (P.) 

En  Berry  (cf.  Laisnel  de  la  Salle,  t.  I,  p.  284)  un  os  de  taupe, 
placé  sous  l'aisselle  gauche,  préserve  des  maléfices. 

Rencontrer  un  lièvre  le  matin  porte  malheur, 
et  aussi  le  jour  d'un  mariage.  (E.) 

On  coupe  les  pattes  aux  faucheux  et  on.  les  met 
dans  sa  main  ;  si,  après  avoir  été  détachées  du 
tronc,  elles  remuent,  c'est  signe  qu'on  aura  de  la 
chance.  (E.) 

Cf.  Rolland,  p.  245  (Poitou)  ;  voir  une  superstition  vosgiemie 
dans  Mélusine,  col.  49S. 

Si  on  peut  attraper  le  premier  papillon  blanc 
qu'on  voit,  on  trouve  un  essaim  dans  l'année. 
(E.,  S.-C.) 

Superstition  analogue  dans  les  Vosges  (cf.  Mélusine,  col.  478); 
en  Poitou  (Desaivre,  Croyances,  p.  30;  Souche,  Croy.,  p.  7). 

■Noël  du  Fail  constatait  au  xvi»  siècle  le  rôle  chanceux  du 
papillon  :  «  Qui  veult  estrc  marié  en  Tan  prenne  le  premier  pa- 
pillon qu'il  verra,  »  t.  I,  112. 

La  croyance  à  la  vertu  de  la  corde  de  pendu 
est  encore  vivante;  il  y  a  deux  ans  encore,  j'ai 
eu  connaissance,  aux  environs  de  Dinan,  de  dé- 
marches faites  pour  se  procurer  des  morceaux  de 
la  corde  d'un  homme  qui  s*était  pendu. 


366       LE   CALENDRIER,    LES   TRAVAUX   ET   USAGES 


Quand  un  chasseur  trouve  une  épingle,  on  dit 
qu'il  aura  bonne  chance  dans  sa  tournée.  (P.) 

Si,  la  première  fois  qu'on  entend  le  coucou 
chanter,  on  est  à  jeun,  on  mourra  de  faim  dans 
l'année.  (S.-C.)  Q.uand  on  l'entend  avant  de  dé- 
jeûner, on  ne  mange  pas  de  caillihotes  (caillebotes) 
de  l'année.  (P.)  Si,  la  première  fois  qu'on  l'en- 
tend, on  est  à  faire  ses  besoins,  on  aura  pendant 
toute  l'année  un  dérangement  de  corps.  (S.-C.) 

Quand  on  entend  chanter  le  coucou  pour  la 
première  fois,  on  regarde  combien  on  a  d'argent 
dans  sa  poche,  car  on  dit  qu'on  aura  toute 
l'année  autant  d'argent  qu'on  en  a  sur  soi  ce 
jour-là.  (M.,  E.,  etc.) 

Si  l'on  n'a  pas  de  monnaie  dans  sa  poche,  on 
est  gueux' toute  l'année.  (S.-C.) 

Croyance  analogue  dans  les  Vosges'  (cf.  Mil.,  col.  452)  ;  en 
Poitou  (cf.  Desaivre,  Myth.  loc,  p.  i  r),  et  unjpeu  partout.  (Cf. 
Rolland,  p.  92.) 

Si  on  a  ses  poches,  sa  chemise  ou  sa  jupe  à 
l'envers,  il  faut  se  hâter  de  les  retourner;  sans 
cela,  il  ne  tarderait  pas  à  pleuvoir.  (S.-C.)  Si  le 
tabac  sort  de  la  pipe  allumée,  si  l'horloge  sonne 
d'un  air  enroué,  la  pluie  est  prochaine. 

Voir  un  papillon  le  soir,  c'est  signe  que  pro- 
chainement on  aura  des  nouvelles. 

Quand  on  a  les  bas  troués,  c'est  signe  qu'on  a 
des  lettres  à  la  poste.  (D.) 


CROYANCES   ET   COUTUMES   DIVERSES        567 

Si  la  bruyère  rougit  sur  la  lande,  le  temps  de- 
viendra beau  ;  si  elle  noircit,  c'est  au  contraire  un 
présage  de  mauvais  temps.  (P.) 

Quand  le  soleil  se  cache  sous  les  nuages,  on 
lui  dit  : 

Petit  soulaï,  réveille  taï, 

D'vant  l'bon  Dieu  et  devant  maï, 

Devant  la  fille  du  raï, 

Qu'est  p'us  belle  que  maï  ; 

Devant  la  fille  du  comte, 

Qu'est  p'us  belle  que  tout  l'moude  ; 

Devant  la  fille  du  duc, 

Qui  n'est  pas  p'us  grosse  qu'une  puce  ; 

Devant  la  fille  du  marquis. 

Qui  ressemble  à  une  souris  ; 

Devant  la  fille  du  baron. 

Qui  veut  des  chansons. 

Et  d'vant  la  fille  de  l'empereur, 

Qui  est  belle  à  faire  peur.  (S.-C.) 

Si  on  rêve  d'eau  claire,  c'est  signe  de  chance  ; 
si  on  rêve  d'eau  trouble,  c'est  signe  de  mal- 
heur. (E.) 

Si  on  rêve  d'enterrement,  on  ira  prochaine- 
ment aux  noces,  et  réciproquement. 

Cf.  Souche,  p.  12.  (Poitou)  ;  cf.  aussi  Jacob,  Oneirocritie. 

Si  on  rêve  d'argent,  c'est  signe  qu'il  y  aura  des 
poux  ou  de  la  misère  dans  la  maison. 


368      LE   CALENDRIER,   LES   TRAVAUX   ET   USAGES 

Quand  on  rêve  dans  les  poux,  c'est  signe  d'ar- 
gent.  (S.-C.) 

Si  on  rêve  de  puces,  c'est  signe  de  dispute. 
(S.-C.) 

Si  on  rêve  de  mariage,  c'est  signe  d'enterre- 
ment ;  si  on  rêve  d'enterrement,  c'est  signe  que 
prochainement  on  assistera  à  un  mariage. 

Si  on  rêve  de  feu,  on  est  exposé  à  se  noyer. 

Celui  qui  rêve  qu'il  est  riche  aura  des  pertes. 


TABLE    ANALYTIQUE 


PREMIERE   PARTIE 
l'homme  de  la  n'aissance  a  la  mort 

Chapitre  I.  —  La  xaissaxce 

^  I.  La  grossesse  ?;  Proverbes  et  dictons.  —  A  qui  o;i 
s'adresse  pour  obtenir  la  fécondité.  —  Pronostics 
de  grossesse  ;  dictons 3 

5  II.  L'auouchtnient  :  La  chance  et  la  prédestination,  — 
Contes  sur  la  destinée.  —  Enfants  doués  à  cause 
de  particularités  de  leur  naissance.  —  Ce  qui  a  lieu 
après  l'accouchement 10 

^  III.  Le  baptême  :  Les  parrains  et  les  marraines.  —  Ce 
qu'ils  doivent  faire.  —  La  cérémonie.  —  Usages 
de  baptême.  —  Le  retour  à  laj  maison,  —  Le 
crasset  et  le  nombril. 1,  16 

§  IV.  Les  rcUvailles  :  Coutumes  ..•.*.•..••  20 

Chapitre  II.  —  Le  premier  âge 

5  I.  L'allaitement  et  k  berceau  :   Moyens   d'avoir  du  lait, 

—  Le  berceau  et  la  bouillie 22 

5  II.    Les  premiers  pas  :    La  chomette.  —  Saints    invo- 

24 


3/0  TABLE   ANALYTIQUE 


qucs  pour  les  enfants.  —  Superstitions  et  méde- 
cine populaire,    ., 26 

§  III.  Ce  qu'on  dit  aux  enfants.  —  Hygiène.  —  Préjugés  : 
Le  sevrage.  —  Dictons  sur  les  cnflints.  —  Com- 
ment on  leur  persuade  de  se  coucher 30 

Chapitre   III.  —  L'école 

1  I.  L'ecuh  :  Ccutun-.es  des  enfiants  à  l'aller  et  au  re- 
tour  , 36 

5  II.  Jeux  et  a  musettes  :    Jeux    avec   les   plantes.  —  î»Iu- 

siques  rustiques 39 

^  III.  Jeux  des  garçons.  —  Conventions  :  Formulettes  de 
trouvaille.  —  Élimination.  —  La  queue  au  loup. 

—  Jeu  des  fleurs.  —  La  grue.  —  La  bague  Ma- 
dame. —  La  veuve.  —  La  toupie.  —  Pète-en- 
gueule.  —   Grcs-Jcan 45 

5  IV.  Jeux  des  jilles  :    Le  petit  lièvre.  —  La  petite  porte. 

—  Le  jeu  d'amourette.  —  La  queue  du  loup.  — 
Jeux  de  ventes,  —  Aller  es  vênes.  —  Danse  à  re- 
bours      30 

Chapitre  IV.  —  De  la  sortie  de  l'école  au  tirage 

§  I.  La    garde  des   troupeaux  :  Jeux   des   bergers   et    des 

bergères.  —  Comment  on  traite  les  paresseux.    .  61 

5  II.  Les  professions  et  les  métiers  :  La  propriété  fon- 
cière. —  Les  prêtres.  —  Les  bonnes  sœurs  :  La 
bonne  sœur  et  le  diable.  —  Métiers  méprisés  :  les 
tailleurs,  les  tisserands,  les  pillotous,  les  meuniers, 
etc.  —  Les  domestiques (S 

5  III.  Les  Conscrits  :  Rencontres  le  jour  du  tirage.  — 
Moyens  d'avoir  un  bon  numéro.  —  Promenades 
des  Conscrits 79 


TABLE   AXALYTiaUli  37 


Chapitre  V.  —  Le  mariage 

'l  I.  Les  galaiils  el  les  filles  d  marier  :  La  beauté.  — • 
Dictons  sur  les  filles.  —  Les  vieilles  filles.  —  En- 
droits où  l'on  se  fait  la  cour.  —  Comment  on  se 
la  fait.  —  Congés  aux  amoureux 84 

§  IL  Présages  de  viariage.  —  Moyens  de  se  faire  aimer  : 
Les  mégalitlies.  —  Les  épingles,  les  saints.  —  Pré- 
sages de  mariage  prochain  ou  éloigné.  —  Conju- 
rations pour  savoir  quand  et  avec  qui  on  se  ma- 
riera. —  Comment  on   se  fait  aimer 95 

5  in.  La  demande  en  mariage  :  Le  crachat.  —  L'en- 
tremetteur.—  Formules  de  demaudo  .    .....        105 

j  IV.  Les  apprêts  de  la  noce  et  des  fiançailles  :  Les  invita- 
tions. —  La  quête  à  l'église.  —  La  tuilée.  —  Repas 
des  fiançailles J    . loS 

§  V.  Quand  on  doit  se  marier.  —  Le  départ  pour  le  bourg  : 
Jours  et  époques  néfastes.  —  Mariage  de  veufs. 
—  La  fille  cachée.  —  La  fille  qui  se  sauve.  —  Ce 
qu'on  fait  aux  mariés  de  mauvaise  réputation  .    .        112 

5  VI.  Le  viariage  et    le  ictour   à  la  maison  :    Présages  à 

l'église.  —  Arrivée  à  la  maison.  —  La  bienvenue  .        121 

'^  VIL  Le  repas  et  les  danses  :  Les  noces  de  papillon. — 
Le  repas.  —  Le  chanté.  —  Chansons  de  noces.  — 
Les  danses 125 

"  VIII.  La  nuit  de  v.oees  el  les  jours  suivants  :  Le  cou- 
cher de  la  mariée.  —  La  rôtie  et  la  soupe.  —  Ins- 
tallation des  nouveaux  époux 152 


Chapitre  VI.  —  Le  mék.ige  ht  la  famille 

j  I.  If   msri  et  la  femme  :  Rapports   entre  eux.  —  Le 

charriottage 14^^ 


3/2  TABLE   AXALYTIQ.UE 


§  II.  Les  enfants  et  les  parents  :  Les  garçons  plus  esti- 
més que  les  filles.  —  Le  respect  pour  les  parents. 

—  Les  gendres  et  les  brus u,  i 

Chapitre  VIL  —  La  mort 

§  I.  Les  signes  avant-coureurs  :    Morts  dans  le  voisinage. 

—  Pronostics  tirés  des  oiseaux,  insectes,  etc .  .    .        I4<S 

5  II.  La  mort  :  Animisme  de  la  mort.  —  L'agonie.  —■ 
Ce  qu'on  fait  après  le  décès.  —  Comment  on  ha- 
bille le    défunt.  —  Veillées 152 

1^   III.   L'enterrement  :    Comment   le   mort    est    porté.  — 

Parodies  de  la  messe  des  Morts 160 

§  IV.  Le  deuil  et  le  culte  des   morts  :  Couleurs  et  formes 

du  deuil.  —  Culte.  —  Reliquaires  . 165 


DEUXIÈME    PARTIE 
les  travaux,  les   usages   et  les  fêtes 

Chapitre  I.  —  L'année 

§  I.  L'année  et  les  doiixe  mois  :  Pronostics  de  bonne  ou 
de  mauvaise  année  ;  dictons  sur  les  mois  ;  les  mois 
personniEés > 

5  II.  Le  calendrier  :  Janvier  :  le  Premier  de  l'An,  le 
Jour  des  Rois,  fêtes  diverses.  —  Févrisr  :  dictons. 
La  Chandeleur,  Sainte-Agathe.  —  Mais  :  dictons. 
Les  Vènés.  —  Avr-l  :  dictons.  Le  poisson  d'avril, 
Saint-Georges,  Saint-Marc.  —  Mai  :  superstit'ons. 
Les  étrécotes  ou  trécoles,  les  mais,  chanson  de 
mai.  Saint- Yves.  —  Juin  :  dictons.  Le  vendredi 
blanc,  la  Saint-Jean,  les  chèvres  tirées,  les  feux  de 


TABLE   ANALYTIQ.UE  373 


joie,  les  tisons  ;  pronostics.  La  Saint-Pierre.  — 
Juillet  :  dictons.  La  Sainte-Anne.  —  Août  :  dic- 
tons. Notre-Dame  des  Neiges,  la  Saint-Laurent, 
l'Assomption;  pèlerinages.  —  Septembre  :  Saint- 
Eustache,  Saint-Michel.  —  Octobre  :  Saint-Denis, 
Saint-Crépin.  —  Novembre  :  la  Toussaint  et  la  se- 
maine des  Morts,  Saint-Quay,  Saint-Melaine,  Saint- 
Aignan,  Sainte-Catherine,  Saint-Andié.  —  Décem- 
bre :  Sainte-Barbe,  les  Avents,  Saint-Thomas,  la 
veille  de  Noël,  le  hoguinané  ou  guij-anc  ;  les 
Noëls,  pronostics,  la  bûche.  Merveilles  de  la  nuit 
de  Noël  ;  animaux  qui  s'agenouillent  ;  mégalithes 
qui  se  déplacent  ;  le  rameau  d'or  ;  saint  Joseph 
et  la  Vierge;    la  Saint-Sylvestre  ;   facétie  ....        174 

IIL  La  semaine  :  Dictons,  formulettes  et  supersti- 
tions de  chacun  des  jours  ;  la  nuit  du  samedi  :  les 
fileuses  de  nuit  ;    le  repos  dominical  ......        219 


Chapitre  II.  —  Les  fêtes  et  les  dh'ertissements 

^  L  Les  fêtes  du   i"  janvier  an  Carême  :  Les  jours  gras  ; 

coutumes  et  croyances  du    Carnaval 2:24 

5  IL  Le  Carême  :  Le  Mercredi  des  Cendres  ;  la  Mi-Ca- 
rême ;  usage  de  chanter  la  Passion.  —  Chansons. 
—  Le  dimanche  des  Rameaux  ;  la  Semaine  sainte  ; 
chants 22S 

5  in.  De  Pâques  ci  la  fin  de  l'année  :  Pâques,  l'Ascen- 
sion, les  Rogations,  la  Pentecôte,  pèlerinages,  la 
Trinité 241 

5  IV.  Les  Jeux  et  divertissements  publics  :  Les  feux  de 
joie  ;  la  grenouille.  —  Combats  de  coqs  ;  cour- 
rerie  de  coqs.  —  Disparition  de  la  soûle.  —  Le 
tire-jars.  —  Les  batailles 246 

24. 


374  TABLE   ANALYTIQUE 


Chapitre  III.  —  La  maisox 

^  I.  La  constructioti  :  Cérémonies  de  la  première  pierre, 
de  la  charpente;  bénédictions;  croix  sur  la  porte. 
Dictons  sur  la  maison  ..-. 25^ 

'^W.  L'amena ot ment  :  La  maison  d'habitation;  la  porte; 
les  fouleries  de  place  ;  l'arrangement  des  meubles  ; 
le  foyer  et  le  feu  ;  la  vaisselle  et  l'imagerie  ;  le 
grenier;  les  pièces  de  décharges  et  les  dépen- 
dances;   les  aires  neuves 25S 

§  III.  Les  éfables  et   la  basse-cour  :   Les  poules  ;  comment 

on  doit  arranger  les  étables;    les  granges  ....        2-z 

5  IV.  Les  ustensiles  :  Couteaux,  miroirs,  trépieds,  verres 
à  boire  ;  le  pain  ;  la  chance  des  maisons  ;  les  in- 
cendies.         273 

§  V.  Les   veillées   :  Jeux  et   chansons  ;   la   fabrication   du 

cidre 276 

Chapitre  IV.  —  Les  travaux  du  dehors  et  les 

MARCHÉS 

^  l.  La  terre  et  les  travailleurs  :  Sur  la  bonne  ou  mau- 
vaise qualité  de  la  terre  ;  associations  ;  chanson 
qu'on  chante  en  attendant  le  jour;  les  femmes  la- 
bourant ;  le  dernier  levé  ;  les  instruments  de  labour  ; 
comment  on  les  porte;  les  charrettes 290 

5  II.  Les  travaux  de  labour  :  Les  fouiries  d'ajoncs  ;  le 
défouissement  des  landes  ;  jours  oîi  l'on  ne  la- 
boure pas 291 

§  III.  Les  semailles  :  La  bénédiction  des  semences  ; 
champs  arrosés  d'eau  bénite.  —  Jours  bous  pour 
semer.  —  Semailles  du  froment,  de  l'avoine,  du 
blé  noir,  du   seigle,  etc 296 

§  IV.  La  récoite  du   foin  :   Les   faucheurs  ;   moments  fa- 


TABLE   AKALYTIQ.UE  375 


vorables  pour  la  fauche  ;  la  fenaison  :  les  tourbil- 
lons ;  comment  on  s'en  préserve.  Le  couteau  et  le 
tourbillon.  Le  tassement  du  foin  dans  les  greniers  ; 
la  dernière  charretée 301 

^  V.  La  moisson. —  Comment  ou  scie  le  blé.  Les  javelles. 
La  dernière  charretée,  la  dernière  gerbe  ;  céré- 
monies         S*') 

§  VI.   Cueillettes  et  travaux    divers.  —  Le   chanvre  ;    les 

pommes;  les  échaliers  neufs 30S 

<^  VIL  Les  bergers  et  les  charretiers  :    Soins   au.x   bestiaux. 

—  Superstitions.  —  Le  respect  du  cheval ....        310 

r  VIII.  Les  foires  et  les  marchés.  —  Rencontres  favorables 

ou  funestes  ;  coutumes  de  marché 512 

Chapitre  V.  —  La   politesse  et  la  bienséance 

^  I.  La  civilité  villageoise.  —  Formules  d'excuses  quand 
on  parle  des  animaux.  —  Siffler  ;  pisser,  etc.  — 
Boire  à  la  santé.  —  Tenue  à  table.  —  Le  foyer.  — 
Politesses  de  viande,  etc.  —  Titres.  —  Ètcrnu- 
ment.  —  Formules  diverses  :  Bonjour  ;  bonsoir  , 
ce  qu'on  dit  si  l'on  tombe,  etc 31; 

j  II.  Les  sitrnoius  et  les  pritioms.  —  Usage  des  sobri- 
quets; exemples.  — Prénoms  des  hommes;  leurs 
déformations  patoises  ;  formulettes.  —  Prénoms 
des  femmes. 330 

Chapitre  VI.  —  Mœurs  ép claires 

L'idéal  des  paysans  ;  dictons;  tenue  à  table  ....        527 

Les  céréales  :  Le  pain  ;  ses  différentes  espèces  ;  com- 
ment on  le  mange  ;  le  fovir  ;  le  pain  frais  et  le 
pain  sec;  le  pain  et  les  fées.  —  La  soupe.  —  La 
galette  de  blé  noir  ;  comment  on  la  prépare  ;  ma- 
nières   diverses    de   la   manger  ;  la   galette  et    les 


376  TABLE   ANALYTIQUE 


fées.  —   Les  bouillies  de  blé  noir,  de  froment  et 

d'avoine 327 

La  viande  :  Les  viandes  ;  les  vaches  salées;  la  viande 
douce.  —  Le  porc  ;  différentes  manières  de  l'ac- 
commode ..k.» • 337 

Le  poisson,  comment  on  l'accomode.    .......        3^1 

Les  légumes,  comment  on  les  accomode 343 

Ixs  laitages  :  Le  beurre,  le  lait  cuit,  le  lait  Ribot,  le 
lait   marri,    le  lait   à    Madame,    les  mengauds,  la 

jonchée 344 

Les  pâtisseries  et  les  confitures  :  Le  pommé,  le  badio- 
let,  les  pommes  cuites  ;  les  échaudés,  les  craque- 
lins         346 

Chapitre  VIL  —  Croyances  et  coutumes  diverses 

§  L  Le  corps  humain  :  La  barbe.  —  Les  cheveux.  — 
Les  joues.  —  La  langue.  —  Les  mains.  —  Le  nez. 

—  Les  ongles.  —  Les  oreilles.  —  Les  os.  —  Les 
pieds.  —  Le  ventre.  —  Le  visage.  —  Les  yeux,        550 

5  II.  Coutumes  religieuses  :  Les  saints  sont  invoqués 
pour  certaines  maladies  ;  sorte  de  contrat  que  l'on 
fait  avec  eux  ;  offrandes  en  nature.  —  Secte  dissi- 
dente :  les  Louisettes.  —  Le  pain  bénit  ;  le  signe 
de  la  croix;  danger  de  le  faire  la  nuit.  —  Ban- 
nière portée  eu  procession.  —  Le  coq  ;  les  cloches. 

—  duêtes  faites  par  les  prêtres 359 

§  IlL  La  chance,  les  présages  et  les  rêves  :  Comment  on 
peut  se  procurer  de  la  chance  ;  rencontres  propices 
ou  fâcheuses.  —  Signes  qui  présagent  un  événe- 
ment. —  Les  rêves  et  leur  interprétation  ....        364 


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